Villa Gillet & Le Petit Bulletin
Immersion dans
L’Atelier des Récits 2022

Aimer, boire et chanter

Aimer, boire et chanter
De Alain Resnais (Fr, 1h48) avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot...

Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais a choisi de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Dans Aimer, boire et chanter, il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais, un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici (la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs) est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus.

On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réjouissent de la disparition annoncée de leur collègue, George retrouve une nouvelle jeunesse. Et ce sont plutôt les secrets et les rancunes de son entourage que cette insolente santé va révéler.

Cache-cache avec le temps

Revenant aux fondamentaux de la mise en scène, Resnais fait donc de ce cache-cache la dynamique et le propos d’Aimer, boire et chanter. On oublie peu à peu l’artificialité du décor et les gimmicks encombrants (les gros plans détourés sur fond de grille hachurée, les dessins de Blutch) pour se laisser distraire par les jeux inventés par le cinéaste.

Qu’est-ce qui reste obstinément masqué à l’écran ? La maladie, la mort, mais surtout la jeunesse — sinon dans l’épilogue, qui prend un sens funeste après la disparition du cinéaste… Les couples fatigués et les corps en manque – d’alcool, de sexe, de tendresse – sont en revanche au centre de l’action, d’abord unis par leurs mensonges puis, et c’est là où le film touche à son acmé, par l’acceptation de leur vérité : oui, ils vieillissent, oui, ils ne peuvent que regarder de loin la jeunesse, ses mœurs et ses goûts…

Mais Resnais n’en tire aucune mélancolie ; au contraire, par un coup de théâtre qui est surtout un coup de cinéma, il quitte leurs jardins factices et rentre chez eux où prime le réalisme des décors mais surtout des sentiments. Le cinéma, c’est la vie, la vérité et la joie, nous souffle Resnais dans ce magnifique dernier acte ; non pas un point final, mais trois jolis points de suspension…

Aimer, boire et chanter
D’Alain Resnais (Fr, 1h47) avec Sabine Azéma, Hyppolite Girardot, Michel Vuillermoz, Sandrine Kiberlain…

pour aller plus loin

vous serez sans doute intéressé par...

Mardi 7 septembre 2021 Un analyste opiniâtre du BEA, ayant découvert que les enregistrements d’un crash aérien ont été truqués, se trouve confronté à l’hostilité générale… Yann Gozlan creuse le sillon du thriller politique, lorgnant ici le versant techno-paranoïde et...
Lundi 20 février 2017 Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux lance un coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême droite. Toute ressemblance avec une situation...
Mardi 19 avril 2016 de François Desagnat (Fr., 1h37) avec André Dussollier, Bérengère Krief, Arnaud Ducret, Nicolas Marié…
Mardi 25 mars 2014 La disparition d’Alain Resnais est arrivée au moment où on s’y attendait le moins, juste avant la sortie du film où il semblait enfin conjurer le (...)
Mardi 4 mars 2014 En tournée pour la sortie de "Diplomatie" de Volker Schlöndorff, rencontre avec le grand André Dussollier autour du film, mais aussi du prochain film d’Alain Resnais, "Aimer, boire et chanter" (sortie le 26 mars) dont, au moment de l’entretien, on...
Mardi 4 mars 2014 De Volker Schlöndorff (Fr-All, 1h24) avec Niels Arestrup, André Dussollier, Charlie Nelson…
Mercredi 12 février 2014 "Things people do" de Saar Klein. "The Better angels" de A. J. Edwards. "In order of disappearance" de Hans-Peter Molland. "Aimer, boire et chanter" d’Alain Resnais (sortie le 26 mars)
Jeudi 2 janvier 2014 Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin...
Vendredi 21 septembre 2012 À presque 90 ans, Alain Resnais est manifestement entré dans le crépuscule de sa carrière. Cela fait quelques films qu’on le dit, et on peut se demander si (...)
Jeudi 6 septembre 2012 Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, Camille voit son existence partir à vau-l’eau quand son mari Éric décide de la quitter, et se (...)
Vendredi 25 mai 2012 Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués, et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le...
Jeudi 29 octobre 2009 D’Alain Resnais (Fr, 1h44) avec André Dussollier, Sabine Azéma…
Mercredi 11 juillet 2007 Hommage / Alain Resnais, 85 ans, 17 long-métrages, des courts, des documentaires à tout jamais marquants, éternellement présents, toujours uniques et (...)

restez informés !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter