"Le Fils" : si maman si ; si seulement

Théâtre | Critique du spectacle de David Gauchard à voir vendredi 19 novembre à Eybens.

Aurélien Martinez | Mardi 16 novembre 2021

Photo : Thierry Laporte


Il était une fois une famille catholique de l'Ouest de la France, que l'on pourrait classer du côté de la petite bourgeoisie. Il était une fois une mère qui, progressivement, va embrasser la cause des traditionalistes. C'est l'époque du vote de la loi dite du mariage pour tous, et de ces manifestants bien décidés à ce que cette, selon eux, « menace contre la famille » ne soit pas adoptée. C'est, surtout, l'époque où des gamins étaient traînés dans les cortèges pour scander des slogans du type « un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants ». Leur a-t-on demandé, à eux, ce qu'ils en pensaient vraiment de tout ça ?

Avec Le Fils, l'autrice Marine Bachelot Nguyen a construit un texte fort (quoiqu'un brin balisé) sur une mère aveuglée par son combat. En jouant autant sur le "je" que sur une parole plus extérieure à la troisième personne du singulier, elle a offert à la comédienne Emmanuelle Hiron la possibilité d'incarner avec recul cette militante sur le tard. Son monologue captive alors pendant une heure, notamment grâce au travail sobre du metteur en scène David Gauchard – qui, pour la petite histoire, a commandé ce récit à l'autrice après avoir croisé, en 2011, une manifestation de catholiques intégristes contre le spectacle Sur le concept du visage du fils de Roméo Castellucci. En découle une pièce qui parle avec tact d'aujourd'hui, sans accabler son personnage principal. La fin n'en est que plus violente.

Le Fils vendredi 19 novembre à 20h à l'Odyssée, Eybens


Le Fils

Récit d'un glissement idéologique vers l'intégrisme religieux.
L'Odyssée 89 avenue Jean Jaurès Eybens
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Fils" : la fabrique russe des petits soldats

ECRANS | D'Alexander Abaturov (Rus-Fr, 1h11) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre, l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexander Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’était leur marinière rouge, ils pourraient être les bidasses du Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats "pour de rire" (avec pommettes en charpie et nez explosé), les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, le documentariste glisse des instants de la vie des parents orphelins de Dima, trompant leur pe

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Festival Regards croisés : silence, on lit

Théâtre | C’est parti pour la 18e édition du festival Regards croisés consacré aux nouvelles écritures théâtrales. Rendez-vous au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas de Grenoble pour, pendant une semaine, découvrir le théâtre qui s’écrit aujourd’hui.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 mai 2018

Festival Regards croisés : silence, on lit

Le théâtre, ce n’est pas que des auteurs morts depuis bien longtemps : une accroche d’article que l’on a dû utiliser au moins 1258 fois depuis la création du Petit Bulletin, mais qui fonctionne à chaque fois pour expliquer l’activité du collectif grenoblois Troisième bureau. Et, surtout, de son festival Regards croisés en place depuis 2001. Soit, pendant une semaine, des lectures de textes contemporains de théâtre par des comédiens et comédiennes professionnels devant un public et les auteurs et autrices sélectionnés venus de pays francophones et d’ailleurs (d’où la présence de traducteurs et traductrices). Chaque année, les spectateurs se confrontent ainsi à une langue on ne peut plus vivante, et découvrent en avant-première des œuvres que l’on pourra peut-être, dans quelque temps, retrouver sur les planches. La sélection de cette édition est, comme à chaque fois, variée, mêlant pièces courtes et longues, univers contemporains ou plus fantastiques, écritures au plus près du réel

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Leçon d'Histoire avec "Nuit et Brouillard" et "Le Fils de Saul"

ECRANS | Jeudi 1er février, la Cinémathèque de Grenoble propose une soirée pour dire l'horreur des camps de la mort.

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Leçon d'Histoire avec

La voix aigrelette et froidement monocorde de Michel Bouquet pour parler de l'indicible. Pour dire l'innommable des camps de la mort, à travers les mots sobres du poète et romancier Jean Cayrol accompagnant un mélange d’images d’archives et de ruines. Des ruines filmées après la catastrophe, dévorées par l'abandon, gagnées par la végétation et surtout hantées par l'absence de celles et de ceux qui furent ici, avec une barbarie méthodique, exterminés. Court-métrage au minimalisme glaçant, Nuit et brouillard (1956) d'Alain Resnais est une leçon d'Histoire marquante, autant que d'éthique cinématographique : l'évocation convoque l'horreur, sans qu'il soit "nécessaire" de recourir à l'obscénité de la monstration. Dix ans après la révélation au monde entier stupéfait de l’existence des usines de mort nazies, ce film constitue le socle d’un traitement réfléchi et digne d’une des pires ignominies jamais accomplies. Ainsi qu’un pense-bête moral à l’attention des mémoires défaillantes – il fut ainsi diffusé sur toutes chaînes de télévision en 1990 après la profanation du cimetière juif de Carpentras. La Cinémathèque le projette dans le cadre d

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Philippe Lioret : « J’avais besoin de faire un film solaire »

Interview | Apaisé et souriant, le réalisateur aborde avec confiance la sortie de son film franco-québécois "Le Fils de Jean".

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Philippe Lioret : « J’avais besoin de faire un film solaire »

Comment vous-êtes vous libéré du livre original de Jean-Paul Dubois ? Philippe Lioret : Cela m’a pris beaucoup de temps de réflexion, de maturation… Je l’ai lu il y a une dizaine d'années : je l’ai trouvé formidable. C’est un grand livre habité. En cinéaste, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander comment "l’emmener" au cinéma, mais il me semblait qu’il n’y avait rien à faire avec ses voix intérieures permanentes. J’ai fait d’autres films sans jamais l’oublier et, doucement, je me suis mis à me re-raconter l’histoire, bizarrement devenue très personnelle. En le relisant, j’ai constaté qu’il n’avait plus rien à voir avec ce que je pensais en faire : des mots-clés restaient (Canada, père, fratrie), mais tout avait changé. J’ai racheté les droits du livre (même si je n’en avais plus besoin légalement) parce qu’il m’avait inspiré, et j’ai envoyé mon scénario à Jean-Paul Dubois. Il m’a répondu ce truc très rigolo : « Ah oui, c’est bien… Fai

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"Le Fils de Jean" : Philippe Lioret va bien, ne vous en faites pas

ECRANS | Philippe Lioret renoue ici avec le drame sensible en milieu familial qui lui avait fait signer sa plus grande réussite, "Je vais bien ne t’en fais pas". Une heureuse décision, soutenue par une paire d’acteurs qu’il ferait bien d’adopter : Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Dire que Philippe Lioret s’offre une manière de résurrection avec ce film où un fils part à la rencontre du fantôme de son père naturel ne manque pas de sel. Le réalisateur a surtout clos une parenthèse engagée ouverte par Welcome et devenue franchement boiteuse avec Toutes nos envies, l’adaptation démembrée du récit d’Emmanuel Carrère. Quittant la chronique de la misère sociale et le mélo-chimio, il a isolé dans un roman de Jean-Paul Dubois une graine que son inspiration a su faire joliment germer. L’histoire d’un secret de naissance qu’il a eu la décence d’aborder avec tact, plutôt qu’en visant l’œil de cette pleurnicharde de Margot. Ainsi, dans Le Fils de Jean, il place ses personnage à la lisière des émotions et des mots supe

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Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr./Bel., 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige en effet de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection – au risque de créer des impressions (fautives) de mauvaises liaisons en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classique et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs – au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph.

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"Inuk", douce froideur signée David Gauchard

SCENES | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits (dès 7 ans) et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 31 mars 2016

C’est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L’unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise – à Kangiqsujuaq, porte d’entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec. Oui, ça craque et ça part en lambeaux comme la planète se réchauffe. Il était ainsi impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer la catastrophe climatique actuelle, non par démagogie (inexistante ici) mais plus sûrement par simple conscience. Sans didactisme, le texte relatif à cette question n’apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu’ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s’échapper un son d’une justesse absolue. Gauchard a, par ailleurs, également su instaurer les sensations de froid et d’hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages, personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires. Fondre devant l’inconnu Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s’enchaî

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Le Fils de Saul

ECRANS | Comment raconter une tragédie intime au sein de l’une des plus immenses et indicibles tragédies de l’histoire humaine (la Shoah) ? László Nemes s’y risque dans son premier long métrage. Grand Prix à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Le Fils de Saul

Représenter la Shoah figure parmi les pires casse-dents pour un artiste, en particulier au cinéma. Trop peu montrer la réalité des camps d’extermination, c’est risquer d’en minorer l’abomination, voire de la nier à force de prendre des précautions : il faut avoir le sens de la symbolique comme Costa-Gavras dans Amen et être capable d’activer un hors-champ suffisamment puissant pour faire comprendre par l’absence ou à travers les réactions des observateurs directs, ce que la monstruosité provoque. Mais trop montrer, c’est encourir l’obscénité et la spectacularisation de l’horreur – soit sa banalisation. Pendant près de trois quarts de siècle, les cinéastes ont rivalisé d’acrobaties éthiques pour parvenir à une mise en image digne dans des films à vocation historique. Peut-être parce qu’il appartient à une toute jeune génération, bien à distance des faits (il a 38 ans), László Nemes ose se servir de ce contexte douloureusement sacré pour y installer une fiction – qui n’a rien d’anodine. Membre des Sonderkommandos (ces détenus en sursis chargés de "l’entretien" des fours crématoires d’Auschwitz), Saul reconnaît son fils parmi les corps qu’il doit brûler. Avec obs

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Cannes 2015 : une compétition la tête à l’envers

ECRANS | Entre déceptions, ratages et réussites inattendues, la compétition du 68e festival de Cannes est, à mi-parcours, encore difficile à cerner, le renouvellement souhaité n’ayant pas toujours porté ses fruits. Mais on peut déjà en dégager deux films majeurs : "Le Fils de Saul" de László Nemes et "Carol" de Todd Haynes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Cannes 2015 : une compétition la tête à l’envers

En laissant à la porte de la compétition quelques très grands auteurs contemporains (Arnaud Desplechin, Apichatpong Weerasethakul – dont on s’apprête à découvrir le nouveau film) pour faire de la place à des cinéastes encore jeunes et parfois novices dans la "top list" du festival, Thierry Frémaux avait pris le risque assumé de surprendre. À mi-parcours, on ne se hasardera pas à faire de généralités, ni même à lancer de grandes phrases définitives sur la réussite d’une telle position, car chaque exemple semble produire son contre-exemple, tel metteur en scène acclamé et palmé pouvant livrer une de ses œuvres les plus abouties pendant qu’un autre, au statut similaire, se fourvoyait dans une énorme plantade. Idem pour les nouveaux venus : si la plupart ont peiné à justifier l’honneur qui leur a été fait, c’est pour l’instant un premier film qui a fait la plus forte impression au sein de la compétition. Promotion ratée À la case déceptions, s’empilent déjà les noms de Yorgos Lanthimos et Joachim Trier. Avec The Lobster, Lanthimos montre dès son quatrième film, pourtant tourné dans des conditions bien plus confortables que le

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Faites entrer l'accusée

SCENES | Adoptant à bras le corps le chaotique "Ekaterina Ivanovna" du Russe Leonid Andreïev (1871 – 1919), David Gauchard signe un spectacle d'une sidérante âpreté. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

Faites entrer l'accusée

Dans Des couteaux dans les poules, ancien spectacle de la compagnie L’unijambiste inédit à Grenoble, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage et au désir au contact d'un meunier lettré. Dans Ekaterina Ivanovna, cette semaine à l'Hexagone, il campe un peintre hâbleur aux mœurs marginales qu'éclabousse l'effondrement du couple d'un ami député accusant avec une violence meurtrière sa femme d'adultère. Et sa prestation fait sourdre un doute similaire... Car tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence. Mise à nu Une conséquence directe de sa décision de réinterroger son art est de le confronter à des auteurs plu

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Cyril Teste et David Gauchard

SCENES | Moderne Cyril Teste est un metteur en scène à l’univers passionnant et à l’écriture scénographique percutante – il utilise les nouvelles technologies et le (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 9 janvier 2014

Cyril Teste et David Gauchard

Moderne Cyril Teste est un metteur en scène à l’univers passionnant et à l’écriture scénographique percutante – il utilise les nouvelles technologies et le numérique de façon poétique et judicieuse. On pourra découvrir son travail jeudi 27 et vendredi 28 février à l’Hexagone de Meylan, puisqu’il mettra en scène Tête haute, un texte tout public de Joël Jouanneau sur l’histoire d’une petite fille abandonnée par ses parents, roi et reine. Sur scène, il transposera le principe des livres pop up, où les pages dévoilent des architectures de papier en volume. Alléchant...   Classique Toujours à l’Hexagone, mais les jeudi 20 et vendredi 21 mars, on retrouvera le metteur en scène David Gauchard, adepte des remixes théâtraux de Shakespeare. Mais cette fois-ci, notre homme se confronte à l’écrivain russe Leonid Andreïev et sa pièce Ekatérina Ivanovna dat

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Notre sélection de Noël

ACTUS | Pour Noël, plusieurs choix de cadeaux culturels sont possibles. Les palpables (bouquins, DVD, CD...) comme les immatériels. Nous avons privilégié les seconds, en vous concoctant une sélection de concerts et spectacles (dont il reste des places) à voir dans la région. Une sélection très ironiquement thématisée ! La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 10 décembre 2013

Notre sélection de Noël

Pour les teufeurs proprets Nuits sonores (le festival électro de Lyon, cette année du 28 mai au 1er juin) et Musilac (à Aix-les-Bains du 11 au 13 juillet) sont des festivals sympathiques : ils lâchent avant Noël des places à des tarifs avantageux. Pour Nuits sonores, on peut réserver un pass 3 nuits à 77 €, sans néanmoins connaître la prog (qui est toujours de haut niveau). Pour Musilac, où sont déjà annoncés Motörhead, Stromae, Shaka Ponk ou encore –M–, 10 000 pass 3 jours sont en vente au prix de 89, 90 € (au lieu de 119, 90 €). À noter que comme la date du 17 avril au Summum est complète (ainsi que celle de Lyon la semaine d’après), pour voir le phénomène Stromae dans la région, ce sera forcément à Aix-les-Bains.www.nuits-sonores.comwww.musilac.com

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Le Fils de l’autre

ECRANS | De Lorraine Levy (Fr, 1h45) avec Emmanuelle Devos, Pascal Elbé, Jules Sitruk…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

Le Fils de l’autre

Casse-gueule au possible, le sujet du Fils de l’autre ressemble à une version sérieuse de La Vie est un long fleuve tranquille transposé dans le contexte israélo-palestinien. Soient deux couples, l’un juif, l’autre arabe, dont les enfants ont été échangés par inadvertance à la maternité et qui, dix-sept ans plus tard, découvrent la méprise. Peut-être consciente qu’elle marche sur des œufs, Lorraine Levy (sœur de Marc et réalisatrice de deux films plutôt oubliables jusqu’ici) s’applique à se sortir par le haut des embûches de son script. Le questionnement identitaire des deux ados, notamment, est finement traité, l’enfant de Gaza ayant déjà une longueur d’avance sur son «frère» de Tel-Aviv, maturité acquise dans l’adversité et lui offrant un recul salutaire face à la situation. À l’arrivée, cette identité apparaît avant tout comme une construction culturelle, et non une question de sang ou de sol, donc aisément déplaçable. Levy choisit clairement d’aller vers l’optimisme, ce qui lui évite, à la différence du récent Une bouteille à la mer, de tomber dans

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Jouer à Shakespeare

SCENES | David Gauchard termine sa trilogie shakespearienne sur une note résolument optimiste. Avec "Le Songe d’une nuit d’été", il convoque à nouveau la vidéo et une bande son (pop) pour dynamiser ce texte complexe et loufoque. Musique, maestro ! Nadja Pobel (avec Aurélien Martinez)

Aurélien Martinez | Lundi 30 janvier 2012

Jouer à Shakespeare

Il y a eu Hamlet / Thème et variations pour questionner l’héritage et l’importance des choix. Puis un Richard III sombre (et génialement incarné par le granitique Vincent Mourlon) pour restituer une réflexion politique sur le pouvoir. Déjà deux claques saluées à chaque fois dans nos colonnes. Non content de faire du théâtre, David Gauchard et sa compagnie L'Unijambiste y adjoignaient de la vidéo et de la musique à haute dose. Le trio hip-hop Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique et Psykick Lyrikah pour Hamlet auxquels se rajoutait Olivier Mellano (guitariste de Dominique A ou Miossec entre autres) sur Richard III. Plus de live avec Le Songe mais une bande son à tomber par terre (et d’ailleurs éditée) avec sur scène le beatboxer Laurent Duprat et toujours Robert le Magnifique, Thomas Poli et Laetitia Shériff aux commandes. La méthode (qui n’a rien d’un g

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«Je fais mes classiques»

SCENES | Après Hamlet / thème & variations et Richard III, le metteur en scène David Gauchard clôt sa trilogie shakespearienne et urbaine avec Le Songe d’une nuit d’été. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 23 janvier 2012

«Je fais mes classiques»

Avec Le Songe d’une nuit d’été, une pièce très féerique, vous bouclez votre trilogie mixant Shakespeare et nouvelles technologies sur une note très positive…Oui, c’est voulu. Auparavant, il y a eu Hamlet, un spectacle sur l’héritage et le fait de faire des choix – suis-je ou non le fils du Danemark, c’est ça la vraie question. Après, il y a eu Richard III, avec une réflexion politique sur le pouvoir – l’arrivée au pouvoir, le fait de s’y maintenir en évinçant les contre-pouvoirs… Et j’ai eu envie de terminer la trilogie avec une comédie, en partant d’une phrase du philosophe Gilles Deleuze : « le système nous veut triste et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister ». C’est une interrogation qui m’est venue à l’esprit à un moment : peut-être que le fait de rire ensemble est un moyen de résister, en cette période de montée du populisme ; où il n’y avait même pas six mois, je ne savais pas que l’on avait trois A, alors que m

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Shakespeare 2.0

SCENES | Le Songe d’une nuit d’été est l’une des œuvres les plus magiques de Shakespeare. Un récit où interviennent, au sein d’une étrange forêt, deux jeunes couples, (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Shakespeare 2.0

Le Songe d’une nuit d’été est l’une des œuvres les plus magiques de Shakespeare. Un récit où interviennent, au sein d’une étrange forêt, deux jeunes couples, un roi des fées, et des comédiens en pleine répétition. La compagnie L’Unijambiste de David Gauchard, déjà croisée par deux fois à l’Hexagone de Meylan avec deux Shakespeare enlevés (Richard III et Hamlet), s’attaquera donc à cette pièce complexe, toujours avec l’envie de « conjuguer Shakespeare et les arts numériques » dans des spectacles urbains, musicaux et hypnotiques.  

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Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE. Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne littéralement, avec son Richard III urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque Hamlet, thème & variations (présenté il y a trois ans à l’Hexagone), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est Richard III. Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on subodorait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans Hamlet il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son Richard III devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’Hamlet (le rappeur Arm, plume

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Thèmes et variations

SCENES | Interview / Pour l’avoir déjà vu, on peut vous assurer sans rougir que non seulement le “Hamlet” qui ouvrira glorieusement la saison de l’Hexagone est une véritable tuerie, mais qu’il nous permettra en plus de voir sur scène le meilleur rappeur français du monde, Arm de Psykick Lyrikah. En attendant, rencontre avec David Gauchard, metteur en scène. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 20 septembre 2006

Thèmes et variations

Qu’est-ce qui a motivé la mise en place du projet, la rencontre avec le texte ou avec les musiciens ?David Gauchard : Désolé, mais c’est une troisième réponse, la rencontre avec le traducteur. J’ai commencé par travailler sur Ekaterina Ivanovna de Leonid Andreïev, dans une traduction d’André Markowicz. À l’issue du projet, André m’a demandé si j’avais lu Hamlet, tel qu’il l’avait retraduit. Tout est parti de là : il a traduit tout Dostoïevski et d’autres ouvrages de langue russe. Dans cette littérature, il y a un grand emploi du vers décasyllabe, là où en France on privilégierait l’alexandrin. C’est une forme qu’on retrouve dans le théâtre Élisabéthain ; il a donc adapté Shakespeare en décasyllabe, c’est le seul à l’avoir fait pour l’instant. Comment l’aspect abstract hip hop s’est-il greffé au projet ?J’ai rencontré Robert le Magnifique (compositeur, DJ et interprète du rôle d’Horatio dans la pièce) sur Ekaterina Ivanovna. Je cherchais à bosser sur la Troisième Symphonie de Górecki, et je devais adapter ma mise en scène par rapport à la seule version CD que j’avais à disposition, ce qui éta

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To mix or not to mix

SCENES | Critique / Choix audacieux pour un début de saison, la création de la compagnie l’Unijambiste réconcilie avec talent les fans de Shakespeare et d’électro hip hop. Même si l’expression est galvaudée, on serait tenté de qualifier Hamlet Thèmes & Variations de spectacle total, tant l’alchimie des formes sert une vision subtile de l’antique tragédie. François Cau

| Mercredi 11 octobre 2006

To mix or not to mix

Hamlet version abstract hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n’en est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, l’un des axes majeurs de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique (voir ci-dessous). De superbes compositions, à même de survivre à la création de façon autonome, vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur des excellents “interludes“ condensant la narration). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste Émilie Valantin (Philémon et Baucis, Les Castelets en Jardin), et vous obtenez un projet presqu

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