Cannes 2014, jour 8 : Forever Godard

ECRANS | "The Search" de Michel Hazanavicius (sortie le 26 novembre). "Mommy" de Xavier Dolan (date de sortie non communiquée). "Adieu au langage" de Jean-Luc Godard (sortie le 21 mai, mais à partir du 28 mai à Grenoble).

Christophe Chabert | Jeudi 22 mai 2014

Le festival est bientôt fini et pourtant, aujourd'hui, il a semblé commencer. Sa compétition, jusqu'ici sans surprise, s'est emballée et les auteurs sont allés là où on ne les attendait pas.

À commencer par Michel Hazanavicius et son The Search, qui fait donc suite au triomphe de The Artist. Inspiré d'un film de Fred Zinneman, The Search voit le cinéaste s'aventurer dans la Tchétchénie de 1999, au début de l'offensive russe, prétextant une lutte anti-terroriste alors qu'il s'agissait surtout d'aller restaurer l'ordre contre les tentations séparatistes. Son prologue, tourné en DV par un soldat inconnu, se conclut par le massacre d'une famille sous les yeux de leur enfant, caché à l'intérieur de sa maison. C'est une première belle idée de mise en scène : le regard du gamin à la fenêtre, tétanisé par la mise à mort de ses parents, et son contrechamp cruel, celui de leur bourreau en vue subjective.

Le film s'attache ensuite à suivre en parallèle quatre personnages : l'enfant en fuite, recueilli par Carole (Bérénice Bejo), chargée de mission pour l'Union européenne, la sœur survivante, qui recherche désespérément son cadet à travers un pays en ruine, et un jeune garçon enrôlé dans l'armée russe qui veut le transformer en machine à tuer. Soit plusieurs pistes qui renvoient autant au cinéma de guerre qu'au mélodrame, coexistant dans un récit éminemment romanesque où l'on attend le moment où tous ces fils finiront par se relier entre eux.

La vraie question, avant de voir The Search, était de savoir à quoi pouvait ressembler un film de Michel Hazanavicius une fois débarrassé du maniérisme de ses œuvres précédentes… Bonne surprise : s'il reste quelques citations très visibles (dont une, criante, à Full metal jacket), The Search développe son propre style et Hazanavicius se pose de vraies questions de cinéma. Ainsi, il refuse de sombrer dans des travers trop ouvertement mélodramatiques, en utilisant peu de musique externe et en se tenant à bonne distance des situations. Cette pudeur-là est très payante pendant la première heure, où transparaît une grande délicatesse pour aborder ses sujets, notamment la relation qui se noue lentement entre Carole et l'enfant. On est bien loin du cinéma à oscars redouté, ou de la superproduction lyrique et dispendieuse dans sa reconstitution ; The Search tire profit de cette sécheresse de trait et le résultat est alors assez captivant.

La suite est moins convaincante. D'abord, le film souffre d'évidence d'un gros problème de production qui le conduit vers une durée injustifiée de 2h30 ; dans un festival où la concision n'a pas été le fort des cinéastes (exception faite des Dardenne), The Search crève un peu le plafond, notamment dans son long développement politique particulièrement démonstratif et didactique dont l'apogée est le plaidoyer de Carole devant le Parlement européen. Cette poussée d'indignation paraît bien étrangère au reste de l'œuvre qui, si elle n'épargne pas les Russes — scandale diplomatique en perspective — utilise le conflit comme une toile de fond codifiée plutôt que comme une matière à pamphlet. Autre défaut : Hazanavicius veut absolument donner un cheminement en trois actes à tous ses personnages ; attitude louable, mais très scolaire et peu payante à l'écran, notamment lorsqu'il s'agit de créer une sous-intrigue entre la sœur et la responsable américaine d'un foyer pour orphelin — incarnée par la revenante Annette Benning. Du coup, on sent qu'il y a un bon film de deux heures dans The Search, mais cette version la laisse seulement deviner ; on prend toutefois les paris que, d'ici sa sortie en octobre, le film sera allé refaire un petit tour en salle de montage et qu'Hazanavicius saura en retirer les défauts les plus évidents.

Revoilà Dolan !

Son Tom à la ferme à peine arrivé sur les écrans français, et déjà Xavier Dolan se retrouve en compétition à Cannes avec un nouveau film, Mommy. Cinéaste très clivant, talentueux mais souvent rattrapé par son narcissisme et une manifeste autosatisfaction, Dolan démontre toutefois depuis Laurence anyways qu'il en a dans le ventre et si son cinéma n'est pas parfait — ce dernier film, comme les autres — il est de plus en plus abouti sur la forme comme sur le fond.

Le plus étonnant, dans Mommy, c'est que Dolan s'y avère très doué pour la comédie. Les séquences où Steve, gamin de 13 ans impulsif, violent et pris dans un rapport d'amour-haine avec sa mère Diane, fait craquer tous les vernis de la décence pour se livrer à des crises d'hystérie façon maladie de la Tourette ou improvisant une danse déglinguée sur du Céline Dion, sont à hurler de rire. Cela tient à l'énergie démente d'Antoine-Olivier Pillon, mais aussi à l'abattage de celle qui interprète sa mère, Anne Dorval, extraordinaire en femme borderline, s'exprimant dans un patois acadien irrésistible et faisant preuve d'un cynisme et d'une santé parfois désopilants.

En revanche, les travers de Dolan s'expriment dans une mise en scène qui, si elle procure une certaine griserie pop, continue à multiplier les affèteries et ne peut s'empêcher de se réfugier à intervalles réguliers dans des intermèdes clipesques d'un goût contestable. Ainsi, le film est tourné dans un étrange format rectangulaire et vertical, comme un 16/9 inversé ou l'écran d'un téléphone portable. On finit par s'habituer à ses cadres étriqués et bizarres, que Dolan optimise dans des gros plans assez somptueux ; mais lorsqu'il étire son format pour faire sentir la pulsion de liberté qui s'empare de Steve, de sa mère et de leur voisine bègue et attentionnée, cela reste de l'ordre du gimmick de mise en scène, de l'effet pour l'effet. Pourquoi chez certains, ce genre d'audaces ressemblent à une empoignade avec la matière cinématographique, alors que chez Dolan, elles paraissent toujours ostentatoires ? Parce que chez lui, l'idée visuelle précède toujours l'histoire à raconter, comme si l'acte de filmer était plus important que ce qui est filmé. Ce n'est heureusement pas toujours le cas dans Mommy : lors de la scène du karaoké, Dolan parvient, par de brusques changements de point de vue et une accélération du montage, à faire passer quelque chose du trouble intérieure qui anime Steve, son envie de se contrôler et ces digues qui se rompent et se transforment en torrent de fureur.

Par ailleurs, la dernière demi-heure est un appel un peu trop insistant aux larmes du spectateur, Dolan sortant l'artillerie lourde et multipliant les fins potentielles pour être sûr de toucher à un moment ou un autre la corde sensible du public. Ses acteurs le sauvent là encore, même si l'hystérie dans laquelle ils s'enfoncent est tout de suite moins frappante sur le versant drame que sur le versant comédie. Il manque encore au cinéma de Dolan cette simplicité, ce geste tranquille du metteur en scène qui n'a pas besoin d'en mettre plein la vue pour montrer qu'il est là, et bien là, derrière la caméra — l'inverse, donc, de Cronenberg dans le formidable Maps to the stars.

Revoilà Godard !

Entre ces deux gros blocs est venu s'intercaler un événement : le dernier Godard, Adieu au langage, projeté en séance unique dans le Grand Théâtre Lumière devant un parterre chauffé à blanc et chaussé de ses lunettes 3D. Mais sans le maître, qui a envoyé en guise de mot d'excuse une lettre magnifique à Thierry Frémaux et Gilles Jacob — dont la conclusion, destinée spécialement à Jacob, dit : « ceci n'est pas un film, bien que ça soit mon meilleur. Une simple valse, mon cher Président, dans laquelle je vous souhaite d'y trouver le vrai faux raccord avec votre prochaine destinée ».

Pendant une heure dix absolument extraordinaire, on a donc pris un choc que rien ne laissait présager : ni les derniers films de l'ermite helvète, qui tournaient quand même un peu en rond, ni le reste d'une compétition où un tel objet faisait figure d'intrus, rappelant ses autres œuvres monde que furent, les années passées, Tree of life ou Pater. D'ailleurs, alors que Godard semblait depuis longtemps ne dialoguer qu'avec lui-même et les fantômes du cinéma classique — ceux-là qui, dans Adieu au langage, hantent un écran désespérément plat à l'intérieur de ce film en 3D — il a l'air de redescendre parmi les siens, ou du moins, parmi ces cinéastes qui ont décidé de se réapproprier leur outil pour livrer une vision unique et absolument personnelle du monde. Ainsi, la 3D d'Adieu au langage ressemble à la découverte par Cavalier de la Hi-8 au moment de La Rencontre ; et les thèmes esquissés par le film entrent plus d'une fois en résonance avec ceux de Terrence Malick, sans parler du texte (voix off, citations et dialogues) qui, pour une fois, s'apparente à une pensée construite dont on aurait simplement raboté les extrémités, les remplaçant par de nombreux points de suspension.

Tout le début, par exemple, est ouvertement politique : à côté d'une « usine à gaz », un homme troque des livres et parle de philosophie avec des jeunes femmes qui, elles, s'échangent des œuvres sur leur portable. À plusieurs reprises, l'homme demande de chercher quelque chose sur Google. Et, dans un long développement sur fond noir, on parle de l'invention de la télévision en 1933, année de l'arrivée « démocratique » au pouvoir d'Hitler, de l'Allemagne, de la crise et du totalitarisme qui ne dit même plus son nom. Pour Godard, la faillite de l'idéal démocratique va de pair avec la mort de l'art à l'ère de sa reproductibilité, et c'est par un grand appel à la Révolution que débute Adieu au langage.

La Révolution, c'est aussi celle de l'artiste lui-même. Bricolant lui-même sa propre 3D, il redonne à l'image cinématographique sa pleine dimension picturale : certains plans d'Adieu au langage sont beaux à pleurer, et Godard nous fait redécouvrir le monde comme on ne sait plus le regarder, le chargeant sans cesse d'affects et de mémoire, revenant aux fondamentaux de la représentation : des nus, des natures mortes, des paysages, un chien… Sans parler de cette idée hallucinante où, à la faveur d'un panoramique, Godard laisse le choix au spectateur de fermer l'œil droit ou l'œil gauche pour composer lui-même son plan, ultime innovation d'un cinéaste qui n'a cessé, toute sa carrière durant, d'explorer les nouvelles possibilités du cinéma.

Godard filme aussi des bateaux battant pavillon suisse ou français sur le lac de Genève, desquels sortent des brassées de touristes, avant d'effectuer un grand flashback où, au bord du même lac, Mary Shelley et Lord Byron se retrouvent en exil, exil qui permettra à Shelley d'accoucher de son Frankenstein. Quel monstre ce lac enfante-t-il maintenant, quels exilés charrient aujourd'hui ses eaux tranquilles ?

Et pourquoi ce couple, qui ne trouve d'égalité que devant le « caca » — gag scatologique qui renvoie aux facéties du Godard 60's — erre-t-il dans sa maison comme s'ils étaient à la fois les premiers et les derniers hommes sur terre, Adam et Eve qui auraient choisi de ne pas perpétuer l'espèce, préférant in fine prendre un chien plutôt que faire un enfant ? La disparition devient d'ailleurs le motif principal des quinze dernières minutes. Ce sont deux chaises vides face à un écran qui ne diffuse plus que de la neige ; c'est la voix de Godard qui murmure des adieux ; c'est un pinceau trempé dans un verre d'eau qui prend un peu de peinture pour compléter une esquisse ; c'est le chien Roxy qui s'ébroue dans la nature, et dont le dernier regard amoureux fixe longuement le spectateur ; c'est enfin un vieux chant révolutionnaire grésillant et saturé, ultime appel avant le tomber de rideau final. Godard s'en va, mais il ne nous laisse pas seul ; il nous a offert un de ses plus grands films, libre, inquiet, fulgurant.

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Cannes 2014, jour 7 : Du côté de la Quinzaine…

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Cannes 2014, jour 7 : Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale. Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellemen

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Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes 2014, jours 5 et 6 : L’insoutenable lourdeur des auteurs

Ce lundi, présentation de Maps to the stars de David Cronenberg. Demain, ce sera au tour de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Deux films qui volent très au-dessus d’une compétition atone et informe, qui ne réserve dans le fond aucune surprise sinon celle-ci : ne pas avoir envie de la suivre de près comme on l’avait fait les cinq années précédentes. Cronenberg et les Dardenne font la différence sur un point très précis : ils ne cherchent à aucun moment à se situer au-dessus du spectateur et se contentent de l’accueillir à bras ouverts dans leurs films respectifs, l’un sur le mode de la farce caustique et jubilatoire, les autres sur le ton du suspens social débouchant non pas sur une résolution classique, mais sur une quête bouleversante de ce qui reste de noble dans l’être humain. Postures arty grotesques Ce matin, c’était donc au tour de Bennett Miller et de son Foxcatcher (photo) de se conformer très exactement à ce que l’on pouva

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Cannes par la bande (de filles)

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l’instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu’en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu’est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n’a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles. Les combattantes Lesdites découvertes ont été marquées par l’émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley, dont l’accueil enthousiaste lui promet déjà une bel

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Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

ECRANS | "The Rover" de David Michôd (sortie le 4 juin). "The Disappearance of Eleanor Rigby" de Ned Benson (date de sortie non communiquée). "It follows" de David Robert Mitchell (date de sortie non communiquée). "Les Combattants" de Thomas Cailley (sortie le 20 août).

Christophe Chabert | Dimanche 18 mai 2014

Cannes 2014, jour 4 : Aux armes !

S’ennuie-t-on au cours de ce festival de Cannes ? Oui, un peu, beaucoup parfois ; alors à la guerre comme à la guerre, on ose ce que l’on n’avait jamais osé jusque-là : laisser tomber la compétition, et se promener à travers les séances des sections parallèles, pour espérer y trouver des films stimulants, différents, bref, autre chose que de l’art et essai formaté, long et plombé. À ce petit jeu, The Rover, présenté en séance de minuit, repousse les limites de la bizarrerie. De la part de David Michôd, réalisateur d’Animal kingdom, rien ne laissait présager un tel virage ; si son premier film était puissant et abouti, il s’inscrivait dans un genre codifié — le film de gangsters — et sa mise en scène cherchait avant tout une forme d’efficacité sans refuser pour autant d’apporter de réelles innovations. Avec The Rover, Michôd fait exploser toutes les catégories et signe le premier film post-apocalyptique beckettien, que l’on pourrait réduire à ce pitch : deux hommes, l’un à moitié idiot, l’autre impavide, recherche

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Cannes 2014, jour 3 : Films d’horreurs

ECRANS | "Captives" d’Atom Egoyan (sortie le 1er octobre). "Relatos salvajes" de Damian Szifron (sortie le 17 septembre). "Mr Turner" de Mike Leigh (date de sortie non communiquée). "Winter sleep" de Nuri Bilge Ceylan (sortie le 13 août).

Christophe Chabert | Samedi 17 mai 2014

Cannes 2014, jour 3 : Films d’horreurs

Vendredi confession : on ne la sentait pas trop, sur le papier, cette compétition. Trop de cinéastes mal aimés, trop de films trop longs, trop d’outsiders sortis du chapeau… Cette troisième journée est venue confirmer nos craintes et y a ajouté un autre facteur : une programmation au bas mot catastrophique dans l’ordre de présentation des films qui a sérieusement amoindri l’impact de ce qui était pourtant l’événement du jour, la projection du Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan, dont on parlera à la fin de ce billet. Disons-le clairement : pourquoi avoir placé le film en séance unique en plein milieu de l’après-midi plutôt qu’à la place de ces deux navets que sont Captives d’Egoyan et Relatos salvajes de Damian Szifron ? À cause de sa durée fleuve — 3h15 ? Sans doute, mais on a envie de dire qu’il vaut mieux, quand les années sont si manifestement pauvres en œuvres dignes de figurer dans la Ligue 1 de Cannes, limiter le nombre de films qu’en envoyer autant au casse-pipe comme de vulgaires hamburgers dans un fast food. L’impression de gavage n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui et aussi cruelle, testant notre résistance physique et notre capa

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Cannes 2014, jour 2 : Girls power

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma (sortie le 22 octobre). "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis (sortie le 3 septembre). "White bird in a blizzard" de Gregg Araki (sortie non communiquée)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2 : Girls power

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement). C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles (photo). Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter lon

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Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

ECRANS | "Grace de Monaco" d’Olivier Dahan (en salles depuis mercredi). "Timbuktu" d’Abderrahmane Sissako (pas encore de date de sortie)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisi de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Dah

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