"Nomades" : routes et déroutes du sud

ECRANS | de Olivier Coussemacq (Fr-Mar, 1h27) avec Jamil Idrissi, Jalila Talemsi, Assma El Hadrami…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Photo : ©Local Films


Pour dissuader son ultime fils Hossein, 16 ans, de tenter l'exil illégal vers l'Europe par la voie maritime, Naïma quitte Tanger, direction la campagne du sud. Chez son oncle et sa tante, Hossein se sent coupé du monde moderne et en veut à sa mère…

« Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console », dit un proverbe que Hossein pourrait faire sien : son exil dans le sud rural marocain lui permet de relativiser sa situation et de constater les privilèges dont il dispose. Mais relativiser marche dans l'autre sens : comment ne pas vouloir quitter un pays qui interdit à ses locaux l'accès aux hôtels, à moins qu'ils ne soient escortés par les touristes ? Comment ne pas être écœuré de voir sa cousine quasiment "vendue" à un compatriote établi à l'étranger ? Comment ne pas désespérer de n'avoir pour seule perspective l'exercice de cireur de chaussures – soumis de surcroît à une forte concurrence ?

Dans le sillage des brûlots de Nabil Ayouch (Much Loved, Razzia...), Olivier Coussemacq porte un regard intérieur sans concession sur la société marocaine, où la jeunesse et les femmes n'ont le choix qu'entre le désarroi et le désespoir. Demeurent ici en bout de course des graines d'espoir pour la méritante Naïma et par ricochet pour son entêté de fils. Il n'est pas défendu de croire qu'elles fleuriront.

Sortie le 7 août

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Un Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas pour « offrir à Grenoble un lieu dédié aux musiques de création »

ACTUS | Récemment nommé par la Ville de Grenoble pour gérer le Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas, le Centre international des musiques nomades (CIMN), qui organise chaque printemps le festival Les Détours de Babel, vient tout juste de démarrer sa saison. Son directeur Benoît Thiebergien nous éclaire sur la singularité du projet culturel qu’il a imaginé pour ce lieu qui sera désormais destiné à faire dialoguer les musiques et les cultures.

Benjamin Bardinet | Mardi 1 octobre 2019

Un Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas pour « offrir à Grenoble un lieu dédié aux musiques de création »

Vous venez de prendre la direction du Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas. Comment avez-vous imaginé la programmation de ce lieu ? Benoît Thiebergien : Le projet que j’ai proposé à la Ville reste le même que celui du Centre international des musiques nomades qui est la structure porteuse du festival Les Détours de Babel. Il s’agit donc d’offrir à la ville un lieu dédié aux musiques de création, à la croisée des formes contemporaines, improvisées et traditionnelles et surtout à la richesse de leur dialogue. Il n’y avait jusqu’à présent pas vraiment de lieu dédié à ces esthétiques. Cela vient donc combler un manque et surtout enrichir l’offre musicale grenobloise. Quels seront les temps forts et les singularités de votre programmation ? Le théâtre va devenir un lieu de fabrique, d’élaboration, un espace qui donne le temps aux artistes de construire leurs projets. Il y aura donc une permanence artistique à travers des résidences qui vont s’enchaîner presque toutes les semaines et dont le public sera invité à découvrir le travail à l’occasion des soir

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Olivier Coussemacq : « Le Maroc est un pays qui connaît bien le cinéma »

ECRANS | Le cinéma n’a pas de frontière. Le réalisateur français Olivier Coussemacq le prouve en signant "Nomades", un film (en salle le 7 août) on ne peut plus marocain. Rencontre.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Olivier Coussemacq : « Le Maroc est un pays qui connaît bien le cinéma »

Habituellement, les films traitant des questions de migration du point de vue du Sud sont produits ou réalisés par des Marocains. Quel est votre rapport au Maroc ? Olivier Coussemacq : Cela a été une des difficultés du projet, en effet… Quand j’ai présenté le film à Tanger, en avant-première marocaine dans le cadre du festival du cinéma marocain, on n’a pas reconnu au film son identité marocaine. Quand je suis en France avec ce film, on me dit : mais c’est un film avec des inconnus en langue arabe ! J’ai un rapport ancien avec le Maroc, un rapport d’amour surtout, et des liens anciens avec le Maghreb ainsi qu’un intérêt pour ce qui n’est pas "nous". J’ai envie d’aller voir ailleurs pour éviter de trop parler de nous – d’autres le font très bien. Enfin, j’ai eu quelques difficultés dans le passé, à titre intime, avec ma mère que je ne développerai pas. Et les mères du Maghreb, en règle générale, sont des femmes qui m’émeuvent par leurs capacités de résistance, leur générosité. Un caractère de mère amoureuse et protectrice… Les Marocains ne se reconnaissaient pas dans les personnages ?

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Le Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas change de main

ACTUS | C'est l'équipe des Détours de Babel qui l'occupera dès septembre 2019.

La rédaction | Mercredi 9 janvier 2019

Le Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas change de main

« Le Centre international des musiques nomades s'installera au Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas à partir de septembre 2019 » : c’est par un communiqué publié mi-décembre que l’association qui porte le festival Les Détours de Babel a rendu public la décision prise par la Ville de Grenoble de lui confier les clés de ce lieu culturel du quartier Très-Cloîtres. C’en est donc fini pour le projet porté depuis quatre ans par le musicien Antonio Placer – même s’il nous a assuré être très proche des équipes du festival et qu’il pourrait donc revenir dans le lieu sous une autre forme. « Dans la continuité de la vocation musicale et de l’esprit d’ouverture du projet précédent, le Centre international des musiques nomades fera vivre en musique le Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas pour trois saisons. Espace privilégié de rencontres musicales inédites, lieu de croisement des imaginaires d’aujourd’hui, il sera le prolongement naturel du festiva

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Retour vers le futur

ARTS | Une jeune artiste intriguée par la mémoire du futur, une approche réfléchie, soucieuse d’intégrer le public en lui faisant comprendre et sentir un propos : la première exposition de la saison au Vog mérite une adhésion ravie. Laetitia Giry

Laetitia Giry | Vendredi 5 octobre 2012

Retour vers le futur

La formule Galeries nomades est une formule qui sonne bien… Il se trouve qu’elle désigne un projet non moins séduisant : des expositions impulsées par l’Institut d’art contemporain (IAC de Villeurbanne) dans différents centres d’art de la région, et présentant les travaux d’artistes régionaux fraîchement diplômés. C’est le cas de Mathilde Barrio Nuevo, qui a investi l’espace fontainois comme on occupe un territoire, posant ses marques et déployant un monde issu de son imagination, s’emparant du lieu avec enthousiasme et détermination. Une artiste qui déclare que, si « l’archéologue cherche les formes du passé ; l’artiste, au sens large, crée les formes du futur », tout en s’évertuant à donner du sens à ses propos en actes. Le visiteur est invité à pénétrer un monde en composition, à évoluer dans un laboratoire factice où se côtoient fausses météorites, faux résultats de fouilles, faux lieu d’exploration. Du réel à la fiction Le titre de l’exposition donne un indice sur la narrativité à l’œuvre ici : Les analyses ne donnent rien porte un message qui vient définir les contours des différents objets et mises en scène. Tout comme leurs noms respec

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Dévotions pudiques

MUSIQUES | Musique / Les trois ragas découverts sur le disque du chanteur classique d’Inde du Nord, Devashish Dey, promettent des concerts captivants à Grenoble et (...)

| Mercredi 31 janvier 2007

Dévotions pudiques

Musique / Les trois ragas découverts sur le disque du chanteur classique d’Inde du Nord, Devashish Dey, promettent des concerts captivants à Grenoble et Annecy. Techniquement irréprochable (il a suivi l’enseignement du chant hindustani auprès de grands maîtres de l’Inde), cet interprète de 43 ans se distingue par un chant subtil et original, dépassant l’héritage traditionnel. Dans un premier raga de 44 minutes (une longueur normale pour un raga), intitulé Rag Yeman, les notes, particulièrement élaborées, se développent autour d’une voix élégante aux couleurs sombres. La mélodie de base réapparaît régulièrement, la tampura fournit imperturbablement la tonique et la dominante, et Devashish Dey exprime, avec une virtuosité contenue sans effets inutiles, toutes les beautés d’un raga tout simplement puissant. Sa voix se découvre dans un premier temps délicate et magnifiquement flexible - il n’en perd jamais la maîtrise -, pour offrir des aigus purs, jamais forcés. Les facilités vocales déconcertantes du chanteur de Varanasi (Bénarès), se voient originalement exploitées par son sens esthétique exigeant, très sensible. Dans Rag Chandrakaush (17 minutes), le timbre rond de sa voix délicate

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Couleurs Ragas

MUSIQUES | Musique / Vous connaissez sans doute la fameuse et merveilleuse fête populaire de Holî qui embrase et colore l’Inde durant deux jours ? Documentaires et (...)

| Mercredi 18 avril 2007

Couleurs Ragas

Musique / Vous connaissez sans doute la fameuse et merveilleuse fête populaire de Holî qui embrase et colore l’Inde durant deux jours ? Documentaires et reportages nous font baver d’envie devant ces scènes irréelles de beauté, où indiens hilares inondent joyeusement de pigments rouge, bleu, mauve, jaune les passants immaculés, afin de célébrer avec tout l’éclat qu’il mérite l’arrivée du printemps et de son corollaire, la fertilité. Animé par le louable désir de nous faire partager un peu de ces magnificences trop lointaines, Jacqui Détraz, percussionniste français ayant reçu l’enseignement des tablas à Bénarès, a imaginé une création a priori galvanisante et originale : un spectacle où seront abordés les quatre ragas fondateurs de la musique d’Inde du Nord rattachés à une couleur et à une peinture miniature représentée sur scène. En réunissant le célèbre sitariste Ashok Pathak, mais aussi un jongleur français Thierry Nadalini, et une danseuse de kathak, Sujatha Venkatesh, (danse énergique utilisant le langage des mains, les expressions du visage et découverte par les occidentaux dans l’incroyable Salon de musique de Satyajit Ray), l’instigateur du projet et joueur de tablas souhait

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