"Graffuturisme" : retour vers le futurisme par Robert Proch et Augustine Kofie

Exposition | Le Vog expose deux représentants majeurs d’un courant du street art dont les compositions géométriques dynamiques puisent leurs références dans le mouvement futuriste vieux d’un siècle. Des œuvres qui, visuellement, bastonnent grave !

Benjamin Bardinet | Lundi 3 juin 2019

En pénétrant dans le centre d'art le Vog, le choc est intense : les deux toiles imposantes du Polonais Robert Proch proposent d'emblée des visions hallucinées combinant formes géométriques et personnages figuratifs. Dans la première, quelques humains désœuvrés semblent aspirés par une perspective constituée de formes géométriques aux couleurs flashy, tandis que dans la seconde, le traitement pictural donne l'impression qu'une femme assise opère une translation dans l'image, laissant, en plusieurs endroits, sa trace à la surface de la toile.

Ce procédé évoque les études chronophotographiques du scientifique Étienne-Jules Marey dont les futuristes, début du XXe siècle, raffolaient. En retranscrivant les étapes d'un mouvement, l'image fixe devient alors un condensé de temporalités multiples, faisant ainsi écho à l'accélération caractéristique du monde moderne dont la vitesse était, pour les futuristes, une forme de beauté nouvelle.

Encore un peu de Kofie ?

Mais ce n'est pas tout. Présenté aux côtés de Robert Proch, Augustine Kofie (dont on connaît bien le style dans l'agglo comme le Street Art Fest Grenoble Alpes l'avait invité en 2016 pour réaliser une gigantesque fresque à la Villeneuve) est, lui aussi, fortement influencé par la dynamique de certaines compositions futuristes. Pour ses petits formats abstraits, l'Américain combine le vocabulaire formel géométrique anguleux qui le caractérise à un savant mixe de techniques – traits de stylo incisifs, projections, touches picturales nerveuses et collages de documents variés (papiers millimétrés, manuels d'instructions, écrits dactylographiés). Soit autant de textures à l'aspect rétro qui témoignent d'un art nostalgique d'une esthétique obsolète.

Bref, plus d'un siècle après sa création, le futurisme nourrit encore l'imaginaire des jeunes artistes qui viennent de la rue, c'est dire s'il était d'avant-garde ! Cela dit, ce mouvement artistique voulait en finir avec les musées et l'art bourgeois : c'est quand même un comble que les artistes street art empruntent certains de ses aspects formels pour entrer dans une galerie !

Graffuturisme
Au Vog (Fontaine) jusqu'au samedi 6 juillet
Dans le cadre du Street Art Fest Grenoble Alpes


Graffuturisme

De Robert Proch à Augustine Kofie
Le VOG 10 avenue Aristide Briand Fontaine
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Abstract street art" : street art en cage à Spacejunk

Exposition | La nouvelle exposition collective de Spacejunk présente le travail de huit artistes convoquant l'art abstrait dans leurs œuvres. Visite guidée.

Benjamin Bardinet | Mardi 18 septembre 2018

Les œuvres rassemblées par Spacejunk dans l'exposition collective Abstract street art témoignent autant de la diversité des pratiques non figuratives du street art que de la façon dont ce mouvement a assimilé et réinvesti les grands courants picturaux du XXe siècle. Citons par exemple Sowat, qui réalise un all-over dans la lignée des peintres expressionnistes abstraits ; LX One, qui lui flirte avec l'art optique ; ou encore Augustine Kofie, qui revisite l'abstraction dynamique des compositions futuristes. Quant aux figures historiques du graffiti que sont Futura et JonOne, ils travaillent tous deux une sorte d'écriture automatique : légère et fébrile pour le premier, nerveuse et affirmée pour le second. Bref, du beau monde et de belles pièces. On regrette toutefois que l’exiguïté de l'espace d'exposition ne permette pas toujours de prendre le recul nécessaire afin de les apprécier au mieux ; d'autant plus que, quand on a idée de l'ampleur des interventions dans l'espace urbain que peuvent produire ces artistes, leurs œuvres sur toile donnent tout de même un pe

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Zoom sur quinze fresques street art emblématiques de Grenoble et de son agglo

ESCAPADES | « Au bout de chaque rue, une fresque » aurait pu écrire Stendhal s'il arpentait aujourd'hui l’agglomération grenobloise. La preuve avec cet article illustré.

Alice Colmart | Jeudi 5 juillet 2018

Zoom sur quinze fresques street art emblématiques de Grenoble et de son agglo

Grâce au Grenoble Street Art Fest dont la quatrième édition vient de se terminer (elle a eu lieu tout le mois de juin), quelque 130 fresques habillent les murs de Grenoble, Fontaine, Pont-de-Claix et Saint-Martin-d’Hères, faisant ainsi la réputation du territoire en matière d’art urbain – la presse nationale s’en donne d’ailleurs à cœur joie chaque année. Difficile donc pour Jérome Catz, directeur de l’événement et du centre d’art Spacejunk, de choisir les plus emblématiques. « Sans émettre de classification », il a fini par sélectionner avec nous quinze œuvres. On a alors suivi un parcours nous menant sur les pas de l’incontournable street artist grenoblois Snek, du Toulousain Veks Van Hillik qui puise son inspiration dans la nature ou encore de références internationales comme l’Américain Augustine Kofie, père fondateur du graffuturisme, et le Londonien Anthony Lister, connu pour ses œuvres faussement négligées.

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