Féminiser les soirées, les cours de DJing font leurs preuves

Safe nights / Depuis 2020, l'association lyonnaise Arty Farty propose des cours de DJing gratuits à destination des femmes et des minorités de genre. Une initiative qui a déjà permis à 120 participantes de se familiariser avec les platines et pour plusieurs d'entre elles à se produire sur scène.

Lytcia Nelson, 26 ans, cuisinière en restauration, et Cloé Comas, 24 ans, étudiante en musicologie, participent à la session de DJing du jour, encadrée par Pedro Bertho DJ et producteur brésilien résidant à Lyon. Munies de leurs clés USB remplies de playlists soigneusement sélectionnées, les deux jeunes femmes découvrent le studio d’enregistrement situé à l'Hôtel 71, maison des équipes de l'association Arty Farty. Les premiers enchaînements sont hésitants, mais rapidement, les rythmes s'installent. Cloé Comas passe habilement ses mix dans un style disco, tandis que Lytcia Nelson évolue dans un univers afrobeat. Guidées par Pedro Bertho, elles apprennent à maîtriser les transitions entre les morceaux. « Le secret, c’est de tendre l’oreille et de battre la mesure pour synchroniser les pistes », répète-t-il. 

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Un exercice exigeant qui allie sens du rythme et bonnes connaissances techniques. « Au début, je regardais beaucoup de tutoriels en ligne pour apprendre les bases. Mais rien ne peut remplacer l’expérience d’apprentissage ici, où le contact humain et l’accès à du matériel professionnel apportent une dimension supplémentaire et nous permettent de progresser », raconte Lytcia Nelson.

Une initiative née du confinement

Avec la pandémie, les boîtes de nuit et salles de concert ont fermé, poussant l’association Arty Farty — qui gère Le Sucre, Heat, H7 et organisatrice du festival Nuits Sonores — à réinventer l’usage de ses espaces. Les cours de DJing pour femmes, d’abord internes pour les employés de l'association, se sont ouverts au public en 2021, en même temps que l’allègement des restrictions sanitaires.

Le programme, financé par Arty Farty avec le soutien de la commission égalité-femmes-hommes du Centre national de la musique (CNM) ainsi que du prestataire de billeterie Shotgun, dispose d'un budget permettant d'organiser 40 journées de cours soit 80 cours par an. Chaque participante peut ainsi s’inscrire gratuitement à quatre cours d’1h30, en groupes de deux, animés par les DJs Tauceti, Saku Sahara et Pedro Bertho.

La démocratisation du DJing et la déconstruction des stéréotypes de genre motivent cette initiative. « Je viens de Dijon spécialement pour participer à ces cours. Le fait qu'ils soient gratuits et une chance énorme, surtout quand on sait qu'une heure de session peut coûter jusqu'à 40 € ailleurs », confie Cloé Comas.

Les femmes, trop peu présentes sur les scènes rap et électroniques

Bien que ces dernières décennies aient accueilli l'émergence de figures féminines incontournables sur la scène électronique comme Ellen Allien, Nina Kraviz ou Amélie Lens, la représentation des femmes reste très minoritaire. Le DJing, longtemps dominé par les hommes, demeure imprégné de la culture dite du "boys-club". Selon un rapport du CNM publié en 2021, les femmes ne représentent que 10 à 11 % des artistes principales des musiques électroniques et rap. 

À cela s’ajoute les violences verbales et physiques auxquelles peuvent être confrontées les femmes derrière les platines. Une réalité documentée par le compte Instagram Tu mixes bien... pour une fille, lancé par des DJs et productrices strasbourgeoises. Actuellement en pause, il recensait les remarques problématiques entendues par les DJ féminines. « Faudrait passer toutes les femmes en premier, comme ça on passerait aux professionnels ensuite ! » rapporte par exemple l'un des nombreux témoignages. 

« Beaucoup pensent encore que les femmes sont programmées uniquement pour leur genre, respecter un minimum de parité. Les mêmes préjugés existent à propos de la programmation de personnes issues des minorités », déplore Nolwenn Vallin, chargée de médiation publique chez Arty Farty et responsable du projet djing.

De plus en plus d'artistes féminines programmées

Les cours proposés par Arty Farty visent donc à semer les graines d’une industrie musicale plus diversifiée. « Apprendre entre femmes ou en présence d'alliés crée un environnement bienveillant, exempt de jugement et permet à chacune de développer sa confiance en soi », ajoute-t-elle.

Une initiative qui a déjà commencé à porter ses fruits : « Ce que je trouve formidable, c’est qu’au terme des quatre cours, certaines participantes arrivent à produire un set que je peux transmettre aux équipes. En quatre ans, nous sommes parvenu(e)s à constituer un solide vivier d’artistes féminines qui sont désormais programmées dans de nombreux événements sur le territoire lyonnais. C'est le cas de Mimi Géniale, Pechko, Karissa, Coton 90 ou encore Lily of the Valley qui sont toutes issues de ce programme » observe Nolwenn Vallin.

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