Cinémas et festivals : en attendant la reprise (et le printemps)

D’habitude, lorsque débutent les vacances d’hiver, l’année cinéma est déjà bien entamée : les premiers festivals ont eu lieu et les suivants annoncent la couleur (ou du moins leur programmation). La fermeture des salles change la donne, mais ne signifie pas l’effacement de la saison : durant cette période d’hibernation forcée, le printemps des écrans se prépare. Panorama*…

Jamais, en 125 ans d’histoire cinématographique, les salles n’auront été aussi longtemps fermées. Dimanche 7 février, cela a fait exactement 100 jours depuis le 30 octobre que les cinémas ont été contraints de baisser les rideaux, soit un jour de plus que lors du premier confinement, entre les 14 mars et 22 juin 2020. Si l’on mesure notre rage de spectateur, on imagine la souffrance des exploitants, programmateurs et organisateurs de festivals incapables de se projeter — sans mauvais jeu de mots — dans l’immédiat et forcés de composer au jour le jour. Pour certains, l’attente aura été fatale : le Festival de l’Alpe d’Huez a ainsi jeté l’éponge. Devant initialement se dérouler fin janvier, sa 24e édition avait un temps envisagé se décaler du 23 au 28 mars avant de renoncer, en accordant toutefois un "label" aux films qu’elle avait sélectionnés, comme Cannes l’an passé. Pas de quoi rire pour les rois de la comédie en altitude.

En salle ou en ligne ?

Suivant dans le calendrier, Voir Ensemble, le rendez-vous à destination du jeune public illuminant chaque vacances de février au Méliès, a publié sur son compte Facebook l’affiche de sa 9e édition signée Lorenzo Mattotti (le prestigieux illustrateur et réalisateur de La Fameuse Invasion des ours en Sicile), mentionnant un report sine die de son événement. Après tout, les congés scolaires étant nombreux, les occasions ne manquent pas de replacer la manifestation ! « Sans doute lors des vacances d’octobre, avec des rendez-vous comme des avant-premières tout au long de l’année. » Mais pour l’équipe, il est « hors de question de passer outre le rendez-vous collectif : le festival s’appelle "Voir ensemble", donc cela veut dire qu’on se retrouve dans une salle et pas en ligne. »

Cela sera plus compliqué en revanche pour Ojo Loco, festival du cinéma ibérique et latino-américain dont l’édition 2021 est datée du 30 mars au 11 avril prochains et qui a déjà constitué ses jurys étudiants. « On est en pleine réflexion », confie Alice Garcia, de l’association Fa Sol Latino, l'organisatrice de l'événement. En contact permanent avec les cinémas, lesquels se montrent assez pessimistes quant à une réouverture prochaine, l’association planche sur deux hypothèses : décaler l’événement d’un mois (en avril-mai) ou bien se replier sur une édition en ligne. Bien évidemment, si l’option "en présentiel" est privilégiée ne serait-ce que « parce que le public est habitué depuis huit ans à la festivité printanière », une autre contrainte est à considérer : deux services civiques achevant leur mission fin juin, la tenue du festival doit se faire durant le premier semestre. La douloureuse décision se prendra mi-février, fin février au plus tard.

Du côté de Voiron à la même époque, c’est le fameux Festival du Cinéma italien qui se prépare à toutes les éventualités. « On est un peu dans le brouillard, concède la combative Josette Belmont, responsable de la commission de la communication. Normalement, notre festival est repoussé de mars en septembre, mais pour ne pas laisser nos spectateurs, on imagine un partenariat avec un médiathèque de Voiron, qui propose un abonnement de 16 euros pour 4 films : nous élaborons une liste de 8 titres (4 pour les adultes, 4 pour les lycéens) à visionner en ligne. » Les films seraient accompagnés d’une petite présentation vidéo par l’équipe ou des cinéastes italiens (il faut dire que le festival possède, avec les années, un enviable carnet d’adresses). D’autres pistes sont toutefois déjà sur la table : dans l’hypothèse d’une réouverture des salles en avril, l’association Amitié Voiron Bassano organiserait en plus un week-end en mai ou juin au cinéma PassrL. « L’idée d’emmener les gens en Italie et de leur faire oublier la morosité ambiante, ça a reboosté l’équipe », sourit Josette Belmont.

Mon Ciné s’ouvre… à de nouveaux programmateurs

Pour Mon Ciné, à Saint-Martin-d’Hères, l’année s’engage habituellement avec les Rendez-vous des cinémas d’Afrique — qui avaient réuni 1500 aficionados pour leur précédente édition. En attendant de les retrouver entre mars et mai (en fonction de l’évolution de la situation sanitaire, mais aussi des reports des festivals amis) ; en attendant aussi de retrouver le festival jeune public Trois petits pas au cinéma (si tout va bien, en avril), Mon Ciné a lancé plusieurs initiatives, dont le projet Jeunes programmateur·rice·s : « C’est une nouvelle manière de créer une connexion entre le cinéma et la jeunesse, explique Pascale Puig la directrice du site. » Mené par Simon Lartaud, un médiateur cinéma qui a déjà mené de nombreuses soirées étudiantes à Mon Ciné, ce groupe ouvert à des jeunes de 15 à 25 ans aura pour mission de programmer des films et des animations. La première réunion d’information le 2 février a réuni 37 curieux, dont 27 motivés prêts à s’investir dans l’aventure. L’idée est de partir sur la programmation d'une soirée par trimestre « pour commencer ; il faut un certain temps pour visionner les films ». Pour les aider à faire leur choix, les apprentis organisateurs seront associés à des projections entre midi et deux ou le samedi matin ; des outils professionnels (catalogues, line-up de distributeurs…) leurs seront par ailleurs transmis. Ils auront également à concevoir l’organisation, l’animation de la soirée, et la gestion des débats avec la salle — un travail complet ! « Beaucoup ont envie de connaître les dessous du cinéma, notre métier dans l’art et l’essai ; on a l’intention de les intégrer le mieux possible à notre équipe », promet Pascale Puig. Le groupe étant ouvert, il est encore possible de postuler pour le rejoindre et passer de l’autre côté de l’écran…

Inscriptions au 06 29 11 35 92 par SMS ou WhatsApp

*Sollicité, le festival Vues d’en face n’a pas répondu à notre enquête.

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