Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

Playlist | Depuis 25 ans, Philippe Katerine se promène dans le vaste monde de la chanson française, naviguant à sa marge tel un dadaïste pop tout en produisant par moments, et presque sans le faire exprès, de véritables tubes. Pour bien comprendre tout le génie qui se cache derrière le personnage fantasque, on remonte le fil de l’histoire en dix titres emblématiques de son parcours.

Aurélien Martinez | Lundi 13 mars 2017

Photo : Éric Garault


1996 : Parlez-vous anglais Mr Katerine ?

Après Les Mariages chinois, premier album qu'il enregistre tout seul dans son coin, et L'Éducation anglaise, deuxième tentative sur laquelle il ne chante carrément pas (c'est sa sœur et sa compagne de l'époque qui s'y collèrent), Phillipe Katerine publie en 1996 Mes mauvaises fréquentations, bijou qui lancera véritablement sa carrière. On perçoit déjà un côté gentiment décalé, à l'image de ce Parlez-vous anglais Mr Katerine ? très bossa-nova, même si le plus grand des voyants aurait bien eu du mal à prédire la voie (ou plutôt les voies) suivie(s) ensuite par Katerine.


1999 : Je vous emmerde

Présent sur Les Créatures, album ambitieux enregistré avec la formation jazz et musique improvisée The Recyclers, ce morceau emmène Katerine sur un terrain qu'il va de plus en plus affectionner au fil des ans : celui de la chanson théâtrale, où la forme compte autant que le fond. Ici, c'est un Katerine bourré et sans grande estime de lui-même (« J'aurais pu être millionnaire / Avec piscine et vue sur la mer / Mais je suis dans la merde / Et je vous emmerde ! ») qui emmerde lourdement une « mademoiselle » peu réceptive à ses charmes. Un petit tube farfelu, même si ces Créatures renferment également d'autres chansons plus "profondes" – L'Appartement, Gare du Nord, Au pays de mon premier amour


2000 : Qu'est-ce que je peux faire ?

Quand un directeur de théâtre présente Katerine, qui adore composer pour d'autres (Helena Noguerra il y a une dizaine d'années, Arielle Dombasle en 2009 – on y reviendra –, Julien Doré et Luce plus récemment), à la légende du cinéma Anna Karina, ça donne Une histoire d'amour. Un disque sobre, tendre et nostalgique, à l'image de ce duo évoquant une célèbre réplique de la comédienne prononcée chez Godard dans le mythique Pierrot Le Fou.


2002 : Mort à la poésie

En 2002 sort 8e Ciel, album là-aussi travaillé avec The Recyclers, qui assoit définitivement Katerine comme un grand de la chanson française. Une chanson française qu'il emmène toujours plus loin de sa zone de confort réaliste dans laquelle d'autres la laissent tranquillement. En résulte seize morceaux denses, foisonnants et inventifs : Katerine déambule la nuit, fait des barbecues paradisiaques avec du beau monde, croise la Sainte Vierge… Et prédit qu'il « marchera nu sur le Pont-Neuf / Le sept avril de 2009 / En criant : mort à la poésie ». Tout un programme.


2005 : 78.2008

Robots après tout : voilà l'album qui apportera le succès à Katerine, grâce à l'immense tube Louxor j'adore (mais si, souvenez-vous : « et je coupe le son… et je remets le son »). Musicalement, il s'engouffre cette fois dans une voie plus électro-pop et tapageuse, en collaborant notamment avec le grand Gonzales. Niveau paroles, c'est à la fois délirant (une énumération vertigineuse dans 100% VIP, une course-poursuite avec Marine Le Pen dans Le 20.04.2005, du sperme qui atterrit inopinément sur une chevelure dans Excuse-moi…) et, et c'est là la force de Katerine, empli de poésie. Comme quand, dans ce 78.2008, le gamin qu'il était en 1978 imagine le futur…


2007 : Petit fille qui ne veut pas grandir

En 2007, Teki Latek, membre du (génial) groupe de rap TTC, sort son premier album solo Party de plaisir. Une espèce de bonbon acidulé (et pop) porté par le savoureux single Les Matin de Paris chanté avec Lio, et surtout produit par l'équipe du Robots après tout de Katerine (avec Gonzales donc). Logique du coup que Katerine soit présent sur un duo (l'histoire d'une fille qui « lèche les boules de vanille / lèche les boules de myrtille / comme si elle voulait qu'elles brillent ») qui, contrairement à certains titres de l'album, n'a pas trop mal vieilli.

À écouter ici


2009 : Extraterrestre

En 2009, Arielle Dombasle sort un nouvel album baptisé Glamour à mort, entièrement composé par Katerine (avec l'aide de Gonzales). Une alliance qui fait des merveilles, Katerine s'étant littéralement mis dans la peau de la fantasque diva qu'il imagine mourir En Saint Laurent, miauler comme un Petit chaton ou encore demander à BHL de la prendre À la Néandertal. Pour pleinement donner corps à cette rencontre évidente, il la rejoint sur plusieurs duos, dont le grandiose Extraterrestre et ses paroles qui peuvent aussi bien coller à Dombasle qu'à lui. Et si, finalement, Glamour à mort était l'un des plus grands albums de Katerine ?


2010 : Vieille chaîne

Que faire après un énorme succès (Robots après tout bien sûr, Glamour à mort ayant été un véritable four – triste monde) ? Désarçonner son public ! En 2010, Katerine va encore plus loin dans l'abstraction pop avec son album Philippe Katerine. Vingt-quatre courtes chansons, collages arty usant par exemple de la répétition à n'en plus pouvoir… Une sorte de "manifeste katerinien" dans lequel la poésie n'est pas morte, mais utilisée façon pâte à modeler pop. Katerine devient jusqu'au-boutiste, semblant s'en foutre de laisser certains fans sur le côté, même s'il leur compose quelques branches auxquelles se raccrocher. Comme le petit tube La Banane, ou ce titre sur une histoire de chaîne qui part à la benne, métaphore sublime d'un monde qui se transforme… Même si, que ce soit sur vinyle ou en MP3, « la petite flûte de Mozart, ce sera toujours de l'art » : eh oui, faut pas prendre Katerine pour un vieux réac !


2011 : Partir un jour

Et là, en 2011, Katerine s'offre 52 reprises dans l'espace, album dans lequel il se confronte, avec le groupe Francis et ses peintres, à différents pans de la chanson française – Laurent Voulzy, Mylène Farmer, NTM, Amadou et Mariam ou encore Hervé Vilard… C'est sympathique, et c'est comme dans ces émissions de chant à la télé : c'est en prenant des morceaux pas très assumables qu'il surprend vraiment, façon Julien Doré sur Moi Lolita. Il faut par exemple écouter sa version du Roc de Nâdiya, et surtout celle du Partir un jour des 2Be3, qu'il transforme en savoureuse ballade jazzy.


2016 : Moment parfait

Après s'être perdu sur un album imparfait et surtout beaucoup trop lourd (Magnum en 2014), Katerine revient en 2016 avec Le Film, qu'il défend aujourd'hui en concert. Une sorte de magnifique synthèse de son univers, tout aussi déjanté que profond, qui tourne autour de la mort de son père. Ici, Katerine est aussi bien un chansonnier des temps anciens qu'un enfant de ce siècle pop. Et surtout un artiste qui, si l'on veut bien accepter les conventions de son monde étrange, livre de véritables Moments parfaits, à l'image de ce titre au piano qui termine magnifiquement l'album.

Philippe Katerine
À la Source (Fontaine) mardi 21 mars à 20h30


Katerine + Louis-Jean Cormier


38 avenue Lénine Fontaine
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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