"The Master" : le cinéma total de Paul Thomas Anderson

ECRANS | Après "There will be blood", Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement.

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l'église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n'aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie – le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s'appelle «La Cause» – mais surtout, il n'en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c'est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance.

De l'alcool contre une famille

Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel, mollement reconverti en photographe dans une galerie commerciale, il fabrique sa propre gnole et se biture avec, quand il ne l'administre pas à dose létale à de pauvres ouvriers lors de ses moments d'ivresse. À l'instar de la musique abstraite et expérimentale de Jonny Greenwood, Anderson dresse le portrait de Freddie par fragments de séquences aussi disloquées et hiératiques que le comportement du personnage. C'est une nouvelle démonstration de la virtuosité du cinéaste, où chaque plan, qu'il soit long et chorégraphié ou bref et pictural, imprime la rétine du spectateur. Anderson a dépoussiéré pour l'occasion les dernières caméras 70 mm encore en usage, pour retrouver les tonalités chromatiques et la netteté des images de l'époque (les années 50), dit -il ; certes, mais on sent surtout chez lui l'envie de se mesurer à des maîtres comme Kubrick, Cimino ou David Lean, les derniers à avoir sublimé le format.

Justement, Freddie aussi se cherche un maître pour dompter sa violence, donner un sens à sa trajectoire chaotique et apaiser ses tourments — une romance avortée par la guerre avec une fille beaucoup plus jeune que lui. Il tombe un soir sur Lancaster Dodd, célébrant sur un bateau les futures noces de sa fille, et celui-ci noue un pacte avec lui : une place dans la famille contre de l'alcool fait maison. Car Dodd a un grand projet : faire de La Cause une religion majeure en colportant sa parole à travers les États-Unis, formant des ambassadeurs mais aussi des disciples. Pourquoi jette-t-il son dévolu sur l'imprévisible Freddie, alors que son fils bien propret est tout désigné pour devenir son successeur ? Pourquoi se choisit-on un héritier spirituel plutôt qu'un héritier naturel ? Là est, peut-être, la vraie question posée par The Master

Trouble Cause

Peut-être car le film, comme son anti-héros, ne se laisse pas domestiquer si facilement. Dans le dédale narratif créé par Anderson viennent se glisser la question du rapport entre sexe et pouvoir, mais aussi une lady Macbeth inattendue qui perturbe l'équilibre déjà délicat entre Dodd et Freddie. Par moments, The Master s'avère tout à fait impénétrable, comme lors de cette séquence où, alors que Dodd se met à chanter devant ses ouailles, les femmes se retrouvent toutes inexplicablement nues. Un fantasme, oui, mais de qui ? Du maître, de son disciple ou des deux ? Ou encore lorsque la petite confrérie se grise à moto sur une vaste étendue désertique, scène dont l'utilité dramatique laisse un peu songeur. En cela, The Master est moins immédiatement enthousiasmant que There will be blood, qui proposait une ligne claire accompagnant le trajet du capitaliste intraitable qu'était Daniel Day Lewis. Moins enthousiasmant, mais pas moins spectaculaire et généreux.

On n'a encore rien dit de Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman, qui incarnent respectivement Freddie et Dodd : ils proposent chacun une géniale leçon de jeu, le premier en allant très loin dans la mise en danger physique et le déséquilibre psychologique – on pense à certains rôles de Patrick Dewaere, à la fois instinctifs et cérébraux ; l'autre en se délestant peu à peu de son cabotinage habituel, révélant l'homme froid et déterminé derrière le showman contrôlant sa propre mise en scène. On peut regarder The Master en se laissant porter par les morceaux de bravoure que leur affrontement procure – la scène du test, par exemple. On peut aussi admirer l'immense maîtrise avec laquelle le cinéaste réussit à donner des allures de grand film moderne en soignant le moindre détail visuel et sonore de sa mise en scène. On peut enfin laisser The Master mûrir lentement, comme un alcool raffiné et néanmoins puissant, ou comme un souvenir induit qu'Anderson aurait réussi, à l'instar de Lancaster Dodd, à instiller dans la conscience du spectateur. Cela s'appelle faire de la forme un fond, ou l'inverse, et c'est du grand art, assurément.

The Master
De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Laura Dern…


The Master

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman...

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman...

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Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd, charismatique meneur d’un mouvement, il tombe sous sa coupe...


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"Joker" : rire jauni

ECRANS | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode "rite initiatique sadique" et son parcours "contre-résilient" par le réalisateur Todd Phillips. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette (trop) copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or à la Mostra de Venise.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses "stigmates" (ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal), mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à Brian DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Phillips a en effet signé avec Joker un excellent film des années 1970 – l’ambition est d’ailleurs clairement affichée dès la première image, lorsqu

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Adam McKay : « Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre Dick Cheney »

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Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

Adam McKay : « Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre Dick Cheney »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que, soudain, il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs a exploré tout le corpus "cheneyen" existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique – ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à

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"Vice" : au cœur du pourri

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Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit, de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel méchant de franchise. Il est même étonnant que le réalisateur Adam McKay

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"Les Frères Sisters" : Jacques Audiard de sang et d’or

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Vincent Raymond | Lundi 17 septembre 2018

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite, la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un "talent" vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et de traumas, ce néo-western-pépite réaliste, Les Frères Sisters ne fai

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"Phantom Thread" : l'amour et la violence par Paul Thomas Anderson

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Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson (There will be blood, The Master, Inherent Vice...) le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte – ou plutôt brodée – tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’ét

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney (Alice au pays des merveilles) et déclinaison paresseuse de son propre style (Sweeney Todd, Dark Shadows), l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux (celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain), ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante.

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"Inherent Vice" : polar pop, enfumé et digressif signé Paul Thomas Anderson

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier – marié – et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture "beatnik", adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman (Le Privé) ou les frères Coen (The Big Lebowski). Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si

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Un homme très recherché

ECRANS | D’Anton Corbijn (ÉU-Ang-All, 2h02) avec Philip Seymour Hoffman, Rachel MacAdams, Willem Daffoe, Nina Hoss…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Un homme très recherché

À Hambourg, dix ans après le 11 septembre dont la ville fut une des bases terroristes, l’agent secret Günther Bachmann part sur les traces d’un immigré tchétchène dont on ne sait s’il est une victime des exactions russes dans son pays ou un potentiel danger pour la sécurité nationale. Pour Bachmann, à l’inverse de ses supérieurs et des Américains, c’est surtout un formidable appât pour faire tomber un créancier du terrorisme islamique… Le scénario d’Un homme très recherché n’est pas, à l’inverse de la précédente adaptation de John Le Carré La Taupe, aussi complexe qu’il en a l’air. Du moins Anton Corbijn ne cherche pas à la rendre plus abscons qu’il n’est, adoptant une narration stricte et dépourvue de chausse-trappes ou de faux semblants. Pendant sa première heure, le film installe une atmosphère froide et séduisante, des personnages forts et se plaît à faire de Hambourg un acteur à part entière du récit – ce que le cinéaste réussissait déjà à faire avec la Toscane dans son précédent

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui dresse un état des lieux de l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly – un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly – y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe on line avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante – en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort un nouvel

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Mardi 19 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués – d’un côté, Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur, restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre, Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa « famille »  –, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi sale o

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leur cinéma respectif dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet « homme d’acier » : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman.

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I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

ECRANS | De Casey Affleck (EU, 1h47) avec Joaquin Phoenix, Ben Stiller…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n’était qu’un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l’acteur, qui sera resté plus d’un an dans un rôle qu’on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I’m still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n’en dit rien, s’enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d’une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d’un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu’il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d’un Puff Daddy effondré à l’écoute de ses pathétiques bandes démo

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"There will be blood" : le chef-d'œuvre de Paul Thomas Anderson

ECRANS | Attention, chef-d’œuvre ! "There will be blood", fresque nihiliste sur la quête de l’or noir par un entrepreneur sans scrupule au début du XXe siècle, confirme que Paul Thomas Anderson est un cinéaste majeur, et Daniel Day-Lewis un acteur époustouflant.

Christophe Chabert | Jeudi 21 février 2008

Seul, le visage noirci, la barbe en bataille, reclus dans une mine dont il creuse la roche. À la recherche de quoi ? Or ? Charbon ? Pétrole ? Oui, c’est ça, du pétrole, qu’il découvre au prix d’une jambe cassée qui le laissera boiteux toute sa vie. Investissement initial pour lancer une entreprise juteuse : des puits, des tours de forage, un pipeline… Daniel Plainview a la soif de l’or noir. Qui est cet homme ? D’où vient-il ? Et comment en est-il venu à nourrir cette obsession-là, source d’une fortune colossale et d’une solitude toute aussi gigantesque ? Paul Thomas Anderson refuse de répondre et filme son héros comme un Adam du capitalisme, le temps d’un premier quart d’heure sans aucun dialogue, juste une suite d’ellipses portées par une musique abstraite (signée Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead) qui ne sont pas sans évoquer le début de 2001, l’odyssée de l’espace. L’ombre de Kubrick, référence écrasante mais relevée haut les gants par le réalisateur de Magnolia, ressurgira deux heures plus tard, lors de la conclusion hallucinante de ce chef-d’œuvre qu’est There will be blood. 1902, odys

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