Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr., 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

On se réjouissait de voir portée à l'écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie ; dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l'œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l'original ? Pas assez rigoureux sur la direction d'acteurs ? Seul le décor urbain d'une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition.

Ce n'est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l'effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l'aise lorsqu'il s'agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu'ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot…VR


Rosalie Blum

De Julien Rappeneau (Fr) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi...

De Julien Rappeneau (Fr) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi...

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Vincent Machot connaît sa vie par cœur. Il la partage entre son salon de coiffure, son cousin, son chat, et sa mère bien trop envahissante. Mais la vie réserve parfois des surprises, même aux plus prudents... Il croise par hasard Rosalie Blum, une femme mystérieuse et solitaire, qu'il est convaincu d'avoir déjà rencontrée. Mais où ?


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La BD, reine d’un jour

Festival | La très jeune association grenobloise BD Partage ne désarme pas : même si elle a dû réduire la voilure par rapport à ses ambitions premières, elle organise un événement consacré à la bande dessinée, samedi 19 juin. Plusieurs auteurs seront présents dans les locaux de l’ancienne chocolaterie Cémoi, au 12A de la rue Ampère.

Martin de Kerimel | Vendredi 18 juin 2021

La BD, reine d’un jour

Vous vous en souvenez peut-être : nous vous avions parlé d’eux en janvier l’année dernière, alors qu’ils venaient tout juste de lancer leur association. Les membres de BD Partage ont de la suite dans les idées et toujours l’intention de créer des événements autour de leur passion commune pour les bandes dessinées, comics et autres mangas. C’est vrai qu’au cœur de la crise sanitaire, on les avait un peu perdus de vue, mais samedi 19 juin pourrait enfin marquer l’heure des retrouvailles tant attendues. C’est en effet le jour retenu par l’asso pour organiser son festival annuel, le temps d’une journée. Une bonne occasion de mieux se faire connaître. « Neuf auteurs seront parmi nous, pour la plupart venus de Grenoble ou de l’agglomération, indique Christian Huberson, président de BD partage. Notre association est parrainée par Jean-Marc Rochette, mais il ne se déplace pas sur les festivals. Nous avons donc choisi Morgan Navarro comme invité d’honneur. Une rencontre est prévue pour permettre au public d'échanger avec lui ». Dédic

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Simo Cell et Abdullah Miniawy, explorateurs sonores

MUSIQUES | C’est ce qu’on pourrait appeller une rencontre à haut potentiel. D’un côté Simo Cell, jeune espoir de la scène électronique française arpentant depuis cinq/six (...)

Damien Grimbert | Lundi 14 juin 2021

Simo Cell et Abdullah Miniawy, explorateurs sonores

C’est ce qu’on pourrait appeller une rencontre à haut potentiel. D’un côté Simo Cell, jeune espoir de la scène électronique française arpentant depuis cinq/six ans des territoires sonores singuliers quelque part entre techno, bass music britannique, ambient et musiques expérimentales, avec un goût prononcé pour les rythmes percussifs, le sound design, la gestion des silences et les infrabasses démesurées. De l’autre Abdullah Miniawy, jeune poète, chanteur, compositeur et trompettiste égyptien militant passionné de musique répétitive, de free jazz et transe soufie, dont la carrière débute au Caire en 2011, à l’orée des premiers soulèvements révolutionnaires qui aboutiront à la démission du président Hosni Moubarak. Entamée au cours de l’hiver 2018, sous la forme de longues sessions d’enregistrement faisant la part belle à l’improvisation, leur collaboration va d’abord donner naissance à un album rêche, hybride et avant-gardiste d’une puissance d’évocation impressionnante, Kill Me or Negotiate, sorti en octobre 2020 sur le label lyonnais Brothers From Different Mothers. Puis à une déclinaison live que le public grenoblois aura le privilège d’être l’un des tous premiers à

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"Le Discours" : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, (...)

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêche pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer, comme Resnais, un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipiennes donnant à Ben

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Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

ECRANS | À l’écran, on l’a connu odieux (Le Sens de la fête), irrésistible de drôlerie (Mon inconnue), fuyant (Antoinette dans les Cévennes) mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe, de la Comédie Française, poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du Discours, adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du Discours se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut-être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux, « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste et que le film ne fait que retranscrire avec justesse… Oui, c’est son caractère obsédant, s

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Teddy Beat, troisième sexe

Bande dessinée | Troisième volet des aventures de l’ourson lubrique imaginé en 2011 par l’auteur grenoblois Morgan Navarro, Teddy Beat : Sex Change voit notre protagoniste changer de sexe dans le seul but d’expérimenter la jouissance féminine. Tout un programme… qu’on vous détaille avant la séance de dédicace de l’auteur ce jeudi 8 avril à la librairie Les Modernes.

Damien Grimbert | Mercredi 7 avril 2021

Teddy Beat, troisième sexe

C’est une période chargée pour Morgan Navarro : après les deux tomes de Ma vie de réac en 2016 et 2018, il sortait au printemps 2020 Stop Work (éditions Dargaud) en collaboration avec Jacky Schwartzmann qui posait un regard acerbe sur les mutations du monde de l’entreprise moderne, et Le Président (éditions Les Arènes) en collaboration avec Philippe Moreau-Chevrolet, dystopie politique qui imaginait l’accession à la Présidence de la République de Cyril Hanouna en 2022. Avec la sortie de Teddy Beat : Sex Change, on peut littéralement parler d’un triple retour : à son éditeur historique, Les Requins Marteaux, maison d’édition bordelaise spécialisée en bande dessinée alternative au sein de laquelle il avait fait ses premiers pas, à la géniale collection "érotico-comico-expérimentale

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BD : le festival d’Angoulême s’affiche en gare de Grenoble

ACTUS | Depuis la mi-décembre et pendant deux mois, la sélection officielle du festival international de la BD d’Angoulême s’affiche dans les gares françaises. À Grenoble, l’exposition présentée est consacrée aux deux auteurs italiens Luigi Critone et Gipi.

Sandy Plas | Mardi 19 janvier 2021

BD : le festival d’Angoulême s’affiche en gare de Grenoble

Alors que le Festival international de la bande-dessinée d’Angoulême devrait se tenir dans sa version publique du 24 au 27 juin prochain, l’évènement a décidé d’investir pour quelques semaines une quarantaine de gares en France. Objectif : proposer dans chacune une ou plusieurs expositions qui mettent un coup de projecteur sur le travail des auteurs, sélectionnés dans le cadre de l’édition 2021. Les habitués de la gare de Grenoble et les visiteurs de passage ont donc pu découvrir il y a quelques semaines l’exposition consacrée au dessinateur italien Luigi Critone et au scénariste Gian Alfonso Pacinotti, mieux connu sous le nom de Gipi. Les deux auteurs ont travaillé ensemble sur la bande-dessinée Aldobrando, parue aux éditions Casterman et qui raconte l’histoire d’un orphelin à l’époque médiévale, entre « conte initiatique et fable politique », comme le décrit le festival. Nés de l’autre côté des Alpes, les deux auteurs ont tous deux effectué une partie de leur carrière en France, avec plusi

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"The Perfect Candidate" : votez pour elle !

ECRANS | De Haifaa Al Mansour (All.-Ar. Saou., 1h45) avec Mila Alzahrani, Nourah Al Awad, Khalid Abdulrhim…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Médecin dans une petite clinique locale d’Arabie Saoudite, Maryam veut exercer à Riyad. Hélas, faute d’autorisation paternelle, elle ne peut pendre l’avion pour aller présenter sa candidature. Cette ultime vexation sexiste la convainc de se porter candidate aux élections municipales… Qu’on ne vienne plus jamais prétendre que les artistes, romanciers ou cinéastes, ne captent rien de l’air du temps ; qu’elles et ils vivent déconnectés des préoccupations de ce bas monde. Voyez Haifaa Al Mansour, qui parvient en un film à traiter à la fois de la situation calamiteuse des hôpitaux, du sexisme systémique dans certaines sociétés (ou entreprises, le propos peut s’élargir) et des minables combinaziones minant le jeu prétendument démocratique des élections. Qui aurait imaginé que le royaume wahhabite était à ce point proche de nous ? Après une parenthèse anglo-saxonne ne l’ayant pas privée de poursuivre son questionnement sur l’état de la condition féminine, la réalisatrice de Wadjda renoue donc ici avec son Arabie Saoudite natale dont elle expose le paradoxal con

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Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

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Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

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"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

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"L'État Sauvage" : le Nord, le Sud, et le reste…

ECRANS | De David Perrault (Fr., 1h58) avec Alice Isaaz, Kevin Janssens, Déborah François…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

1861. Alors que la Guerre de Sécession fait rage, les Français sont sommés par l’Empereur de rester neutres. Pour Edmond et les siens qui vivent dans le Sud, la situation devient intenable. Ils décident donc de rentrer au pays, mais doivent pour ce faire traverser un vaste territoire sauvage. Ontologiquement lié à la geste légendaire d’un territoire conquis (asservi ?) par des immigrants, le western, genre labouré dans tous les sens, n’a cependant cesser d’évoluer grâce à des regards extérieurs, inattendus voire “défendus“ : la vision opératique de Leone lui redonna un sens épique, La Flèche brisée (1950) modifia la perception manichéenne des Indiens, l’ascèse de Kelly Reichardt (entre autres) pour la La Dernière Piste (2011) développa sa dimension métaphysique. Hybridé, modernisé, tarantinisé, le western n’en demeure pas moins empli d’angles morts historiques ; une aubaine pour les auteurs de tous horizons : après Audiard ou Iñárritu, David Perrault s’y engouffre ici avec bonheur. Son approche est réjouissante car elle se trouve “à cheval“ — si l’on ose — entre les deux cultures européenne et américaine, et

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Pour l’amour des bulles

Bande dessinée | Passionnés de BD, les membres de la communauté BD Partage sont désormais réunis au sein d'une association. Et ils ont déjà plein de projets ! Leurs explications.

Nathalie Gresset | Mardi 21 janvier 2020

Pour l’amour des bulles

« Se rencontrer, échanger et partager sa passion pour les bandes dessinées, comics et mangas. » Voici les maîtres-mots de l’association BD partage qui a vu le jour vendredi 17 janvier dans les locaux grenoblois des anciennes usines Cémoi. Tout a commencé par un site Internet (éponyme) de petites annonces, créé en 2017, pour vendre des BD de particulier à particulier. « J’aurais aimé l’étendre à d’autres villes mais c’était difficile, explique Christian Huberson, concepteur du site à l’époque et aujourd’hui président de l’association. Je n’arrivais pas à vivre grâce au site et, de plus en plus, celui-ci servait à organiser des rencontres entre amateurs autour de la BD. Petit à petit, on s’inscrivait davantage dans un concept communautaire et créer cette association se présentait donc comme la suite logique des choses. » Côté événements, la nouvelle structure ne manque pas d’idées pour partager son amour du neuvième art. Dans les prochains mois, elle compte bien organiser des Zapéros BD et autres réunions « pour partager ses coups de cœur », des rencontres avec des auteurs locaux, des quiz et pourquoi pas « des ateliers et jeux dan

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"Noura rêve" : divorce à la tunisienne

Cinema | De Hinde Boujemaa (Tun.-Bel.-Fr, 1h30) avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumsaoudi…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Son époux incarcéré, Noura a refait sa vie avec Lassad et attend avec impatience que son divorce soit prononcé. Son mari étant libéré plus tôt que prévu, Noura doit faire profil bas pour ne pas risquer 5 ans de réclusion pour adultère, ni perdre ses enfants et son travail… De la condition féminine dans les pays du Maghreb post-révolution de Jasmin ? Oui et non. Car si l’histoire de Noura s’inscrit dans le sillage des réalisations tunisiennes rendant compte de la difficile situation des femmes dans une société conditionnée par l‘emprise patriarcale – à l’instar de l’exemplaire La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania –, elle pourrait tout aussi bien (ou mal) se dérouler en France, où rappelons-le puisque cela ne semble pas beaucoup émouvoir en haut lieu, 129 femmes ont été tuées par leur compagnon (ou ex-) depuis le débu

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Drexciya : électro subaquatique

Soirée | S’il n’a existé que l’espace d’une petite dizaine d’années, de 1992 à 2002, le duo de Détroit Drexciya, mis à l’honneur jeudi 5 septembre par le biais d’une (...)

Damien Grimbert | Mardi 3 septembre 2019

Drexciya : électro subaquatique

S’il n’a existé que l’espace d’une petite dizaine d’années, de 1992 à 2002, le duo de Détroit Drexciya, mis à l’honneur jeudi 5 septembre par le biais d’une soirée thématique au Redrum, n’en reste pas moins l’un des plus mythiques de toute la scène électronique. Par sa brève durée de vie (le groupe s’arrête suite au décès de James Stinson, son cofondateur Gerald Donald poursuivant sa carrière au sein de l’entité Dopplereffekt) d'une part, son éthique farouchement underground (anonymat total pendant toute l’existence du duo) d'autre part, mais surtout, enfin, sa capacité à englober son électro/techno avant-gardiste au sein d’une riche et nébuleuse mythologie océanique afro-futuriste. Mêlant esthétique de science-fiction et métaphore ouvertement politique (les Drexcyiens seraient une population sous-marine descendant des enfants des femmes enceintes jetées par-dessus bord pendant la Traite des Noirs), cette mythologie va influencer toute la discographie du duo, des titres des morceaux aux pochettes d’albums illustrées par Abdul Qadim Haqq, sans oublier bien sûr l’ambiance subaquatique irréelle qui émane de leurs fascinantes compositions. De quoi renforce

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"Le Mariage de Verida" : gavissime

ECRANS | de Michela Occhipinti (It., 1h34) avec Sidi Mohamed Chinghaly, Verida Beitta Ahmed Deiche, Aichetou Abdallahi Najim…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Mauritanie, de nos jours. L’existence de Verida tourne autour du salon de beauté de sa grand-mère et de ses deux amies. Ses parents ayant décidé de la marier, elle entame, non sans renâcler, un rite prénuptial destiné à la faire grossir : le gavage. Une coutume entre torture et hypocrisie… Il n’est pas rare de voir des fictions à destination quasi exclusive du public des pays occidentaux vitupérer telle ou telle survivance d’une coutume archaïque, affirmant généralement la mainmise du patriarcat sur la population féminine : excision, obligation de se couvrir dès l’adolescence, mariages forcés... Misant beaucoup sur leur valeur documentaire, ces productions reproduisent en général la forme du film-dossier en respectant des standards cinématographiques schématiques. Cette catégorie de films pointe évidemment l’odieuse différence de traitement entre hommes et femmes mais aussi les petits arrangements avec la tradition ou la religion permettant d’accomplir toutes les entorses aux règles que l’on désire... tant qu’elles demeurent à l’abri des regards. Ici, les femmes ont souffert de leur "régime" mais le perpétuent sans fin sur leurs fi

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"Paul Lamploix et les 4 Huberts : chômeurs du futur" : « De vieux dialogues ringards sont devenus des vannes »

Festival | Dans la riche programmation du BD Grenoble festival, notre regard s’est arrêté sur cette drôle et savoureuse bande dessinée qui se lit comme critique acerbe du marché du travail… On a donc posé trois questions à Émile Bertier, l’un de ses deux créateurs grenoblois à retrouver samedi 15 et dimanche 16 juin dans les allées de l’Ancien Palais du Parlement de Grenoble.

Alice Colmart | Mardi 11 juin 2019

Quelle est l’histoire de votre bande dessinée ? Émile Bertier : On est dans le cadre d’une robotisation complète de la Terre qui a entraîné une perte massive d’emplois. Nos héros, qui sont des bons humains, vont devoir émigrer sur des systèmes en dehors de la Terre dans lesquels il y a encore de la main-d'œuvre. Ils sont uberisés et deviennent des machines prêtes à tout pour obtenir du travail. L’originalité du projet est d’avoir entièrement détourné de vieux comics américains des années 1950… Oui. Avec mon ami Yann Girard, nous étions passionnés par La Classe américaine : le grand détournement, un film des années 1990 qui compile des extraits de différents films pour récréer des histoires absurdes. Puis, il y a deux ans, nous avons découvert une base de données de bandes dessinées libres de droits, dans laquelle se trouvaient plusieurs comics sortis entre les années 1940 et 1960 et donc tombés dans le domaine public. Une matière incroyable avec laquelle travailler ! On les a feuilletés, on a sélectionné les planches les plus croustillantes, découpé les vignettes… Un petit coup de

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"Tel Aviv on Fire" : soap qui peut !

ECRANS | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Le réalisateur Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et rire.

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on Fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un check-point dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment, de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres – comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des caractères – orgueil, naïveté, vanité, jalousie... Rires en s

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"Le Mystère Henri Pick" : édition très limitée

ECRANS | de Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin (rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur), on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que le réalisateur Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot ou la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple parmi d’autres de son irrésolution : le pseudo reportage d’archives

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"Les Invisibles" : enfermées dehors

ECRANS | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa fermeture prochaine, lui et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimé·es et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la "gestion" (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractère réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty (en manifestant une nette prédominance pour les figures féminines), Petit a encore du mal à s’affranchir de la double influence du scénariste de

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"Mademoiselle de Joncquières" : mensonges et trahisons (et plus si affinités)

ECRANS | d'Emmanuel Mouret (Fr, 1h49) avec Cécile de France, Edouard Baer...

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré la funeste réputation de libertin qui le précédait, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une : que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne le réalisateur Emmanuel Mouret depuis ses débuts. L’autre, concomitante : pourquoi ne l’a-t-il pas exploré plus tôt ! Or, rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant, comme le cinéaste Robert Bresson, d’un extrait de Jacques le Fataliste de Denis Diderot, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne (1945) du premier se contentait d’une cynique mécanique

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La BD aux portes du palais avec le Grenoble BD festival

Événement | Samedi 16 et dimanche 17 juin, c'est du côté du très classe Ancien Palais du Parlement de Grenoble que les fans de BD comme les curieux et curieuses pourront déambuler grâce à l’association Dauphylactère.

Alice Colmart | Lundi 11 juin 2018

La BD aux portes du palais avec le Grenoble BD festival

Samedi 16 et dimanche 17 juin, les fondus du 9e art ont rendez-vous avec à la 27e édition du Grenoble BD festival qui, pour Michel Jans, directeur de l’association Dauphylactère à l’origine de l’aventure, a pour « objectif de faire se rencontrer les amateurs et les auteurs ». Grande nouvauté cette année : après trois ans à la résidence étudiante le Home, l’événement change de lieu et s’installe désormais à l’Ancien Palais du Parlement, rien que ça. « On a la chance d’être dans l’un des plus beaux bâtiments grenoblois grâce à l’aide du département de l’Isère. » Pendant deux jours seront présents sur place une vingtaine d’auteurs et scénaristes qui présenteront diverses bandes dessinées (dont, certaines, pour le jeune public) aux thèmes parfois engagés comme le grand Edmond Baudoin avec Méditerranée, ouvrage sur les migrants face à cette mer-cimetière. Et si la plupart des bédéistes sont français, d’autres viendront d’Italie comme l’un des invités d’honneur, Sergio Tisse

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"Razzia" : Casablanca avant le chaos ?

ECRANS | Après "Much Loved", Nabil Ayouch poursuit son auscultation des fractures du Maroc contemporain. Derniers instants avant le cataclysme dans un Casablanca qui n’a plus rien à voir avec l’image idéalisée par Michael Curtiz en 1942.

Vincent Raymond | Lundi 12 mars 2018

Maroc, entre les montagnes de l’Atlas et Casablanca, en 1982 et 2015. Portraits croisés de plusieurs personnages en proie au durcissement du régime et des mœurs, aux préjugés, alors que le religieux gagne du terrain et que les différences sociales mènent à un inévitable chaos… Cette manière de brasser les époques et les protagonistes autour d’une communauté de destins (et de cet événement final annoncé par le titre, cristallisant les tensions, rancœurs et humiliations accumulées) rappelle le "cinéma-choral" à la Alejandro González Iñárritu ou le Magnolia de Paul Thomas Anderson. Mais Nabil Ayouch ne le fait pas glisser vers ce panhumanisme lyrique à la mode il y a une dizaine d’années. Les temps ont changé ; un voile de désenchantement s’est abattu sur le monde, douchant les espérances. Y compris celles suscitées par les Printemps arabes. Au feu Jadis apprécié à Rabat pour l’aura internationale dont ses œuvres bénéficiaient, Nabil Ayouch est passablement tombé en disgrâce avec Much Loved

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"C’est tout pour moi" : joyeuse Nawell (Madani)

ECRANS | de Nawell Madani & Ludovic Colbeau-Justin (Fr., 1h43) avec Nawell Madani, François Berléand, Mimoun Benabderrahmane…

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Encore un "self-biopic" ? Et d’une stand-upeuse en plus, qui malgré son jeune âge (34 ans) prétend nous narrer son incroyable parcours contrarié vers le succès ? En effet. Mais défiez-vous des a priori : en dépit d’un argument cousu de fil blanc et d’un charmant égocentrisme bien canalisé, Nawell Madani signe une très agréable comédie autocentrée, avec la dose de distance, de dérision et de griffures pour éviter le prospectus ou le mélo, qui de surcroît tient sur la longueur. Combien "d’épopée" d’artistes s’essoufflent après vingt minutes ayant duré sept heures ? Nawell Madani s’est certes nourrie d’épisodes réels pour construire son film, mais la part de vécu authentique comme le contexte de la découverte de sa "vis comica" importent peu, l’essentiel étant que le personnage qu’elle interprète à l’écran ait une cohérence dramatique solide. Singulièrement, ce n’est pas la battante, la performeuse efficace ni la belle plante qui ressort de ce portrait, mais la candide ; la jeune femme sincère dont une meute de vautours aux aguets (escrocs et/ou confrères de la scène) profitent sans complexe. Quant à sa mise en lumière des coulisses des "comed

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Grenoble BD : la BD sous toutes ses coutures

Festival | Samedi 11 et dimanche 12 novembre aura lieu la vingt-sixième édition du festival de l'association Dauphylactère. Avec, en invité d'honneur, le dessinateur Lele Vianello, qui accompagna le grand Hugo Pratt durant les vingt dernières années de sa vie.

Alice Colmart | Mardi 7 novembre 2017

Grenoble BD : la BD sous toutes ses coutures

Pendant deux jours, crayons et fusains vont être de sortie à la résidence étudiante Le Home, près de Chavant, l'association Dauphylactère donnant rendez-vous ici aux fans du neuvième art. Et pour cette 26e édition, elle a fait de Lele Vianello, assistant d’Hugo Pratt sur la fameuse série Corto Maltese, son invité d’honneur. Le dessinateur et aquarelliste vénitien viendra présenter son dernier album Adriatica dans lequel il retrace les aventures de l'inspecteur Conrad, confronté à un meurtre des plus étranges dans la Venise d’après-guerre. Également invité de cette édition, le dessinateur marseillais Serge Scotto pour La Gloire de mon père, reprise en BD du roman éponyme de Marcel Pagnol dans laquelle il imagine les souvenirs d’enfance du fameux écrivain. En tout, une vingtaine d’auteurs et de scénaristes dédicaceront leurs bandes dessinées et de nombreux bouquinistes proposeront des albums à petit prix À noter qu'en amont du festival (vendredi 10 novembre à 20h), une conférence sur l'atelier d'Hugo Pratt, menée par Lele Vianello et Michel Jans, sera proposée à la médiathèque l’Éllipse de Sassenage.

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Un été au musée, isn't it ?

Sélection | Pour cet été qui s’annonce caniculaire, nous avons décidé d’adopter le flegme anglais afin de garder la classe en toute circonstance. Une subite envie de tweed peut-être déclenchée par l’exposition "Berlioz à Londres" présentée à La Côte-Saint-André. Mais que les réfractaires au lyrisme britannique se rassurent, notre sélection d'expositions à (re)voir dans les musées patrimoniaux réserve également de la musique populaire, de la BD résistante et de la peinture lumineuse. De quoi s’émerveiller, s’instruire et profiter du frais en toute gratuité.

Charline Corubolo | Lundi 17 juillet 2017

Un été au musée, isn't it ?

Quand la musique est bonne… À la lecture de ce titre surgissent instantanément les premières notes de la chanson de phare des années 1980 signée Jean-Jacques Goldman, parangon de chanson populaire. Et ce genre de titres français emblématiques, de l’hymne au chant révolutionnaire, de la comptine à la berceuse, résonnent en ce moment joyeusement dans l’enceinte du Musée dauphinois. Si on chantait ! La la la la… c’est à vous de voir ; en tout cas il y a de quoi écouter dès le début de l’exposition avec un mur de sons qui compose un portrait de la chanson populaire. Fait de bric et de notes, le parcours dévoile 78 titres agrémentés d’archives, de disques et de partitions. Grace à une scénographie ludique et interactive, la proposition met en chant la façon dont la musique infiltre notre quotidien, jusque sous la douche, à travers les âges et les genres. Et au détour d’un refrain, mais surtout d’une autre exposition, n’hésitez pas à emprunter les sentiers montagneux d’Éric Bourret et Emmanuel Breteau, qui déploient au creux de l’exposition

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"Les derniers jours d’une ville" : Le Caire, traits confidentiels

ECRANS | de Tamer El Said (Fr., 1h19) Khalid Abdalla, Hanan Youssef, Bassem Fayad…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Khalid est cairote, cinéaste, séparé de sa copine et en recherche d’un appartement. Chacune de ces caractéristiques correspond à une petite apocalypse en cette année fatidique 2009, dans une ville qui commence à mugir, puis rugir contre le pouvoir en place. Drôle d’objet que cette chronique dont on ne saurait dire s’il s’agit d’un documentaire arrangé ou d’une pure fiction, parce qu’il donne à percevoir avec acuité et naturel plusieurs visages du quotidien du Caire. Elle a l’incommensurable atout d’être signée par un amoureux fou de sa ville autant que Woody Allen peut l’être de New York ou Nanni Moretti de Rome. Pour autant, Khalid n’est pas un autarcique : à son journal intime, il greffe des pages empruntées à ses confrères moyen-orientaux ou arabes vivant dans leur pays des frémissements comparables ou de pires soubresauts. Ce mélange entre insignifiant, semi-impudique, personnel et collectif, scandé par des tranches d’Histoire dramatique, confère une incroyable tonalité réaliste. Et fait que le film "prend" – aux tripes, et comme du ciment peut prendre. À compléter la semaine prochaine avec la vision de Le Caire confidentiel, polar se dér

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La joie selon Beethoven, avec Musée en musique

MUSIQUES | Après les notes de Mozart et de Schubert, ce sont celles, ô combien joyeuses et modernes, de Beethoven qui résonneront au musée de Grenoble pour la troisième (...)

Charline Corubolo | Mardi 7 février 2017

La joie selon Beethoven, avec Musée en musique

Après les notes de Mozart et de Schubert, ce sont celles, ô combien joyeuses et modernes, de Beethoven qui résonneront au musée de Grenoble pour la troisième édition de la Folle nuit. Organisée par Musée en musique, association partenaire de l’institution qui coordonne la programmation musicale de l’auditorium, la nuit se transforme en week-end, du 10 au 12 février, forte du succès des précédentes manifestations. Toujours avec cette volonté d’aller à la rencontre d’un compositeur célèbre et d’élargir le public, l’équipe propose 8 concerts entre le vendredi et le samedi pour un moment de symphonie romantique. Aux cordes et aux touches se succéderont le Quatuor Prazak et le Trio Chausson, deux jeunes prodiges Nathanaël Goin et Rémi Geniet, sans oublier le virtuose du piano Abdel Rahman el Bacha. Une communion musicale qui fera vibrer votre conduit auditif avec jouissance, entrecoupée d’interludes musicaux dans le musée pour un Hymne à la joie bienvenu. Une conférence est également prévue le samedi pour tout savoir de « L’intime au sublime », et vous pourrez assister à une Master class de piano réalisée par Abdel Rahman el Bacha le dimanche. Un bel hymne à Beetho

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BD Partage : « Permettre aux passionnés de se rencontrer »

initiative | La plateforme collaborative BD Partage vient de voir le jour à Grenoble et sera officiellement lancée ce samedi 14 janvier. Créée par le bédéphile grenoblois Christian Huberson, elle a notamment pour objectif de partager les coûts d’achat de bandes dessinées et de faire se rencontrer les passionnés.

Sandy Plas | Mardi 10 janvier 2017

BD Partage : « Permettre aux passionnés de se rencontrer »

« Ces dernières années, le prix de vente des bandes dessinées a beaucoup augmenté. BD Partage a pour but de permettre aux amateurs de BD de découvrir des nouveautés à moindre coût » explique Christian Huberson, fondateur de la plateforme en ligne BD Partage. Ce passionné de bande dessiné s’est lancé il y a quelques mois dans le projet, avec le soutien de l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie). Objectif : proposer un site inspiré du Bon Coin, où les bédéphiles pourront déposer leurs annonces pour vendre leurs BD, mais également mutualiser les coûts pour de nouveaux achats. « L’idée est de pouvoir entrer en contact grâce au site pour acheter à deux une BD. » Une fois lue par le premier acheteur, la BD est transmise au second, qui peut la conserver. Pour accéder au site, pas d’abonnement, mais une simple inscription gratuite. Rencontre Et si le concept existait déjà sur la toile, au travers notamment du site BD Gest’, la plateforme se veut avant tout grenobloise.

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"3 000 Nuits" : femmes au bord de la prise de guerre

ECRANS | de Mai Masri (Pal.-Fr.-Lib.-Jord.-É.A.U.-Qat., 1h43) avec Maisa Abd Elhadi, Nadira Omran, Raida Adon…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Israël, 1980. Soupçonnée de connaître un terroriste, l’institutrice palestinienne Layal est emprisonnée et condamnée à 8 ans de réclusion. Une peine d’autant plus lourde qu’elle est enceinte, et mêlée à des détenues israéliennes de droit commun… Menace d’attentats, état d’urgence, situation d’exception… Sinistre suite logique, poursuivie par la rétention abusive ou dans des conditions dégradantes au fond d’une cellule. Voilà qui catalyse de plus vives insurrections, et fabrique les ripostes du lendemain avec ces victimes collatérales en second que sont les enfants. Collé à des faits bien précis, ce film aurait pu il y a peu nous sembler très éloigné dans l’espace et le temps ; il trouve désormais une violente actualité. Au-delà de la dénonciation des exactions scandaleuses de Tel-Aviv et de l’arbitraire pratiqués sur des femmes (pour certaines innocentes de faits reprochés), il nous fait entendre cette double antienne : aucun camp n’aura jamais le monopole de l’inhumanité ; ceux qui tiennent la matraque imposent leurs lois. À la fois drame historique et thriller carcéral, 3 000 Nuits aurait pu, par la vertu du huis clos, être une pièce de théâtre. Le

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"La BD prend le maquis" : le maquis, bulle résistante

ARTS | Le Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère s'intéresse à la représentation du maquis par les bédéistes d'hier et d'aujourd'hui.

Charline Corubolo | Mercredi 14 décembre 2016

Si, au Musée de l’Ancien Évêché, la montagne se taille de beaux sommets, au Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère, c’est le maquis qui envahit la BD. Suivant la même ligne que l’exposition voisine (à savoir interroger les rapports entre le 9e art et les massifs), l’institution propose une déambulation au moment où La BD prend le maquis. Un parcours chronologique, avec une première partie didactique pour contextualiser et une seconde qui laisse la place aux illustrateurs et aux scénaristes et révèle ainsi les différentes représentations de la Résistance pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Car très vite, alors que la ville de Paris vient d'être libérée, le champ de la BD a été investi, notamment par Edmond-François Calvo qui réalise La bête est morte ! dès 1944. Entre presse légale qui ridiculise les maquisards et créations clandestines qui montrent la Résistance avec gloire, les productions sont foisonnantes.

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La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

ARTS | C’est au cœur des montagnes que le 9e art a fait ses premières bulles. Presque deux siècles plus tard, c’est aux pieds de ces dernières que cet art, la bande dessinée, s’expose de planches colorées en crayonnés noirs pour mettre en vignette les rapports entre l’homme et les cimes. Une ascension délicieuse, à réaliser au Musée de l’Ancien Évêché.

Charline Corubolo | Lundi 12 décembre 2016

La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

Remplir les bulles de sommets, cela fait longtemps que les dessinateurs et scénaristes s’y appliquent. Le premier en date est le Suisse Rodolphe Töpffer qui, en 1827 dans les Alpes, s’adonne à un nouvel exercice, celui d’une narration par planches dessinées. Avec ses Amours de monsieur Vieux Bois, la bande dessinée voit s'esquisser ses premières vignettes en même temps que l’homme arpente les montagnes, l’exploration des massifs traduisant les changements sociétaux d’une modernité en marche. Un bouleversement dont s’emparent les auteurs, comme Aristide Perré avec Poucette Trottin ou encore Émile-Joseph-Porphyre Pinchon avec sa fameuse Bécassine. Une recherche des différentes représentations de cette nature toujours d’actualité, qu’elle soit lieu de conquête ou élément personnifié, que le Musée de l’Ancien Évêché déploie entre ses murs grâce à une scénographie subtile le long de l’exposition Pic & bulle, la montagne dans la BD. Avec pas moins de 90 auteurs, 200 planches originales, 15 albums historiques et 62 rep

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Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Saison 2016 / 2017 | Cette année, direction le Musée de Grenoble, la galerie Spacejunk, le Musée dauphinois, le Musée de l'Ancien Évêché ou encore la Ville d'Échirolles.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Le bleu de Paris Les femmes (Georgia O'Keeffe et Cristina Iglesias) vont laisser place aux artistes disparus au Musée de Grenoble. Et si en mars prochain l'institution se consacrera à la touche d'Henri Fantin-Latour, sa saison s'ouvrira avec les années parisiennes de Vassily Kandinsky (1866-1944). Père de l'art abstrait dont l'œuvre est principalement connue pour sa construction géométrique, le peintre russe a laissé son style flirter avec le biomorphisme durant ses dernières années à Paris (1933-1944), lorsqu'il fuyait le nazisme. Les angles deviennent courbes, manifestation de sa passion pour les sciences, comme autant d'organismes cellulaires perdus dans le Bleu du ciel, pour une abstraction au plus près de la nature sous forme de synthèse d'œuvre. L’exposition de cette rentrée 2016. Kandinsky, les années parisiennes (1933-1944)

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Deena Abdelwahed, futurisme sans frontières

MUSIQUES | À découvrir ce mercredi au Vog, centre d'art contemporain de Fontaine, un live d'une fascinante artiste électronique tunisienne.

Damien Grimbert | Lundi 23 mai 2016

Deena Abdelwahed, futurisme sans frontières

On n’avait pas encore eu l’occasion d’en parler jusqu’à présent : depuis l’automne dernier, le Vog, centre d’art contemporain de Fontaine, accompagne chacune de ses expositions d’un showcase musical. Le prochain, ce mercredi 25 mai à 19h en entrée libre, prendra ainsi la forme d’une carte blanche à l’aventureux label grenoblois Fullfridge Music, qui s’est saisi de l’occasion pour inviter la talentueuse artiste électronique tunisienne Deena Abdelwahed. Membre du collectif parisiano-tunisien Arabstazy, qui revendique une approche « syncrétique et non pas fusionnelle » des musiques électroniques et orientales, Deena est l’auteur d’une bass music volontiers expérimentale et fortement teintée de futurisme. Combinant rythmiques avant-gardistes, ambiances urbaines et influences venues des musiques populaires arabes qui la bercent depuis l’enfance, ses compositions éthérées dégagent un potentiel de fascination peu commun.

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"Dégradé" : film brillant sur Gaza

ECRANS | de Arab & Tarzan Abu Nasser (Pal./Fr./Qat., 1h23) avec Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, Manal Awad…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

À quoi reconnaît-on un “bon” film de guerre ? Certainement pas au volume de ses reconstitutions méthodiques de combats, ni au réalisme hurlant de ses scènes d’étripages ; plutôt à la manière dont il donne à partager l’atmosphère pesante d’un conflit – cette oppression qui s’exerce par contamination directe sur les civils, et pollue leur existence comme une maladie collective en s’insinuant dans tous les interstices de leur quotidien. Dégradé est un “bon” film de guerre parce qu’il se joue dans le huis clos d’un salon de coiffure, autrement dit un lieu anodin cultivant une image de frivolité, de superficialité, où les clientes incarnent une forme de résistance face à l’absurdité du contexte gazaoui. Parce qu’il nous montre comment chacune tente de surmonter la menace chronique, de s’accommoder des privations, de répondre de manière pragmatique à la logique de mort ambiante. Dégradé ne rend pas extraordinaires des situations qui le sont pourtant toutes (y compris la présence d’un lion domestique dans la rue !), parvient à représenter la proximité menaçante du front de manière ultra-réaliste… tout en s’abstenant de le filmer. Il y a autant d’in

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Quand la BD rencontre le ciné

CONNAITRE | C’est parti pour la troisième édition du festival Ciné-BD organisée à l’Espace vie étudiante du campus. On détaille le programme, qui dépasse le simple cadre de projections de films adaptés de bandes dessinées. Noémie Le Page

Noémie Le Page | Vendredi 22 avril 2016

Quand la BD rencontre le ciné

Une fois de plus, les associations la Trace jaune (spécialisée BD), les Cinéphiles anonymes (très branchés ciné), Sève (qui gère le bâtiment Eve) et IntEGre (centrée sur l’accueil des étudiants internationaux) ont pris l'initiative de réunir leurs champs de compétences pour proposer aux étudiants une potion magique : un festival de ciné-BD. Les films projetés pendant cet événement n'ont donc pas été choisis au hasard puisqu'ils proviennent tous de bandes dessinées. Les hostilités commenceront lundi avec la projection du Shutter Island (2010) de Martin Scorsese, basé sur un roman de Denis Lehane qui a aussi été adapté en bande dessinée (par Christian De Metter). Les étudiants du campus, et plus globalement tous les spectateurs curieux, pourront avoir un avant-goût de cette projection en assistant en amont à des représentations théâtrales et à une projection de courts-métrages autour des thématiques de la folie et de la maladie, représentatives du film de Scorsese. Le mardi appelle les participants à libérer leur créativité arti

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Abd Al Malik : changement dans la continuité

MUSIQUES | Loin de son image de rappeur bien sous tous rapports, Abd Al Malik revient avec "Scarifications", nouvel album teinté d'électronique, et un rap d'une surprenante intensité.

Damien Grimbert | Mardi 22 mars 2016

Abd Al Malik : changement dans la continuité

En dépit de ses 25 années d’existence, le rap français reste encore souvent réduit aux même stéréotypes : d’un côté les « méchants » rappeurs, braillards, immatures, violents, vulgaires et misogynes ; de l’autre les « gentils » rappeurs, sages, conscients, poétiques, bienveillants et bien éduqués. Si cette dernière catégorie peut sembler a priori plus flatteuse, elle n’en reste pas moins un carcan, une sorte de prison dorée étouffante de laquelle il semble difficile de s’échapper. C’est pourtant bien ce qu’a réussi à faire Abd Al Malik avec Scarifications, cinquième album intégralement coproduit avec Laurent Garnier qui le voit s’extirper enfin de son statut de premier de la classe / gendre idéal pour voguer vers de nouveaux horizons. En choisissant comme écrin une bande-son électronique futuriste tout droit sortie d’un film de science-fiction dystopique, le rappeur semble ainsi clairement trouver un nouveau souffle. Rude, sombre, saccadé, rapide et intransigeant, son rap renoue avec une intensité et un sens de l’innovation insoupçonnés, sans trahir pour autant sa marque de fabrique : une écriture fine, ambitieuse et subtile, qui gagnerait juste à se débarrass

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr., 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas Remi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue (ou vécue) par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mentions spéciales à la séquence de jérémiades sous-titrées et à la couette ornée de petites fraises.

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Festival BD de Grenoble : cap à l'ouest

CONNAITRE | Rendez-vous ce week-end à la résidence Le Home.

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Festival BD de Grenoble : cap à l'ouest

Nouveau lieu, nouveau format et nouveau nom : pour un peu, le festival BD de l'association Dauphylactère serait méconnaissable. Pour un peu, car esthétiquement, on reste en terrain connu, le casting de son édition 2015 (sur le thème de l'ouest lointain) se divisant principalement, à l'instar des précédentes, entre maîtres transalpins trop méconnus et jeunes talents régionaux. Parmi les premiers, on prendra acte des présences de Paolo Eleuteri Serpieri, pornographe virtuose (Druuna) dont on redécouvre les très emblématiques westerns pro-Amérindiens ; de Stefano Casini, auteur, notamment, d'un très prenant thriller sur fond de révolution cubaine (Hasta la victoria!) ; et de Lele Vianello, émérite disciple de Pratt (l'aventure en haute mer, les grands conflits, l'aquarelle...) s'il en est. Chez les seconds, on accordera une attention particulière au Chambérien Bablet, petit prodige de la perspective vertigineuse (via le diptyque mythologique Adrastée) et à Marie Avril, pour sa belle adaptation de Confidences à Allah, le monologue anti-patriarcal d'une bergère par tradition et putain par nécessité de Saphia Azz

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Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

ECRANS | De Nina et Denis Robert (Fr, 1h30) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

Ce film sur (François) Cavanna commence par la toute fin : les funérailles de l’écrivain, début février 2014, où des lecteurs anonymes et des camarades célèbres viennent lui rendre hommage. Drôle de sensation pour le spectateur : celui d’assister à une répétition générale de ce qui se produira onze mois plus tard avec l’enterrement des dessinateurs de Charlie Hebdo. Cavanna en fut le fondateur avec le Professeur Choron, en prolongement de l’aventure Hara Kiri qui défia les bonnes mœurs et la censure dans les années 60 et 70. Si ce documentaire a deux têtes (le journaliste Denis Robert et sa fille Nina), il a aussi deux faces : d’un côté, un hommage au Cavanna écrivain insatiable, auteur de 50 romans dont quelques best-sellers (Les Ritals, Les Ruskoffs, Bête et méchant) ; de l’autre, l’évocation de cet âge d’or où tout semblait permis car rien n’était autorisé. Denis Robert va à la rencontre d’un Cavanna affaibli et fatigué, tandis que Nina tisse un montage où se télescopent archives, citations et témoignages (Willem, Delfeil de Ton, Siné…) souvent passionnants qui convergent vers un même sentiment de crépuscule.

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Qu’Allah bénisse la France

ECRANS | D’Abd Al Malik (Fr, 1h35) avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani…

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Qu’Allah bénisse la France

C’est peut-être un peu cruel, vu que le film n’est pas forcément détestable, mais c’est bien ce Qu’Allah bénisse la France qui donne envie de tirer la sonnette d’alarme concernant l’état du cinéma français. Depuis plusieurs mois, la course à l’histoire vraie – autofiction, bio filmée ou faits divers – connaît une spectaculaire accélération, d’autant plus inquiétante quand elle est mise entre les mains de cinéastes dont ce n’est pas encore tout à fait le métier. Ainsi d’Abd Al Malik, qui adapte ici son roman autobiographique avec une maladresse d’abord touchante, car elle lui permet d’empoigner la forme cinématographique sans forcément chercher à livrer un produit bien fait, mais graduellement gênante quand le film s’engage dans une escalade narrativo-politique pas franchement maîtrisée – c’est un euphémisme. Qu’Allah bénisse la France n’a aucune échine dramatique et relève d’un empilement de situations qui accompagnent les diverses vicissitudes de son protagoniste – petit voleur à la tire dans les rues de Strasbourg, lycéen doué en lettres, vendeur de shit, repenti islamiste prêchant en banlieue, chanteur de rap repéré par les majors… Pensant que sa vie

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Timbuktu

ECRANS | Après "Bamako", Abderrahmane Sissako continue d’explorer les souffrances politiques du Mali, non pas en instruisant le procès du FMI mais en offrant une vision tragi-comique de la terreur djihadiste. Une approche pertinente de la question, qui ne fait pas oublier une forme auteurisante un peu datée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Timbuktu

La sortie de Timbuktu va donc se dérouler au moment où les yeux de la planète sont braqués vers l’État islamique, tandis que le spectre d’une résurgence djihadiste au Mali est encore vivace. Autrement dit : en plein dans le mille de l’actu, ce qui est un avantage – médiatique – mais aussi un inconvénient – puisque le film se retrouve malgré lui à avoir quelque chose à dire sur le sujet. Or, la nouvelle livraison d’Abderrahmane Sissako, même si elle parle d’un petit groupe d’islamistes qui mettent en coupe réglée un village mauritanien en voulant y instaurer la charia, n’a aucun discours rassurant à délivrer à un Occident angoissé. Déjà, son génial Bamako intentait un procès réparateur mais fictif au FMI ; aujourd’hui, Timbuktu choisit de rire d’une autre tragédie. Ses djihadistes sont regardés comme une cohorte d’individus empêtrés dans leurs contradictions, mais qui puisent leur force du groupe qu’ils ont constitué. Et c’est en brisant la communauté à laquelle ils s’attaquent, créant des schismes selon le sexe, l’âge ou les origines des autochtones, qu’ils installent la terreur. Dans sa première partie, le film montre cette emprise com

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réacs de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive (la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle) mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début, ni fin, visiblement tournées dans la continuité puis charcutées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentr

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Les beaux jours de la BD

CONNAITRE | Son emblème est un moustique, mais c'est à un travail de fourmi que se livre Michel Jans depuis plus de vingt ans en sa qualité de fondateur de Mosquito, (...)

Aurélien Martinez | Mardi 14 octobre 2014

Les beaux jours de la BD

Son emblème est un moustique, mais c'est à un travail de fourmi que se livre Michel Jans depuis plus de vingt ans en sa qualité de fondateur de Mosquito, émanation éditoriale de l'association Dauphylactère à la tête de laquelle il exhume des classiques plus ou moins oubliés de la BD italienne. Ceux de Lele Vianello par exemple, émule du maître aquarelliste Hugo Pratt qui gratifiera de sa présence les prochains 5 jours BD de Grenoble, organisés par... Dauphylactère. Il y a de quoi s'y perdre, tel un cambrioleur lâché dans les rues peuplées de figures masquées de la Sérénissime, point de départ de son élégant récit historico-occulte Lunes Vénitiennes. Un registre que connaît bien le scénariste Frank Giroud, autre invité de marque de cette édition et équivalent pour le neuvième art, en beaucoup plus subtil, de Dan Brown (voir son monumental Décalogue) et d'Iñárritu (voir cette fois la saga Quintett, littéralement chorale). À inscrire également sur votre whislist de dédicaces : Merwan, l'un des dessinateurs de L'Or et le sang, trépidant récit d'aventure sur fond de guerre du Rif, le scénariste François Corteggiani

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Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

ECRANS | "Grace de Monaco" d’Olivier Dahan (en salles depuis mercredi). "Timbuktu" d’Abderrahmane Sissako (pas encore de date de sortie)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1 : Grace de M...

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisi de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Dah

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La Crème de la crème

ECRANS | Une immersion dans les grandes écoles de commerce où trois étudiants décident de monter un réseau de prostitution pour démontrer la force du marché : plus qu’un campus movie à la française, Kim Chapiron réalise la critique cinglante et fascinante de la jeunesse de droite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

La Crème de la crème

C’est la soirée «The World is mine» sur le campus d’une quelconque école HEC française : des petits clans se sont formés en fonction de leurs centres d’intérêts, les garçons draguent les filles, la techno emplit les enceintes… Soudain, les premières notes des Lacs du Connemara démarrent : les visages, déformés par l’alcool et la fatigue, entonnent en chœur les paroles, et cette noble élite de la nation se métamorphose en monstres primitifs échappés d’une toile de Jérôme Bosch. À part, trois spécimens observent ce spectacle fascinant et effrayant, digne des chairs se trémoussant au ralenti au début de Spring Breakers ou des traders en rut du Loup de Wall Street : Dan, le juif timide, Louis, le bourge cynique et Kelly, la prolo ayant réussi à prendre l’ascenseur social. Ce ne sont ni des anarchistes, ni de dangereux gauchistes : juste des outsiders ayant choisi de regarder avec distance ce monde-là pour en

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La Vie en bleu

ECRANS | Pendant solaire de son précédent "Vénus Noire", "La Vie d’Adèle" est pour Abdellatif Kechiche l’opportunité de faire se rencontrer son sens du naturalisme avec un matériau romanesque qui emmène son cinéma vers de nouveaux horizons poétiques. Ce torrent émotionnel n’a pas volé sa Palme d’or. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 3 octobre 2013

La Vie en bleu

Ce serait l’histoire d’une fille de maintenant qui s’appellerait Adèle, qui irait au lycée, qui aimerait la littérature, qui vivrait chez des parents modestes, qui perdrait sa virginité avec un garçon de son âge, puis qui rencontrerait une autre fille plus âgée et plus cultivée qui s’appellerait Emma, avec qui elle vivrait une passion au long cours. Ce serait donc un film très français, un territoire que l’on connaît par cœur : celui du récit d’apprentissage et des émois sentimentaux. Mais La Vie d’Adèle, tout en suivant pas à pas ce programme, le déborde sans cesse et nous fait redécouvrir un genre comme si jamais on ne s’y était aventuré auparavant. Par quelle magie Abdellatif Kechiche y parvient-il ? D’abord grâce à une vertu qui, depuis trois films, est devenue cardinale dans son cinéma : la patience. Patience nécessaire pour voir surgir une vérité à l’écran, faire oublier que l’on regarde de la fiction et se sentir de plain-pied avec des personnages qui n’en sont plus à nos yeux. Cassavetes, Pialat, Stévenin y sont parvenus avant lui, mais Kechiche semble vouloir les dépasser en cherchant des espaces figuratifs que ceux-là n’ont pas osés – par pudeur ou par

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La parole est aux poètes

SCENES | C’est parti pour la vingt-sixième édition des Arts du récit, la manifestation culturelle iséroise dont la ligne éditoriale est clairement résumée dans son titre. Un festival qui programme entre autres "Quand m’embrasseras-tu ?", l’un des plus beaux spectacles de l’année construit autour de la poésie du Palestinien Mahmoud Darwich. Rencontre avec Claude Brozzoni, le metteur en scène de ce bijou, et zoom sur le reste des propositions. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 25 avril 2013

La parole est aux poètes

Comment est né ce projet ?Claude Brozzoni : C’est en 2009 que j’ai découvert les textes de Mahmoud Darwich. Je ne les connaissais pas auparavant, comme je ne suis pas un grand lecteur de poésie. Ça a été une rencontre très forte. Quand j’ai commencé à les lire, j’ai eu une sorte d’incompréhension, je n’arrivais pas à tout saisir. Puis il m’a fallu à peu près cinq-six mois avant que quelque chose ne se passe... Vous avez choisi de transmettre cette poésie sur scène en l’intégrant dans un ensemble plus vaste – au contraire de metteurs en scène comme Claude Régy qui cherchent le dépouillement autour du texte...La musique, l’interprétation d’Abdelwaheb Sefsaf, la peinture : tout est au service du texte. Il y a eu un travail important sur la langue, la diction, la ponctuation, les élisions, les liaisons – on fait tellement de liaisons de nos jours qu’on se trouve face à une sorte de mayonnaise !  L’acteur fait du texte son corps et sa chair. La musique et la peinture viennent ensuite, pour se confronter à cette parole, et la faire vibrer différemment.

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Le temps de la résistance

ARTS | Fiche d’identité : Jacques Barré, dit Abdon, résistant et maquisard. En plus de compter parmi le menu pourcentage de Français à s’être engagé dans la lutte contre (...)

Laetitia Giry | Vendredi 19 avril 2013

Le temps de la résistance

Fiche d’identité : Jacques Barré, dit Abdon, résistant et maquisard. En plus de compter parmi le menu pourcentage de Français à s’être engagé dans la lutte contre l’Occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale, il a ainsi été un témoin privilégié d’actions menées dans les maquis en 1943 et 1944. Pourquoi privilégié ? Parce que chaque pause était pour lui l’occasion de dessiner ce qu’il voyait. Au crayon ou à la plume, il croque alors les visages de ses camarades, des instants de jeux, de joie, de rasage, de couture, aussi bien que des embuscades ou autres attentats. C’est la vie du maquis qui se déploie sur les feuillets qui défilent : une vie faite d’activités du quotidien (il faut bien manger !) et d’événements exceptionnels liés à la guerre (tirer sur son semblable par exemple). Avec une poésie simple mais certaine, Abdon restitue une ambiance, souligne ses dessins avec des légendes factuelles et touchantes, parmi lesquels on trouve des instants de contemplation pure sous la forme d’encres de paysages de Belledonne ou du Vercors, encres dont le lyrisme ne peut que

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Les Chevaux de Dieu

ECRANS | De Nabil Ayouch (Maroc-Fr-Bel, 1h55) avec Abdelhakim Rachid, Abdelilah Rachid, Hamza Souideq...

Jerôme Dittmar | Lundi 18 février 2013

Les Chevaux de Dieu

Il y a un an sortait La Désintégration, récit distancié sur l'embrigadement des jeunes de banlieue dans le terrorisme. Là où le film de Philippe Faucon était aride, quasi factuel, Les Chevaux de Dieu s'impose comme son pendant lyrique. Partant peu ou prou du même sujet dans un autre contexte : comment des jeunes d'un bidonville de Casablanca rejoignent des radicaux islamistes pour devenir des martyrs, Nabil Ayouch dresse un constat similaire. À l'origine des dérives, il y a toujours des raisons sociales, de la frustration, mais aussi des histoires de famille, de frères, d'amis, un tissu large à la fois complexe et au matérialisme banalement universel. Toute la différence entre les films tient au traitement, ample chez Ayouch, presque scorsesien, l'auteur laissant virevolter sa caméra au-dessus du bidonville dans des plans stylés. Dommage seulement que cette ambition formelle aux airs de Cité de Dieu ne serve finalement qu'à suivre un récit aux conclusions trop balisées. Jérôme Dittmar

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Wadjda

ECRANS | Vu d'ici, Wadjda est une pré-ado comme les autres. Converse aux pieds, elle écoute du rock anglo-saxon et cultive son esprit rebelle. Un peu garçon manqué, (...)

Jerôme Dittmar | Lundi 4 février 2013

Wadjda

Vu d'ici, Wadjda est une pré-ado comme les autres. Converse aux pieds, elle écoute du rock anglo-saxon et cultive son esprit rebelle. Un peu garçon manqué, elle rêve d'un vélo pour faire la course avec son meilleur copain. Seul hic, elle habite Riyadh, et la question est intraitable, pas de bicyclette pour les fillettes. Pour se payer l'objet du désir, elle entreprend alors de gagner le concours de la meilleure élève coranique de son école. Premier film saoudien tourné au Royaume, Wadjda a non seulement le culot d'être dirigé par une femme et d'affirmer son féminisme sur une terre dont on connait, un peu, les traditions, mais en plus d'être une réussite. L'effort aurait pourtant pu finir en film du mois du magazine Elle. Heureusement la finesse du regard fait ici la différence. Naviguant sur un triple récit à la fois familial, individuel et collectif, Wadjda livre un portrait de société clairvoyant. En nuances et sensibilité, Haifaa al-Mansour ouvre les portes de la famille bigame, montrant la vie quotidienne entre mère et fille ; les règles parfois absurdes auxquelles elles doivent se soumettre ; ou comment on gagne son indépendance par l'intelligence

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