Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu'une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d'actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues.

L'introduction tient lieu d'énorme clin d'œil : sur une plage déserte, Isabelle, 16 ans – prometteuse Marine Vacth, sorte de Laetitia Casta en moins voluptueuse –, retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l'abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements, Ozon s'offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repère des désirs troubles.

Clin d'œil donc, mais trompe l'œil aussi : ce voyeurisme-là n'est qu'une fausse piste. Et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c'est l'évidence frondeuse avec laquelle elle découvre son désir qui l'intéresse, et qu'il filme sans pincette particulière.

Que jeunesse se passe

En revanche, quelque chose dans le regard d'Ozon pose problème. Dans la scène où Isabelle perd sa virginité avec un Allemand de passage, il choisit de la confronter à son double fantomatique assistant aux ébats comme si une partie d'elle-même – son innocence ? – s'apprêtait à la quitter. Une ellipse musicale plus tard, la vierge est devenue putain, raccourci à peine grossier de ce qui se passe à l'écran. À chaque saison du récit, Ozon fait repartir son personnage sur des bases nouvelles et les adultes autour d'elles n'en paraissent que plus englués dans leur inertie.

Matérialiste, perverse, manipulatrice, mais aussi tendre, attentionnée, vulnérable, Isabelle permet à Ozon de visiter en observateur curieux la jeunesse d'aujourd'hui via un spécimen à la fois générique et singulier. Mais cette jeunesse-là, qui donne son attrait au film et sa vigueur à la mise en scène, Ozon semble aussi en avoir peur, et on le sent à deux doigts de prendre le parti de la mère – géniale Géraldine Pailhas – pour lui asséner une bonne leçon de vie, et les claques qui vont avec.

En quinze ans, son cinéma a certes gagné en maîtrise et en élégance formelle, mais il a aussi perdu en insolence, laissant la place à un moralisme que la crudité des images ne masque jamais totalement.

Jeune & Jolie
De François Ozon (Fr, 1h35) avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot…


Jeune et jolie

De François Ozon (Fr, 1h34) avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas...

De François Ozon (Fr, 1h34) avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas...

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Le portrait d'une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons...


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" ADN" : les racines et la terre par Maïwenn

ECRANS | ★★☆☆☆ De et avec Maïwenn (Fr., 1h30) avec également Louis Garrel, Fanny Ardant, Marine Vacth…

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Son grand-père Émir, qui périclitait en Ehpad, meurt. Très proche de lui, Neige (Maïwenn) vit plus douloureusement son départ que le reste des siens. En hommage, elle décide de prendre la nationalité algérienne… Épidermique, le cinéma de la cinéaste Maïwenn est depuis toujours nourri par ses joies, cris ou deuils intimes : Neige est ici son double, Émir un décalque de son grand-père (déjà évoqué par le passé) et la famille dysfonctionnelle à l’écran un reflet de la sienne propre (elle aussi assaisonnée jadis). Seulement, ADN laisse une impression de confusion dérangeante. Porter la mémoire d’un combattant de l’indépendance algérienne devenu amnésique avant de mourir (quel symbole !) et traiter en comédie une séquence de funérailles (quels acteurs !), pourquoi pas ? Mais les fixettes de son personnage sur la religiosité de son aïeul comme la candeur romantique enveloppant son désir de passeport algérien la montrent tout aussi immature, hors-sol, que le reste de sa parentèle. ADN n’est certes pas un film de paix ni d’apaisement, mais une question que Maïwenn se pose à elle-même, à laquelle elle seule pe

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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"Eté 85" : cherchez le garçon

ECRANS | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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"Grâce à Dieu" : la voix est libre

ECRANS | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, François Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre (Melvil Poupaud) découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et le cardinal Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Robert Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ-de-Mars sur François Mitterrand, François Ozon pose son bagage onirique afin d'affronter un comportement pervers

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Melvil Poupaud : « Dans "Grâce à Dieu", c’est plus l’institution qui est mise en cause que les personnes »

ECRANS | Dans le film de François Ozon "Grâce à Dieu", il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Melvil Poupaud : « Dans

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. C’est toujours dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies – plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien… Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge [2010] était plus petit, mais Le Temps qui reste [2005] ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez

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"L’Amant double" : maux comptent double pour Ozon

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Samedi 27 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Paul Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte.

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Nicolas Boukhrief : « Je voulais faire un portrait de femme »

ECRANS | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « Je voulais faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Jean-Pierre Melville sortie en 1961 ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre – qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après

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Louis-Ferdinand Céline

ECRANS | Emmanuel Bourdieu (fils du sociologue Pierre) intègre un nouveau spécimen de monstre dans sa galerie déjà pourtant très étoffée : rien moins que le plus urticant des sulfureux écrivains français. Et c’est le prodigieux Denis Lavant qui endosse sa funeste peau... Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mercredi 9 mars 2016

Louis-Ferdinand Céline

Ne comptez pas sur Emmanuel Bourdieu pour se faire l’écho docile de la doxa et vanter les hautes sphères intellectuelles ou leurs mandarins ! Avant même d’être cinéaste, lorsqu’il œuvrait comme scénariste (Comment je me suis disputé… de Desplechin en 1996), c’est l’instabilité intime de ces élites, leur désordre structurel et leurs bassesses occasionnelles qu’il mettait au jour. Des traits de caractère à nouveau scrutés dans son moyen métrage Candidature (2001). Une plongée ironique dans le marigot sordide des recrutements universitaires, montrant qu’un degré élevé d’éducation n’empêchait pas un être humain de succomber à ses instincts primaires et de se livrer à des actes d’une prodigieuse médiocrité – voire à des monstruosités. Or le monstre, en tout cas l’individu divergeant de la norme, fascine Bourdieu : n’a-t-il pas consacré à son comédien fétiche Denis Podalydès le documentaire Les Trois Théâtres (2001), suivant ce “monstre” de la scène engagé par le Français sur trois productions simultanées ? Le docteur abuse Avec Céline, l’exception a un visage bien moins humain. S’intéresser à son cas relève de la transgressio

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de « monstruosité ». Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés (un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine) qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque – la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images pour en fair

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi (Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle) mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire (formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire) lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques – voit-elle en lui une « nouvelle amie » prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à la

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Une Sitcom gore et trash

ECRANS | Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d’en face, festival (...)

Christophe Chabert | Lundi 31 mars 2014

Une Sitcom gore et trash

Notre bel et long anniversaire (20 ans!) se poursuit cette semaine du côté du Club avec une séance spéciale en association avec Vues d’en face, festival international du film gay et lesbien de Grenoble – qui en profite pour anticiper le lancement de sa 14e édition, dont on reparlera la semaine prochaine. Notre choix s'est porté sur Sitcom, premier long-métrage de François Ozon sorti en 1998. Les Grenoblois connaissaient déjà le nom du réalisateur puisqu’il avait réussi l’exploit – unique, pour l’instant – de rafler deux années de suite le grand prix du festival du court avec La Petite mort et Une robe d’été. Après un moyen-métrage provoquant et polanskien (Regarde la mer), Ozon faisait une entrée fracassante dans la cour des grands avec cet ovni cinématographique. Détournant l’esthétique des sitcoms façon AB Productions qui à l’époque faisaient florès sur TF1, le réalisateur décrit une famille de bourgeois bien sous tous rapports – père ingénieur, mère au foyer, enfants sages comme des images et très propres sur eux. Il suffit que le paternel ramène un rat blanc dans leur pavillon pour que tout se détraque : co

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Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

ECRANS | La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 21 mars 2014

Vues d’en face fête les 20 ans du PB!

La nouvelle édition du Festival international du film gay et lesbien de Grenoble aura lieu du vendredi 11 au samedi 19 avril, principalement au cinéma Le Club. Au programme, quelques films alléchants qu’on va s’empresser de voir avant leur diffusion pour vous en causer en temps voulu. À noter que le festival organise aussi, comme chaque année, des séances avant et après l’événement. Avec notamment, le lundi 7 avril au Club, la projection de Sitcom, l’excellent premier film de François Ozon sorti en 1998. Un choix qui vient de nous, cette projo étant organisée dans le cadre des 20 ans du journal. Merci Vues d'en face!

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« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

ECRANS | Rencontre avec François Ozon, réalisateur de "Jeune & Jolie", quatorzième long-métrage d’une œuvre qui se réinvente sans cesse, inégale mais toujours surprenante. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

« L’essence d’un réalisateur est d’être un voyeur »

Dans vos derniers films, vous vous aventuriez vers des choses inédites chez vous. Dans Jeune & Jolie, vous reprenez les choses là où vous les avez laissées avec 5X2 : un concept très fort, la question du désir qui redevient centrale…François Ozon : L’envie première était de reparler de l’adolescence. Je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé de l’adolescence depuis Sous le sable, qui est un film important car c’est là que j’ai rencontré Charlotte Rampling. J’ai ensuite fait beaucoup de films avec des personnages nettement plus matures, et le fait de travailler avec les deux jeunes acteurs de Dans la maison m’a donné envie de retourner vers l’adolescence. Je ne pense pas tellement à mes films d’avant, mais disons que ça me ramenait à mes premiers courts-métrages. Je pouvais reparler de l’adolescence et du désir adolescent mais avec mon regard d’aujourd’hui, une distance que je n’avais pas à l’époque. Chaque film est un peu une expérimentation, je voulais voir ce que ça donnerait. Sur le côté formel, oui,

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Cannes, jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes, jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), 17 piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre chansons» d’

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Début octobre dans la maison Ozon

ECRANS | Pendant longtemps, François Ozon se méfiait de la presse, des interviews et de la nécessité d’expliquer ses films. Depuis "Potiche", on le sent plus détendu, plus sûr de lui et prêt à rentrer dans les méandres de son œuvre avec humour et malice. La preuve avec cet entretien. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Début octobre dans la maison Ozon

On se dit en voyant Dans la maison que c’est le film où vous répondez le plus ouvertement aux reproches adressés à votre cinéma mais aussi où vous le définissez par rapport à la littérature, comme une théorie de votre pratique…François Ozon : Au départ, c’est une pièce de théâtre, ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Mais quand on fait une adaptation, c’est qu’on s’y retrouve, qu’il y a des choses qui vous plaisent. Ce qui m’a plus, c’est la relation prof-élève et que ce ne soit pas dans un seul sens, qu’il y ait une interactivité, que le gamin apporte autant au prof que le prof au gamin, cette idée de la transmission. Quant à répondre exactement à ce qu’on me reproche, c’est vous qui le dites, je ne l’ai pas théorisé. Il y a quand même des dialogues qui évoquent le fait d’aimer ses personnages ou de les regarder de haut…Ah ! Ce qui m’amusait dans tous ces trucs théoriques que dit le prof, c’est que ça me rappelait ces gens qui veulent donner des cours sur le scénario, ces théoriciens venus des États-Unis. Je lis ça et je n’arrive jamais à rentrer dans ce moule, cette méthode. Je sais que ce sont des co

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison de l’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des « femmes de la classe moyenne » (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement – et

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Pour quelques courts de plus

ECRANS | Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de (...)

François Cau | Lundi 19 décembre 2011

Pour quelques courts de plus

Le mercredi 21 décembre, jour du solstice d’hiver, est donc le plus court de l’année. Profitant de l’absence de toute prophétie maya à l’horizon, un comité de pilotage regroupant une flopée de structures audiovisuelles nationales encourage les volontaires à travers le pays à organiser des événements liés à la diffusion de courts-métrages. Sur Grenoble, deux établissements ont répondu présents et se sont même fédérés pour l’occasion : la Cinémathèque et le Magasin, Centre National d’Art Contemporain. La première, fer de lance local de la promotion de cette discipline cinématographique, proposera toute la journée un programme constitué de lauréats de son Festival du Court-Métrage en Plein Air, de trésors issus de son fonds (ne manquez pas Une robe d’été de François Ozon et L’Amour existe de Maurice Pialat), et conclura sa sélection par une série de films érotiques “historiques“, dont le légendaire Sœur Vaseline (1925). Le Magasin accueillera quant à lui, sur présentation du ticket d’accès aux expositions, une sélection de courts choisis par la Cinémathèque, puis projettera les films des artistes retenus pour son Exposition de Noël.FC Le jour le plus court, mercredi 2

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Les amants éternels du cinéma français

ECRANS | Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent (...)

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Les amants éternels du cinéma français

Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent arriver sur l’écran avec le passé de leurs rôles précédents (Jérémie Rénier dans Les Amants criminels, Jeanne Moreau dans Le Temps qui reste, etc.). Dans Potiche, il reforme le couple mythique Catherine Deneuve / Gérard Depardieu, sept films ensemble en trente ans. Deneuve le fait justement remarquer, elle n’a jamais été que l’amante de Depardieu, jamais sa femme à l’écran ; c’est donc un couple illégitime marqué par un décalage initial qui empêche l’accomplissement de la romance. Dans Le Dernier métro (1980), Truffaut fait de Deneuve une comédienne populaire qui devient par la force des choses le lien entre son mari juif caché dans la cave du théâtre pendant l’occupation et le monde extérieur. Depardieu, lui, est un jeune acteur qui doit être son partenaire à la scène et devient son amant en coulisses. Deneuve est alors une star ; Depardieu est en passe de l’être et le film se nourrit de ce décalage de notoriété en le reproduisant à l’écran. Corneau dans Le Choix de

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«Fidèle à la réalité»

ECRANS | Entretien / François Ozon, réalisateur de Potiche. Propos recueillis par CC

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

«Fidèle à la réalité»

Petit Bulletin : Potiche a ceci de nouveau dans votre œuvre : il parle frontalement de politique…François Ozon : C’est venu naturellement de la pièce originale que je connaissais depuis l’époque où j’avais tourné 8 femmes. Ce qui a déclenché mon envie de l’adapter, c’est la campagne présidentielle de 2007, où une vraie misogynie s’est déchaînée de la part des hommes politiques, y compris dans le camp socialiste, mais aussi des femmes, envers Ségolène Royal. À cette occasion, j’ai relu la pièce, et je l’ai trouvée très actuelle. Dans le même temps, j’ai reçu une proposition de mes producteurs, Mandarin, pour tourner un film sur Nicolas Sarkozy. Ça ne me branchait pas tellement. À la place, je leur ai proposé Potiche en leur disant que c’était aussi un film politique. Mais ils ne s’attendaient pas à ce que ce soit une comédie ! 8 femmes était aussi l’adaptation d’une pièce de théâtre populaire, mais Potiche est moins théâtral, plus aéré…8 femmes était un whodunit à la théâtralité assumée, un huis clos que j’avais tiré vers une réflexion sur les actrices. Potiche est plus au premier degré, il était important de

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Politique de la potiche

ECRANS | Cinéma / Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy, pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Politique de la potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes (5X2, Le Temps qui reste) mais en a raté à peu près autant (Swimming Pool, Le Refuge) ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur Les Amants criminels au romanesque neurasthénique d’Angel ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme 8 femmes, mais aussi une bonne claque comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Potiche rajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon (Le Refuge) ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon 8 femmes ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial Sitcom. Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si Potiche est avant tout un excellent divertissem

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Le Refuge

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy…

François Cau | Jeudi 21 janvier 2010

Le Refuge

Le Refuge plonge tête la première dans ce qui guette le cinéma de François Ozon : son côté Patrice Leconte auteuriste où un film=une idée+un casting. C’était le cas de Swimming pool, son plus mauvais film à ce jour, ça l’est encore plus ici car Ozon y rajoute une donnée intenable : un discours sournoisement planqué derrière son récit. Soit un couple de junkies ; le mec (Melvil Poupaud) meurt et la fille (Isabelle Carré) tombe enceinte. Elle trouve refuge dans une maison au bord de l’océan, où le frère gay de son amant la rejoint. Elle décide de garder l’enfant, et découvre dans ce frère en rupture avec sa famille bourgeoise un père de substitution possible. La fin viendra enfoncer le clou : oui, les homos peuvent être d’excellents pères, meilleurs que certains hétéros. Soit. Mais la démission totale de Ozon en tant que scénariste (le film n’est qu’accumulation de dialogues dignes de Plus belle la vie) et cinéaste (il n’y a rien à regarder dans les plans, plats comme un téléfilm) donne le sentiment que Le Refuge n’est qu’un prétexte pour un futur débat sur la question.CC

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

François Cau | Vendredi 6 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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