Josep : Mais qu'a fait la police ?!

ECRANS | ★★★☆☆ Animation de Aurel (Fr.-Esp.-Bel, 1h14) avec les voix de Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Photo : ©Les Films d'Ici Méditerranée


Premier long métrage d'un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît, Josep raconte comment le personnage-titre, républicain espagnol réfugié en France fut en fait parqué dans un camp par les autorités et maltraité par tous les gendarmes... sauf un. Voilà qui résonne terriblement avec l'actualité des violences policières : y aurait-il une "tradition" de comportements individuels racistes, d'omerta, d'obligation de suivre le groupe, d'absence de contrôle par la hiérarchie ? Tout cela pèse violemment sur le récit, par ailleurs édifiant, éclairant l'existence mal connue des camps de concentration destinés aux réfugiés anti-franquistes, cette autre tache sur l'Histoire hexagonale. En confrère respectueux, Aurel efface ici son trait pour ne pas faire ombrage à celui de son devancier. Et l'animation, qui préfère un mouvement saccadé à une trop grande fluidité, fait bien écho au style tourmenté, expressionniste, de Josep. On saluera enfin un joli travail sur le magma des souvenirs, qui fait survenir la présence fluctuante de Frida Kahlo.

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"Vers la bataille" et "Si le vent tombe" : si loin, si proches

ECRANS | L’époque et la géographie les oppose, mais les protagonistes de "Vers la bataille" et de "Si le vent tombe" ont beaucoup en commun. À commencer par le fait d’être des Français temporairement expatriés et irrésistiblement attirés par le souffle de la guerre…

Vincent Raymond | Mercredi 26 mai 2021

La Guerre et ce qui s’ensuivit, écrivait Aragon. Quelle que soit l’âge du conflit, le déroulement sur le terrain est identique : les corps des belligérants (et des malheureux civils au mauvais endroit, au mauvais moment) finissent hachés par une pluie de boue et de mitraille, après avoir été laminés par l’angoisse d’être touchés. La raison commanderait de fuir à tout prix ces zones de haut péril, mais la raison, on la connaît, a parfois les siennes, hors de toute logique. Pour Louis dans Vers la bataille de Aurélien Vernhes-Lermusiaux, c’est d’aller photographier au plus près l’Expédition du Mexique de 1861 (et sa déroute) à la demande de l’armée française, histoire oublier la mort de son fis. Pour Alain dans Si le vent tombe de Nora Martirosyan, c’est d’aller observer de ses yeux cette ligne de front ayant justifié sa venue au Haut-Karabagh pour inspecter un aéroport afin de lui donner l’autorisation d’ouvrir ; cette même ligne de front exigeant que le rapport soit défavorables pour

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"Je m’appelle humain" : apaisée Joséphine

ECRANS | Grande plume de la poésie innue, Joséphine Bacon fait l’objet d’un portrait documentaire encapsulant une part de l’âme de sa culture. À découvrir en exclusivité en VOD, pour le moment.

Vincent Raymond | Mercredi 14 avril 2021

Québec, de nos jours. Poétesse reconnue et célébrée pour son écriture bilingue (en français et en innu-aimun, la langue des Premiers peuples du Canada), Joséphine Bacon évoque devant la caméra de Kim O’Bomsawin son parcours, de son passage au pensionnat à sa jeunesse semi beatnik à Montréal. Et comment, en maintenant vivace le souvenir de sa culture ancestrale faite d’oralité et de coutumes, elle a su en perpétuer l’essence à travers ses écrits… Paysages inspirants, lumière magique, palette harmonieuse… L’image de ce premier film est souvent flatteuse. Kim O’Bomsawin, pour son premier long-métrage, soigne son double sujet : le peuple Innu, survivant malgré l’entreprise d’acculturation destructrice menée par le gouvernement canadien depuis des décennies, et surtout Joséphine Bacon. D’ailleurs, si la réalisatrice ne convoque que si peu d’archives pour illustrer les souvenirs de sa charismatique interlocutrice, c’est sans doute par manque de matériau d’époque, témoignant du peu de cas accordé aux "Américains natifs". Parqués dans des réserves ou arrachés à leur famille, ils sont spoliés de leur identité quand ce n’est

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Les journées du film d’animation auront lieu fin octobre à Mon Ciné

ECRANS | Mon Ciné à Saint-Martin-d’Hères n’échappe pas à la règle d’or des exploitants : pendant les vacances de Toussaint (et même les autres), il faut proposer de (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Les journées du film d’animation auront lieu fin octobre à Mon Ciné

Mon Ciné à Saint-Martin-d’Hères n’échappe pas à la règle d’or des exploitants : pendant les vacances de Toussaint (et même les autres), il faut proposer de l’animation à son public. Ne serait-ce que pour donner un prétexte aux parents qui aiment ce genre de cinéma d’emmener leur progéniture dans les salles. Du 28 au 31 octobre, quatre jours lui sont donc ici dévolus, avec notamment l’incontournable Cristal du long métrage lors du dernier festival d’Annecy, Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémy Chayé, et aussi le plus sérieux Josep signé Aurel, renvoyant à la Guerre d’Espagne et à la peu glorieuse histoire des camps d’internement pour réfugiés républicains en France.

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Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

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Adolescence programmée

Littérature | La librairie Decitre accueille jeudi 6 février l'écrivain Aurélien Delsaux, auteur du roman "Pour Luky". On vous en dit un peu plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 février 2020

Adolescence programmée

« Les vies sous-jacentes, celles qui passent sous les radars, les mineures, les nouvelles, le roman doit les dire, c’est sa raison d’être. Et pour cela, tenter d’inventer chaque fois une langue qui le pourra. Voilà ce que fait Delsaux, vite, fort, il invente une langue qui est comme un couteau papillon, qui se plie et se replie sans cesse, virevolte et blesse pour finir. » Voilà ce que dit Nicolas Mathieu, Prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux, du dernier roman de l'Isérois Aurélien Delsaux : Pour Luky. Guère étonnant quand on songe à quel point il existe une parenté entre ces deux livres. Dans la description de "vies sous-jacentes" justement, celle, ici, de trois adolescents entre deux âges, sortant de l'enfance sans être entrés dans l'âge adulte, et entre deux mondes, dans cette zone grise ni tout à fait rurale, ni tout à fait urbaine, que l'on nomme périphérique et qui dans la littérature d'aujourd'hui commence à se faire une place. L'auteur, cosignataire de la tribune « Pour dire notre époque monstrueuse, il faut des romans monstrueux », sera à la librairie Decitre jeudi 6 février.

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"aSH" : sacrée danse par Aurélien Bory et Shantala Shivalingappa

Danse | Le chorégraphe Aurélien Bory réalise souvent des portraits dansés de femme. Après Stéphanie Fuster et Kaori Ito, il a travaillé avec l’interprète indienne Shantala Shivalingappa. Le résultat est un solo envoûtant à découvrir à l’Hexagone de Meylan.

Aurélien Martinez | Mardi 19 novembre 2019

Une danseuse, au centre du plateau, devant une immense feuille de papier kraft qui sert de toile de fond. Elle s’appelle Shantala Shivalingappa, est indienne. Le chorégraphe Aurélien Bory (l’un des grands noms de la danse contemporaine française à l’aura internationale, et surtout un artiste qui soigne tout particulièrement ses scénographies) l’a rencontrée en Allemagne en 2008, alors qu’elle dansait dans la compagnie de l’immense Pina Bausch. Coup de foudre. « La danse de Shantala est faite de ce parcours entre le kuchipudi [une danse traditionnelle indienne – NDLR] et Pina Bausch, entre l’Inde et l’Europe, entre Shiva et Dionysos dont d’aucuns disent qu’ils sont issus d’un seul et même dieu », écrit le chorégraphe en note d’intention – nous souhaitions l’interviewer, mais son emploi du temps très rempli et notre demande tardive en ont décidé autrement ! Ensemble, ils ont construit ce solo autour de la cendre (d’où le titre Ash, à lire en anglais) et mis en place un captivant livre d’images. Shiva & co Car aSH n’est pas un portrait au sens littéral du terme

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Aurélien Barrau : pour sortir du trou noir

Rencontre | Depuis sa vidéo virale de septembre 2018, lors du festival Climax de Bordeaux, Aurélien Barrau est devenu l'une des voix qui portent dans la lutte pour la (...)

Sébastien Broquet | Lundi 7 octobre 2019

Aurélien Barrau : pour sortir du trou noir

Depuis sa vidéo virale de septembre 2018, lors du festival Climax de Bordeaux, Aurélien Barrau est devenu l'une des voix qui portent dans la lutte pour la défense du climat face aux excès d'un monde régi par trop de croissance. Le professeur de l'Université Grenoble Alpes et astrophysicien reconnu, spécialiste des trous noirs, a enchaîné avec un appel publié dans Le Monde en compagnie de Juliette Binoche (qu'il a rencontrée sur le tournage de High Life de Claire Denis) et signé par près de 200 personnalités, intitulé Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité. Depuis, il poursuit son combat politique et citoyen au fil de conférences autour de la crise écologique qui sont fort suivies et font de lui un lanceur d'alerte très écouté. Ren

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Danse : nos huit coups de cœur de la saison

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Un programme entre solo, chorégraphie de groupe, reprise bienvenue ou encore concours tourné vers l'avenir.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Danse : nos huit coups de cœur de la saison

Vertikal À chaque spectacle, Mourad Merzouki confronte la danse hip-hop à une difficulté qui lui donne matière à création. Ce furent la musique baroque (Boxe, boxe), les arts numériques (Pixels) ; voici qu'il titille la verticalité du plateau avec des murs mouchetés de prises d'escalade et des déplacements latéraux. Si, au début, ses danseurs sont trop la démonstration de tous les mouvements possiblement réalisables avec cette contrainte et que le chorégraphe multiplie les séquences de danse qu'il superpose (on ne sait plus où et qui regarder), peu à peu, il oublie l'épate et se dégage alors une sensation d'apesanteur : les interprètes s'emparent des accroches du mur avec une facilité feinte. Et sa troupe respire avant d'embrayer sur un bouquet final saisissant. À la MC2 du mercred

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"Ma folle semaine avec Tess" : conte d’été

ECRANS | De Steven Wouterlood (P.-B., 1h23) avec Sonny Coops van Utteren, Josephine Arendsen, Hans Dagelet…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

En vacances familiales sur une petite île néerlandaise, Sam se lie d’amitié avec une fillette de son âge, Tess, aussi délurée qu’il est enclin à la solitude. Si Tess va l’aider à s’ouvrir au monde, Sam va lui permettre en retour de faire la connaissance d’une personne comptant beaucoup pour elle… Si vous vous souvenez du Grand Chemin (1988) de Jean-Loup Hubert et de ses deux jeunes protagonistes faisant les 400 coups dans les champs, Sam et Tess vous évoqueront sans doute leurs dignes successeurs : ici aussi, un gamin timoré transplanté à la campagne se fait dessaler par une fillette fantasque, vêtue comme l’as de pique (les costumiers n’ont pas lésiné : on croirait une Punky Brewster batave) et à la vie familiale compliquée. Récit initiatique dans lequel les enfants imitent avec leur maladroite innocence les rites des adultes pour se convaincre qu’ils appartiennent à leur monde, ce film aux couleurs chaudes et marquées est parsemé d’éclats sombres – les petites bouffées d’angoisse inhérentes aux contes gothiques, souvent symboli

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"Mon inconnue" : je t’aime, je t’aime

ECRANS | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint, avec ce troisième long-métrage, le fatidique "film de la maturité" ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time de 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin sorti en 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue narratif (saluons au passage l’efficacité du montage et sa fluidité), Mon inconnue remplit son office en rapprochant in extremis des amants désunis voués à s’aimer et en parsemant de magie leurs roucoulades contrariées. Aux côtés de l’impeccable couple d

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Aurélien Villard (cie des Gentils) : « Baba est quelqu'un qui n’a pas les mêmes codes que nous »

Théâtre | "Les Puces de Baba", c’est le nouveau spectacle de la compagnie des Gentils d’Aurélien Villard. Un solo du comédien et clown Jérémy Buclon dont on a vu quelques prometteurs extraits avant la création début mars à l’Autre rive d’Eybens. Alors interview pour en savoir plus.

Aurélien Martinez | Mardi 26 février 2019

Aurélien Villard (cie des Gentils) : « Baba est quelqu'un qui n’a pas les mêmes codes que nous »

Qui est Baba ? Aurélien Villard : C’est un clown que Jérémy Buclon m’a présenté il y a deux ans, qui m’a beaucoup touché et avec qui on a essayé de communiquer, d’inventer une histoire, un spectacle… Après, je ne le connais pas tant que ça, il est vraiment mystérieux. On a commencé par une séance d’impro pendant laquelle j’ai tellement été impressionné par ce clown et sa présence que je n’ai pas du tout su quoi lui dire et quoi lui faire faire. J’étais juste spectateur ! Puis on s’est remis à bosser, sans trop savoir où l’on allait… Je le filmais pendant les impros, pour garder une trace. Et en voyant le visage de Baba en gros plan, avec ce regard émouvant, je me suis dit que ça serait la première image. D’où la présence de la vidéo sur ce spectacle – alors qu’il y a deux ans encore, je disais qu’il n’y aurait jamais de vidéo dans un spectacle des Gentils ! Il y a de la vidéo comme Baba se lance dans la vente en ligne, d’où le titre du spectacle Les Puces de Baba… Avec Jérémy, on voyait tous ces gens qui, sur Internet, se filment en train de faire tout et n’importe quoi,

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Rhoda Scott : star 80

Concert | À 80 ans dont 72 consacrés à son instrument fétiche (celui d'une fille de pasteur : l'orgue), Rhoda Scott est entrée dans la légende. Elle sera à la MC2 mardi 12 février pour un concert qui promet.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 février 2019

 Rhoda Scott : star 80

Le fait est qu'on n'a pas toujours l'occasion de fêter ses 80 ans. Et encore moins de les fêter sur scène. Pour cela, encore faut-il être artiste, être vivant et en forme, et ne pas être cramé artistiquement, ce qui est loin d'être donné à tout le monde – demandez donc à Kurt Cobain ou à Jordi. Comme Rhoda Scott coche toutes les cases, elle aurait tort de se priver d'entrer dans sa neuvième décennie en brûlant les planches. En cela, l'organiste et chanteuse de jazz américaine a d'autant plus de mérite que sa carrière est du genre au long cours. Passée derrière un orgue dès l'âge de 8 ans, elle ne l'a jamais lâché ; et à même pas 25, elle accompagnait déjà des Ray Charles, Count Basie ou Ella Fitzgerald. Tombée sous la coupe immaculée d'Eddie Barclay, "la femme aux pieds nus" connaîtra même une histoire d'amour artistique – et pas que – avec la France, qui lui vaudra une Victoire du Jazz d'honneur en 2018, année de ses 80 ans. Année aussi où elle décide de s'embarquer dans une tournée anniversaire et, pour ce faire, d'emmener avec elle, presque fort logiquement, la fine fleur du jeune jazz français au féminin. Ce "Ladies All Star" (comme on dit du côté

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"5th Element" : des racines et des arbres

Exposition | La galerie grenobloise la Vina propose une drôle d'exposition collective autour des arbres. On l'a visitée.

Benjamin Bardinet | Mardi 15 janvier 2019

En réunissant de très belles images d’arbres réalisées par neuf photographes du cru, la galerie La Vina nous invite à une exposition-réflexion intitulée 5th Element, avec l'idée que l’arbre opère comme une sorte de catalyseur des quatre éléments fondamentaux (la terre, l’air, le feu et l’eau) contribuant ainsi à l’équilibre de notre écosystème – à l’inverse de l’homocapitalismus qui contribue à le foutre en l’air. Entre, notamment, la simplicité poétique des images de Jean-Luc Joseph, les contre-plongées fascinantes de Serge Riou, le nerveux flou de bougé de Thierry Latoud ou encore la subtile approche documentaire de François-Marie Périer, l’exposition offre, sur le sujet, un large éventail de propositions – il y en a pour tous les goûts ! Pour prolonger la réflexion, la galerie organise plusieurs événements dont une discussion (le 27 janvier) au sujet d’une peuplade indienne, les Bishnoïs, qui voue un respect profond aux arbres, et une lecture poétique et musicale (les 1er et 2 février) consacrée à Yggdrasill, l’arbre-monde des mythologies nordiques.

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Floraison funèbre par Joseph Caprio

Exposition | Le talent d'un photographe est parfois de savoir saisir la présence, dans un environnement particulier, d'un élément qui va permettre de donner à cet (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 13 novembre 2018

Floraison funèbre par Joseph Caprio

Le talent d'un photographe est parfois de savoir saisir la présence, dans un environnement particulier, d'un élément qui va permettre de donner à cet environnement une représentation inattendue. Dans la série de photographies que présente Joseph Caprio à la galerie Alter-Art jusqu'au dimanche 25 novembre, cet élément est une bâche en plastique recouvrant les tombes d'un cimetière afin de les protéger de travaux à proximité. Du fait de la présence de cet élément incongru, les couronnes mortuaires et les fleurs (souvent factices) s'évanouissent derrière ce film transparent qui brouille leur présence et notre perception. Joseph Caprio joue ainsi habilement du rendu photographique ambigu du plastique qui prend tour à tour l'aspect d'un voile léger ou, au contraire, d'une sculpture minérale. Dissimulés derrière cette bâche, les bibelots désuets destinés à orner les pierres tombales plongent alors dans une forme d'évanescence qui semble faire écho au sort des défunts, enfouis sous terre, que notre mémoire oublie peu à peu.

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Aurélie Dos Santos : « Le NSK détourne pour mieux questionner »

Festival | Conférences, expositions, projections, rencontres… Après une première édition remarquée en 2016, le NSK Rendez-vous prend de nouveau ses quartiers dans divers lieux grenoblois du jeudi 11 au dimanche 14 octobre. Mais c’est quoi le NSK exactement ? Aurélie Dos Santos, déléguée du festival, nous explique les tenants et aboutissants de ce mouvement artistique subversif d’une puissance peu commune.

Damien Grimbert | Mardi 9 octobre 2018

Aurélie Dos Santos : « Le NSK détourne pour mieux questionner »

Comment présenteriez-vous le NSK ? Aurélie Dos Santos : Le NSK, ou "Neue Slowenische Kunst", est un collectif d’art politique né sur les bases du punk, qui questionne les notions d’art, de propagande, d’identité et d’idéologie. Il est apparu au début des années 1980 en Slovénie, après la mort de Tito et avant la dislocation de la Yougoslavie. C’est un mouvement marqué à la fois par la culture industrielle très forte de Trbovlje, la ville de mineurs qui l’a vu naître, et par les grandes avant-gardes historiques et révolutionnaires – dadaïsme, surréalisme, constructivisme… – qui l’ont précédé. Son objectif était de faire réfléchir la jeunesse yougoslave aux rapports entre l’art et la politique, très ancrés dans les pays d’Europe de l’Est de l’époque. Les artistes du NSK sont donc arrivés avec une démarche très punk : faire du graphisme, de la musique, de la peinture, du théâtre, en détournant les images de propagande des grandes idéologies communistes et nazies, et par la suite capitalistes. Et de fait, ils ont rapidement été interdits en Slovénie, parce qu’ils mélangeaient dans une même affiche, par exemple, des symboles commu

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"Départ Flip" : la (magnifique) tribu de Sala

Cirque | Pour sa première création seule aux commandes et hors de scène, Aurélie La Sala de la compagnie Virevolt (qu'elle a fondée en 2000 avec Martin Cuvelier) signe un spectacle remuant, interrogeant dans les airs ce qu'est le groupe, à la fois répulsif et refuge. Un "Départ Flip" remarquable à découvrir au Grand Angle ce mois-ci et à la Rampe en décembre.

Nadja Pobel | Mardi 9 octobre 2018

Ne pas s'attendre à une démonstration de force sur les douze trapèzes qui, au début de la représentation, sont encore repliés sur eux-mêmes. Bien sûr, les cinq acrobates savent parfaitement les manier mais là n'est pas le propos, qui est plutôt d’affirmer comment on fait groupe, par contrainte ou par choix. Ainsi, il faut tout d'abord que les interprètes se familiarisent avec un nouvel environnement – ici, c'est la verticalité. Leurs corps l'appréhendent lentement, déployant les trapèzes depuis un grill de cordes, le plateau haut perché du dispositif scénique. Sans que l'exercice ne soit synchrone, la simultanéité avec laquelle tout se déroule rend l’installation joyeuse et ludique, les filles s'amusant même comme des enfants sur une balançoire. Cette candeur traverse tout le travail d'Aurélie La Sala, directrice artistique de la compagnie Virevolt, sans que cela ne l'empêche d'empoigner son sujet à pleines mains. Bestiaire Le groupe dont il est question en filigrane est celui de migrants débarqués sur une terre inconnue. Postés sur un cube à moins d'un mètre du sol, ils semblent regarder la mer menaçant de les aspirer. Point alors le danger qui é

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Sylvie Hoarau (Brigitte) : « On aime donner du spectacle »

Concert | Une date complète ce jeudi 17 mai à la Belle électrique, une autre prévue le mercredi 5 décembre au (beaucoup plus grand) Summum : depuis leurs débuts en 2010, Aurélie Saada et Sylvie Hoarau, connues sous le nom de Brigitte, enchaînent les succès grâce à leurs savoureuses chansons pour la plupart sucrées et entêtantes. Rencontre avec Sylvie Hoarau, moitié du concept-duo, avec qui on a causé variété, indépendance ou encore politique.

Aurélien Martinez | Lundi 14 mai 2018

Sylvie Hoarau (Brigitte) : « On aime donner du spectacle »

Est-ce que votre rapport l'une à l'autre et votre façon de travailler ont évolué au fil des trois albums et du succès grandissant ? Sylvie Hoarau : Les trois albums sont vraiment nés de manières différentes. Le premier, Et vous, tu m'aimes ? (2011), on ne se connaissait pas bien, c’était un album de rencontre ; on s’est beaucoup confié l’une à l’autre, on a parlé de nos envies, de nos vécus, de nos frustrations, de nos joies… À l’époque, on ne savait même pas qu’on allait faire un album ! Le deuxième, À bouche que veux-tu (2014), on était dans l’euphorie assez incroyable du succès : l’album était beaucoup dans le plaisir, le désir, la sensualité, les rythmes… Et ce troisième album, Nues (2017), ça a encore été autre chose : Aurélie vivant aux États-Unis, nous avons été séparées pendant un an, même si je suis souvent allée la voir là-bas – j’ai dû y passer plus de trois mois en cumulé. Elle a donc écrit des chansons seule de son côté. Pour résumer tout ça, on peut dire que notre premier disque, c’était des filles qui avaient envie de s’en sortir avec les hauts et les bas de la vie. Le deuxi

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"Le Grand jeu de l’ouïe" : ceci est un blind test théâtral

Spectacle | La compagnie grenobloise des Gentils tourne avec un nouveau spectacle participatif et, surtout, très drôle. Prochaine date : dimanche 11 mars à l'Espace 600.

Aurélien Martinez | Mardi 6 mars 2018

Nous voici convoqués au pilote d’une future émission visant à tester les connaissances musicales des téléspectateurs. Aux commandes du show, un duo au sourire ultra bright accompagne un pianiste qui enchaîne les airs issus de grands films – ça brasse large, tant en style qu’en période. À la clé pour l’équipe gagnante, un chèque – enfin, si la prod veut bien le signer, ce qui ne semble pas évident. Le Grand jeu de l'ouïe est ainsi une drôle de mise en abyme qui permet à la compagnie grenobloise des Gentils de livrer une proposition à deux niveaux de lecture, comme le public est véritablement amené à participer au jeu tout en assistant à un véritable spectacle. Et dans le rôle des présentateurs Georges et Corine, on retrouve deux des jeunes comédiens grenoblois les plus intéressants, que ce soit avec les Gentils ou en dehors : Colin Melquiond et Doriane Salvucci. Avec l’excellent (et taiseux) François Marailhac au piano, et le metteur en scène

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"Mysterious Skin" : Gregg Araki à la recherche de la mémoire perdue

ECRANS | Mardi 6 mars, le Ciné-Club de Grenoble projette le plus grand film du réalisateur de "Kaboom" et "The Doom Generation". Et un grand film tout court.

Aurélien Martinez | Mardi 27 février 2018

C’est l’un des plus grands films de ce début de siècle (rien que ça, oui), et Vues d’en face, festival grenoblois dédié au cinéma LGBT, a décidé de le programmer, avec l’aide du Ciné-Club, en amont de ses cinq jours événements prévus du vendredi 9 au mardi 13 mars au Club – on en parlera la semaine prochaine. Sorti en 2005 en France, Mysterious Skin rompt ainsi ouvertement avec les précédents longs-métrages pop et trashs de son réalisateur étatsunien Gregg Araki et s’aventure sur un sujet on ne peut plus casse-gueule : la pédophilie. En partant de l’histoire, piochée dans un roman de Scott Heim, d’un adolescent du Kansas persuadé d’avoir été, plus jeune, enlevé par des extraterrestres, Gregg Araki tisse un récit qui se déploie progressivement en prenant des directions inattendues pour chacun des deux personnages principaux – ils réagissent différemment face à ce passé si lourd à supporter. Et un récit qui, surtout, s’écarte des chemins compatissants et de la morale rassurante pour voguer vers un lyrisme voluptueux (grâce notamment à la bande-son) presque dérangeant vu le propos. Mais la maîtrise parfaite de l’

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"La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi" : fantastiquement fantasque

Théâtre | La compagnie grenobloise les Gentils va reprendre sa création à succès du mardi 19 au jeudi 21 décembre au Théâtre 145. Et c'est immanquable.

Aurélien Martinez | Lundi 11 décembre 2017

C’est le spectacle le plus fédérateur de la compagnie théâtrale grenobloise les Gentils, répondant au doux nom de Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi. Soit six comédiens qui, sur scène et accompagnés d’un (excellent) pianiste, tissent une histoire en interprétant (plus ou moins bien – c’est d’ailleurs ce que fait le charme de l’aventure) différents vieux morceaux français au canevas très narratif – Annie Cordy qui, dans Six Roses, ne comprend pas le surnom (cirrhose) qu’on lui a attribué ; Tino Rossi qui, dans Écris-moi, vocalise tout son amour ; les Frères Jacques qui, dans Le Complexe de la truite, narrent les aventures d’une jeune fille découvrant les plaisirs de la chair… Une sorte de comédie musicale déglinguée que la troupe guidée par son metteur en scène Aurélien Villard avait un peu délaissée depuis sa création en 2012 et le grand nombre de représentation qui avait suivi, pour développer d’autres projets ; mais qu’elle a finalement décidé de reprendre au Théâtre 145 pour trois dates exceptionnelles (du mardi 19 au jeudi 21 décembre), avant une possible nouvelle tournée. Un conseil d’amis : si vous ne l’ave

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"Corps de ballet" : l’écriture du corps par Joseph Caprio

ARTS | D’expositions en propositions, le Grenoblois Joseph Caprio continue de séduire, ou déstabiliser, le regard. À la galerie Le talent c’est l’envie, la rétine est envoûtée par son "Corps de ballet" photographique qui mêle à la fois la beauté du geste et la force du mouvement.

Charline Corubolo | Mardi 7 novembre 2017

Ses premiers faits de ballet remontent au milieu des années 1970. Depuis, Joseph Caprio n’a cessé de capturer le corps des danseurs, des premiers pas de Jean-Claude Gallotta aux enchaînements contemporains de l’Américain William Forsythe. C’est ainsi que les murs de la galerie Le talent c’est l’envie laissent se déployer d’un seul geste puissant tout un panorama chorégraphié en mouvement, le flou vibratoire infiltrant le net révélé par le clair-obscur de la scène. Les corps écrivent la danse, la lumière écrit la photographie. Une lumière que le Grenoblois semble effleurer du regard en produisant un grain photographique sensible. Dans le cadre de cette exposition intitulée Corps de Ballet, Joseph Caprio présente également une série plus récente où sa volonté de « transcender l’homme » se met à nu de voiles en sculptures. Dans l’enceinte du très bel Ancien musée de peinture de Grenoble, le photographe a amené son modèle à une performance qui joue sur la mobilité et l'immobilité. Le corps est alors magnifié, statufié dans un espace où la peau devient poreuse au contact du décor, hyperbole de la condition éphémère de l’ho

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Anthony Joseph : racines au carré

Slam / Groove | De retour sur les scènes françaises et, ici, grenobloise (à la Source de Fontaine pour être précis), Anthony Joseph vient y étrenner "Caribbean Roots", album de retour aux sources originelles de sa musique et savant mélange de tout ce que les Caraïbes, grandes et petites, ont de musical.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 février 2017

Anthony Joseph : racines au carré

Voilà dix ans maintenant que la figure imposante du poète et musicien trinidadien de Londres Anthony Joseph s'est musicalement posée dans notre pays, avec l'album Leggo de Lion. Dix ans plus tard, il revient aux sources de son identité avec Caribbean Roots. Un incontournable chez beaucoup d'artistes que ce tribut reversé à sa tribu, quand vient la maturité artistique. Mais Joseph, lui, ne fait que continuer en profondeur cette quête du spasme originel (incarnée par le Spasm band, son groupe), cette sensation primale de l'enfance à Trinidad : celle des églises fréquentées par ses grands-parents et des chants omniprésents, qui l'ont pour toujours fait entrer en religion musicale. Là, il a puisé ce phrasé de prêcheur, de poète adepte du spoken word qui n'aurait jamais vraiment quitté le monde du rite, de la transe, de la scansion et des rythmes. Qu'ils soient ici mués en jazz, en soul funk ou en musiques de l'archipel caribéen, calypso en tête et hybridés par une belle brochette de musiciens caribéens, ils illustrent magnifiquement les propos du poète dub Michael Smith, que Joseph rapporte souvent : « Tu c

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Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Panorama rentrée 2017 | Les prochains mois, il y aura du bon, voire du très bon, à écouter dans les salles grenobloises et de l'agglo. On vous détaille nos coups de cœur.

La rédaction | Mardi 3 janvier 2017

Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Yael Naim et le Quatuor Debussy À la faveur d'un concert exceptionnel à Lyon en 2015, Yael Naïm et le Quatuor Debussy (on ne présente plus ni l'un, ni l'autre) sont tombés en amour. D'où l'idée de prolonger cette expérience de manière plus durable et plus travaillée. La chanteuse et le quatuor baroque ont donc lancé une tournée qui revisite avec douceur – et les arrangements du Debussy – le répertoire passé et présent de la franco-israélienne. Grâce lumineuse et cordes sensibles garanties. À la Rampe (Échirolles) Jeu 12/01 et ven 13/01 _______ Camera Les années 1970 inspirent plus que jamais les artistes d'aujourd'hui et ce ne sont pas les Berlinois de Camera qui diront le contraire. Figure de proue de la renaissance du krautrock, ce genre tombé aux oubliettes pendant de longues années, le trio guitare-clavier-batterie n'a rien de conventionnel. Il épr

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La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

ARTS | C’est au cœur des montagnes que le 9e art a fait ses premières bulles. Presque deux siècles plus tard, c’est aux pieds de ces dernières que cet art, la bande dessinée, s’expose de planches colorées en crayonnés noirs pour mettre en vignette les rapports entre l’homme et les cimes. Une ascension délicieuse, à réaliser au Musée de l’Ancien Évêché.

Charline Corubolo | Lundi 12 décembre 2016

La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

Remplir les bulles de sommets, cela fait longtemps que les dessinateurs et scénaristes s’y appliquent. Le premier en date est le Suisse Rodolphe Töpffer qui, en 1827 dans les Alpes, s’adonne à un nouvel exercice, celui d’une narration par planches dessinées. Avec ses Amours de monsieur Vieux Bois, la bande dessinée voit s'esquisser ses premières vignettes en même temps que l’homme arpente les montagnes, l’exploration des massifs traduisant les changements sociétaux d’une modernité en marche. Un bouleversement dont s’emparent les auteurs, comme Aristide Perré avec Poucette Trottin ou encore Émile-Joseph-Porphyre Pinchon avec sa fameuse Bécassine. Une recherche des différentes représentations de cette nature toujours d’actualité, qu’elle soit lieu de conquête ou élément personnifié, que le Musée de l’Ancien Évêché déploie entre ses murs grâce à une scénographie subtile le long de l’exposition Pic & bulle, la montagne dans la BD. Avec pas moins de 90 auteurs, 200 planches originales, 15 albums historiques et 62 rep

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"Snowden" d'Oliver Stone : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras, Oscar du documentaire en 2015 pour "Citizenfour", Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Vendredi 28 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalités politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre "contrée", il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes – en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup !

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Les 10 expos à voir ou revoir cet été

ARTS | On en a parlé lors de leur vernissage ; on en remet une couche cet été comme elles sont toujours à l'affiche. Suivez-nous !

Charline Corubolo | Mardi 5 juillet 2016

Les 10 expos à voir ou revoir cet été

Obey Propaganda – A vision for our planet Jusqu’au 23 juillet Obey, pour certains, c’est une marque, pour d’autres c’est du vandalisme, pour les derniers carrément le néant de référence. Obey, c’est en fait le visage d’André The Giant, catcheur français, et la démarche artistique de Shepard Fairey, street artist américain. Exposé à Spacejunk dans le cadre du Street Art Fest, il dévoile des œuvres engagées envers l’environnement, pour une plongée colorée dans l’art sérigraphique. La critique complète L'Art du Canard Jusqu’au 30 juillet Le groupe d’artistes allemands Interduck investit le couvent Saint-Céci

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"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

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Brigitte : le miel et les deux abeilles

MUSIQUES | Deuxième date à la Belle électrique ce vendredi pour le duo Brigitte après un premier passage le mois dernier à guichets fermés. Un concert affichant une nouvelle fois complet pour ces deux femmes plus, malgré des apparences sucrées, battantes qu’objets.

Aurélien Martinez | Mardi 14 juin 2016

Brigitte : le miel et les deux abeilles

Des robes à paillettes échancrées au niveau d’une jambe, une scène chargée en kitsch, et surtout des chansons jouant à fond la carte de la pop sucrée et entêtante : avec son deuxième album À bouche que veux-tu et la série de concerts en découlant, le concept-duo Birgitte a poussé un peu plus loin le curseur du concept. Soit deux chanteuses-auteures-compositrices mariant leur voix à l’unisson pour vanter les mérites de l’amour : le beau, le grand, le fort ; celui que l’on recherche absolument (« Viens ce jour, ma peau ne sait plus attendre / Viens, cours, des papillons au creux du ventre » sur le tubesque À bouche que veux-tu) et qui, une fois trouvé, fait un bien fou – « Sur ta peau je m'endors / Tes bras sont les plus forts / Aujourd'hui ma maison c'est toi » sur le tout aussi tubesque Hier encore. Queens B À quoi servent les Brigitte, qu’on avait découvertes en 2010 avec une reprise glamour du

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So Long, Slow Joe (& The Ginger Accident)

MUSIQUES | Au faîte d'une carrière entamée à 64 ans par la grâce d'une belle rencontre avec un musicien lyonnais, le chanteur indien Slow Joe s'est éteint le 1er mai dans sa huitième décennie. Son groupe, The Ginger Accident, rend ce vendredi à Herbeys un concert hommage à ce grand petit homme et grand chanteur tout court, attachant autant qu'énigmatique, qui manquera beaucoup à ceux qui l'ont croisé, vu et surtout écouté chanter.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 mai 2016

So Long, Slow Joe (& The Ginger Accident)

Joseph Manuel Rocha, c'est le paradoxe de mille vies indiennes (entre petits boulots et addictions, Bombay et Goa) terminées en France, d'une vie entière passée à chanter mais d'une carrière débutée à 64 ans. Soit quand le musicien Cédric de La Chapelle a repéré ce vieil homme à la voix de crooner sur une plage de Goa et décidé de l'emmener dans ses bagages, donnant par là-même naissance à Slow Joe (le surnom de Joseph) & the Ginger Accident. Concerts en pagaille, important buzz médiatique porté par cette belle histoire et, surtout, succès inattendu comme résultat de cet accident musical (un groupe de rock percute un crooner, un peu punk) qui accouchera aussi de deux albums, Sunny Side Up et Lost for love – le troisième était, selon Cédric de la Chapelle, en cours de finalisation. Naturellement, comme on change de rue (quelques péripéties en plus), Joe est venu s'installer à Lyon pour de bon avec ses nouveaux camarades, pour faire carrière donc, et s'est fondu dans le décor. Au point que voir ou avoir vu Slow Joe sur scène, l'avoir écouté sur disque, délivrer le feu de rock et de soul qui sommeillait en lui depuis toujours, puis le croiser, petit

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Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr./Bel., 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige en effet de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection – au risque de créer des impressions (fautives) de mauvaises liaisons en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classique et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs – au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph.

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Ojoloco : "De l’éclectisme et de l'ouverture"

ECRANS | En seulement quatre éditions, le festival Ojoloco, consacré au cinéma ibérique et latino-américain, a su marquer le paysage grenoblois. Alors que débutent au Méliès (mais pas que) ces deux semaines de festival, rencontre avec Aurélien Burgaud, membre actif de l'association organisatrice Fa Sol Latino. Par Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 15 mars 2016

Ojoloco :

Le festival Ojoloco est porté par l'association Fa Sol Latino, née d'une fusion de deux associations étudiantes en 2013. Le festival est donc entièrement géré par des étudiants ? Aurélien Burgaud : Oui, c'est un festival étudiant, bénévole et collégial. Fa Sol Latino est la réunion de deux associations initialement de Sciences Po, mais aujourd'hui elle est ouverte à l'ensemble des étudiants. Avec Ojoloco, le but est de promouvoir le dialogue culturel, les échanges entre les sociétés latino-américaines et Grenoble. On a donc eu l'idée de faire un festival de cinéma. C'est la quatrième édition du festival. Comment a-t-il évolué ? La première édition a eu lieu en 2013. Il y avait, de tête, une trentaine de projections, toutes au Méliès. Aujourd'hui, c'est la quatrième édition et il y a de plus en plus de films, de rencontres, mais toujours avec une dynamique étudiante. Lors de la deuxième édition, on a commencé à investir la Cinémathèque ; aujourd'hui on a quatre

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr., 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas Remi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue (ou vécue) par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mentions spéciales à la séquence de jérémiades sous-titrées et à la couette ornée de petites fraises.

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Les Gentils : la nuit ils chantent

SCENES | La jeune compagnie grenobloise adepte du théâtre musical présente sa nouvelle création. On a pu en apercevoir des bouts prometteurs.

Aurélien Martinez | Mardi 9 février 2016

Les Gentils : la nuit ils chantent

Ce qu’il y a de bien avec les artistes basés à Grenoble, c’est qu’on peut suivre de près leur processus de création fait de doutes, de tentatives, de changements de direction… Et puis, parfois, de réussites. Jeudi 11 et vendredi 12 février, on pourra ainsi découvrir à l’Odyssée d’Eybens Le Carnaval des somnambules, nouvelle proposition de la jeune compagnie Les Gentils dont on a plus que souvent dit du bien dans ces colonnes – on adore leur Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi ! Cette fois-ci, il sera donc question de sommeil, de nuit, mais aussi de peurs à ce que l’on a pu constater lors deux étapes de travail auxquelles nous avons assisté. Si on ne peut en dire plus sur le fond (le metteur en scène Aurélien Villard essayant plusieurs pistes), la forme, elle, contient déjà les nombreux ingrédients qui font la spécificité des Gentils, entre chansons (ici écrites principalement autour d’autres connues – leur C'est la mère Michel version rockabilly est grandiose) et humour (ah, le running gag autour de la laitièr

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Notre sélection de Noël : le livre à offrir à...

ACTUS | Après une première orientée spectacles et concerts (l’article est toujours en ligne sur notre site), voici notre deuxième (et dernière) sélection de cadeaux de Noël, cette fois dédiée aux livres culturels au sens large – BD, art, cinéma, musique, mode… Oui, il y en a pour tous les goûts. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 15 décembre 2015

Notre sélection de Noël : le livre à offrir à...

Ceux qui sont encore des enfants Depuis la dernière édition du Mois du graphisme d’Échirolles, il a ravi nos yeux. Yann Legendre n'est pas seulement un graphiste de talent, c'est aussi un graphiste à l'âme d'enfant. Âme que l'on retrouve dans son ouvrage dédié aux contes des frères Grimm, avec une sélection d'une vingtaine d'histoires qui ravissent les yeux grâce à des illustrations poétiques. De quoi, selon l’expression consacrée, enchanter petits et grands. Grimm, contes choisis (Édition Textuel), 29€ Ceux qui aiment la BD de patrimoine Bientôt 70 ans que Lucky Luke tire plus vite que son ombre – ce qui fait un paquet de palissades endommagées (et d'enfants non reconnus). Pour fêter l'événement, Dargaud a passé commande d'hommages à des auteurs singuliers (dont l'hilarant Bouzard). Il a surtout édité cette indispensable monographie de Morris, le génial créateur de ce truculent western – auquel le prochain festival d'Angoulême consacrera une exposition. Morris qui fut

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Joseph Apprin ou l'histoire d'une découverte

ARTS | Greffier de profession, photographe de plaisir, Joseph Apprin sort de l'anonymat avec une exposition intitulée "Le spectacle des rues & des chemins" au Musée de l'Ancien Évêché. Témoignage photographique de la vie iséroise à la fin du XIXe siècle, l'ensemble dévoile la ruralité de l'époque et la malice d'un photographe en avance sur son temps. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 1 décembre 2015

Joseph Apprin ou l'histoire d'une découverte

Nous devrions renommer Grenoble la capitale de la photographie tant les expositions en la matière ne cessent de fleurir, telles des futures noix au printemps. Pour cette nouvelle proposition très clichés, le Musée de l'Ancien Évêché propose d'élucider un nouveau mystère de l'art : le cas Joseph Apprin (1859-1908), greffier et photographe amateur. À l'instar de Vivian Maier, il a été découvert récemment mais son œuvre offre un tout autre regard. Pas d'envolées hollywoodiennes pour ce Grenoblois du siècle dernier : le fonds photographique a été retrouvé en Savoie puis cédé à un galeriste parisien. Un ensemble de 640 négatifs sur plaque de verre représentant Grenoble et sa région que le galeriste vend à Jean-Louis Roux, critique d'art grenoblois. Un long travail de recherches a été nécessaire pour dater et situer les prises de vues. Numérisées et retouchées, le musée expose 110 images de l’œuvre de Joseph Apprin entre 1890 et 1908, dont l'originalité et la modernité intriguent. Grenoble, il y a 100 ans

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Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Les Rois du monde

Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’était égaré sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la « gasconnerie » folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux « rois » de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoi

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Une saison théâtrale du côté de la scène locale

SCENES | Plusieurs compagnies grenobloises (ou apparentées) reprennent cette saison des spectacles créés les années précédentes. Mais comme ils sont excellents, pourquoi se priver de les (re)découvrir ?

Aurélien Martinez | Mardi 15 septembre 2015

Une saison théâtrale du côté de la scène locale

Ces dernières années, les metteurs en scène grenoblois ont livré des spectacles qui ont connu un succès considérable ici et là. On va passer rapidement sur le cas Grégory Faive et de son Pourvu qu’il nous arrive quelque chose dont on a dit du bien maintes fois – en gros, c’est du théâtre généreux et drôle sur les coulisses du théâtre. Créée en 2011, la pièce sera de retour dans l’agglo pour deux dates : le vendredi 11 décembre à la Faïencerie (La Tronche) et le jeudi 14 janvier au Grand Angle (Voiron). Une autre aventure théâtrale qui risque de suivre la même voie (celle du succès), peut-être même en encore plus grand : Mon frère, ma princesse (photo) d’Émilie Le Roux. Du jeune public pour tous sur un petit garçon qui veut porter des robes créé en 2014 à l’Espace 600 et repris le mercredi 20 janvier à l’Odyssée d’Eybens. À noter que cette saison, l’Espace 600 pro

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Les Chedid: « On est notre propre groupe »

MUSIQUES | C’est un petit événement dans le monde de la chanson française : quatre membres de l’éminente famille Chedid partent ensemble en tournée. À savoir le père Louis, le grand frère Matthieu (dit –M –) et les deux plus jeunes Joseph et Anna. Avec deux autres journalistes grenoblois, on les a interviewés via Skype, alors qu’ils sortaient de répétition. Magnéto. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 5 mai 2015

Les Chedid: « On est notre propre groupe »

D’où vient cette idée de réunion familiale sur scène (dont la première date est celle de Grenoble) ? Louis : Alors que Matthieu faisait Bercy, on s’est retrouvés à chanter tous les quatre sur scène : on a vu l’impact que ça pouvait avoir. Une amie commune était là ce soir-là et nous a poussés dans l’idée d’aller au bout de l’expérience – même si on y pensait déjà. C’était en plus le moment de le faire : Joseph et Anna ont leur disque, leur carrière qui démarre… Qu’allez-vous chanter ? Louis : On a pris des chansons chez tout le monde de la manière la plus démocratique possible. Certes, Joseph et Anna ont moins de chansons que Matthieu et moi, mais on a essayé d’être le plus équilibré possible. Matthieu : Ce qui est très troublant, c’est qu’on joue les morceaux de toute la famille et en même temps, on a l’impression de jouer les nôtres à chaque fois. On est tellement en symbiose, en harmonie. Louis : Et les uns chantent les chansons des autres, c’est ça qui est intéressant. Matthieu : Par exemple, il y

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La "rêvolution" des Gentils

SCENES | Alors que leur "Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi" est toujours sur les routes, les Gentils dévoilent cette semaine à Eybens une nouvelle création baptisée "Et que vive la Reine !". Une joyeuse petite forme un brin politique autour de la fameuse Alice au Pays des merveilles. Et une réussite. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 24 mars 2015

La

Au Pays des merveilles, c'est un peu comme en Corée du Nord : pour son grand « jubilage », la terrible Reine Rouge-Noire-Rouge a commandé à ses ouailles un grand show la mettant à l'honneur, quitte à réécrire l'histoire pour que celle-ci en mette plein la vue. C'est au Chapelier que la mission revient ; chapelier qui est du coup terrorisé de peur de décevoir et de se retrouver la tête tranchée – c’est la mode là-bas. Au Fond du Gouffre, du nom du bar clandestin que son pote Le Lièvre tient, il essaie de faire de son mieux, utilisant ses camarades d'infortune comme comédiens d’une journée : Le Lièvre, mais aussi l'excentrique Miss Le Loir et le taiseux La Carpe, préposé au piano. Et que vive la Reine !, la nouvelle création de la compagnie grenobloise Les Gentils, transpire Les Gentils de tous ses pores : une fantastique scénographie bricolée (et cette fois-ci immersive, le public étant dispersé dans plusieurs coins de la taverne), des chansons ici et là (mais beaucoup moins que dans la

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Kaori Ito : sublimissito

SCENES | Kaori Ito est une danseuse littéralement exceptionnelle, à la technique remarquable. Elle a ainsi étudié le ballet classique au Japon dès ses cinq ans avant de (...)

Aurélien Martinez | Mardi 10 mars 2015

Kaori Ito : sublimissito

Kaori Ito est une danseuse littéralement exceptionnelle, à la technique remarquable. Elle a ainsi étudié le ballet classique au Japon dès ses cinq ans avant de partir à l’âge adulte vers les États-Unis pour poursuivre sa formation. On la verra ensuite dans de nombreuses créations de chorégraphes européens renommés : Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj, James Thierrée, Alain Platel… Chaque fois, quoi que l’on pense de la pièce, elle illumine le plateau – la MC2 l’avait même mise en première page de sa plaquette de la saison 2010-2011 avec une photo extraite du Out of context de Platel. C’est dire qu’en décidant de faire un portrait chorégraphique de Kaori Ito, le metteur en scène et chorégraphe Aurélien Bory avait toutes les cartes en main pour créer un très beau spectacle. C’est justement ce qu’il a fait : son Plexus (littéralement « réseau de filets nerveux ou de vaisseaux ») est un

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Une heure avec Kaori Ito

SCENES | C’est beau. C’est même très beau. Splendide quoi. Plexus, le spectacle que le touche-à-tout de génie Aurélien Bory (il se catalogue dans le théâtre visuel, même si (...)

Aurélien Martinez | Mardi 6 janvier 2015

Une heure avec Kaori Ito

C’est beau. C’est même très beau. Splendide quoi. Plexus, le spectacle que le touche-à-tout de génie Aurélien Bory (il se catalogue dans le théâtre visuel, même si le mot chorégraphe, sans doute trop réducteur à ses yeux, lui va comme un gant) a conçu pour la danseuse japonaise Kaori Ito, est une fabuleuse réussite plastique. « Faire le portrait de Kaori Ito est d'abord pour moi un portrait de son corps. Ce n'est pas l'étude anatomique qui m'intéresse ici, mais la mémoire d'un corps travaillé, les traces de la danse à l'intérieur de ce corps vivant. » Dans une scénographie hypnotique jouant sur la disparition, la danseuse devient une marionnette grandeur nature tirée par de nombreux fils. En moins d’une heure, elle passera ainsi de poupée mécanique à artiste libérée de tous les carcans. Plexus, vendredi 13 et samedi 14 mars à l’Hexagone (Meylan)

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Les projets des Gentils en cours

SCENES | « Un jour, Lucie Duriez [la directrice de l’Espace 600] nous a dit que les Gentils, c’était comme La Comédie humaine de Balzac : une grande fresque qui se (...)

Aurélien Martinez | Mardi 16 décembre 2014

Les projets des Gentils en cours

« Un jour, Lucie Duriez [la directrice de l’Espace 600] nous a dit que les Gentils, c’était comme La Comédie humaine de Balzac : une grande fresque qui se déclinerait en plein de spectacles. C’est ça, oui ! Du coup, peut-être que dans trois ans, on verra la galette, le Brésilien ou l’ange [des personnages de La Carriole – NDLR] passer dans un autre spectacle. On va créer une grande famille. » (Aurélien Villard) La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi On en a déjà parlé 1258 fois, toujours en des termes on ne peut plus élogieux. On l’a déjà vue de nombreuses fois, si bien que l’on connaît maintenant les chansons par cœur – le CD édité par la compagnie nous a aussi aidés. Oui, cette Carriole est l’un des spectacles "made in Gre" (enfin, "made in Saint-Antoine-l’Abbaye") les plus enthousiasmants de ces dernières années, avec surtout des comédiens excellents, dont certains ont d

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Les Gentils, petits plaisirs entre amis

SCENES | Bienvenue dans le monde déjanté des Gentils, jeune compagnie iséroise adepte d’un théâtre généreux, non intimidant et très drôle fait avec à peu près tous les matériaux textuels possibles – dont beaucoup de chansons. À l’occasion de son passage par Eybens avec "La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi", sa plus grande réussite, zoom sur l’une des bandes d’acteurs les plus enthousiasmantes du moment. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 16 décembre 2014

Les Gentils, petits plaisirs entre amis

Depuis quelque temps, on entend beaucoup parler de la compagnie des Gentils. À Grenoble et dans l’agglo d’abord : du côté de l’Espace 600, salle qui leur a très vite ouvert les portes ; d’Eybens, une ville qui commence à bien les aimer, de Saint-Égrève où ils sont attendus en avril… Et en dehors de l’Isère aussi : du côté de Lyon où un grand théâtre jeune public (le TNG) leur a donné de beaux moyens l’an passé, d’Avignon cet été pendant le fameux festival, de plusieurs autres villes (Saint-Étienne, Macon, …) où ils sont programmés dans d’importants théâtres. Oui, pour les Gentils, ça commence à bien marcher même si, comme dirait l’autre, nul n’est prophète en son pays : il est par exemple assez dingue de constater que, finalement, très peu de professionnels grenoblois de la culture connaissent cette compagnie à qui l’on avait pourtant décerné l’an passé le "PB award" du meilleur espoir théâtral ! En même temps, pas sûr que le statut de prophète intéresse tant que ça Aurélien Villard et toute sa petite bande. « Populaire et

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Robots après tout

SCENES | Sans objet du génial Aurélien Bory est un spectacle qui connaît un succès incroyable depuis sa création en 2009. Au centre de la scène, un impressionnant robot (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 12 novembre 2014

Robots après tout

Sans objet du génial Aurélien Bory est un spectacle qui connaît un succès incroyable depuis sa création en 2009. Au centre de la scène, un impressionnant robot issu de l’industrie automobile devient un interprète à part entière – le seul même dans les premières minutes de la pièce. Mais un interprète atypique qui contraste avec les deux autres, humains eux : une confrontation au cœur du projet qu’Aurélien Bory dépasse très vite, ne réduisant pas son aventure à un simple concept. Un semblant de dialogue se crée même entre les hommes et la machine, le bras articulé orchestrant une danse avec les acrobates – il les fait notamment virevolter. Poursuivant la réflexion de Chaplin amorcée dans son film Les Temps modernes, Aurélien Bory en livre une vision décalée emplie de poésie où le spectaculaire est présent dans chaque tableau, jusqu’à un final plastiquement splendide. Sans objet devient alors une réflexion sur l’humanité possible dans la technologie, le fameux robot étant extrait de son environnement de départ pour être exposé sur un

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Les anges déchus

MUSIQUES | Boxeur, chef opérateur, chanteur, musicien, auteur (y compris de roman, avec La Nuit ne viendra jamais), Joseph d'Anvers n'est pas la moitié d'un (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 septembre 2014

Les anges déchus

Boxeur, chef opérateur, chanteur, musicien, auteur (y compris de roman, avec La Nuit ne viendra jamais), Joseph d'Anvers n'est pas la moitié d'un touche-à-tout. Un touche-à-tout que le who's who musical a tendance à s'arracher : il a écrit pour Françoise Hardy, Miossec, Alain Bashung (le sublime Tant de nuits) et même ce bon vieux Dick (Rivers). Et que certaines autres pointures (Mario Caldato Jr., Troy Von Balthazar ou Moreno Veloso) n'hésitent pas à venir épauler à l'occasion. Mais la nature du touche-à-tout est de n'être jamais rassasié. C'est ainsi que depuis 2012, Joseph d'Anvers tourne régulièrement avec Dead Boys, un spectacle qui transpose sur scène un recueil de nouvelles sorti en 2009 en France et signé Richard Lange, écrivain américain pour le moins fascinant, ancienne petite main chez Larry Flynt et proche de TC Boyle, au goût prononcé pour l'envers du décor angeleno, celui des parias. À partir d'histoires de losers plus ou moins magnifiques, l'auteur du morceau Les Anges déchus construit un sp

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C’est gentil chez eux

SCENES | En une de ce numéro panorama, une photo extraite de "La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi", excellent spectacle de la compagnie grenobloise Les Gentils, tout en chant, en humour et en poésie. L’un des temps forts de cette saison 2014 / 2015. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 9 septembre 2014

C’est gentil chez eux

En décembre dernier, dans notre traditionnel numéro bilan de fin d’année, nous décernions le Petit Bulletin award du meilleur espoir théâtral à la compagnie grenobloise les Gentils. 2013/2014 a ainsi véritablement été la saison du décollage pour la jeune troupe d’Aurélien Villard, grâce à son spectacle La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi qui, après un beau festival d’Avignon cet été, continue son bonhomme de chemin dans des salles de plus en plus grandes – l’Opéra-théâtre de Saint-Étienne, le TNG de Lyon, la scène nationale de Macon... Et, pour cette saison, deux passages par des théâtres de l’agglo grenobloise aux jauges conséquentes : l’Odyssée d’Eybens et la Vence scène de Saint-Égrève. Avant, on l’imagine, une tournée encore plus grande, le spectacle étant une réussite locale qui fait plaisir à voir. Notre cœur fait boum Toujours animé par l’esprit de troupe qui le guide depuis ses débuts il y a sept ans, par son envie de fair

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De la danse mais pas que

SCENES | En 2005, pour son excellent Plan B, le touche-à-tout de génie Aurélien Bory nous expliquait sa démarche : « Avec la compagnie 111, on est au croisement de (...)

Aurélien Martinez | Mardi 9 septembre 2014

De la danse mais pas que

En 2005, pour son excellent Plan B, le touche-à-tout de génie Aurélien Bory nous expliquait sa démarche : « Avec la compagnie 111, on est au croisement de chaque domaine et on échappe en même temps globalement aux catégories – théâtre, danse, cirque... Dans notre travail, on utilise l’outil plateau et tous les artifices du théâtre. À la recherche en acrobatie et en jonglage s'ajoutent des travaux spécifiques sur la lumière, les principes de sonorisation, la musique vivante et électronique, la vidéo… Des logiques empruntées à la danse, à la manipulation d'objet, à la magie et au théâtre d'ombres viennent nourrir la création. » Une façon de faire qui offre des spectacles déroutants et diablement originaux, comme Sans objet (photo), captivante rencontre entre deux interprètes et un robot issu de l’industrie automobile. À découvrir à l’Hexagone, tout comme la pièce Plexus conçue par Bory pour l’excellente danseuse Kaori Ito – on ne l’a pas encore vue, mais on est très optimistes ! AM

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Le conte est con

SCENES | Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. D’accord, mais quid des turpitudes qui jalonnent une vie ? Le prince a-t-il trompé la princesse avec (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 juin 2014

Le conte est con

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. D’accord, mais quid des turpitudes qui jalonnent une vie ? Le prince a-t-il trompé la princesse avec une ribaude ? Hypothéqué le château pour couvrir les frais médicaux de son beau-papa de suzerain ? Donné une leçon au gang de fils de palefreniers qui rackettait son petit dernier ? Le café-théâtreux à tout faire Jacques Chambon a sans doute les réponses à ces questions. Pour l’heure, à l’invitation du Festival de la cour du vieux temple, il s’est demandé ce qui se serait produit si le prince s’était fait bouffer par le dragon gardant le corps inerte de la Belle au bois dormant. Eh bien elle aurait dormi, voilà. Presque aussi longtemps que Fry, le livreur de pizza cryogénisé pendant mille ans de Futurama. Elle aurait dormi jusqu’à ce qu’un pareil branque vienne la réveiller, en l’occurrence un naze de la cambriole prénommé Eddie. L’un et l’autre, personnages 100% Chambon s’il en est (tout les sépare, y compris l’Histoire), sont interprétés par des enfants du pays : d’un côté Chrystel Portehaut, blondeur et bouille coquine à la Bérengère Krief, de l’autre

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Blanc sur blanc

ARTS | À la faveur d’une sélection d’œuvres variées, l’exposition collective "White" du Musée Géo-Charles donne une résonance nouvelle au blanc dans l’art. Plus encore, le parcours redéfinit la notion d’espace et de temps au gré de toiles abstraites, dont l’accessibilité est de mise, pour une mise au point avec ces mouvances contemporaines. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Vendredi 24 janvier 2014

Blanc sur blanc

Derrière la notion (floue) d’abstraction se cache un fondement tangible, aux applications plastiques diverses, que la nouvelle exposition du Musée Géo-Charles cherche à mettre en confrontation par le prisme d’une palette principalement composée de blanc. Un mouvement et un coloris qui, de prime abord, pourraient décourager même les plus aventureux dans ce parcours White, mais c’est sans compter sur une scénographie qui fait sens et des œuvres qui ouvrent les champs de l’analyse et/ou du sensible avec simplicité. Bien que la teinte soit la thématique de l’évènement, l’origine découle en réalité de deux séries du photographe coréen Bohnchang Koo : White (photo) et Vessel. Malgré des sujets très différents – la première dévoile des traces de lianes séchées sur des murs, la seconde des objets relatifs à la culture de l’artiste –, l’objectif demeure le même : interroger le rapport au temps par le biais de la trace, humaine ou végétale, dans une blancheur lissée. Ce postulat de départ a abouti à un rassemblement de pièces, où la figuration est furtive et l’abstraction patente, mais toujours baignées dans une lueur immaculée. L’invisible dévo

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Awards 2013 théâtre

SCENES | L’award du meilleur espoir : la compagnie des Gentils Ça fait un bout de temps que la petite bande issue en partie du conservatoire de Grenoble et (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 19 décembre 2013

Awards 2013 théâtre

L’award du meilleur espoir : la compagnie des Gentils Ça fait un bout de temps que la petite bande issue en partie du conservatoire de Grenoble et réunie autour du metteur en scène Aurélien Villard fait son nid dans le milieu grenoblois, toujours guidée par l’envie de proposer un théâtre généreux et non intimidant. On a souvent pu la croiser à l’Espace 600, qui la soutient depuis longtemps, mais aussi à l’Amphidice (sur la fac) ou au festival Textes en l’air de Saint-Antoine-l’Abbaye (Aurélien Villard vient de ce village isérois). Pourquoi un award maintenant du coup ? Parce que 2013 est véritablement l’année du décollage pour les Gentils, grâce à leur création La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi qui vient d’être produite par le Théâtre nouvelle génération de Lyon – et non par une structure grenobloise, mais bon ! Un acte de professionnalisation (avant, c’était en mode débrouille, alors que là, tout le monde est payé) qui ouvre de nouvelles voies à ces saltimbanques adeptes du théâtre chanté et,

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