Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr., 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Photo : , Encore heureux,


Quand des petits-bourgeois s'attellent à l'écriture d'une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d'être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre-sup' au chômage depuis 2 ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l'économie d'un "script doctor", la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade.

Quelques exemple à la volée ? L'histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n'hésitent pas à menacer, d'ailleurs, d'expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d'argent se fait sentir ? La mère s'en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d'un bellâtre de supérette – ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d'hypothétique ressort macabre (au point où l'on en est…), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d'humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens ; ils devaient avoir faim…

VR


Encore heureux

De Benoît Graffin (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Edouard Baer...

De Benoît Graffin (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Edouard Baer...

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D’accord, Marie est un peu fatiguée de l’insouciance de son mari Sam, cadre sup au chômage depuis 2 ans. D’accord, elle est très tentée de se laisser séduire par ce bel inconnu qui lui fait la cour. D’accord, il y a aussi le concours de piano de sa fille... Si cet équilibre dingue et léger tient à peu près debout, un événement inattendu jette toute la famille sur un chemin encore plus fou.


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"Raoul Taburin" : le supplice du deux-roues

ECRANS | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) (pour sa fameuse morale "Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende" condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue) avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un conte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la gageure, mais Pierre Godeau relève le gant en respectant la tonalité dél

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"Mon Bébé" : les liens du sans

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr., 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux pas Dalida en 2017) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre "syndrome du nid vide", la cinéaste a conçu un portrait de parent (pas seulement de mère ni de femme) dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement

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"Pupille" : une aussi longue attente

ECRANS | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore (2014) contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heureux ou malheureux permettant de mesurer la ridicule probabilité

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"Mademoiselle de Joncquières" : mensonges et trahisons (et plus si affinités)

ECRANS | d'Emmanuel Mouret (Fr, 1h49) avec Cécile de France, Edouard Baer...

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré la funeste réputation de libertin qui le précédait, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une : que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne le réalisateur Emmanuel Mouret depuis ses débuts. L’autre, concomitante : pourquoi ne l’a-t-il pas exploré plus tôt ! Or, rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant, comme le cinéaste Robert Bresson, d’un extrait de Jacques le Fataliste de Denis Diderot, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne (1945) du premier se contentait d’une cynique mécanique

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"Fleuve noir" : fascinant concerto noir orchestré par Erick Zonca

ECRANS | de Erick Zonca (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête sur la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir, Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à habiter de

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"Amoureux de ma femme" : et Daniel Auteil s’essaya au néo-vaudeville bourgeois

ECRANS | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Lundi 23 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe... Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces "attributs" sous le vocable commun de "bonheurs" – cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Adapté d'une pièce de Florian Zeller, Amoureux de ma femme raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct dans un (vaste) appartement parisien, et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fantasmer un adultère. Comme cela, il n’y a pa

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"La Belle et la Belle" : moi, en pas mieux

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr., 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux "films du milieu" tels que Camille redouble de Noémie Lvovsky ou Aïe de la même Sophie Fillière, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique. Mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ne ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier de "fantaisies" ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres apparentes et des TGV, en oubliant que ce mot même de "fantaisie

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"Ouvert la nuit" : Paris à la Baer étoile

ECRANS | Farandole joyeusement erratique à travers un Paris nocturne sublimé, cette déambulation d’un directeur de théâtre aussi fantasque qu’impécunieux signe le retour du cinéaste-interprète Edouard Baer pour un film-synthèse superlatif : la plus mélancolique, hilarante, aboutie et (surtout) réussie de ses réalisations.

Vincent Raymond | Lundi 9 janvier 2017

Inconséquent charmeur jonglant avec les mots et les promesses, épris de l’instant et du talent des autres, Luigi (Edouard Baer lui-même) gère depuis vingt ans un théâtre parisien grâce à de l’argent qu’il n’a pas. À la veille d’une première, il doit pourtant en trouver en urgence. Ainsi qu’un singe. Le voici en cavale dans la capitale, escorté par une stagiaire de Sciences Po au caractère bien trempé. La nuit est à lui ! Accompagner Edouard Baer n’a pas toujours été chose aisée : les délires de ses personnages de dandys logorrhéiques, en semi roue libre au milieu d’une troupe de trognes, nécessitaient d’être disposé à l’absurdité, comme à l’humour glacé et sophistiqué cher au regretté Gotlib. Mais de même que Jean-Pierre Jeunet a réussi à cristalliser son univers dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Baer est parvenu à réunir ici la quintessence du sien. Mais si les deux auteurs partagent, outre la présence d’Audrey Tautou à leur générique, le plaisir d’entretenir une troupe fidèle et une affection certaine pour le Paris d’antan, les différences s’arrêtent là : Baer n’aime rien tant que faire voler les contraintes et les cadres, voir jaillir la v

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Edouard Baer : « L’humour Baer ? Un humour pas drôle! »

Rencontre | On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clés fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre dans son nouveau film (réussi) "Ouvert la nuit". Interview.

Vincent Raymond | Lundi 9 janvier 2017

Edouard Baer : « L’humour Baer ? Un humour pas drôle! »

Quelle est la distance entre Luigi, votre personnage dans Ouvert la nuit, et vous-même ? Edouard Baer : Elle est totale parce que j’ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j’ai vécues ; à partir de gens que j’ai croisés, comme Jean-François Bizot [le créateur d’Actuel et de Nova – NDLR] que j’admirais ou certains producteurs de cinéma. J’ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c’est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j’espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l’ego-cinéma comme Woody Allen – qui, dans la vraie vie, fait de la boxe – s’inventent un personnage de fiction. Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l’écriture d’un film en apparence aussi personnel ?

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Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Panorama 2017 | Les distributeurs ont l’esprit joueur. Ou plutôt jouteur : à la manière des programmateurs des chaînes de télé, ils ont composé un mois de janvier truffé de petits duels et de combats singuliers. Une manière très… confraternelle de (se) souhaiter la bonne année…

Vincent Raymond | Lundi 2 janvier 2017

Rentrée cinéma 2017 : face (à face) à la nouvelle année

Comme si les vraies rivalités et les confrontations sérieuses du monde réel ne suffisaient pas, voilà qu’on invente des escarmouches pour les files d’attente des cinémas ! Et qu’on ne brandisse pas, pour les justifier, le prétexte d’une fréquentation à stimuler par "l’émulation" : revendiquant plus de 210 millions d’entrées réalisées en 2016, le secteur s’est rarement aussi bien porté. De telles chicaneries, ça a tout de même un petit air de cour de récré, non ? À hauteur d'ados Rayons enfantillages, Hélène Angel ouvre le bal avec Primaire (ce mercredi 4 janvier) qui fait de Sara Forestier une instit’ surinvestie prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon… au grand dam de son propre fils. On retrouve, actualisé, l’un des thèmes de L’Argent de poche (1975) de Truffaut, centré ici sur l’enseignant et amendé d’une inutile fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. Plus convaincant est Jamais contente de Émilie Deleuze (11 janvier), adaptation de Marie Desplechin sur les désarrois d’une ado redoublante, mal dans sa peau en fami

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Deux ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

On avait un peu perdu de vue André Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche (et en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible – La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop… Un cinéma à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque – ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en tenant leur journal intime, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur un

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

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9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre avec un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch (une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées) à son contexte (la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale) semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de registres comiques dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils

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Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres – dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique – c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque – du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire – mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le plus content de lui, comme celle où, deux minutes durant,

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À la cool

SCENES | Au Petit Bulletin, on aime beaucoup Édouard Baer. On lui avait ainsi consacré notre une en novembre 2010 lors de son passage au Théâtre municipal avec (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 23 mai 2013

À la cool

Au Petit Bulletin, on aime beaucoup Édouard Baer. On lui avait ainsi consacré notre une en novembre 2010 lors de son passage au Théâtre municipal avec l’excellent Miam Miam. C’est donc plein d’enthousiasme que nous sommes allés cet automne au Théâtre Marigny (Paris) pour découvrir … à la française, sa nouvelle pièce au pitch très baerien (« Édouard Baer est chargé par le Ministère des Affaires étrangères de redorer l’image de notre cher pays en perte d’influence. Une occasion unique : la soirée d’ouverture du G20 à Paris. Un léger contretemps : c’est demain et étonnamment Édouard n’a rien préparé »). Pour un résultat malheureusement pas à la hauteur de nos attentes. Comme s’il avait pris au pied de la lettre son propos, le metteur en scène a bâclé sa création, qui défile paresseusement. Et la nonchalance de l’homme, savoureuse d’habitude, laisse ici l'arrière-goût amer du manque de rigueur. Reste que si les fondations pêchent, les ornements sont eux toujours savoureux

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Turf

ECRANS | De Fabien Onteniente (Fr, 1h42) avec Édouard Baer, Alain Chabat, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière vivote depuis

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L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

François Cau | Jeudi 19 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films «poissons-mort», beaux mais froids et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout, Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions. CC

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Mon pote

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h45) avec Edouard Baer, Benoît Magimel…

François Cau | Lundi 29 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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Faire son cinéma

CONNAITRE | Zoom / Tout le monde adore l’Edouard Baer du Centre de Visionnage et ses impros décalées, tout le monde vénère l’Edouard Baer d’Astérix et Obélix Mission Cléopâtre, (...)

François Cau | Vendredi 29 octobre 2010

Faire son cinéma

Zoom / Tout le monde adore l’Edouard Baer du Centre de Visionnage et ses impros décalées, tout le monde vénère l’Edouard Baer d’Astérix et Obélix Mission Cléopâtre, mais, injustice flagrante, très peu de personnes connaissent les réalisations cinématographiques de cet auguste trublion. Il se lance dans l’aventure en 2000 avec La Bostella, son premier autoportrait en artiste loser. Il y campe son propre rôle, entouré de la plupart de ses complices du Centre de Visionnage. Cette bande de pas si joyeux lurons doit préparer une émission de télé pour la rentrée, dans le cadre moyennement inspirant d’une villa provençale. L’image est volontairement crade, les idées de shows toutes plus grotesques les unes que les autres, le putsch rôde, et un Edouard Baer fuyant va finir par se retrouver à faire des animations de supermarché : une façon comme une autre d’exorciser ses peurs et doutes artistiques, une démarche que notre homme poursuivra dans ses créations ultérieures. Le cas Akoibon (2004) est plus délicat pour ce qui est de la résonance personnelle : de son propre aveu, Edouard Baer n’aurait jamais dû se caster dans sa seconde réalisation, où il interprète un père de famille pétochard à

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Miam Miam

SCENES | Critique / Après La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti et Looking for Mr Castang, Edouard Baer retrouve donc son double théâtral, ce comédien au (...)

François Cau | Vendredi 29 octobre 2010

Miam Miam

Critique / Après La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti et Looking for Mr Castang, Edouard Baer retrouve donc son double théâtral, ce comédien au parcours très approximatif, ce monsieur Loyal malgré lui de ménageries humaines complètement azimutées. Le début de Miam Miam n’étonnera que peu les habitués de son univers : en binôme avec le grandiose Philippe Duquesne, Monsieur Baer nous la joue théâtre de boulevard, avec un dialogue entre deux bourgeois ronflants se disputant leurs conquêtes tout en tripatouillant la voluptueuse servante. Mais très rapidement, les vieux démons narratifs de l’auteur prennent le dessus, et l’action s’interrompt – l’unique spectateur de cette pièce dans la pièce s’est endormi, ce n’est donc pas la peine de poursuivre, d’autant que le théâtre a été réservé pour le reste de la soirée par une sorte de simili mafieux, qui doit revenir plus tard avec ses camarades a priori aussi peu commodes que lui. Luigi n’a donc que peu de temps pour transformer la scène en restaurant, improviser un recrutement de personnel, et autres facéties digressives dont seul Edouard Baer a le secret. Un rien moins foutraque que ses deux spe

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La grande bouffe

SCENES | Edouard Baer présente cette semaine sa troisième mise en scène théâtrale, "Miam Miam", au Théâtre de Grenoble. L’occasion rêvée de s’entretenir avec lui sur ses conceptions artistiques - dans le plus pur respect de l’autre, ça va sans dire. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Jeudi 28 octobre 2010

La grande bouffe

Petit Bulletin : Ce qu’on retrouve dans toutes vos mises en scène théâtrales et cinématographiques, c’est cette rupture radicale qui consiste à casser le mur du spectacle, à dire “stop, on arrête tout“ ; qu’est-ce qui vous pousse à revenir systématiquement à ce procédé ?Edouard Baer : En même temps, au début de Miam Miam, on fait comme si le public n’était pas là, on joue une autre situation ; ça ne relève pas non plus d’une maladie qui consisterait à ne pas accepter la fiction ! J’aime bousculer les codes du spectacle, que ça s’arrête, que ça s’enlise, que ça reparte… Peut-être que j’ai encore du mal à me faire à l’idée de cette convention incroyable de centaines de personnes qui acceptent de se taire pendant deux heures pour voir des gens qui parlent fort. C’est une peur partagée par tous les comédiens, l’invasion des conventions théâtrales par la réalité, être frappé par le caractère grotesque d’être sur scène devant tous ces gens ; on a tous peur de l’accident, de l’interruption dans la salle, que quelqu’un se mette subitement à gueuler “bande de cons, de ringards“, donc c’est aussi une façon de l’exorciser. Da

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À table

SCENES | Succès public depuis sa création, le one-man-show Miam Miam d’Edouard Baer sera donné au Théâtre Municipal de Grenoble début novembre. Soit les aventures de « (...)

François Cau | Jeudi 16 septembre 2010

À table

Succès public depuis sa création, le one-man-show Miam Miam d’Edouard Baer sera donné au Théâtre Municipal de Grenoble début novembre. Soit les aventures de « Luigi et sa troupe de comédiens se voyant contraints par la crise de transformer en quelques heures une salle de théâtre en déshérence, en restaurant à la mode ». On espère pouvoir découvrir cette proposition avant son passage à Grenoble. Et, le cas échéant, on vous dira tout sur ce Miam Miam très attendu !

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

François Cau | Samedi 10 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les chastes silences, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer Les Regrets de Cédric Kahn pour Bad Boys 2. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur mécanique routine que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense. Puis

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Akoibon

ECRANS | de et avec Edouard Baer (Fr, 1h35) avec Jean Rochefort, Nader Boussandel, Chiara Mastroianni...

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2005

Akoibon

Le deuxième film d'Édouard Baer après La Bostella porte bien son titre, tant le génie de son auteur relève de l'akoibonisme pur et simple : à quoi bon raconter une histoire puisque le cinéma les a déjà toutes racontées... Les films de mafia ? Déjà vus... Les histoires d'amour ? Éculées... Même le post-modernisme est déjà essoufflé... Alors que reste-t-il ? Le langage bien sûr, que Baer manie avec cette verve hallucinante, ce sens unique de la digression élégante et de l'à-propos classe. Il le place ici chez TOUS les personnages déjantés qui viennent faire un tour dans ce grand manège bordélique, et peut du coup se mettre en retrait à l'écran en tant qu'acteur. Parti sur une aventure picaresque à base de chantage, de passion commune pour Georges Moustaki et d'île habitée par une ex-gloire des nuits people estivales, le film bascule finalement dans une mise en abyme où plus rien n'a de sens, plus rien n'a d'importance et tout peut arriver. Souvent hilarant (ah ! les interventions de Jean-Bernard Ollivier...), parfois répétitif, le film manque surtout de rigueur dans sa folie (ou de folie dans sa rigueur) : Baer n'est pas loin d'une sorte de Mulholland drive

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