Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux (et a pris goût aux distributions internationales), en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques… Surprenant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Photo : © Anna Wloch


C'est une fort étrange apocalypse que l'irruption de cette œuvre dans la carrière d'Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l'audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites au périmètre intime. Les Innocentes change la donne.

Premier réel film historique de la réalisatrice – Coco avant Chanel (2009), comme son nom l'indique, était un portrait (bancal) d'une Gabrielle Chanel en pleine ascension – il s'extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l'apprentissage du dialogue corps-esprit, et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n'est pas qu'une reconstitution.

En effet, l'histoire pourrait hélas se dérouler en des temps contemporains : Les Innocentes montre que des médecins doivent contrevenir à des règles militaires et religieuses pour soigner des victimes dites “collatérales” – c'est encore le cas aujourd'hui.

Médecine non conventionnelle

Revendiquant Bernanos et s'inscrivant dans une forme d'ascèse narrative, Anne Fontaine n'omet cependant pas la chair : en parallèle des séquences dans le gris clos du couvent ou la nuit glaciale des forêts solitaires, elle instille des parenthèses de vie au milieu des décombres de la guerre – paradoxe en apparence invraisemblable. À coup de petites discordances, de ruptures, elle fait progresser deux mondes disjoints (le laïc et le spirituel) ayant connu séparément la même barbarie vers une lumière grave, leur offrant de partager une “libération” commune, à défaut d'être irénique.

Interprète du chirurgien mélancolique courtisant l'héroïne, Vincent Macaigne compte au nombre des étrangetés du film. Il doit sa présence à Anne Fontaine, qui a misé, justement, « sur sa bizarrerie, sa fantaisie, son ironie. Jusqu'à présent, il a toujours été dans des rôles un peu bobos : flou, mal rasé, les cheveux n'importe comment. » La réalisatrice poursuit : « Je lui ai tout de suite fait couper les cheveux et mettre un corset. Cet élément corporel a changé son attitude, l'a stylisé. Il n'est pas le beau chirurgien que l'on s'attend à voir dans un couple romantique ; il le rend non conventionnel. » Voilà qui tombe bien : la seule convention admissible dans un film de guerre, c'est celle de Genève.

Les Innocentes d'Anne Fontaine (Fr., 1h55) avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek…


Les Innocentes

De Anne Fontaine (Fr, 1h40) avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne... Pologne, décembre 1945. Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise. D’abord réticente, Mathilde accepte finalement de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde.
Cinéma Rillieux 81b avenue de l'Europe Rillieux-la-Pape
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

Continuer à lire

Chanson, punk & synthés avec Maria Violenza

Concert | C’est un chouette plateau qui se réunira mardi 17 septembre à 19h au Café du Nord, à l’initiative d’une petite bande de passionnés tout entière dévouée à la cause (...)

Damien Grimbert | Mardi 10 septembre 2019

Chanson, punk & synthés avec Maria Violenza

C’est un chouette plateau qui se réunira mardi 17 septembre à 19h au Café du Nord, à l’initiative d’une petite bande de passionnés tout entière dévouée à la cause underground. Aux côtés du rap "hors-catégorie" des Chevals Hongrois et de la minimal wave lo-fi et rugueuse de Mulan Serrico, on pourra ainsi (re)découvrir sur scène les hymnes punk synthétiques addictifs de la chanteuse, originaire de Palerme, Maria Violenza. Composés à l’aide de… pas grand-chose (une boîte à rythmes, un synthé et un looper), les petites perles dépouillées qui ornent son album Scirocco, sorti en décembre dernier sur le label genevois Kakakids Records, marquent en effet par leur impact immédiat sur l’auditeur, portées par le charisme à la fois acide et tendre d’une chanteuse qui donne à peu près tout ce qu’elle a sur chaque morceau (Crying over you, La Ballade de l’indifférence…). Un conseil enfin pour ceux qui souhaiteraient en profiter : venez tôt, la visibilité de la scène n’étant malheureusement pas le point fort du lieu.

Continuer à lire

"Mjølk, la guerre du lait" : petite paysanne

ECRANS | De Grímur Hákonarson (Isl., 1h30) avec Arndís Hrönn Egilsdóttir, Sveinn Ólafur Gunnarsson, Sigurður Sigurjónsson…

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

La campagne islandaise. À la mort de son époux, Inga reprend l’exploitation laitière familiale et découvre l’emprise mafieuse de la coopérative agricole locale sur les fermes du coin. Malgré les intimidations, les mesures de rétorsion, Inga résiste et tente d’en rallier d’autres à sa cause… Mjólk a un petit côté "Erin Brockovich contre les Soviets" ou pour faire plus imagé encore, le petit pot de lait en terre contre les pots-de-vin en fer. En apparence, la fermière isolée étranglée par les dettes ne peut pas grand-chose contre un système censément mutualiste et vertueux qui, avec le temps (et sous l’action d’un chef aussi avide que manipulateur), s’est transformé en machine surcapitaliste omnipotente. Mais nous sommes au cinéma où le bon droit peut triompher du vilain tordu ; alors on peut croire à un dénouement heureux. Même s’il vient de très loin. Car Grímur Hákonarson charge la barque d’entrée, au point que l’on pense être dans un drame de la pire essence charbonneuse. Visant sans doute la comédie sociale à la Loach, avec ses coups d’éclats de groupe, il tente d’éclairer par la suite le tableau, peinan

Continuer à lire

"Fête de famille" : pièce rapportée par Cédric Kahn

ECRANS | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large – cul, inceste, maladie, décès… – constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille où vivent sa mère mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne, à l’exception du cadet, n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendre de décision : une lâcheté dilatoire et muette rè

Continuer à lire

"Papiers" : paroles de réfugiés par Violaine Schwartz

Littérature / rencontre | L'autrice française présentera, jeudi 23 mai à la librairie grenobloise le Square, son dernier livre, assemblage de récits « d’anciens et d’actuels demandeurs d’asile ». Très fort.

Aurélien Martinez | Lundi 20 mai 2019

« En Afghanistan, tout le monde connaît le parc de la gare de l’Est. C’est plus célèbre que la tour Eiffel. » C’est une rencontre qui s’annonce passionnante qu’organise la librairie le Square en compagnie de Violaine Schwartz, autrice du tout récent Papiers. Passionnante puisqu’il sera forcément question du cœur de son ouvrage, ces paroles « d’anciens et d’actuels demandeurs d’asile » qu’elle a recueillies et qu’elle donne à lire de manière brute. En quelque 200 pages, les récits se succèdent, chacun avec leurs singularités, mais tous font état des nombreuses difficultés que ces hommes et femmes ont dû affronter pour arriver jusqu’en France. Et pourquoi ils ont fait ce choix de migration qui aurait pu les conduire jusqu’à la mort – un passage sur la traversée de la Méditerranée est glaçant. Un travail de collecte de paroles pour simplement exposer une situation que beaucoup ne veulent pas voir – notamment sur le fait que la France n’est pas à la hauteur de son titre autoproclamé de « patrie des droits de l’Homme ». Même si certains et certaines se battent pour que les choses changent : Violaine Schwartz les m

Continuer à lire

"Adieu Monsieur Haffmann" : au théâtre hier

Théâtre | Vendredi 25 janvier, la Vence scène de Saint-Égrève accueillera la pièce à succès de Jean-Philippe Daguerre. À guichets fermés, forcément.

Aurélien Martinez | Mardi 22 janvier 2019

Curieux comme un certain théâtre poli et, a priori, sans autre ambition que de proposer une belle histoire peut rencontrer un succès fou. Le spectacle Adieu Monsieur Haffmann appartient à cette catégorie. Soit l’une de ces pièces actuelles qui cartonnent (elle a remporté quatre Molières l’an passé, et il fallait réserver bien en amont si on voulait espérer la voir l’été dernier dans le Off du Festival d’Avignon) grâce à un subtil mélange entre théâtre contemporain (l’auteur et metteur en scène Jean-Philippe Daguerre est tout juste cinquantenaire) et spectacle de nature classique (il aurait aussi bien pu être créé aujourd’hui que, au pif, trente ans plus tôt). Sur scène, on est envoyés en 1942, période dramatique par excellence, face à Joseph Haffmann, bijoutier juif qui va être caché par son employé dans la cave de sa boutique contre un drôle de marché… Un manège à trois (il y a aussi la femme du "patron par intérim") va voir le jour jusqu’à que la menace (les Allemands) se rapproche (au sens littéral du terme) dangereusement. En 1h30, on se retrouve alors pris par l’intrigue de Jean-Philippe Daguerre, qui sait habilement dist

Continuer à lire

"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

Continuer à lire

Quand la Pologne s'affiche au Mois du graphisme d'Échirolles

Festival | Après le Japon en 2016, le Mois du graphisme nous invite cette année à découvrir, au Centre du graphisme (qui l'organise) comme dans d'autres lieux partenaires, et pendant plus d'un mois, la folle créativité des affichistes polonais des années 1950 à aujourd'hui. Visite guidée de ce programme visuellement passionnant.

Benjamin Bardinet | Mardi 20 novembre 2018

Quand la Pologne s'affiche au Mois du graphisme d'Échirolles

Entre le graphisme et Échirolles, c'est une histoire qui dure depuis 1990 ; histoire renforcée en 2016 avec l'ouverture du Centre du graphisme, devenu l'épicentre du Mois du graphisme. Un centre qui, pour cette nouvelle édition baptisée Pologne : une révolution graphique, consacre une rétrospective à la singulière école polonaise de l'affiche. Le parcours propose, grosso modo, de découvrir une génération de créateurs par salle : les pionniers dans la première, leurs élèves dans la seconde et, dans la dernière, la jeune génération. L'accrochage n'y va pas par quatre chemins et, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, le visiteur est immergé dans l'effervescence créative qui caractérise l'affiche polonaise d'après-guerre. Bien que la personnalité singulière de chaque artiste soit mise en avant par un mur d'affiches qui lui est dédié, il se dégage de cette jungle graphique des sensibilités communes qui témoignent d'un goût prononcé pour le surréalisme, le grotesque et les volutes psychédéliques.

Continuer à lire

Avec Bouba Landrille Tchouda, les amateurs mènent la danse

Danse | Samedi 2 juin aura lieu à l’Heure bleue la première de "Vies violences – Les gens d’à côté", création montée par la compagnie Malka avec des danseurs amateurs. Le chorégraphe Bouba Landrille Tchouda nous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 29 mai 2018

Avec Bouba Landrille Tchouda, les amateurs mènent la danse

Au Petit Bulletin, on connaît bien le travail entre hip-hop et danse contemporaine du chorégraphe Bouba Landrille Tchouda. Mais avec Les gens d’à côté, deuxième épisode de son triptyque Vies violences, ce dernier a changé de créneau. « C’est un projet qui me tenait à cœur depuis la création de la compagnie Malka. Je voulais construire un spectacle réunissant seulement des amateurs dont aucun ne serait auditionné à l’avance » nous explique-t-il. Ainsi, depuis plusieurs mois, des jeunes participants venus de Grenoble, Échirolles et Saint-Martin-d’Hères répètent ensemble sur le thème sensible qu’est la violence. « On a réfléchi en groupe sur ce qui pouvait nous interpeler, nous comme nos voisins, comme étant violent. Et on a monté une chorégraphie qui ne raconte pas la violence mais esquisse des sensations de violence...» Des danseurs, des vrais Si le travail mené tout au long des répétitions avec ces amateurs « n’a pas été le même qu’avec des professionnels », Bouba Landrille Tchouda n’a pourtant pas lésiné sur le niveau d’exigence. « Tu nous

Continuer à lire

"En guerre" : Stéphane Brizé et Vincent Lindon au plus près de l'horreur économique

ECRANS | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Bertolt Brecht en préambule, et dans la foulée de "La Loi du marché", Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition au Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo (Vincent Lindon) en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est censé ignorer La Loi du marché (2015), du nom de l'avant-dernière réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le commun des mortels à crever, de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement ; révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité. Pot-pourri L’histoire d’

Continuer à lire

"Action ou vérité" : un petit jeu pas sans conséquence (et tant mieux)

ECRANS | de Jeff Wadlow (É.-U., 1h40) avec Lucy Hale, Tyler Posey, Violett Beane…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Vacances de printemps pour Olivia et ses potes, qui vont se soûler au Mexique. Sur place, la petite bande suit un étudiant dans une église abandonnée et se défie à "action ou vérité". Au retour, ils découvrent avec effroi qu’une malédiction les condamne à prolonger le jeu sans fin sous peine de mort… Issue de la très prolifique maison Blumhouse Productions (Get Out, Happy Birthdeath), cette bien sympathique série B s’inscrit sans trembler dans les rails d’un cinéma de genre que les ongles des victimes de Destination finale (1, 2, 3, 4, 5) ou Urban Legend (1, 2) ont déjà largement labouré – sans parler des griffes de Freddy Krueger. Le principe ne varie pas d’un iota : les membres d’une troupe d’écervelé·e·s ayant commis individuellement et/ou collectivement une forme de sacrilège doivent subir une vengeance plus ou moins paranormale avant de périr à tour de rôle selon des protocoles rivalisant en raffinement. Le procédé étant relat

Continuer à lire

"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

Continuer à lire

Anne Fontaine : « "Marvin" parle de la différence au sens propre du terme »

ECRANS | Queer Lion à la Mostra de Venise, "Marvin ou la belle éducation", quinzième long-métrage d’Anne Fontaine, est une adaptation lointaine du fameux roman "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Édouard Louis. On en a discuté avec elle.

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Anne Fontaine : «

Adapté d’un livre racontant une "renaissance" passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec le roman En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis, dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite, avec Edouard Louis, on est tombés d’accord sur le fait que c’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à p

Continuer à lire

"Pour le réconfort" : Vincent Macaigne sera vendredi au Club

ECRANS | Comédien expérimenté dont on a souvent vanté les mérites dans ces pages, Vincent Macaigne signe avec Pour le réconfort (sortie mercredi 25 octobre) son (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Comédien expérimenté dont on a souvent vanté les mérites dans ces pages, Vincent Macaigne signe avec Pour le réconfort (sortie mercredi 25 octobre) son premier long-métrage en tant que réalisateur, dans lequel il a choisi de ne pas s’octroyer le premier rôle. Émettrait-il des doutes sur ses qualités d’interprète ? Voilà qui est peu probable, si l’on considère le nombre et la valeur des cinéastes ayant fait appel à ses talents ces dernières années. Si vous pensez néanmoins qu’il faut le réconforter, ou si vous désirez tout simplement découvrir son film en sa compagnie, rendez-vous au Club vendredi 27 octobre à 20h15.

Continuer à lire

Thierry de Peretti : « Il faut arrêter Astérix en Corse ! »

ECRANS | Avec "Une vie violente", en salle le 9 août, le metteur et scène, acteur et cinéaste Thierry de Peretti consacre un film à son île d’origine, la Corse. Une œuvre politique, loin des clichés, qu’il évoque avec son comédien fétiche Henri-Noël Tabary.

Vincent Raymond | Jeudi 20 juillet 2017

Thierry de Peretti : « Il faut arrêter Astérix en Corse ! »

Thierry, depuis combien de temps portiez-vous Une vie violente ? Thierry de Peretti : Depuis Les Apaches, je cherchais un récit capable d'évoquer la force romanesque de ce que je vois et ressens en Corse – sur la société corse de cette époque-là. Mais pour moi, c’est moins une reconstitution qu’une évocation ou qu’un dialogue avec ces années-là. Ce n’est pas le film ultime sur le nationalisme en Corse et la lutte armée. Le personnage de Stéphane passe par là comme Rimbaud passe par la poésie et se rêve ailleurs. Il est un peu comme le Prince Mychkine dans L’Idiot de Dostoïevski : il nous fait pénétrer plusieurs cercles de la société : les étudiants, les petits voyous, les nationalistes… Henri-Noël, comment vous êtes vous immergé dans ce rôle et ce contexte ? Henri-Noël Tabary

Continuer à lire

"Une vie violente" : bons baisers de Corse

ECRANS | de Thierry de Peretti (Fr., 1h47) avec Jean Michelangeli, Henry-Noël Tabary, Cédric Appietto...

Vincent Raymond | Lundi 17 juillet 2017

Au péril de sa vie, Stéphane sort de sa clandestinité parisienne et retourne en Corse assister aux obsèques de son compagnon d’armes Christophe, qui vient d’être exécuté. Il se remémore leur trajectoire commune… Traitant de la particulière situation corse, si chatouilleuse pour les insulaires, ce film qui fuit le folklore caricatural possède une dimension régionaliste forte. Pour autant, l’histoire n’a rien d’hermétique pour les "pinzuti" : le contexte, aussi dramatique que politique, est détaillé par des cartons explicites. On assiste ici à une scission dans les rangs des indépendantistes, entre une composante minoritaire inspirée par une doctrine marxiste, et une frange davantage tentée par le banditisme. À ces "philosophies" irréconciliables s’ajoutent des querelles personnelles, qui tournent vite, promiscuité oblige, en peines capitales. S’ouvrant sur un plan choc (et cependant sans gratuité ni complaisance) montrant frontalement l’abomination d’une élimination "typique", Une vie violente évoque par moments la tragédie grecque, en particulier lors d’un déjeuner de veuves. Entre rires

Continuer à lire

"Lettres de la guerre" : franchise postale

ECRANS | de Ivo M. Ferreira (Por., 1h45) avec Miguel Nunes, Margarida Vila-Nova, Ricardo Pereira…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

1973. Envoyé sur le front angolais pour plusieurs mois, un jeune médecin portugais entame avec son épouse un long échange épistolaire. Racontant tout de la guerre, de ses espérances, de l’attente, ses courriers maintiennent le lien entre eux ténu que la géographie eût pu distendre… Il s’agit là clairement d’un film à deux voix. Pas seulement parce qu’il consiste en un dialogue entre les deux épistoliers, chacun(e) lisant en off les missives qu’il (elle) reçoit de son (sa) correspondant(e) – l’épouse étant plus souvent destinataire, son timbre nous accompagne le plus clair du temps. Mais aussi parce qu’à ce récitatif vocal s’ajoute une autre mélodie : les images. Leur somptuosité rare (prodigieux noir et blanc de João Ribeiro) n’est pas qu’une belle "enveloppe" pour les mots du soldat : elle leur apporte, à la manière des films de Terrence Malick (en moins élaboré, tout de même) autant de compléments visuels que de digressions. En s’unissant, sons et images offrent en sus de la représentation intime de la guerre vécue par le soldat, sa part de non-dits et celle de ses fantasmes. L’objet en résultant, d’une beauté terrible et languide, n’a pas fini de nous poss

Continuer à lire

"Corporate" : entreprise de destruction

ECRANS | De Nicolas Silhol (Fr, 1h35) avec Lambert Wilson, Céline Sallette, Stéphane De Groodt…

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

Responsable des ressources humaines, Émilie se trouve impliquée dans une enquête de l’inspection du travail après que s’est produit un suicide dans son entreprise. Jusqu’où restera-t-elle fidèle à sa hiérarchie ? D’une grande rigueur réaliste et peuplé d’un casting hétéroclite venant de la télé, du théâtre ou du cinéma classique, Corporate dissèque les méthodes de management amorales mais totalement acceptées par nos entreprises modernes. Enveloppant son histoire d’une mise en scène économe, froide et sans éclat, son discours sur l’injustice sociale demeure louable mais aurait été plus audible dans un documentaire (même si ce n'était pas le but comme nous l'a expliqué le réalisateur en interview). À se demander si le récit de Nicolas Silhol ne passe pas à côté de son sujet tant l’inspectrice du travail (justement campée par Violaine Fumeau) et son regard sur cet univers sans pitié placent au second plan une intrigue policière dispensable.

Continuer à lire

"La Bataille géante de boules de neige" : la guerre des flocons

ECRANS | de Jean-François Pouliot & François Brisson (Can., 1h22) avec les voix (v.f.) de Erza Muqoli, Gabriel Gros, Esteban Durand…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Pendant les congés de Noël, deux armées d’enfants menées respectivement par Luc et Sophie trompent leur ennui en se livrant une guerre impitoyable. Leurs armes ? Des projectiles composés de flocons d’eau gelée, agglomérés en sphères… Le titre improbable de ce film d’animation en dissimule un autre, incompréhensible pour le public hexagonal : La Guerre des tuques 3D – c’est-à-dire, en québécois, la guerre des bonnets. En plus d’être une variante saveur sirop d’érable de notre Guerre des boutons, cette amusette se trouve être le remake d’un immense classique dans la Belle Province. Un peu pataud, doté d’une esthétique rudimentaire, ce film part avec un handicap certain sur notre territoire, d’autant qu’il a été redoublé dans une langue métropolitaine aseptisée. Privé de ses locutions idiomatiques et de ses accents, il perd tout le potentiel sympathie que cet exotisme aurait pu lui conférer, ostie d’crisse !

Continuer à lire

"La Loi de la jungle" : et si c'était le succès surprise de l’été ?

ECRANS | Satire de la bureaucratie obstinée et stérile, film d’aventure burlesque, le second long-métrage d’Antonin Peretjatko est beau comme la rencontre de Jean-Luc Godard (première époque) et de Peter Sellers sur une piste de ski en Guyanne.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Quand elles ne font pas désespérer du genre humain, les règles administratives sont d’inépuisables sources d’inspiration pour un auteur comique. L’absurdité pratique de certaines d’entre elles, combinée à la suffisance de ceux qui les promulguent comme de ceux chargés de les faire respecter, les confit de ridicule, éclaboussant au passage l’ensemble de l’institution les ayant engendrées. Aussi, lorsque Antonin Peretjatko imagine la Métropole décréter d’utilité publique la construction d’une piste de ski artificiel en Guyane, on s’étonne à peine. Pas plus lorsqu’il montre un pays abandonné aux mains des stagiaires au mois d’août. L’abominable norme des neiges On s’étrangle en revanche – de rire – devant la cavalcade de gags assénés, à un tempo d’autant plus soutenu que la vitesse du film, légèrement accélérée, donne aux voix un ton aigrelet décalé. Peretjatko investit tous les styles d’humour (le visuel pur et chorégraphié à la Tati, le burlesque de la catastrophe façon Blake Edwards, le "nonsense montypyt

Continuer à lire

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

ECRANS | Alors que sort ce mercredi sur les écrans "Elle", film du revenant Paul Verhoeven ("Basic Instinct") dans lequel elle tient le premier rôle, on s’intéresse à Isabelle Huppert, actrice qui illumine et torture le cinéma français depuis plus de trente ans. La preuve par neuf. Aurélien Martinez et Vincent Raymond

La rédaction | Mardi 24 mai 2016

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

Les Valseuses (1974) Si la carrière de cette jeune fille bien née (dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris) débute doucement au début des années 1970 avec des seconds rôles chez Nina Companeez et Claude Sautet, on la retrouve dès 1974 à l’affiche d’un drôle de film aujourd’hui devenu culte : Les Valseuses de Bertrand Biler. L’espace de quelques minutes, elle incarne Jacqueline, « pauvre petite chérie de 16 ans qui n’a pas encore baisé » comme s’en inquiète Miou-Miou. Depardieu et Dewaere la réconforteront à leur manière. Violette Nozière (1978) 1978 est l’année de la première collaboration entre Isabelle Huppert et le réalisateur Claude Chabrol. Sept autres suivront – Madame Bovary, Merci pour le chocolat, L’Ivresse du pouvoir… Un Chabrol qui lui permettra ainsi d’obtenir son premier Prix d’interprétation cannois à 25 ans avec ce drame dans lequel elle incarne une fille convaincue d’empoisonnement et de parricide : un rôle intense comme elle en a

Continuer à lire

Élie Chouraqui : « On a le devoir de montrer l’immontrable »

ECRANS | Choc des Rencontres cinématographiques du Sud d’Avignon, où il a été projeté en avant-première, "L’Origine de la violence" a été présenté par un Élie Chouraqui combatif et serein. Interview.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

 Élie Chouraqui : « On a le devoir de montrer l’immontrable »

Y a t-il de la violence en vous ? Avez-vous réussi à en déterminer l’origine ? Élie Chouraqui : Il y en a, oui. J’ai fait un peu d’analyse, je me suis fait “suivre” comme on dit, parce que j’avais des questions auxquelles personne n’avait répondu. Des vides dans mon passé, des inquiétudes, des angoisses – qui m’habitent toujours, qui ne sont pas complètement dissipées – m’empêchant parfois de “bien” vivre. J’avais tendance à me mettre dans des situations désagréables alors que ce n’était pas du tout indispensable. Et puis j’ai compris pourquoi. Maintenant, je vais mieux (rires). Je suis beaucoup plus apaisé. Vous évoquez à travers le film les interdits pesant sur la représentation des camps d’extermination – et l’impossibilité de montrer des déportés en train de rire. C’est rare… Ce principe de Claude Lanzmann, selon lequel on ne montre pas l’immontrable, c’est comme un lieu commun, c’est stupide. Pardon pour Lanzmann, pour le

Continuer à lire

"L’Origine de la violence" : Élie Chouraqui ose affronter le passé

ECRANS | Absent des écrans depuis presque une décennie, Élie Chouraqui revient avec un film inégal dans la forme mais prodigieusement intéressant sur le fond. Pas vraiment étonnant car il pose, justement, des questions de fond.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Comme beaucoup de cinéastes, d’artistes ou tout simplement d’êtres, Élie Chouraqui est double. Parfois il s’engage dans une veine sentimentale, dans le film-chorale “superficiel et léger” façon Les Marmottes ; parfois il montre sa face la plus tourmentée dans des œuvres graves, profondes – indiscutablement les plus réussies. Man on Fire (1989) ou Harrison’s Flowers (2000) constituent ainsi des repères précieux dans sa filmographie ; L’Origine de la violence pourrait les rejoindre – et ce en dépit d’une facture parfois un peu bancale, qu’un budget étriqué peut justifier. Bien qu’il s’agisse ici d’une adaptation d’un roman de Fabrice Humbert, l’œuvre en résultant s’avère éminemment personnelle ; une sorte de synthèse où il opère une réconciliation entre ses thèmes de prédilection : la famille, la mémoire et la guerre – pas n’importe laquelle, la Seconde Guerre mondiale. Partant questionner les silences intimes, les non-dits et les interdits (lors d’un voyage au camp de co

Continuer à lire

Oui, cet homme est un cheval (de guerre)

SCENES | Cette semaine grâce à Sophie Vaude et Philippe Renard, on pourra découvrir une adaptation théâtrale de "Cheval de guerre", roman que Spielberg a déjà porté à l'écran.

Aurélien Martinez | Lundi 21 mars 2016

Oui, cet homme est un cheval (de guerre)

En 2012, on découvrait sur grand écran Cheval de guerre, chevauchée fantastique réalisée par Steven Spielberg d’après le roman de Michael Morpurgo dans lequel un cheval traverse l’horreur de la Première Guerre mondiale. Adapter ce matériau sur scène, surtout après qu’il ait été utilisé par un ponte hollywoodien, peut s’apparenter à une gageure. Surtout que la metteuse en scène Sophie Vaude et l’adaptateur Philippe Renard ont respecté le parti pris initial du romancier : faire du cheval le porteur du récit. Seul sur le plateau, le comédien Thierry Blanc campe donc ce fameux Joey et, magie du théâtre, on y croit vraiment – du moins dans les extraits qui nous ont été présentés à une semaine de la première. Un spectacle imaginé pour faire écho de manière poétique au centenaire de la Grande guerre qui est à découvrir au Tricycle / Théâtre de poche jusqu’au samedi 26 mars. Nous, on y sera, car tout ceci nous intrigue fortement… Aurélien Martinez

Continuer à lire

Hacker

ECRANS | Ce devait être le grand retour de Michael Mann après le décevant "Public enemies", mais ce cyber-thriller ne fait oublier un scénario aux enjeux dramatiques faibles et aux personnages superficiels que lors de ses scènes d’action époustouflantes et novatrices. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Hacker

Pour son retour au cinéma après six ans de silence (et une série HBO avortée, Luck), Michael Mann s’est fixé un défi à la hauteur de sa réputation : filmer les flux du cyberespace et la manière dont cette mondialisation des données affecte le monde réel. Hacker va donc défier David Fincher, l’autre grand cinéaste numérique du XXIe siècle, sur son terrain de prédilection, et il le fait d’abord en matérialisant les circuits informatiques qui relient un cyberpirate à une centrale nucléaire chinoise, provoquant une catastrophe aux conséquences géopolitiques inattendues. En effet, la police chinoise doit pactiser avec le FBI américain pour retrouver l’auteur de l’attaque, qui pourrait avoir des liens avec un ancien hacker purgeant une peine de prison, à qui l’on accorde donc une gracieuse liberté conditionnelle le temps de l’enquête. On sent que Mann se plaît à amener son cinéma vers de nouveaux territoires, que ce soit celui des effets spéciaux numériques ou celui de l’empire capitaliste chinois avec ses villes polluées et ultratechnologiques. En revanche, il ne trouve de moyen pour les faire se rejoindre qu’un "action man" bodybuildé et prompt

Continuer à lire

Danse visuelle avec 29x27

SCENES | CitéDanse, c’est sympa pour découvrir des compagnies en mode intime, au plus près des artistes, avec le cycle « pièces en studio ». Ce sera le cas (...)

Aurélien Martinez | Mardi 10 mars 2015

Danse visuelle avec 29x27

CitéDanse, c’est sympa pour découvrir des compagnies en mode intime, au plus près des artistes, avec le cycle « pièces en studio ». Ce sera le cas cette semaine avec deux propositions de la compagnie 29x27 basée à Nantes. Deux petites formes qui intriguent et semblent matérialiser pleinement les deux personnalités des artistes aux commandes – à savoir la scénographe Gaëlle Bouilly et le chorégraphe Matthias Gross. Dans la pièce Guerre et Play (30 minutes) que nous avons pu découvrir en vidéo, le jeu entre l’espace fait de gobelets en mouvement perpétuel et les deux danseurs tisse un subtil fil métaphorique – soit « l’écran d’une console par des milliers de pixels au sol qui deviennent une armée symbolique cernant les deux joueurs » comme ils l’expliquent eux-mêmes. Une création habilement conçue en gradations. Quant au solo Face (18 minutes), au vu des extraits disponibles sur internet, ce « questionnement sur la multiplicité de la nature humaine » semble aller dans la direction de l’humour, ce qui n’e

Continuer à lire

A most violent year

ECRANS | J. C. Chandor explore à nouveau les flux du capitalisme américain en montrant l’ascension d’un "self-made-man" dans le New York violent et corrompu de 1981. Un thriller glacial, élégant et cérébral qui confirme son auteur comme la révélation américaine des années 2010. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

A most violent year

La chute d’une banque et de ses employés lors de la crise financière de 2008 ; un marin solitaire en perdition sur l’océan ; un entrepreneur cherchant à faire fructifier son business malgré une violence omniprésente et la pression des juges et de ses concurrents. Quoi de commun entre Margin call, All is lost et A most violent year, les trois premiers films (en trois ans !) de J. C. Chandor ? Une affaire de flux et de cap, de tempêtes et d’éthique, de systèmes déréglés et d’humanité en péril. Abel Morales, le protagoniste de A most violent year, aime les lignes droites. On le découvre longeant les quais de New York pour son footing quotidien, dans un travelling latéral qui vaut résumé de son caractère – il ne cessera de le répéter : toute sa vie, il a suivi « le droit chemin ». Cet entrepreneur ambitieux, qui a fait de la distribution du pétrole son fonds de commerce, est sur le point de gravir un échelon en rachetant des ent

Continuer à lire

Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, "Eden" de Mia Hansen-Love évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque : celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un "period movie", un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Love, répond en apparence à ce cahier des charges puisqu’il s’étend sur une dizaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno avec en figures de proue les deux membres de Daft Punk, Thomas Bang

Continuer à lire

Gemma Bovery

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h39) avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin Joubert, un boulanger féru de littérature, s’ennuie dans son petit village normand jusqu’à ce que débarquent de leur Angleterre natale Gemma Bovery et son mari Charles. À la fois troublé par la sensualité de la jeune femme et par sa ressemblance avec l’héroïne de Flaubert, Martin s’embarque dans un jeu fait de voyeurisme et de fantasmes, érotiques autant que littéraires, envers elle. Cette trame-là est de loin ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film d’Anne Fontaine, mais la cinéaste n’en tire aucun point de vue fort dans sa mise en scène. Plutôt que de coller au regard de Martin et à sa capacité à interpréter sauvagement la réalité en fonction de son désir et de ses références, elle va régulièrement filmer son contrechamp, ce qui tue instantanément toute ambiguïté et tout trouble. L’exemple évident est la relation entre Gemma et Hervé, le fils à maman friqué qui devient son jeune amant fougueux ; la scène où Martin "double" leur dialogue à distance est une belle idée, mais Fontaine la réduit à néant en enregistrant aussi la vraie conversation entre les deux tourtereaux. Cette manière tiède et rassurante de raconter son histoire introduit auss

Continuer à lire

Tristesse club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson de Vincent Mariette à l’humour doucement acide, où deux frères et une sœur partent enterrer un père devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse club

Dans Tristesse club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ; il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constitué, notamme

Continuer à lire

Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels – Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur

Continuer à lire

À la guerre comme à la guerre

SCENES | Il y a plusieurs façons de tirer sa référence lorsqu’on est mis à la porte. On peut, par exemple, jouer la carte du contre-pied frondeur, façon de signifier à (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 17 janvier 2014

À la guerre comme à la guerre

Il y a plusieurs façons de tirer sa référence lorsqu’on est mis à la porte. On peut, par exemple, jouer la carte du contre-pied frondeur, façon de signifier à ceux qui vous ont viré qu’ils ont fait une belle connerie. On peut aussi continuer sa route comme si de rien n’était, en restant fidèle à son univers, quitte à donner raison à ses contempteurs. C’est cette deuxième voie qu’a choisie le metteur en scène Jacques Osinski, directeur jusqu’au 31 décembre 2013 du Centre dramatique national des Alpes. Un CDNA qui a disparu depuis, sur décision des différentes tutelles, et dont les missions seront avalées par la MC2 (mais c’est encore flou). Pour sa dernière pièce à domicile (oui, même si le 31 décembre est passé, la MC2 a quand même tenu ses engagements de programmation décidés avant la fusion), Jacques Osinski renoue avec le dramaturge de langue allemande Ödön von Horváth qu’il affectionne tant (il a déjà monté plusieurs de ses textes). Son Don Juan revient de guerre reste alors dans la lignée de ses précédentes créations : même scénographie froide, même héros en retrait

Continuer à lire

2 automnes 3 hivers

ECRANS | Un joli premier film signé Sébastien Betbeder, à la fois simple et sophistiqué, qui raconte des petites choses sur des gens ordinaires en tentant de leur donner une patine romanesque, comme un croisement entre les chansons de Vincent Delerm et celles de Dominique A. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 décembre 2013

2 automnes 3 hivers

Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de la vie et les chansons qu’on fredonne… 2 automnes 3 hivers a à peu près tout pour se faire détester par ceux qui fustigent un cinéma d’auteur français désespérément étriqué. Et Vincent Macaigne, metteur en scène de théâtre devenu "star" d’une génération de cinéastes l’utilisant dans son propre rôle d’ahuri lunatique et bégayant, y tient un des rôles principaux, ce qui ajoute au potentiel d’irritation de ce premier film signé Sébastien Betbeder. Pourtant, malgré l’étroitesse de son rapport au monde, malgré la fragilité de son propos, 2 automnes 3 hivers possède un charme tout à fait singulier et une réelle audace derrière son apparente modestie. Betbeder tente un grand écart entre la simplicité de ce qu’il raconte et la sophistication de son dispositif, qui emprunte à la littérature, au théâtre et surtout à de nombreux artifices purement cinématographiques. Les Amants parallèles Un matin, en allant faire son jogging, Arman croise Amélie ; comme il veut revoir cette belle inconnue, il

Continuer à lire

Panique celtique

CONNAITRE | Les grands auteurs de fantasy (Tolkien, Martin, Hobb...) ont un point commun : ils sont des faiseurs de monde avant d'être des romanciers. Jean-Philippe (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 16 octobre 2013

Panique celtique

Les grands auteurs de fantasy (Tolkien, Martin, Hobb...) ont un point commun : ils sont des faiseurs de monde avant d'être des romanciers. Jean-Philippe Jaworski est de cette trempe. Sauf qu'à la différence de ses illustres prédécesseurs, il a suffi à ce prof de lettres modernes d'un recueil de nouvelles et d'un premier roman, l'époustouflant (700 pages !) Gagner la guerre (2009), pour nous rendre fascinant le Vieux Royaume. Un univers conçu au départ en tant que support pour un jeu de rôles – Jaworski est l'auteur de Te deum pour un massacre, un classique amateur de ce loisir des plus fertilisants pour l'imagination – qui prend ses racines dans l'Antiquité romaine et la Renaissance vénitienne et dont la cohérence et la profondeur sont telles que son créateur aurait pu l'exploiter sur des dizaines de volumes.   Pas du genre à se reposer sur ses lauriers

Continuer à lire

La Bataille de Solférino

ECRANS | Un micmac sentimental autour d’un droit de visite paternel le soir de l’élection de François Hollande. Bataille intime et bataille présidentielle, fiction et réalité : Justine Triet signe un film déboussolant dont l’énergie débordante excède les quelques défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

La Bataille de Solférino

Vincent et Lætitia sont séparés ; ils ont eu deux enfants ; Lætitia a obtenu leur garde, Vincent un simple droit de visite qu’il applique n’importe comment, et son comportement un brin borderline ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Ce drame ordinaire a été raconté mille fois, mais La Bataille de Solférino lui donne une dimension cinématographique unique : Lætitia est journaliste à Itéle et là voilà contrainte d’aller couvrir les résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2012, au siège du PS rue de Solférino. Là encore, le scénario est connu, mais c’est le télescopage entre ces deux dramaturgies écrites d’avance – la crise du couple séparé et la victoire de François Hollande – qui donne au film sa vibration d’incertitude. Justine Triet fait entrer la fiction dans la réalité par surprise et sans filet ; quand Vincent débarque rue de Solférino dans la ferme intention de régler ses comptes avec son ancienne compagne, on craint à plus d’une reprise que cette foule en liesse, ivre mais pas que de joie, ne s’en prenne à lui comme s’il était un trouble-fête un peu trop hargneux pour les circonstances. La France coupée en deux

Continuer à lire

La Fille du 14 juillet

ECRANS | Premier long-métrage d’Antonin Peretjatko, cette comédie qui tente de réunir l’esthétique des nanars et le souvenir nostalgique de la Nouvelle Vague sonne comme une impasse pour un cinéma d’auteur français gangrené par l’entre soi. Qui mérite, du coup, qu’on s’y arrête en détail… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

La Fille du 14 juillet

En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d’auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d’incrédulité. Qu’est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s’empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d’une idée aboutie ? La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c’est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d’une ribambelle de courts métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d’autres, c’est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé

Continuer à lire

Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou De Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions (les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques), ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale – dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade – Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit, et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble – le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines

Continuer à lire

Awards 2012 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 19 décembre 2012

Awards 2012 cinéma

L’award du meilleur film de l’année : Holy Motors De Leos Carax, on n’attendait plus grand chose, après treize ans de silence et un Pola X extrêmement décevant. La surprise a donc été de taille lorsqu’on a découvert ce rêve éveillé qu’est Holy Motors, où Denis Lavant se promène à l’intérieur d’un monde qui ressemble à un film (de Carax), incarnant une dizaine de personnages devant des caméras invisibles, passant de l’un à l’autre grâce à une limousine blanche qui, elle-même, finira au garage comme une antiquité d’un autre siècle. Mélancolique et désenchanté dans son projet, Holy Motors est joyeux et gourmand dans son appétit de filmer, sa manière de réinvestir tous les genres pour en livrer des visions uniques, sa façon de réfléchir les grands sujets du moment par la poésie pure et l’évocation inspirée. Une œuvre unique qui a trouvé des défenseurs inattendus (de Jan Kounen à Richard Kelly, et jusqu’aux critiques de Los Angeles qui l’ont élu meilleur film étranger de l’année).   L’award du flop de l’année :

Continuer à lire

Infinie solitude

ECRANS | Véritable rock-star du théâtre de ces dernières années, le metteur en scène Vincent Macaigne retrouve le cinéma en tant que simple comédien avec "Un monde sans femmes", de Guillaume Brac. Un premier film réussi, notamment grâce à ses acteurs, impeccables. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 16 août 2012

Infinie solitude

À Grenoble, on connaît surtout Vincent Macaigne comme metteur en scène survolté et trash, grâce à la MC2 qui a notamment programmé ses deux dernières mises en scène (Idiot !, et Au moins j’aurai laissé un beau cadavre), et grâce à la Cinémathèque qui a diffusé son court-métrage Ce qu'il restera de nous. Le retrouver comme simple acteur dans un film a priori aux antipodes de son monde ne pouvait qu’intriguer. Cette semaine, le cinéma Le Méliès programme donc Un monde en femmes, moyen-métrage de Guillaume Brac sorti en février dernier au niveau national, et précédé du court-métrage Le Naufragé. Un dytique sensible centré sur la fig

Continuer à lire

La chevauchée fantastique de Spielberg

ECRANS | Comme s’il avait fait de cette odyssée d’un cheval du Devon à travers la première guerre mondiale le prétexte à une relecture de tout son cinéma, Steven Spielberg signe avec "Cheval de guerre" un film somptueux, ample, bouleversant, lumineux et inquiet. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 16 février 2012

La chevauchée fantastique de Spielberg

Il y a d’abord le souffle fordien des premières séquences. Quelque part dans le Devon, au début du XXe siècle, un jeune garçon voit naître un cheval, qu’il va tenter d’apprivoiser en quelques plans muets mais d’une grande force d’évocation. Ce cheval sera mis aux enchères et un fermier obstiné, alcoolique et sous le joug d’un propriétaire inflexible, s’entête à l’acheter. Sauvage, le cheval doit servir pour labourer un champ à l’abandon, sec et rocailleux ; personne n’y croit sauf Albert, le fils, qui va arriver à le dresser, nouant une relation quasi-amoureuse avec lui. Steven Spielberg est alors de plain-pied dans le conte enfantin, le territoire naïf des productions Amblin et de son cinéma dans les années 80. S’il se mesure à ses maîtres (Ford donc, mais aussi David Lean), il rabat cependant cette première demi-heure sur ses propres thèmes (la générosité de l’enfance contre la cruauté des adultes) et ses figures habituelles de mise en scène, notamment ces travellings recadrant un visage qui s’illumine au contact du merveilleux : Spielberg reste Spielberg, se dit-on. Au hasard, Joey Cheval de guerre n’a alors accompli que la première moitié de son ti

Continuer à lire

Quelque chose de nourri au royaume du théâtre

SCENES | Après avoir secoué un festival d’Avignon par trop vaporeux, la dernière création de Vincent Macaigne, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, arrive cette semaine sur les planches fébriles de la MC2. Portrait de l’artiste en rock star du théâtre français. François Cau

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Quelque chose de nourri au royaume du théâtre

Mars 2009, Paris. La première du spectacle Idiot ! vient de se terminer. Le lustre indécent du Théâtre de Chaillot vient d’être mis à mal par une troupe d’énergumènes, qui se sont emparés du texte de Dostoïevski pour en faire ressortir toute la colère, les frustrations, la violence insupportable. Pendant quatre heures défilées à toute vitesse, ça a gueulé, ça s’est déchiré, ça a éclaboussé le public de projections diverses, ça a passé du rock alternatif en poussant les amplis à 11, ça a vomi un entracte dépressif sur fond de November Rain des Guns. Quand le daron de la MC2 demande ce qu’on en a pensé, on ne peut que répondre « Rock’n’roll, motherfucker », en boucle – et ça ne formalise même pas le so chic ponte de la Culture grenobloise ; en fait, il ne peut qu’acquiescer. Dans le hall insolemment rococo du théâtre, Vincent Macaigne fait son arrivée, entouré d’une meute cultureuse bienveillante mais qui n’a pas forcément l’air de le mettre à l’aise. La démarche dégingandée, le cheveu hirsute et le regard fuyant, il engrange les louanges de circonstance avec circonspection, tant le spectacle est encore loin d’être à son goût. Par la suite, il n’aura de cesse de le modifier, le ra

Continuer à lire

Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours. CC

Continuer à lire

La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Christophe Chabert | Lundi 19 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul.

Continuer à lire

Dans ta gueule

SCENES | Fin 2009 : les Jeunes populaires, bébés UMP menés par le truculent Benjamin Lancar, livraient au monde entier un lip dub mémorable où l’on découvrait une (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Dans ta gueule

Fin 2009 : les Jeunes populaires, bébés UMP menés par le truculent Benjamin Lancar, livraient au monde entier un lip dub mémorable où l’on découvrait une bonne partie des ministres de Sarkozy se dandiner en chantant en playback sur les paroles suivantes : « tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher, venez chanter. Tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher à mes côtés ». Été 2011 : Vincent Macaigne, metteur en scène star de la jeune génération, dévoilait à Avignon son Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, relecture trash du Hamlet de Shakespeare. Le rapport entre ces deux évènements ? Aucun a priori… Sauf qu’en y regardant de plus près, la création de Macaigne peut se lire comme une fin de non recevoir cinglante aux espérances niaiseuses des cyniques Lancar & co. Car Macaigne présente un Hamlet perdu au sein d’une génération qui se questionne violemment sur le sens d’une existence vue comme dénuée d’idéaux et d’enjeux politiques. Son spectacle recelle alors une force incroyable, notamment dans ses longs monologues où les acteurs, tous jeunes, éructent leur haine contre un monde qu’ils subissent sans le comprendre. À découvrir mi-novembre à la MC2.

Continuer à lire

La Guerre des boutons

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h35) avec Éric Elmosnino, Mathilde Seigner…

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

La Guerre des boutons

Avec cette première Guerre des boutons, la catastrophe attendue est au rendez-vous. Le film est impitoyablement dénué d’intérêt et même de savoir-faire : les enfants sont très mal dirigés, leurs dialogues incompréhensibles ou bêtement récités (pauvre Petit Gibus !), la réalisation multiplie les faux-raccords et les plans illisibles à force de caméra secouée, certains postes techniques semblent avoir été désertés en cours de route (exemple hilarant : la maquilleuse se contente de faire des genoux au mercurochrome, toujours de la même taille !). Même les comédiens adultes pataugent dans la semoule (Alain Chabat mauvais, impossible ? Ben si, ici…). Yann Samuell, crédité au scénario, confirme son incompétence totale après L’Âge de raison : il n’a aucune affinité avec ce qu’il filme, déclinant des plans sans âme et des péripéties laborieuses, et sa tentative pour mettre le récit en perspective historique est expédiée dans la confusion. La Guerre des boutons est un téléfilm à 13 millions d’euro, ni fait ni à faire, d’un ennui incommensurable, qui du coup laisse le champ libre à la version de Christophe Barratier la semaine prochaine. CC

Continuer à lire

La Guerre est déclarée

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h40) avec Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot…

François Cau | Vendredi 26 août 2011

La Guerre est déclarée

Le premier film de Valérie Donzelli, La Reine des pommes, avait été couronné ici pire film de 2010 et comparé à un Ed Wood du cinéma d’auteur à la française. Comment expliquer que La Guerre est déclarée, sa deuxième réalisation, soit aujourd’hui un des événements de la rentrée, salué par des torrents d’applaudissements et de larmes à chaque projection depuis Cannes ? On y trouve pourtant des défauts rappelant le foirage précédent : un dialogue chanté musicalement désastreux, des affèteries de style et de dialogue, Jérémie Elkaïm (moins mauvais qu’à l’accoutumé, certes), des balourdises allégoriques (lui Roméo, elle Juliette, leur fils Adam), une reconstitution d’époque jamais assumée (le film se déroule au début de la guerre en Irak, d’où le titre), des scènes de fête hors sujet… Et pourtant, quelque chose résiste à cet auteurisme étouffant : le sujet, poignant et renforcé par sa dimension autobiographique, où un couple doit faire face au cancer qui menace leur enfant. Donzelli trouve la bonne distance entre émotion brute et pure observation, à l’image des deux personnages qui tentent de résister à leur douleur de parents pour faire bloc avec courage face à la maladie. Le tempo du

Continuer à lire

La guerre des moutons

ECRANS | Cinéma / Précipitée par une avalanche de bons films en août, la rentrée cinématographique s’offre comme un concentré limpide de la production actuelle, entre projets couillus et formules de studios, comme l’illustre la déjà triste affaire de la guerre de La Guerre des boutons. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 26 août 2011

La guerre des moutons

D’ordinaire, pour débuter la rentrée, il faut pousser quelques exclamations de joie et de bonne humeur. C’est vrai que c’est beau, la rentrée, toutes ces promesses de grands films faits par des réalisateurs intelligents, avec des histoires originales, des acteurs talentueux… Mais là, la rentrée cinéma nous accueille avec des culs de bus et des colonnes Morris placardées d’affiches mettant en scène non pas l’habituel défilé de longs-métrages alléchants, mais la rivalité absurde et pathétique entre deux films sortant à une semaine de distance et portant (presque) le même titre. C’est la guerre de La Guerre des boutons, qui faisait déjà ricaner le monde entier à Cannes ; devenue réalité à l’orée de ce mois de septembre, elle ressemble au cauchemar d’un responsable marketing interné à l’asile. Du coup, plus question de se taire, sous peine d’être reconnu complice de la mascarade : tout cela n’a plus rien à voir avec le cinéma, et on aurait voulu révéler au grand jour les pratiques agressivement mercantiles de la production française actuelle, on ne s’y serait pas mieux pris. Car vouloir faire une nouvelle adaptation du livre de Louis Pergaud, après celle toujours regardable d’Yves Robe

Continuer à lire

Chienne de vie

ECRANS | Pour son passage à la forme cinéma (avec un moyen-métrage de quarante minutes), le metteur en scène Vincent Macaigne, déjà aperçu par deux fois à la MC2, conserve (...)

François Cau | Vendredi 1 juillet 2011

Chienne de vie

Pour son passage à la forme cinéma (avec un moyen-métrage de quarante minutes), le metteur en scène Vincent Macaigne, déjà aperçu par deux fois à la MC2, conserve sa patte et, surtout, son univers. Celui d'un jeune adulte paumé dans le monde normé qu'on lui impose. Un monde où le poids des règles et la nécessité quasi vitale de les suivre avec respect guident le destin de tous. Sauf, évidemment, de ceux qui, marginaux, s'en affranchissent, avec les conséquences que cela a – ou devrait avoir. Ce qu'il restera de nous présente deux frères que tout oppose : l'un a suivi scrupuleusement les ordres familiaux, abandonnant la musique au profit d'HEC. L'autre a tout envoyé bouler, avec l'insolence des êtres qui savent qu'ils n'ont rien à attendre de ce qu'on leur propose. Mais quand le père meurt, ce qui aurait dû arriver n'arrive pas : le fils prodige ne reçoit rien, au contraire de l'autre, celui qui réalise « des aquarelles de merde ». « A croire qu'il [le père] n'aimait pas les faux-culs. » Forcément, après cette situation vécue comme injuste, la confrontation ne peut être que totale, sans issue. Une fois compris les vicissitudes de l'existence, les personnages éructent toute leur h

Continuer à lire

Oh la grosse claque Vincent Macaigne !

Théâtre | Mardi soir avait lieu la première des quatre soirées "Cabaret(s)" de la MC2. Avec une Meret Becker renversante et – surtout – un Vincent Macaigne tonitruant. A voir.

Aurélien Martinez | Mercredi 16 décembre 2009

Oh la grosse claque Vincent Macaigne !

Jusqu’à vendredi, c’est "Cabaret(s)" à la MC2. Avant de découvrir celui de François Verret mercredi et de Vandas Benes jeudi, retour sur la soirée de mardi. Passons rapidement sur David Lescot, qui a livré un spectacle fidèle à ce qu’on en avait déjà dit, et sur le concert de haute tenue de Las Ondas Marteles qui s’est déroulé devant seulement une vingtaine de personnes (la faute à une soirée qui a pris beaucoup de retard – on espère plus de monde pour les prochains soirs, à l’approche du week-end), et évoquons les deux moments forts. Meret Becker d’abord : plus qu’un ange comme la qualifie Michel Orier, on a découvert sur scène un petit diable touchant, qui a livré un merveilleux cabaret musical. Dans un décor de bric et de broc, avec ses quatre musiciens (The Tiny Teeth), la Berlinoise a envahi la scène deux heures durant pour un show du tonnerre très fortement applaudi. Une entrée en matière parfaite avant la claque Vincent Macaigne (photo). Car c’est lui qui a littéralement retourné les spectateurs, ne manquant pas de les diviser. Exutoire Véritable ode au théâtre dans sa définition la plus simple et la moins

Continuer à lire

Le plateau comme crachoir

SCENES | PORTRAIT / En avril dernier, au sujet d’une représentation à Orléans de son Idiot ! d’après Dostoïevski (présenté à la MC2 la saison passée), Vincent Macaigne nous (...)

François Cau | Lundi 7 décembre 2009

Le plateau comme crachoir

PORTRAIT / En avril dernier, au sujet d’une représentation à Orléans de son Idiot ! d’après Dostoïevski (présenté à la MC2 la saison passée), Vincent Macaigne nous déclarait : « On a eu un public jeune, composé essentiellement de lycéens et d’étudiants, et c’était vraiment joyeux et intéressant, ça buvait des bières, ça dansait… Mais ils restaient attentifs, ils écoutaient l’histoire, comprenaient que ça s’adressait à eux. C’était une vraie fête du théâtre, sans violence, sans rapport culturel au théâtre au sens institutionnel du terme. C’était comme dans un concert, le spectacle était écouté, avec des moments où ça rigolait et d’autres où on entendait une mouche voler, c’était joli de voir ça. » Au vu de son approche de la scène – un espace « pour qu’on vienne y faire quelque chose de sa vie » – et plus largement du spectacle vivant (le terme trouve ici tout son sens), on est en droit de subodorer que le cabaret de Macaigne, au titre annonciateur d’apocalypse visuelle (On aurait voulu pouvoir salir le sol, non ?) mais dont on ne sait strictement rien, sera un grand moment. Car Macaigne se sert du plateau pour bousculer notre monde et en retourner ses soubassements implicites le

Continuer à lire