Trois souvenirs (traumatisants) de la jeunesse

Festival / Ne comptez pas sur la Cinémathèque pour cultiver une nostalgie émolliente ! Voyez son invitation au Maudit Festival : parmi les six films programmés, trois renvoient à la problématique de la mémoire vécue comme une énigme, voire une hantise. Preuve qu’il faut toujours repasser par le passé pour l’élucider…

Ce ne sont pas les œuvres les plus rares du festival (encore que… sur grand écran, tout tend à le devenir, où le souvenir de leur découverte s’estompe parfois), mais elles possèdent une vibration commune liée aux thèmes qu’elles recoupent. Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg (1973), Total Recall de Paul Verhoeven (1990) et L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne (1990) racontent tous les trois des histoires où le présent n’existe pas tant il est contaminé, dévoré par le passé. Qu’il s’agisse d’une obsession térébrante identifiée (la mort d’une enfant et un deuil non accompli chez Roeg) ou de pensées parasites venant remettre en question l’existence/la personnalité de celui qui les subit chez Verhoeven et Lyne, dans tous les cas, l’insoutenable vérité dissimulée dans les replis du temps et de l’inconscient s’ingénie à ressortir, torpillant les personnages… et le récit, par l’usage de procédés narratifs ou esthétiques rivalisant d’inventivité.

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Trois maîtres

Même si son cinéma porte les stigmates de son époque (autant que les fantaisies capillaires de ses interprètes), Roeg — chef-opérateur de génie — use dans Ne vous retournez pas d’une grandiloquence visuelle stupéfiante (ralentis, coups de zoom, plans perchés, montage épileptique) pour surligner le drame intime d’un couple et le précipiter dans le fantastique. Pile entre Blade Runner et Abre los ojos (ou Matrix) Verhoeven s’empare de l’univers paranoïaque de Philip K. Dick pour, sous couvert de blockbuster, interroger le fantasme comme la ségrégation sociale et raciale — le paradoxe étant que les multiples entrées de films autour des questions de dissociations ne l’empêche pas d’aboutir à une parfaite unité. En bonus, on y assiste à la quasi "création" de Sharon Stone.

Enfin, L’Échelle de Jacob offre une expérience métaphysique, voire mystique, en ajoutant à la longue liste des "films-sur-le-Vietnam" une approche singulière, où le politique croise avec le surnaturel, en métaphorisant le traumatisme des anciens combattants. Un chemin divergent de ceux empruntés par Coppola ou Stone, dérangeant et ambitieux, d’autant plus étonnant qu’il est signé par un cinéaste alors en vogue pour le clip géant (mais attachant) 9 semaines ½ (1986) et Liaison fatale (1988), qui ouvrit la voie aux thrillers-sexuels-avec-Michael-Douglas.

Maudit Festival jeudi 20 et vendredi 21 janvier à la Salle Juliet-Berto, Grenoble

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