Un sentiment de bulle

SCENES | Avec les élections et l’actualité sportive, on en oublierait presque que 2012 marque aussi le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Pour l’occasion, la compagnie d’arts de rue Délices DADA produit "Rousseau des champs", un nouveau spectacle consacré au philosophe. Rencontre avec Jeff Thiebaut, comédien et cofondateur de la compagnie. Propos recueillis par Benjamin Bultel

Aurélien Martinez | Lundi 18 juin 2012

Comment est né ce spectacle ?
Jeff Thiebaut : On a reçu une forte incitation de la part d'un vieux partenaire, la région Rhône-Alpes, qui voulait qu'on monte un spectacle pour les 300 ans de la naissance de Rousseau. Pas un truc sérieux, mais qu'on garde notre univers dada. Pour l'écrire, on s'est plongés dans les œuvres de Rousseau. Il fallait faire en sorte que le spectacle soit accessible aux non-rousseauistes, mais le plus dur a été de trouver des partenaires pour financer le projet. Ensuite, la préparation s'est surtout faite seul, on a juste eu un mois de travail collectif. Outre les répétitions, ce qui nous occupe ce sont les repérages sur le terrain, afin d'adapter le spectacle au parcours et au paysage.

En quoi consiste "Rousseau des champs" ?
C'est un spectacle qui parle de Rousseau sans que celui-ci n'apparaisse. Il y dix personnages fictifs mais contemporains : un savant fantaisiste qui a retrouvé les traces sonores que Rousseau a laissées, le psychanalyste de La Nouvelle Héloïse (qui en aurait eu bien besoin), un aristo intégriste qui a du ressentiment envers le philosophe et même le Petit Chaperon rouge, qui représente l'imaginaire et le féminisme. Et le spectacle se conclut sur le personnage de la dame en blanc, interprété par Nelly Frenoux, l'ancienne chanteuse des Jeux de la Tribu. Ça c'est pour le côté onirique et musical.

Pourquoi avoir choisi la forêt comme scène ?
On avait déjà joué en montagne, on voulait retenter l'expérience. Le spectacle repose sur l'idée de voyage, on emmène les gens par groupe de dix en pleine nature, pour retrouver l'esprit de la balade, celle du « promeneur solitaire ». Et puis la forêt a un côté très mystérieux, entre le rêve et le cauchemar, qui correspond aux personnages que l'on rencontre dans le spectacle. C'est aussi une référence à « l'état de nature » cher à Rousseau. Apparemment c'est réussi puisque les premiers retours du public font état d' « un sentiment de bulle ».

Rousseau, toujours d'actualité ?
En l'étudiant, je me suis rendu compte que c'était un personnage extraordinaire, caractériel et hypersensible. Et puis c'était quelqu'un de tourmenté, en proie à des interrogations, ça fait forcément un très beau personnage de théâtre. Je suis content de l'avoir redécouvert, et puis j'ai fini par m'y attacher, maintenant je l'appelle JJ !


Rousseau des champs
, mercredi 27 juin à 18h, 18h30, 19h et 19h30, au Centre culturel Jean-Jacques Rousseau à Seyssinet-Pariset

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