"Millénium : ce qui ne me tue pas" : dure à cuire (et tant mieux)

ECRANS | de Fede Alvarez (ÉU, avec avert, 1h57) avec Claire Foy, Sverrir Gudnason, Sylvia Hoeks…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Photo : ©2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH.jpg


Quand elle ne "corrige" pas les hommes trop violents avec leur épouse, Lisbeth Salander fait commerce de son génie du hacking. Or, l'une de ses missions va très mal tourner : il faut dire qu'elle a piraté la NSA pour récupérer un logiciel capable de déclencher le feu nucléaire… Extra-ordinaire à bien des égards, la saga littéraire Millénium a trouvé en David Lagercrantz un prolongateur zélé qui l'a développée autour de son atout majeur : le personnage de Salander. Moins lisse et plus intrigant que le héros théorique Mikael Blomkvist, la pirate tatouée et surdouée est, dans son genre, un fameux modèle féminin.

En inversant les rôles, c'est-à-dire en plaçant ici Lisbeth au premier plan et Blomkvist en force d'appoint, Millénium prendrait-il un virage féministe ? En apparence seulement : si on le soumet au test de Bechdel, on s'aperçoit vite que les rares femmes donnant la réplique (ou faisant face) à Lisbeth ont un homme au centre de leurs conversations – quand il ne niche pas dans leur passif commun. Voire, plus retors, qu'elles se substituent à des figures masculines sous leurs oripeaux féminins.

Sorti de ces considérations, d'un point de vue strictement spectatoriel, il s'agit d'un très honnête film d'action… qui fait regretter que David Fincher, qui avait réalisé en 2011 Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, n'ait pas poursuivi dans la série.


Millenium : Ce qui ne me tue pas

De Fede Alvarez (ÉU, 1h57) avec Claire Foy, Sverrir Gudnason...

De Fede Alvarez (ÉU, 1h57) avec Claire Foy, Sverrir Gudnason...

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Un nouveau volet de la saga emmenée par la hackeuse Lisbeth Salander.


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"First Man - le premier homme sur la Lune" : (presque) bon comme la Lune

ECRANS | de Damien Chazelle (ÉU, 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

De son entrée à la Nasa comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit "Mister Cool", un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects – n’est-il pas paradoxal de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le "Premier Homme" ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gosling sied à merveille pour figurer le non moins fameux flegme de l’astronaute, et le montrer dans ce qui fait sa banalité : sa dévotion mécanique à sa mission. Chazelle suggè

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"Borg/McEnroe" : le choc des titans

ECRANS | Le réalisateur danois Janus Metz Pedersen autopsie le parcours de deux totems du sport contemporain (le Suédois Björn Borg et l'Étatsunien John McEnroe) à l’occasion du non moins légendaire match les opposant en 1980 sur le green britannique. Trop de la balle pour mesurer en cinq sets la tragique gravité du tennis et sa haute cinégénie.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Wimbledon, 1980. Quadruple tenant du titre et n°1 mondial, Björn "Ice" Borg est défié en finale par son dauphin au classement ATP, un jeune Étasunien irascible réputé pour son comportement de voyou sur les courts. Contrairement aux apparences, les deux se ressemblent beaucoup… Si l’on parle volontiers du terrain de sport comme d’une arène ou d’un "théâtre", le court de tennis est, au même titre que le ring, apte à cristalliser des dramaturgies hautement cinématographiques. Quant à cette finale opposant Borg à McEnroe, elle va bien au-delà de l’épithète "anthologique" : le critique de cinéma Serge Daney écrivait que l’on touchait ici aux « beautés de la raison pure ». Deux reflets Le film ne se cantonne pas à une reconstitution méthodique du match épique. Sa réalisation rend justice à la grâce et la pugnacité des deux athlètes, sculptant par un montage acéré l’incomparable chorégraphie des échanges. Le bouillant Shia LaBeouf s’empare de la raquette de l’explosif gaucher avec un mimétisme raisonnable : nul autre que lui n’aurait été crédible dans ce rôle. Quant à son partenaire Sverrir Gudnason, il révèle un Borg au moins a

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"Don't Breathe - La maison des ténèbres" : la cave se rebiffe

ECRANS | de Fede Alvarez (E-U., 1h28, int.-16 ans) avec Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette…

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Quelle idée pourrie d’aller cambrioler un vétéran aveugle de la Guerre du Golfe, dont la rumeur prétend qu’il conserve 300 000 bons billets verts dans sa bicoque délabrée et isolée ! Mais pour la jeune Rocky et ses deux comparses, qui n’ont jamais dû voir de film d’horreur de leur triste existence, ce sera du gâteau. Un gâteau saignant… Le simple fait de voir Stephen Lang (le paranoïaque colonel Quaritch d’Avatar) en victime potentielle d’un trio de branquignoles met en alerte : les chances que ce mastard se fasse martyriser avec la même facilité que la frêle brindille Audrey Hepburn dans Seule dans la Nuit (1967) sont aussi élevées qu’il pleuve des frites. D’autant qu’il se révèle un bourreau particulièrement intéressant, façon ogre ou Barbe-Bleue ; un prédateur habile compensant par un instinct de survie animal (et de perpétuation de l’espèce) le sens lui faisant défaut. Et manifestant une compassion aussi terrifiante que celle du Berroyer ravisseur de Calvaire (2004). Si l’on ajoute que la lumière (élément

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The Best offer

ECRANS | Le réalisateur de "Cinema Paradiso" s’engouffre dans une production à visée culturelle internationale qui séduit par son storytelling efficace mais déçoit par son absence d’émotion et la sagesse compassée de sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

The Best offer

Production de prestige tournée en Anglais par un cinéaste italien "patrimonial" au possible – Giuseppe "Cinema Paradiso" Tornatore –, The Best offer possède un atout indéniable : son sens du storytelling extrêmement fluide et efficace. Un commissaire-priseur (Geoffrey Rush, symbole de ce cinéma international, culturel et chic depuis le triomphe du Discours d’un roi) aussi célèbre que misanthrope, est l’agent, avec son complice de toujours (papy Donald Sutherland, en balade européenne) d’une grande escroquerie visant à récupérer d’inestimables œuvres d’art pour les contempler seul dans une pièce secrète de sa maison. À la faveur d’une liquidation au sein d’une grande famille, il tombe amoureux d’une femme énigmatique, recluse et invisible, dépressive et phobique, qui va le pousser à sortir de ses habitudes et à se mettre en danger. Ce récit-là tient en haleine d’un bout à l’autre, notamment grâce à une série de twists brillamment orchestrés qui relancent sans cesse l’intérêt du spectateur. The Best offer

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Evil dead

ECRANS | Réalisé par un jeune cinéaste uruguayen plutôt doué, Fede Alvarez, et produit sous l’égide de son créateur Sam Raimi, ce remake est une bonne surprise, très fidèle et en même temps plein de libertés vis-à-vis de son modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 mai 2013

Evil dead

L’actualisation intensive du catalogue de l’horreur 70-80 continue, avec ses hauts (rares) et ses bas (nombreux). On va bientôt pouvoir faire le compte des films qui n’ont pas eu droit à leur remake, puis établir des classements, du plus infâmant (le direct to DVD, ce qui est arrivé à I spit on your grave, il faut dire assez pourrave) au plus malin (on pense à Aja, mais aussi à Rob Zombie et son vrai-faux remake d’Halloween). Où placer ce remake d’Evil dead, au demeurant très réussi ? Dans une case qui n’appartiendrait qu’à lui — mais qui ne serait pas loin de l’excellent La Dernière maison sur la gauche… En appelant à la réalisation un jeune cinéaste uruguayen, Fede Alvarez, Sam Raimi a eu l’intelligence de lui laisser les coudées franches pour proposer une relecture cohérente de son opera prima, quitte parfois à en prendre l’exact contre-pied. C’est d’abord cela qui frappe en voya

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