Racolage actif

SCENES | THÉÂTRE / Le festival de l’Arpenteur, niché aux Adrets (à côté de Grenoble), propose chaque année une programmation riche et exigeante. La preuve avec LB25 (putes), spectacle coup de poing dérangeant sur la prostitution. Rencontre avec la comédienne Valérie Brancq, qui n’hésite pas « à se mettre en danger » sur scène. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Mercredi 15 juin 2011

Photo : François Chanussot


Petit Bulletin : Quelle est la genèse de ce spectacle ?
Valérie Brancq : Ça remonte à assez loin… Je passais régulièrement, en rentrant chez moi, sous un pont où à l'époque, il y avait des prostituées. Des jeunes femmes d'Europe de l'est, qui étaient devenues des figures assez quotidiennes. Je voulais donc en savoir un peu plus. D'où mon envie de faire un spectacle sur la prostitution. Et quand j'ai rencontré – car ça a vraiment été une rencontre – les textes de Grisélidis Réal et Nelly Arcan, je me suis rendu compte que ce qui m'intéressait là-dedans, c'était la parole des prostitués.

Vous avez utilisé deux textes très tranchés…
Il y a en fait trois auteurs. Deux femmes prostituées, qui ont écrit sur leur vécu de manière différente. Grisélidis Réal [1929 – 2005] d'abord : une militante, assez médiatisée dans les années 70, qui s'est battue toute sa vie pour la reconnaissance des droits des prostitués. C'est quelqu'un qui défendait une prostitution populaire : elle allait sur le trottoir, c'était un petit commerce avec ses habitués… Nelly Arcan ensuite [morte en 2009 à l'âge de 36 ans – NDLR] : elle n'était pas du tout dans ce registre-là. C'était une jeune femme, québécoise, beaucoup plus jeune, encore étudiante, et qui faisait ça dans un hôtel de passe avec des clients plutôt aisés. Elle était suivie par un psy qui lui avait conseillé d'écrire : un bouquin est alors sorti, une véritable introspection… Et il y a également le metteur en scène, qui a écrit quelques textes : il y a aussi une parole d'homme ! Le spectacle n'est donc pas un prêt à penser sur la prostitution, pas une parole unique.

Vous avez clairement fait le choix d'une mise en scène évocatrice, là où l'on aurait aussi pu imaginer un contre-pied scénographique…
C'était un choix dès le départ. Ça nous paraissait assez indécent, avec les matériaux très forts que nous avions, de prendre le parti de n'être moi-même absolument pas en danger. Il paraissait évident qu'il fallait de la chair, des tripes ; qu'il fallait y aller, ne pas se cacher derrière les mots.

Le fait de s'adresser de façon frontale au spectateur suit donc cette logique…
Les codes du théâtre nous font penser au voyeurisme. Quand on est au spectacle, on vient voir, sur son siège, dans le noir : on est un peu protégé. On avait ainsi envie de mettre le spectateur en lumière, mais de façon bon enfant ! Il ne s'agit pas de faire du rentre-dedans gratuit… Plutôt de jouer avec ce code, en disant : voilà, vous êtes venus voir un spectacle sur la prostitution, on va en parler ensemble. On avait envie d'aller chercher le public comme une prostituée les clients.

LB25 (PUTES)
Mardi 5 juillet à 21h. Dans le cadre du festival de l'Arpenteur, du 1er au 9 juillet aux Adrets, Isère

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