La Cité Internationale des Arts du Cirque devrait voir le jour à Vénissieux

Cirque / L’un des grands projets culturels des prochaines années sur le territoire métropolitain, la Cité Internationale des Arts du Cirque portée par la compagnie MPTA et l’école de cirque de Lyon, devrait, selon toute vraisemblance, s’implanter à Vénissieux — et non à Saint-Genis-Laval comme prévu initialement. Explications.

Le constat est ancien et cruel pour les circassiens de la région : il n’y a pas assez de lieux d’entraînement et de pratique. La France, de manière globale, en manque. Seule La Grainerie à Toulouse répond à cette demande. Un espace d’entraînement dans La Chapelle de La Cascade (en Ardèche), seul Pôle National de Cirque en Auvergne-Rhône-Alpes, est bien prévu — mais les travaux n’ont pas encore commencé. Pire, le confinement a accentué ces besoins car ces artistes sont aussi des athlètes qui ont besoin d’entretenir leurs corps. Le récent festival Circa qui s'est déroulé à Auch à l’automne a vu se multiplier les blessures : les artistes n'ont pu suffisamment s’exercer en amont. Julie Tavert, acrobate formée à Lyon puis passée par le Graal qu’est le CNAC (Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne) dit n’avoir pas du tout su où aller lors des six premiers mois de la crise sanitaire.

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L'école de cirque de Lyon implantée dans l’enceinte de la MJC Ménival est elle trop à l’étroit et jongle avec des contraintes anormales à ce niveau d’exigence : « les élèves doivent s’arrêter à 17h pour laisser place aux adhérents de la MJC. Idem le mercredi après-midi. Ils n’ont pas de salle d’entraînement, pas de salle de cours, il y a des problèmes de vestiaires alors que cette formation devrait se faire à plein temps » nous détaille Nadège Cunin, sa directrice. Difficile aussi d’exercer certains agrès, notamment aériens, au point que le ministère de la Culture et la Fédération française des écoles de cirque n’ont prolongé leur agrément que parce que le projet de Cité Internationale des Arts du Cirque est dans les cartons, depuis deux ans maintenant. Cette accumulation de problèmes n’a pas pour autant empêché que les douze élèves de la promotion 2018-2020 ne signent avec brio leur sortie en juin dernier : six ont intégré une école nationale supérieure (trois au Lido, trois au CNAC), un est en année préparatoire de l’académie Fratellini, un autre à l’ESAC de Bruxelles, un s’est orienté vers la musique jazz au CRR à Fourvière, deux ont été admis dans la pépinière barcelonaise du Central del Circo pour développer leurs projets professionnels et le douzième élève opte pour un temps de pause et de réflexion quant à la suite.

Et septembre dernier, pour les douze places offertes de la toute nouvelle promotion, encore 160 candidats se sont présentés malgré la crise sanitaire. « C’est légèrement moins qu’il y a deux ans car les étudiants hors Union Europénne n’ont pas postulé, faute de visibilité sur leurs déplacements possibles » analyse Nadège Cunin.

Bien qu'une partie des activités cicarciennes - la pratique amateur - restera dans ce quartier du 5e arrondissement, les élèves de l'école préparatoire (une des neuf du territoire national) qui prendront place dans la future Cité Internationale des Arts du Cirque (l'appellation est provisoire) avec là aussi une part réservée aux pratiques pour amateurs. Voici pour la part formation et pratique de ce projet qui comprend encore un volet dédié à la création (un lieu de résidence et de recherche) ainsi qu’un troisième volet lié à un possible tiers-lieu, en fonction de l’implantation, ouvert à d’autres pratiques que la filière cirque comme de l’agriculture urbaine, de l’éducation populaire, du coworking...

Direction le Grand Parilly à Vénissieux

Portée et pensée par l’école de cirque de Lyon et la compagnie MPTA du trampoliniste Mathurin Bolze (aussi organisatrice du festival utoPistes), cette Cité Internationale des Arts du Cirque a le soutien de la DRAC, de la Métropole, et verra — au moins partiellement — le jour sous la mandature de son président Bruno Bernard. Ce sera très probablement à Vénissieux sur le site du Puisoz du projet Grand Parilly, à côté d’Ikéa et de Leroy-Merlin. « Il y a une dernière parcelle qui n’a pas été complément attribuée, dans sa partie nord-est, la plus proche du métro » déclare Cédric Van Styvendael, vice-président en charge de la Culture à la Métropole.

Ce n’est cependant pas encore totalement fixé car « d’autres villes ont fait état d’un souhait. La ville de Vénissieux a fait part de son intérêt, mais n’a pas non plus validé définitivement sa réponse ». Mais aucun autre nom de municipalité n’est avancé par le maire de Villeurbanne. Le comité de copilotage du 2 avril devrait permettre d’y voir plus clair. Autour de la table seront réunies les tutelles : DRAC, Métropole, Région et aussi la Ville de Lyon car l’école de cirque est pour l’instant implantée dans la capitale des Gaules — elle fait partie du réseau Scènes Découvertes — et parce que de nombreux équipements culturels de la Ville de Lyon accueillent le festival de cirque utoPistes.

Sera aussi abordée le 2 avril la question du montage financier pour la partie investissement « et on va aussi commencer à aborder la question du fonctionnement qui n’est pas neutre ici » précise Cédric Van Styvendael. La Métropole a d’ores et déjà inscrit une ligne budgétaire de 2M€ à la PPI (projet pluriannuel d’investissement) pour engager cette entreprise : « ça ne veut pas dire que notre participation se limitera à ce montant ».

« Une chose est sûre : on fera ce projet » affirme Cédric Van Styvendael. La nouvelle n’est pas anodine pour l’équipe qui y travaille depuis 2019. Longtemps envisagée à Saint-Genis-Laval, sur la ZAC Vallons des Hôpitaux, au pied de la prolongation de la ligne B du métro, la Cité Internationale des Arts du Cirque n’a pourtant jamais été inscrite dans les plans de cette ZAC à venir, déposé dès 2019 sans la partie cirque, comme le rappelle Marion Floras, membre de la compagnie MPTA, en charge de la coordination artistique du festival utoPistes et chargée de développement de cette opération. « En début d’année, des arbitrages des services d’urbanisme de la Métropole ont conclu que cette ZAC s’équilibre écologiquement sans nous et qu’il serait impossible de nous y inclure ». Par ailleurs, « l’enquête publique sur la ZAC a aussi montré la volonté des habitants de préserver des zones vertes à cet endroit » relate-t-elle. De ces deux ans d’étude, il ne restera donc rien ? « Si !, affirme Marion Floras, nous allons interagir avec beaucoup de territoires métropolitains dont Saint-Genis-Laval fait bien sûr partie — et le modèle économique global, les besoins techniques se transposent. Les financeurs principaux de cette étude (DRAC, Région, Métropole), et dans une part beaucoup plus minoritaires les villes de Saint-Genis-Laval et Lyon, nous ont permis de réaliser cette phase 1 avec 56 000€ — soit l’embauche, pendant dix-huit mois, d’un assistant maître d’ouvrage, d'un architecte programmiste, et un cabinet d’étude pour nous aider sur le modèle économique. Ce n’est pas perdu ! Avec la structure culturelle de Saint-Genis-Lavel, La Mouche, on travaille aussi sur une sorte de préfiguration : recherche, entraînement, workshop, rencontres professionnelles avec l’école, les artistes… ».

Cédric Van Styvendael recontextualise, alors que les couloirs bruissent d'une décision politique visant à contrecarrer la maire étiquettée centre droit de la ville, Marylène Millet : « on ne déconstruit rien à Saint-Genis-Laval. Aucune validation n’avait été faite quant à une implantation à cet endroit ». Dans l’un et l’autre cas, l’accessibilité simplifiée par une station de métro est importante car cette Cité a vocation à rayonner bien au-delà de la Métropole, au niveau national et international.

Chapiteau compris

L’espace requis nécessite 10 000m² (dont une partie en espace vert) pour notamment accueillir deux salles qui pourront servir à des fins de diffusion de spectacle, mais dont ce ne sera pas la vocation première — l’entraînement et la formation étant prioritaires. « Des temps forts à destination de l’émergence seront peut-être proposés mais il ne s’agit en aucun cas de bâtir une saison » précise Marion Floras. Des spectacles du festival utoPistes y trouveront aussi logiquement leur place. Définir un programme technique sera l’enjeu de la phase 2 d’études qui débutera dans la foulée de la réunion de copilotage début avril. Un espace d’accueil de 3000m² (compris dans la totalité énoncée) sera aussi inclus pour que puisse s’y édifier, de temps à autre, les chapiteaux de taille modeste des troupes invitées et aussi que les étudiants s’exercent : « ils ne peuvent le faire que lors des rencontres de la Fédération régionale des arts du cirque pour l’instant, selon Nadège Cunin. Or ils doivent apprendre à monter un chap’ ». Par ailleurs, « il est important de les former à travailler en circulaire aussi ». Si seulement 20% des créations de cirque contemporain se font aujourd’hui sous chapiteau, cet élément est l’ADN de cette discipline et certaines compagnies majeures comme le Cirque Trottola n’envisagent pas leur pratique sans la piste ronde. « On ne peut pas exclure les écritures circulaires dans un projet dédié à la filière cirque » insiste Marion Floras.

Et pourquoi ne pas imaginer alors, que la parcelle voisine du Parc de Parilly, équipée en arrivées électriques et d’eau pour accueillir les grands chapiteaux lors des Nuits de Fourvière, puisse compléter ce dispositif lors des grands événements ? Bartabas et le Cirque Plume y ont déployé leurs immenses tentes ces dernières années.

Avec cette Cité Internationale des Arts du Cirque, non seulement la Métropole peut poser le premier acte fort de sa politique culturelle et peut-être sera-t-il possible de voir s’ériger ici un deuxième Pôle National de Cirque dans la région, ce label national créé en 2010 par le ministère de la Culture qui rassemble actuellement quatorze structures.

À Lyon, pour travailler le cirque, il y a donc pour l’instant « l’école qui manque de place et des lieux institutionnels pour des résidences et puis rien » résume la circassienne Julie Tavert, citant la Maison de la Danse et les Subs où elle a pu créer fin septembre un one shot des Femmes de Crobatie. « Mais le cirque, ce sont d’abord des espaces. Nous avons besoin d’une surface au sol assez grande » dit-elle. « Hormis à Toulouse et Paris, nous manquons de lieux pour créer des dynamiques de rencontres. Le festival des utoPistes le permet mais c’est très temporaire. Cette Cité Internationale des Arts du Cirque pourrait pérenniser cela, des temps de rencontres, d’humanité, de démocratisation du cirque auprès du grand public ».

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