Dix ans de cinéma à la Villeneuve

ACTUS | A l’occasion de la première édition de leur Cinéma de quartier, ce samedi 16 octobre au Théâtre Prémol, retour, en compagnie de leur cofondateur Naïm Aït-Sidhoum, sur le parcours atypique entamé il y a maintenant plus de dix ans par l’équipe des Films de la Villeneuve.

Damien Grimbert | Mardi 5 octobre 2021

Photo : Les Films de La Villeneuve


Pour les Films de la Villeneuve, tout commence en 2010, lorsque la Ville de Grenoble lance un appel à projets dans le cadre du renouvellement urbain du quartier. L'objectif : mener un projet artistique in situ pendant deux ans qui fasse participer les habitants. « C'est à ce moment-là que j'ai constitué une équipe », explique Naïm Aït-Sidhoum. « Faire des films était déjà dans notre pratique, et j'avais en tête une expérience de télévision communautaire qui avait été menée de 1972 à 1976, la Vidéogazette, dont les contenus étaient fabriqués avec et par les habitants. L'idée c'était donc de se demander la forme que pourrait prendre un tel projet en 2010 avec les moyens techniques d'aujourd'hui ».

Naît ainsi la volonté de filmer des œuvres de fiction en compagnie des habitants, mais qui s'adresseraient à tout le monde. Un pas de côté conséquent par rapport aux projets concurrents, plus orientés sur la création d'un événement dans l'espace public, et qui aurait pu jouer en défaveur de la jeune équipe. Mais pendant l'été 2010, à la suite du braquage du casino d'Uriage, l'un des fugitifs est abattu à la Villeneuve par la police. Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre s'ensuivent, l'affaire connaît une médiatisation nationale et pour les élus locaux, l'enjeu de la jeunesse devient une priorité. « C'est pour ça que la Ville nous a sélectionnés », explique Naïm.

Caméra au service des habitants

Dès son arrivée dans le quartier, l'équipe prend la décision consciente de ne pas « s'afficher avec des banderoles sur la place publique », et de privilégier une approche de long-terme, en vivant au milieu des habitants et en liant connaissance avec les uns et les autres progressivement, de manière à s'inscrire plus naturellement dans la vie du quartier. Alors que la diffusion d'un reportage télévisé sensationnaliste complexifie encore la présence de la caméra sur place, celle de l'équipe des Films de la Villeneuve est mise au service des habitants, sert à « tourner des clips de rap, à filmer le club de foot, le dojo… »

Mais si l'inscription dans la vie du quartier porte progressivement ses fruits, le projet initial de donner naissance à une série télé par le biais d'un premier pilote n'aboutit pas à un résultat satisfaisant : « Au bout de deux ans, on n'en était encore qu'au stade d'esquisser ce que l'on était capables de faire ». Le tournant va alors se faire en deux étapes : la première consiste à reconnaître que le projet va nécessiter encore du temps, beaucoup plus de temps. La deuxième à inviter un cinéaste à réaliser un film, de manière à pouvoir bénéficier d'un regard extérieur.

De la Villeneuve à Cannes

C'est le début de l'aventure Guy Moquet, un moyen métrage réalisé et tourné à la Villeneuve par Demis Herenger avec des jeunes du coin, et produit par les Films de la Villeneuve. Une histoire simple dans laquelle un jeune homme promet à sa soupirante de l'embrasser au crépuscule au beau milieu du quartier, provoquant des remous au sein de leur entourage respectif, peu habitué à de telles effusions romantiques.

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, sélectionné aux Césars, primé dans de nombreux festivals et projeté sur France Télévisions, le film va asseoir la crédibilité du collectif auprès des habitants comme des institutionnels mais surtout lui apprendre à tourner des films « à la bonne échelle par rapport au quartier » et aux moyens dont il dispose.

Une leçon dont saura tirer profit Naïm qui passe à son tour à la réalisation avec Africa, tourné avec peu ou prou le même noyau dur d'acteurs dans l'enceinte de l'Espace 600, le théâtre de la Villeneuve. Un autre moyen-métrage, qui raconte l'échec programmé d'une collaboration autour de la création d'un spectacle entre un metteur en scène venu de l'extérieur (interprété par Demis Herenger) et une trentaine d'habitants du quartier. Les multiples jeux de mise en abyme sont bien sûr saisissants et Africa connaît également un bel accueil dans de multiples festivals, confirmant la validité de la direction prise.

Un nouveau tournant

Le projet suivant, Hommage à Kunta Kinté, de nouveau tourné par Naïm Ait-Sidhoum et issu d'une proposition de Teddy Lukunku, déjà acteur de premier plan dans Guy Moquet et Africa, va néanmoins marquer un nouveau tournant. Dénué de paroles, et mettant en scène de jeunes gens costumés en esclaves et esclavagistes au beau milieu du Parc de la Villeneuve, le film élève ses personnages au rang d'icônes mythologiques dans un récit qui flirte avec l'abstraction pure. Terminé en 2020, mais encore jamais projeté en public, pandémie oblige, le film sera présenté aux côtés de quatre autres œuvres inédites (et pour certaines encore inachevées) du collectif dans le cadre de la première édition de son Cinéma de quartier. Egalement au programme de cet après-midi de projection au Théâtre Prémol, deux courts-métrages proposés par la Cinémathèque de Grenoble, dont le très beau Kindertotenlieder de Virgil Vernier, réalisé à partir d'archives télévisuelles des soulèvements en banlieue de l'année 2005, ainsi qu'une sélection de cinq films proposés par le festival Cinébanlieue.

Cinéma de quartier, samedi 16 octobre à partir de 14h au Théâtre Prémol, réservations conseillées.

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House fusionnelle avec Cassius et DJ Gregory

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1999. Après dix années de collaborations diverses en studio (sur les premiers albums de MC Solaar, ou leur fameux projet downtempo La Funk Mob), les producteurs français Philippe "Zdar" Cerboneschi et Hubert "Boom Bass" Blanc-Francard sortent 1999, le très attendu premier album de leur duo house Cassius. Porté par un single au succès planétaire (Feeling For You), ce dernier se transforme rapidement en totem de la French Touch et pose la première pierre d’un édifice musical qui se prolongera sur trois autres albums : Au Rêve en 2002, 15 Again en 2006 et Ibifornia en 2016. Marquée par des tubes de grande ampleur (Toop Toop en 2006, I <3 U So en 2010) et de nombreuses collaborations prestigieuses (avec Pharrell Williams,

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Ambiance africaine avec BCUC, Mawimbi et Africaine 808

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Damien Grimbert | Mardi 9 mai 2017

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C’est un double pari relativement audacieux de la part de la Belle électrique, dont on espère vivement qu’il rencontre son public. D’une part mêler sur un créneau soirée une formation instrumentale live (l’excellent groupe sud-africain BCUC) et différents DJs européens de haut-niveau. De l’autre délaisser l’espace d’une soir les sacro-saintes chapelles house et techno pour s’aventurer vers des territoires plus métissés, tirant leurs inspirations des diverses musiques du continent africain. Au programme de cette soirée pas comme les autres donc, BCUC (pour Bantu Continua Uhuru Consciousness, photo), collectif fusionnel afro-psychédélico-futuriste de Soweto qui déploie dans ses morceaux fleuves, dépassant fréquemment la vingtaine de minutes, une vaste gamme de styles musicaux sud-africains infusés dans le rock, la soul et le hip-hop. Mais également les cinq membres du très en vue collectif de DJs/producteurs/promoteurs parisien Mawimbi, et enfin l’assez novateur duo berlinois Africaine 808, qui c

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Installé dans le quartier de la Villeneuve depuis la fin de l’année 2010, le collectif Villeneuve la série a pour objectif de « mettre en place des projets qui investissent les habitants du quartier dans la création de films » comme nous le résume Naïm Aït-Sidhoum. « Au début, on avait un projet de série télé – d’où le nom du collectif – qui s’est ensuite transformé en projet de production de courts-métrages pour le cinéma. Notre première réalisation vraiment aboutie, c’est Guy Môquet, qu’on a tourné durant l’été 2013 et qui est sorti l’année suivante. » Comédie romantique moderne et malicieuse, le film de 30 minutes connaît l’honneur d’une projection à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, d’une nomination aux César en 2016 et d’une diffusion sur France 2. Mais le collectif ne s'arrête pas là... « Coupler Africa à un film qui n’a rien à voir avec la Villeneuve » C’est en 2015 que commence le tournage d’Africa, nouv

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C’était un peu la "feel-good story" du printemps : Guy Môquet, comédie romantique de 30 minutes réalisée par Demis Herenger et tournée en quelques semaines à la Villeneuve pendant l’été 2013 avec des moyens limités et des acteurs habitants le quartier, se retrouvait sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, et ses participants invités à gravir les marches du Palais des festivals. L’histoire tient en quelques lignes : Guimo, un jeune du quartier, promet à Ticky, la fille dont il s’est amouraché, de l’embrasser au crépuscule devant tout le monde, en plein milieu du lac de la Villeneuve. Restait juste à vérifier que le film était à la hauteur de l’attention suscitée : banco, c’est très largement le cas. Drôle (vraiment), vif, intelligent, rythmé, remarquablement interprété et dénué de tout superflu, Guy Môquet réussit surtout à éviter le piège du "paternalisme bienveillant" qu’on était en droit d’appréhender. Une franche réussite, donc, qu’on vous invite vivement à découvrir lors de sa projection en plein air, gratuite et ouverte à tous, le mardi 29 juillet à 21h40 sur la place Rouge du Parc de la Villeneuve, à quelque

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World / Pour cette treizième édition du festival dédié aux musiques de l’Afrique et de la Méditerranée, sont convoqués deux entités fort différentes : la chanteuse tunisienne Amina Annabi, qui œuvre en solo depuis maintenant une trentaine d’années, et le plutôt jeune groupe algérien Djmawi africa, composé de pas moins de neuf musiciens. Ces derniers élaborent depuis quatre ans (et un concert donné au lycée) un métissage extraordinaire des diverses influences et des différents courants de la musique dite du Sud. Du raï, du rap, du rock : mélangez tout, rajoutez beaucoup d’énergie et un plaisir communicatif et vous aurez les ingrédients principaux des concerts de ce groupe hors norme en bien des points. La carrière d’Amina est faite quant à elle de succès et de détours : une participation à l’Eurovision en 1991, des collaborations jalonnant son parcours (notamment au cinéma avec Lelouch et Bertolucci), un projet d’album jazzy sur le feu… Mais une reconnaissance assez discrète en somme. La dame dispose pourtant d’un organe vocal à la chaleur et à la générosité particulièrement appréciables dans les chants orientaux. On retient pour notre part cette voix posée sur l’album A Jama

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