"The Birth of a Nation" : black Spartacus

ECRANS | Dans la Virginie du XIXe siècle, un esclave éduqué devenu prédicateur puise dans la Bible les arguments convaincant ses frères de chaîne de les briser. Le destin tant tragique que méconnu de Nat Turner inspire à l'acteur et réalisateur américain Nate Parker un film digne, sans haine ni émollient. Ça change !

Vincent Raymond | Lundi 9 janvier 2017

Photo : Fox Searchlight


« Au commencement était le Verbe » énonce l'Évangile selon Jean dans La Bible, livre polysémique et contradictoire, justifiant comme il condamne l'esclavage. C'est justement par son savoir de ces textes aussi réversibles que paradoxaux que Nat Turner (1800 – 1831) va s'élever et enclencher la première rébellion massive d'Afro-américains à l'échelle d'une région. Cultivé, ayant conscience de l'injustice frappant les siens et maîtrisant la parole, le prêcheur est devenu tel un Messie, la plus puissante des armes ; il connaîtra un destin similaire.

Sollicitée pour chanter lors de l'investiture de Donald Trump, Rebecca Ferguson a posé comme condition de pouvoir également interpréter Strange Fruit de Billie Hollyday. À ceux qui ignoreraient le sens de cette chanson à peine métaphorique, on conseillera la scène finale de The Birth of a Nation, illustration frontale des coutumes punitives jadis en vigueur chez les suprémacistes blancs. L'image de ces dizaines de corps lynchés pour avoir suivi la révolte de Nat Turner conclut un film où l'humanité des esclaves est niée. Rappelant l'extrême jeunesse d'une démocratie atteignant à peine l'âge de raison (la liberté et l'égalité réelle entre les citoyens étasuniens datant de la seconde moitié du XXe siècle) et qui, à l'instar des tout-petits, a pu prendre pour argent comptant d'avantageuses fables.

De Nate à Nat

Telle celle déroulée en 1915 dans l'antique Naissance d'une nation de D. W. Griffith. Longtemps intouchable car signée par l'un des pères fondateurs du cinéma, cette œuvre plus qu'ambiguë vantant les mérites du Ku Klux Klan (dont elle favorisa la réémergence) a depuis perdu de son lustre, minée par ses inexactitudes historiques et sa partialité.

Bien sûr, Nate Parker peut aussi être considéré comme partial, puisqu'il apporte un contrepoint notable à Griffith en détournant son titre et en se plaçant du côté des opprimés, dont il est un descendant. Toutefois, son film n'adopte pas pour autant un discours victimaire ou revanchard : il élargit le champ de la connaissance historique, dans une perspective dialectique et… critique.

De fait, il envoie également se rhabiller le surévalué et démonstratif 12 Years a Slave de Steve McQueen, cet exercice de bon élève respectueux du cadre et des limites, produit autant pour complaire aux académies que pour soulager les consciences. Ce qui blesse le plus ici, ce ne sont pas des coups de fouet filmés pour faire spectacle, mais les regards des personnages et ce qu'ils supportent comme charge : de face, de biais, de sang.

The Birth of a Nation
de et avec Nate Parker (E.-U., int.-12 ans, 1h50) avec Armie Hammer, Penelope Ann Miller…


The Birth of a nation

De Nate Parker (EU, 1h50) avec Nate Parker, Armie Hammer...

De Nate Parker (EU, 1h50) avec Nate Parker, Armie Hammer...

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En un temps précédant la Guerre Civile américaine, Nat Turner est un prédicateur et un esclave cultivé. Son propriétaire, Samuel Turner, financièrement sous pression, accepte une offre visant à utiliser les dons de prédication de Nat dans le but d'assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l'encontre de ses camarades opprimés, Nate conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté.


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Il faut absolument voir le "Sorry to Bother You" de Boots Rilley

ECRANS | Vendredi 26 avril, le cinéma le Cap de Voreppe remet sur le devant de la scène ce film passé trop inaperçu à sa sortie il y a quelques mois.

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Il faut absolument voir le

La chronologie des médias, vous connaissez ? Il s’agit de cette règle établissant ordre et priorité parmi les différents canaux de diffusion pour les œuvres cinématographiques. Le fameux chronomètre se déclenche dès qu’un film sort dans les salles : au bout de quatre mois maximum, le voici susceptible d’être édité en DVD ou disponible en VOD (légale). Mettons que ledit film soit un flop public et qu’il ne tienne pas l’affiche plus de deux semaines ; il échouera alors pendant près d’un trimestre dans les limbes, retiré de l’ensemble des écrans, donc invisible pour tout spectateur – la pression des nouveautés hebdomadaires rendant impossible l’espoir qu’il bénéficie d’une seconde chance en salle grâce au bouche-à-oreille. Voilà pourquoi il faut souligner la très bonne initiative du Cap de Voreppe qui sort de son purgatoire temporaire Sorry to Bother You, premier long-métrage du rappeur Boots Rilley à la carrière beaucoup trop météoritique pour être satisfaisante (il est sorti fin janvier). Pou

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"Sorry to Bother You" : ligne à haute tension

ECRANS | Quand une entreprise de télé-marketing prolifère sur une traite humaine d’un genre nouveau… Pour son premier long-métrage bouillonnant d’inventivité formelle, le rappeur états-unien Boots Riley imagine un business no limit dans une société jumelle de la nôtre. Allô, quoi.

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Cassius vit dans le garage de son oncle, accumulant les échecs sans gloire. Son destin change lorsqu’il commence à travailler pour une plateforme d’appels : il se découvre alors un pouvoir de conviction qui lui fait grimper les échelons. Mais cette ascension a un prix moral et personnel… À la lointaine époque où il ne se prenait pas encore trop au sérieux, Spike Lee aurait pu réaliser un film de cette trempe, empli d’un désir si intense de cinéma qu’il ne se prive d’aucune expérimentation, saute de genre en genre pour ne pas être réduit à une catégorie. Démarrant comme une gentillette comédie suburbaine entre potes fauchés, Sorry to Bother You glisse rapidement vers une satire corrosive, sans jamais perdre sa fantaisie ni sa capacité à se renouveler : le fantastique s’insinue à la Michel Gondry, comme une astuce esthétique, avant de devenir une composante de fond de l’intrigue. Raccrochez, c’est une horreur Se déploie alors une puissante fable métaphorique pour temps de crise généralisée ; une sorte d’extrapolation à peine dystopique de notre société capitaliste qui, après avoir réduit à la misère les prolétaires, trouve

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"Call Me By Your Name" : beaucoup de bruit pour rien

ECRANS | de Luca Guadagnino (Fr-It-ÉU-Bré, 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

Vincent Raymond | Lundi 26 février 2018

Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts… Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue, Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an – même Hugh Jackman a succombé à son charme. Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’on leur rappelle leur adolescence) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses, dont un façon Rupert Everett blond) ; au point que ressortir du film sans avoir Love My Way des Psyc

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"Free Fire" : trop de la balle

ECRANS | de Ben Wheatley (Fr.-G.-B., int.-12 ans, 1h30) avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer…

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA (l'armée républicaine irlandaise) et des trafiquants d’armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d’histoire d’honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c’est l’hallali… Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley (le vertigineux High-Rise en 2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c’est un jeu vidéo revu par Tex Avery. N’en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout même au générique en qualité de producteur exécutif, l’hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesa

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Panorama 2017 | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un mois de janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Lundi 2 janvier 2017

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Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas, voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par "l’émulation" : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça a tout de même un petit air de cour de récré, non ? À hauteur d'ados Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (ce mercredi 4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d’une ado redoublante, mal dans sa peau en fami

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