François Ozon : « Il n'y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Photo : ©2020_MANDARIN PRODUCTION_FOZ_France 2 CINÉMA_PLAYTIME PRODUCTION_SCOPE PICTURES


La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d'exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ?

François Ozon : Quand j'ai lu le livre, je n'étais pas encore cinéaste, c'est vrai, j'étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j'adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j'avais presque plus envie d'en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n'aurais pas été capable de raconter l'histoire. J'étais quasiment sûr d'ailleurs qu'un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s'en emparer et faire un teen movie à l'américaine. Mais ça c'est jamais fait. Quand j'en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd'hui, il m'a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l'adapter pendant toute cette période, sans succès.

Après Grâce à Dieu qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j'avais envie de revenir sur quelque chose de plus léger. Je suis retombé sur le bouquin, je l'ai lu et l'ai toujours autant aimé. Je me souvenais vraiment d'une histoire d'amour, mais avec le temps j'avais oublié le contexte familial, le contexte social, toute la réflexion sur l'écriture… Trente-cinq ans plus tard, je me suis dit qu'il était temps de se lancer dans une adaptation.

Il y a une dimension nostalgique mais pas mélancolique, c'est-à-dire que ce film reste solaire même s'il parle de la mort, et qu'il ne tombe jamais dans ce spleen accompagnant souvent les évocations du passé des auteurs…

Il y a quand même une nostalgie qui se crée, de par la situation actuelle, de par le Covid, de par le confinement… On voit tout à coup cette histoire comme une espèce de paradis perdu, vu que dans les années 1980, on avait le droit de faire plein de choses… Il faut se souvenir que les années 1980, c'est le sida, l'ultra-libéralisme, le monde du fric ; c'est pas des années extraordinaires. Mais c'est vrai que la patine du temps, en général, adoucit le passé.

Au début du film, le héros explique à son professeur qui lui demande si son devoir est documentaire ou une fiction, que c'est un mélange des deux. C'est aussi le cas pour vous ici ?

Oui, je pense que dans tout film il y a une part de soi. Après, quelle est la part de réalité… Ce film parle du pouvoir de la fiction, de la réinvention une histoire qu'on a vécue. À la fin, on comprend que toute l'histoire est racontée du point de vue d'Alex, et c'est plus ou moins le texte qu'il a écrit pour le juge et l'assistante sociale, et qu'il a revisité certaines choses.

Quels sont les éléments esthétiques permettant de recréer l'atmosphère des années 1980 ?

La première chose, c'est d'être en pellicule. C'est vraiment important.

Dès qu'on fait un film d'époque, la pellicule est plus adaptée. Frantz ou même Potiche ont été tournés en pellicule.

Je trouve que l'image est vraiment différente ; c'est plus doux, les couleurs sont plus saturées… Il y a quelque chose qui nous ramène dans le passé. On est tellement habitués aujourd'hui au numérique, au côté très clinique, très froid, uniforme de l'image, je trouve que la pellicule apporte un grain — même un peu du flou d'ailleurs. On avait un peu peur au début, parce que tous les plans larges nous paraissaient complètement flous, par rapport à l'image que l'on voit aujourd'hui en numérique, où tout a un magnifique piqué et une grande profondeur de champ. Ça nous a donc fait travailler l'image différemment, mais permis de mieux replonger dans l'époque. Et puis pour les poses, c'est sensuel : vous avez des textures de la peau, le grain… Vous voyez l'acteur qui rougit. En numérique, on le sent pas trop, en général…

C'est aussi lié au Super 16…

Oui, c'est vrai qu'aujourd'hui, on arrive presque à retrouver la texture du 35mm avec le numérique — pas complètement, mais en travaillant bien, en mettant de vieilles optiques, on y arrive à peu près. Mais le Super 16, c'est vraiment quelque chose qu'on ne peut pas faire en numérique.

Pourquoi avoir fait appel de Jean-Benoît Dunckel, de Air pour la musique ?

Je cherchais quelqu'un qui fasse un son qui sonne un peu “années 1980”, et le groupe Air a été justement très influencé par cette époque — ils sont de la même génération que moi. Et je suis tombé sur une interview de Jean-Benoît Dunckel à qui l'on demandait le tube de son enfance. Il a dit cette chanson improbable, Star de la pub, en développant de manière très sérieuse sur le fait que ce morceau était bien produit. Tout à coup, ça a été un flash : je me suis souvenu de ce tube que j'écoutais et aimais aussi en tant qu'ado. Je l'ai donc contacté, on s'est très bien entendus et il a travaillé sur le film.

C'est diabolique, ce truc…

Stars de la pub ? Oui ! Les Russes en ont fait une version, que Félix m'a envoyée. Vous verrez sur YouTube, c'est très spécial…

Dans la bande-orginale, il y a d'autres époques convoquées avec Sailing de Rod Steward…

C'est les années 1970. En fait, je me suis raconté que c'était peut-être la musique du père de David, qui est mort ; qu'il écoutait peut-être ces morceaux. Et la chanson correspondait vraiment à l'histoire.

Et la chanson de The Cure, In Between Days, qui ouvre le film a indirectement donné son nom définitif au film ?

Il s'appelait Été 84 : c'était l'été de mes 17 ans, je trouvais que c'était plus sexy, 84 ; ça sonnait mieux, c'était plus rond. Et puis c'était une allusion à Un été 42, de Robert Mulligan. Au moment du montage, c'était évident que j'allais utiliser le morceau In Between Days, donc on l'a demandé. Robert Smith a dit : « j'aurais bien aimé vous le vendre, mais c'est impossible parce que le morceau est sorti en 85. » Donc là, grand drame, grande discussion avec les producteurs, et donc

j'écris une belle lettre à Robert Smith, en disant que j'étais fan depuis toujours, et que j'étais prêt à changer le titre du film s'il acceptait. On en a profité pour négocier le prix, et ça a marché (rires).

Il a répondu, il a dit ok, et donc le film s'appelle Été 85. 85, ça m'embêtait quand même un peu parce que c'est l'année de la mort de Rock Hudson et que le sida commençait à être vraiment médiatisé.

Félix Lefebre et Benjamin Voisin expliquent avoir effectué un travail de préparation durant trois à quatre mois avant le tournage. Comment intervenez-vous durant cette période : les laissez-vous libres ou leur donnez-vous des instructions de loin en loin?

Je pense qu'il n'y a pas une manière pour diriger les acteurs : il faut s'adapter à chacun. Entre Félix et Benjamin, c'était très différent. Félix, je pense, avait besoin d'être nourri. Je lui ai donc demandé de regarder des films, de lire L'Attrape-coeur de Salinger… Il avait besoin de se plonger dans cette époque. Il s'est donc plongé dans les tubes qu'écoutait sa mère dans les années 1980, c'est lui qui m'a reparlé de Sailing… Il voulait voir des films, donc je lui ai dit de voir ceux qu'il aurait pu voir à l'époque, La Boum par exemple, que Benjamin n'avait pas vu non plus. Je leur ai aussi dit de regarder Un été 42, Stand by me, My Own private Idaho — c'est des années 1990, mais pour la relation entre les deux garçons… Quant à Benjamin, il avait plus besoin de comprendre mes intentions, je pense. Il était davantage sur la mise en scène, sur la psychologie de David, sur comment il devait être, se comporter et développer cette emprise, créer ce charisme. Ça a aussi été un travail physique, car je lui ai demandé de faire du sport pour se développer un peu…

Vous retrouvez aussi Melvil Poupaud.

C'était aussi un clin d'oeil, après Grâce à Dieu, après le rôle qu'il a joué, il est ici un prof un peu ambigu. Il s'est beaucoup amusé à ça — c'était assez drôle, on a fait plusieurs versions des scènes, mais c'est assez sobre au finale. Ce qui m'intéressait, c'est d'avoir la transmission. Après, c'est vrai qu'il y a une part de séduction dans la transmission : on a tous eu des professeurs que l'on a particulièrement aimés, et avec qui il y a une attirance. Après il n'y a pas forcément le passage à l'acte. C'est de l'ordre du fantasme. Je pense que le désir est utile dans la transmission. Moi, j'avais une prof d'allemand très sexy, elle avait un truc, j'aimais bien l'écouter… J'aurais peut-être été moins bon si ça avait été un vieux ronchon (rires).

À quel moment avez-vous avez choisi les mères de vos personnages?

Isabelle Nanty, qui joue la mère d'Alex, j'ai quasiment pensé tout de suite à elle, c'était un peu évident. C'est une actrice que j'aime beaucoup, et je trouvais que ça pouvait marcher avec Félix, donc j'ai été ravi qu'elle accepte de jouer dans le film.

J'ai lu une critique qui disait : « Ozon est plus inspiré par Les Tuche que par Jeanne Dielman», tout ça parce qu'à un moment, je fais éplucher des pommes de terre à Isabelle Nanty… Sauf que moi, j'ai jamais vu Les Tuche !

J'ai fait une référence aux Tuche sans le vouloir, pourquoi pas ? Et puis Valeria Bruni Tedeschi, il fallait une actrice un peu dingue, et elle était parfaite pour jouer le rôle, parce qu'elle peut être à la fois très drôle et en même temps tragique, elle a toutes ces facettes. Et puis elle était parfaite pour jouer cette ambiguïté de mère un peu incestueuse. Félix a été un peu perturbé par cette scène ou elle lui baisse le pantalon (rires)

Et pour l'interprète de Kate, la jeune fille au pair anglaise décisive pour le récit ?

Dans le bouquin, qui est anglais, elle était norvégienne. Je l'ai voulue anglaise parce qu'à cette époque, on était très focalisés sur la culture anglaise. Il y avait quelque chose de très exotique : on allait en week-end à Londres en bateau, j'écoutais beaucoup de New Wave anglaise et puis il y avait ce fantasme de la petite anglaise plus dégourdie que la petite française. On a envoyé des scènes à plusieurs écoles de théâtre à Londres, et Philippine Velge (qui est en fait américano-belge-anglaise) m'a envoyé une scène. Elle parlait bien français et était charmante. Je ne l'imaginais pas forcément comme ça au départ, mais j'ai aimé ce côté un peu Jean Seberg, avec les cheveux courts.

Été 85 traite de l'homosexualité, mais sur un mode plus léger que certains films récents tels que Call me by your Name…

Si le livre m'avait plu à l'époque, c'est que justement c'était pas problématisé. C'est une histoire d'amour universelle, finalement, que ce soit deux garçons, un garçon et une fille ou deux filles, n'aurait pas changé grand-chose. C'est ça que j'ai aimé, il y a quelque chose de très naturel, de très pur dans cette histoire d'amour.

Quand je réfléchis aux représentations de l'homosexualité de l'époque, les films que je voyais c'était L'Homme blessé de Patrice Chéreau, Querelle, Maurice de James Ivory, Another Country et bon Les Nuits fauves, c'est après… C'était toujours de très beaux films, mais des films qui liaient toujours l'homosexualité à la transgression, à la douleur, à quelque chose de compliqué, qui correspondait à l'état de la société à l'époque. Et puis après, il y a eu le sida, et la vision s'est encore obscurcie. J'avais donc envie d'en parler de manière beaucoup plus légère. Mais c'est vrai que

les jeunes gays d'aujourd'hui ont beaucoup plus de représentations positives que ce que nous pouvions avoir à l'époque, souvent liées au malheur et à la transgression.

Une robe d'été, je l'avais fait un peu comme ce film : en réaction à l'époque. Parce que c'était dans les années 1990, où la communauté gay était extrêmement touchée par le sida, par la mort, et j'avais envie de montrer des relations sexuelles de manière très légère, protégées, puisqu'il y avait des préservatifs. et montrer que c'était toujours possible d'avoir une vie amoureuse et sexuelle libre. Donc c'était aussi en réaction à l'époque.

Une robe d'été parlait plus d'un éveil à la sexualité. Là, je dirais que c'est plus un éveil à l'amour, aux sentiments. Le film est vraiment raconté du point de vue d'Alex, qui est dans une vision très romantique de l'amour — ça m'a plus cette histoire racontant la confrontation de deux conceptions de l'amour. Dans la scène de rupture, qui est pour moi une très belle scène que j'ai presque gardée telle qu'elle vient du livre, il y a la conception amoureuse passionnelle d'Alex qui idéalise l'autre, et celle de David, beaucoup plus mûre, qui a déjà compris, qui a déjà vécu, qui est peut-être dans une vision un peu plus cynique de la relation amoureuse — en tout cas, de liberté. Le film est plus raconté du point de vue des sentiments que de la sexualité.

Ce n'est pas par hasard si ici je reste derrière la porte quand ils ont leur première nuit d'amour. Dans Une robe d'été, je passe la porte, on voit tout. Ce sont deux optiques différentes.

Là c'était important de raconter le film du point de vue de cet adolescent, avec ce côté un peu naïf et même innocent qu'il peut avoir sur les sentiments. J'ai vraiment fait le film en pensant à l'adolescent que j'étais à 17 ans, à quel film j'aurais voulu voir à cette époque ; je sais pas si les adolescents d'aujourd'hui vont être touchés, on va voir… Je pense que c'est aussi un film sur l'adolescence. Quand l'on est jeune, quand on a notre première fois, on est dans une forme d'idéalisation. On a été éduqués — surtout les jeunes filles — avec l'idée d'un prince charmant ou d'une princesse charmante. Mais quand on est confrontés au réel, on se rend compte que les choses sont un peu plus compliquées…

Avez-vous déjà au moins un autre projet ?

Oui, il y en a un. Il n'y a toujours qu'un seul projet ; je ne fais pas deux films à la fois. J'ai besoin d'en terminer un pour partir sur autre chose. Je peux dire qu'il y a un petit lien avec ce film, puisque l'actrice qui jouera est plus ou moins citée : c'est Sophie Marceau — [Tout s'est bien passé, adaptation du récit d'Emmanuèle Bernheim, NDLR]

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Une Sitcom gore et trash

ECRANS | Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d’en face, festival (...)

Christophe Chabert | Lundi 31 mars 2014

Une Sitcom gore et trash

Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d’en face, festival international du film gay et lesbien de Grenoble – qui en profite pour anticiper le lancement de sa 14e édition, dont on reparlera la semaine prochaine. Notre choix s'est porté sur Sitcom, premier long-métrage de François Ozon sorti en 1998. Les Grenoblois connaissaient déjà le nom du réalisateur puisqu’il avait réussi l’exploit – unique, pour l’instant – de rafler deux années de suite le grand prix du festival du court avec La Petite mort et Une robe d’été. Après un moyen-métrage provoquant et polanskien (Regarde la mer), Ozon faisait une entrée fracassante dans la cour des grands avec cet ovni cinématographique. Détournant l’esthétique des sitcoms façon AB Productions qui à l’époque faisaient florès sur TF1, le réalisateur décrit une famille de bourgeois bien sous tous rapports – père ingénieur, mère au foyer, enfants sages comme des images et très propres sur eux. Il suffit que le paternel ramène un rat blanc dans leur pavillon pour que tout se détraque : co

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Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

ECRANS | La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 21 mars 2014

Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le Club. Au programme, quelques films alléchants qu’on va s’empresser de voir avant leur diffusion pour vous en causer en temps voulu. À noter que le festival organise aussi, comme chaque année, des séances avant et après l’événement. Avec notamment, le lundi 7 avril au Club, la projection de Sitcom, l’excellent premier film de François Ozon sorti en 1998. Un choix qui vient de nous, cette projo étant organisée dans le cadre des 20 ans du journal. Merci Vues d'en face!

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« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

ECRANS | Rencontre avec François Ozon, réalisateur de "Jeune & Jolie", quatorzième long-métrage d’une œuvre qui se réinvente sans cesse, inégale mais toujours surprenante. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

Dans vos derniers films, vous vous aventuriez vers des choses inédites chez vous. Dans Jeune & Jolie, vous reprenez les choses là où vous les avez laissées avec 5X2 : un concept très fort, la question du désir qui redevient centrale…François Ozon : L’envie première était de reparler de l’adolescence. Je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé de l’adolescence depuis Sous le sable, qui est un film important car c’est là que j’ai rencontré Charlotte Rampling. J’ai ensuite fait beaucoup de films avec des personnages nettement plus matures, et le fait de travailler avec les deux jeunes acteurs de Dans la maison m’a donné envie de retourner vers l’adolescence. Je ne pense pas tellement à mes films d’avant, mais disons que ça me ramenait à mes premiers courts-métrages. Je pouvais reparler de l’adolescence et du désir adolescent mais avec mon regard d’aujourd’hui, une distance que je n’avais pas à l’époque. Chaque film est un peu une expérimentation, je voulais voir ce que ça donnerait. Sur le côté formel, oui,

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, 16 ans – prometteuse Marine Vacth, sorte de Laetitia Casta en moins voluptueuse –, retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements, Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repère des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste. Et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’évidence frondeuse avec laquelle elle découvre son désir qui l’intéresse, et qu’il filme sans pincette par

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Début octobre dans la maison Ozon

ECRANS | Pendant longtemps, François Ozon se méfiait de la presse, des interviews et de la nécessité d’expliquer ses films. Depuis "Potiche", on le sent plus détendu, plus sûr de lui et prêt à rentrer dans les méandres de son œuvre avec humour et malice. La preuve avec cet entretien. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Début octobre dans la maison Ozon

On se dit en voyant Dans la maison que c’est le film où vous répondez le plus ouvertement aux reproches adressés à votre cinéma mais aussi où vous le définissez par rapport à la littérature, comme une théorie de votre pratique…François Ozon : Au départ, c’est une pièce de théâtre, ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Mais quand on fait une adaptation, c’est qu’on s’y retrouve, qu’il y a des choses qui vous plaisent. Ce qui m’a plus, c’est la relation prof-élève et que ce ne soit pas dans un seul sens, qu’il y ait une interactivité, que le gamin apporte autant au prof que le prof au gamin, cette idée de la transmission. Quant à répondre exactement à ce qu’on me reproche, c’est vous qui le dites, je ne l’ai pas théorisé. Il y a quand même des dialogues qui évoquent le fait d’aimer ses personnages ou de les regarder de haut…Ah ! Ce qui m’amusait dans tous ces trucs théoriques que dit le prof, c’est que ça me rappelait ces gens qui veulent donner des cours sur le scénario, ces théoriciens venus des États-Unis. Je lis ça et je n’arrive jamais à rentrer dans ce moule, cette méthode. Je sais que ce sont des co

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison de l’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des « femmes de la classe moyenne » (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement – et

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Pour quelques courts de plus

ECRANS | Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de (...)

François Cau | Lundi 19 décembre 2011

Pour quelques courts de plus

Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de pilotage regroupant une flopée de structures audiovisuelles nationales encourage les volontaires à travers le pays à organiser des événements liés à la diffusion de courts-métrages. Sur Grenoble, deux établissements ont répondu présents et se sont même fédérés pour l’occasion : la Cinémathèque et le Magasin, Centre National d’Art Contemporain. La première, fer de lance local de la promotion de cette discipline cinématographique, proposera toute la journée un programme constitué de lauréats de son Festival du Court-Métrage en Plein Air, de trésors issus de son fonds (ne manquez pas Une robe d’été de François Ozon et L’Amour existe de Maurice Pialat), et conclura sa sélection par une série de films érotiques “historiques“, dont le légendaire Sœur Vaseline (1925). Le Magasin accueillera quant à lui, sur présentation du ticket d’accès aux expositions, une sélection de courts choisis par la Cinémathèque, puis projettera les films des artistes retenus pour son Exposition de Noël.FC Le jour le plus court, mercredi 2

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Les amants éternels du cinéma français

ECRANS | Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent (...)

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Les amants éternels du cinéma français

Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent arriver sur l’écran avec le passé de leurs rôles précédents (Jérémie Rénier dans Les Amants criminels, Jeanne Moreau dans Le Temps qui reste, etc.). Dans Potiche, il reforme le couple mythique Catherine Deneuve / Gérard Depardieu, sept films ensemble en trente ans. Deneuve le fait justement remarquer, elle n’a jamais été que l’amante de Depardieu, jamais sa femme à l’écran ; c’est donc un couple illégitime marqué par un décalage initial qui empêche l’accomplissement de la romance. Dans Le Dernier métro (1980), Truffaut fait de Deneuve une comédienne populaire qui devient par la force des choses le lien entre son mari juif caché dans la cave du théâtre pendant l’occupation et le monde extérieur. Depardieu, lui, est un jeune acteur qui doit être son partenaire à la scène et devient son amant en coulisses. Deneuve est alors une star ; Depardieu est en passe de l’être et le film se nourrit de ce décalage de notoriété en le reproduisant à l’écran. Corneau dans Le Choix de

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«Fidèle à la réalité»

ECRANS | Entretien / François Ozon, réalisateur de Potiche. Propos recueillis par CC

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

«Fidèle à la réalité»

Petit Bulletin : Potiche a ceci de nouveau dans votre œuvre : il parle frontalement de politique…François Ozon : C’est venu naturellement de la pièce originale que je connaissais depuis l’époque où j’avais tourné 8 femmes. Ce qui a déclenché mon envie de l’adapter, c’est la campagne présidentielle de 2007, où une vraie misogynie s’est déchaînée de la part des hommes politiques, y compris dans le camp socialiste, mais aussi des femmes, envers Ségolène Royal. À cette occasion, j’ai relu la pièce, et je l’ai trouvée très actuelle. Dans le même temps, j’ai reçu une proposition de mes producteurs, Mandarin, pour tourner un film sur Nicolas Sarkozy. Ça ne me branchait pas tellement. À la place, je leur ai proposé Potiche en leur disant que c’était aussi un film politique. Mais ils ne s’attendaient pas à ce que ce soit une comédie ! 8 femmes était aussi l’adaptation d’une pièce de théâtre populaire, mais Potiche est moins théâtral, plus aéré…8 femmes était un whodunit à la théâtralité assumée, un huis clos que j’avais tiré vers une réflexion sur les actrices. Potiche est plus au premier degré, il était important de

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Politique de la potiche

ECRANS | Cinéma / Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy, pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Politique de la potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes (5X2, Le Temps qui reste) mais en a raté à peu près autant (Swimming Pool, Le Refuge) ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur Les Amants criminels au romanesque neurasthénique d’Angel ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme 8 femmes, mais aussi une bonne claque comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Potiche rajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon (Le Refuge) ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon 8 femmes ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial Sitcom. Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si Potiche est avant tout un excellent divertissem

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Le Refuge

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy…

François Cau | Jeudi 21 janvier 2010

Le Refuge

Le Refuge plonge tête la première dans ce qui guette le cinéma de François Ozon : son côté Patrice Leconte auteuriste où un film=une idée+un casting. C’était le cas de Swimming pool, son plus mauvais film à ce jour, ça l’est encore plus ici car Ozon y rajoute une donnée intenable : un discours sournoisement planqué derrière son récit. Soit un couple de junkies ; le mec (Melvil Poupaud) meurt et la fille (Isabelle Carré) tombe enceinte. Elle trouve refuge dans une maison au bord de l’océan, où le frère gay de son amant la rejoint. Elle décide de garder l’enfant, et découvre dans ce frère en rupture avec sa famille bourgeoise un père de substitution possible. La fin viendra enfoncer le clou : oui, les homos peuvent être d’excellents pères, meilleurs que certains hétéros. Soit. Mais la démission totale de Ozon en tant que scénariste (le film n’est qu’accumulation de dialogues dignes de Plus belle la vie) et cinéaste (il n’y a rien à regarder dans les plans, plats comme un téléfilm) donne le sentiment que Le Refuge n’est qu’un prétexte pour un futur débat sur la question.CC

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

François Cau | Vendredi 6 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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