En salles : "La méthode Williams", "Lingui, les liens sacrés", "Animal"...

Théma | Le monde tourne en rond et sur lui-même. Quant à nous, nous hésitons entre l’arbre et la pirogue, laquelle nous permet de voguer vers un autre arbre voire, mieux, au cinéma voir des films parlant ou montrant des allers-retours…

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Photo : Animal © CAPA Studio Bright Bright BrightLa Méthode Williams © TelepoolLingui, les liens sacrés © Pili Films/Mathieu GiombiniLa pièce rapportée © Orange StudioLes Amants sacrifiés © Art House


Qu’est-ce que ça bouge sur les écrans ! Espérons toutefois conserver un peu de stabilité pour les films, certains sortant à la vitesse d’un service des sœurs Williams (207 km/h). Celles-ci sont justement au cœur de La Méthode Williams, biopic autorisé de Reinaldo Marcus Green (01/12) dans lequel Will Smith incarne leur père et coach Richard, promoteur d’une méthode destinée à faire dès le berceau de ses filles des championnes. La nécessité de créer des role models aux États-Unis, alliée au politiquement correct, abrasent les rugosités du personnage. Certes, il apparaît déterminé et doué d’une formidable vista, mais ses zones d’ombre avérées sont soit à peine évoquées, soit “arrangées” en extravagances de caractère. Dommage, car en instillant ces nuances dans le rôle, il y aurait eu davantage d’enjeu pour Will Smith. Et plus d’intérêt à coller à la vérité.

Autre relation parent-enfant forte faite de valses-hésitations, celle de Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun (8/12), où une mère tchadienne célibataire doit, contre ses convictions et la loi, aider son adolescente de fille à avorter. Elle ira même bien au-delà dans ce combat illustrant la situation des femmes : toujours en légitime défense face à l’emprise masculine. Net et sans bavure.

Partir, revenir… et repartir

Revenons en Europe… pour en repartir avec Animal (01/12) dans lequel Cyril Dion promène autour du monde deux ados militants de l’environnement à la rencontre de scientifiques, agriculteurs, éleveurs, politiques, etc. afin d’illustrer leurs craintes et colères, et démontrer globalement la co-dépendance de l’Homme en tant qu’animal dans un “grand tout”… À ranger dans la collection des documentaires concernants-mais-emplis-de-bonnes-ondes dont la surproduction actuelle mériterait une compensation carbone.

On lui préférera à la même date le burlesque et virevoltant La Pièce rapportée du Grenoblois Antonin Peretjatko, tourné à Lyon, où un fils de famille benêt épouse une guichetière du métro, au grand dam de sa douairière de mère qui manigance pour faire capoter l’union. La belle s’ennuyant, elle musarde ici et là… Une comédie dans la lignée de Pierre Etaix, avec un supplément politique très appréciable.

On conclura en Asie et dans le passé avec l’étonnant Les Amants sacrifiés (08/12). Derrière la promesse romanesque de ce titre désuet se dissimule une histoire risquant de déconcerter celles et ceux qui prisent la bizarrerie chez Kiyoshi Kurosawa : le cinéaste s’inspire ici en effet du drame d’un couple de Japonais durant la Seconde Guerre mondiale, ayant cherché à dénoncer auprès de l’Occident les crimes de son pays. Amour, amitiés, confiance, trahison, tortures, rebondissements sont magnifiés dans ce mélo d’espionnage raffiné. Il faut toujours finir en beauté…

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Antonin Peretjatko : « Je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Entretien | Une guichetière épouse un fils de famille et éprouve l’hostilité continue de la revêche “Reine Mère” déçue par cette mésalliance. Tel est le point de départ de la nouvelle comédie burlesque du Grenoblois Antonin Peretjatko, en partie tournée à Lyon avec Josiane Balasko. Rencontre…

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Antonin Peretjatko : « Je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Était-il facile pour vous de composer un personnage aussi détestable que celui de cette “Reine Mère” ? Josiane Balasko: Oh, c’est amusant ! Faire “semblant de”, comme les enfants qui jouent au gendarme, ou au théâtre où l’on gueule sur scène, c’est pas pour de vrai… Entrer dans un personnage qui n’est pas le mien et jouer ce qu’il y a à jouer, c’est ça que j’aime. Mais il faut qu’on ait l’impression que c’est pour de vrai ! Le truc amusant en plus ici, c’est que c’est un personnage de bourgeoise, très riche, avec des bijoux, qu’elle vit dans une maison incroyable. Justement, cette maison, plus qu’un décor, est un élément central du film… Antonin Peretjatko : On l’a trouvée vers Lyon, après une recherche basée autour de l’époque. Et ce n’était pas du tout ce que j’imaginais au départ — à savoir un int&ea

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"Second Tour" de Frère Animal : c'est ça la France

Chanson | Huit ans après un premier épisode prenant appui dans la France de Sarkozy, Frère Animal (Florent Marchet et Arnaud Cathrine) revient avec "Second Tour", suite de cette chronique musicale et scénique d'une France allégorique, mais malheureusement bien réelle, en proie à ses pires démons. Avec ce que cela peut porter de cathartique à quelques mois des élections. À découvrir vendredi 31 mars à la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 mars 2017

Entre conte-chronique de l'actualité contemporaine, fable sociale, album concept et spectacle (bien) vivant, le premier essai (transformé) de Frère Animal s'était penché il y a de cela déjà huit ans, année post-électorale et sub(dé)primante, sur la violence du monde du travail, avec une usine, la Sinoc, comme théâtre de la désagrégation des vies minuscules en la ville de Comblay. À la baguette déjà, Florent Marchet et Arnaud Cathrine, qui remettent le couvert fort à propos avec Second Tour. Comme l'indique ce titre, Frère Animal s'attaque cette fois au sujet plus que brûlant de la montée des extrêmes (droites, surtout) et met scène et en chansons les mêmes protagonistes : Thibaut, le héros, incarné par Florent Marchet, qui au début de l'histoire s'apprête à sortir de prison (il avait fait un barbecue de l'usine précitée) ; Julie, sa petite amie démissionnaire (Valérie Leulliot, ex-fiancée des indie-rockeux français du temps d'Autour de Lucie) ; Renaud, le grand

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Cabaret frappé – jour 5 : girl power ?

MUSIQUES | La dernière soirée payante du Cabaret frappé était sympathique, avec Lou Marco et As Animals. Sachant que tout avait très bien commencé avec Joe Bel.

Aurélien Martinez | Samedi 26 juillet 2014

Cabaret frappé – jour 5 : girl power ?

Vendredi au Cabaret, c'était une prog filles, avec Joe Bel sous le kiosque à 19h, puis Lou Marco et As Animals (un groupe avec une chanteuse) sous le chapiteau dès 21h. Un constat, utilisé par beaucoup pour résumer la soirée, qui illustre implicitement le fait que la parité dans le monde culturel, malgré des prises de conscience réelles, c'est pas encore ça. Personne n'a ainsi parlé de la soirée de jeudi comme d'une soirée mecs, comme si tout ceci était normal. Sinon, on a donc commencé nos pérégrinations musicales avec Joe Bel sous le kiosque, musicienne que l'on défend amoureusement au Petit Bulletin (oui, on a des cœurs d’artichaut à la rédaction !) et qui a magnifiquement ouvert la soirée. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, on vous renvoie sur

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Qui est sur la Cuvée grenobloise ?

MUSIQUES | Zoom sur les 17 que l’on peut écouter depuis le mercredi 26 février grâce à l'asso Dynamusic / Retour de scène. Certains seront même sur la scène de l'Ampérage le samedi 1er mars.

Aurélien Martinez | Mercredi 26 février 2014

Qui est sur la Cuvée grenobloise ?

Peau – Instant T Un morceau pop et synthétique nappé d’électronique d’une subtilité remarquable, à l’image de l'univers musical de Peau. À découvrir en une du Petit Bulletin du 12 mars – Peau, par le morceau !   Léonid – Le Rebord de la vie Duo piano et chant, la partie vocale étant assurée par l’ancien guitariste de Sinsemilia.   Animali – The Alchemists De la pop grenobloise aux accents irréels et envoûtants. Un EP est annoncé pour cette année. Ils seront à l'Ampérage pour le concert de lancement de la Cuvée.

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Les Crimes de Snowtown

ECRANS | Sorte de pendant crapoteux d’Animal Kingdom, le premier film de Justin Kurzel revient sur une série de meurtres ayant traumatisé l’Australie des années 90, et enfonce douloureusement le clou de son contexte social hardcore. François Cau

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Les Crimes de Snowtown

Bienvenue dans la banlieue d’Adelaide, ses taudis à peine vivables, son climat tout en nuances de gris, ses parents absents, ses voisins pédophiles, sa violence toujours prête à exploser… Dans ce no man’s land peuplé de laissés-pour-compte aigris, l’arrivée de John, figure paternelle brutale mais rassurante, va dans un premier temps réconforter Jamie, un ado mutique jusque-là condamné à subir les abus répétés de son entourage. Mais au fil de leçons de morale de plus en plus radicales, John révèle rapidement sa nature d’odieux sociopathe. Hasard des calendriers de tournage et de distribution, Animal Kingdom et le film de Justin Kurzel, à quelques mois d’écart, revisitent l’histoire criminelle australienne récente en adoptant le même point de vue, celui d’un jeune adulte pas tout à fait sorti de l’enfance, surface émotionnellement plane sur laquelle se reflète des exactions de plus en plus inconfortables. Mais là où le film de David Michôd instaurait de ce fait une balise d’identification au spectateur avant de la détourner, la démarche de Kurzel est toute autre, et sert un dessein cinématographique totalement différent.   Quelque chose de pourri… Dès les premièr

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Animal Kingdom

ECRANS | Regard trouble d’un “innocent“ sur sa famille de criminels, Animal Kingdom, première réalisation de l’australien David Michôd, frappe l’inconscient du spectateur en le sortant de ses habitudes. Attention, grand film. François Cau

François Cau | Jeudi 21 avril 2011

Animal Kingdom

Un ado de 17 ans, Josh, regarde un jeu télévisé quelconque, sa mère dans les vapes à côté de lui sur le canapé. Les pompiers débarquent, tentent de la réanimer ; Josh continue à suivre l’émission. Apparemment, la routine ; sauf que cette fois-ci, la junkie trépasse. Toujours aussi impassible, l’ado appelle sa grand-mère pour lui annoncer la nouvelle et lui demander de l’héberger. Et Josh de rallier cette famille dont sa mère l’avait préservé : la fratrie de ses oncles criminels, chaperonnée avec une bienveillance équivoque par une effrayante matriarche (l’incroyable Jacki Weaver). Comme le montre cette introduction déstabilisante, le personnage auquel le spectateur est censé s’identifier est une surface plane, un miroir vide d’émotions, dont le jeu tout en réserve de l’étonnant James Frecheville traduit à merveille la retenue. Une carapace naturelle contre un vécu qu’on devine chaotique, et que la suite des événements ne va pas apaiser. Ce retrait assumé de notre principal repère, plongé au beau milieu de figures infiniment plus charismatiques, pourrait plomber le récit : il en deviendra au contraire la véritable raison d’être. Lions et agneaux

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La rage des tigres

MUSIQUES | Ne vous fiez pas au visuel trompeur de la pochette de Disque mineur, fin de règne animal, le nouvel opus bientôt disponible des Frères Nubuck. Jamais (...)

François Cau | Lundi 8 décembre 2008

La rage des tigres

Ne vous fiez pas au visuel trompeur de la pochette de Disque mineur, fin de règne animal, le nouvel opus bientôt disponible des Frères Nubuck. Jamais auparavant dans leur discographie commune, Rémy Chante et Chris Gontard n’ont fait montre d’une aussi belle complémentarité artistique. Si jusqu’à présent, les transitions vocales entre les deux lascars s’opéraient parfois avec violence, pour ne pas dire barbarie, leur émulation fait ici des merveilles, tout comme l’ensemble de la production. Le morceau introductif de l’album, le roboratif In meiner garage (wie Ribery), annonce d’emblée l’ambitieux saut qualitatif. Un aguichant gimmick saxophonique, bientôt soutenu par l’ensemble de la formation, introduit un texte superbement vicelard sur la réappropriation médiatique des freaks, dont l’imparable refrain sera accompagné d’une vertigineuse montée pour guitare. S’ensuivent la déflagration tubesque d’un quotidien bobo puant l’amertume (Preuves de jeunesse), une ballade mortifère où les deux MCs joignent leurs efforts (Déterrer les Zimmerman), une irrésistible comptine pop où l’on s’extasie sur les joies du concubinage à grands coups de «C’est b

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