Revenge

ECRANS | De Susanne Bier (Dan, 1h53) avec Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm…

Dorotée Aznar | Vendredi 11 mars 2011

Un jeune orphelin de mère entraîne le souffre-douleur de sa classe dans une spirale incontrôlable. Le père de ce dernier, médecin humanitaire, jongle entre une séparation douloureuse, un garagiste crétin qui le provoque et un chef de guerre qui terrorise son campement en Afrique. Susanne Bier, spécialiste danoise du mélodrame hardcore à thèse (Brothers, After the Wedding, Nos souvenirs brûlés), s'attaque ici à l'engrenage de la vengeance, dans un récit complexe et ambitieux, quitte à se tendre quelques pièges au passage – on peut renâcler sur le ton systématiquement plombant d'un film où tout le monde semble rivaliser de dépression, ou sur l'impasse (volontaire) de la sous-intrigue labellisée “choc des civilisations“. On ne peut nier, en revanche (AH AH AH), la puissance cinématographique incroyable que la réalisatrice insuffle à un scénario qui aurait pu se perdre dans son caractère programmatique. Ce souffle artistique transcende complètement le film, à travers sa réalisation, ses cadres et sa photo impeccables, ses acteurs incroyables. D'un scénario / dissertation très Dossier de l'écran dans l'esprit (La violence amène-t-elle la violence ? Vous avez deux heures), Bier a tiré un drame épique, qui préfère tout miser sur l'évolution psychologique de ses personnages plutôt que d'apporter des réponses préconçues aux débats abordés. Mais en même temps, ramener ces questions à hauteur d'hommes est en l'occurrence plutôt très bien vu.
François Cau

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"La Communauté" : Toit, émois…

Le film de la semaine | Thomas Vinterberg renoue avec son thème de prédilection — l’étude des dynamiques de groupes en vase clos — en exhumant des souvenirs de sa propre enfance au sein d’une communauté. Chroniques sans filtre d’un passé pour lui révolu.

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Les années 1970, au Danemark. Plutôt que de revendre la vaste demeure familiale qu'ils ont héritée, Erik, Anna et leur fille Freja la transforment en une communauté ouverte à une poignée d’amis ainsi qu’à quelques inconnus démocratiquement sélectionnés. Le concept est splendide, mais l’idéal se heurte vite aux murs de la réalité… À l’inverse de Festen (1998), film adapté en pièce de théâtre, La Communauté fut d’abord un matériau créé pour les planches à Vienne avant d’être transposé pour l’écran. Pourtant — et bien que le sujet s’y prête — Vinterberg ne se laisse jamais enfermer par le dispositif du huis clos. Prétexte de l’histoire, ce foyer partagé ne fusionne pas les personnages en une masse compacte façon “auberge espagnole” à la sauce nordique : il aurait plutôt tendance à les individualiser, à diffracter leurs trajectoires. À sa manière, la communauté agit en effet comme un accélérateur sur ces particules élémentaires que sont les individus, provoquant collisions et (ré)percussions, mais également des créations "d’espèces chimiques" inconnues — en l’occurrence, des situations inenvisageables auparavant… pour le

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A Second Chance

ECRANS | De Susanne Bier (Dan, 1h42) avec Nikolaj Coster-Waldau, Maria Bonnevie, Ulrich Thomsen…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

A Second Chance

Les polars venus du froid ont un je-ne-sais-quoi d’intrigant : l’étrangeté familière que pourrait renvoyer un film américain customisé par un accessoiriste ayant pour seul bréviaire un catalogue de déco suédois. Dommage que la langue (aurait-elle des accents trop germaniques ?) et l’absence de stars identifiées demeurent des obstacles pour le grand public, car il se prive de très honnêtes thrillers. Tel A Second Chance, qui joue à la fois avec la notion du déterminisme social, de la justice et de l’éthique : un flic peut-il enfreindre la loi pour protéger un enfant ET sauver son couple en même temps ? Si, évidemment, la réponse est négative, le chemin tortueux qu’il va suivre (intérieurement, évidemment : on baigne dans la culture protestante) mérite le détour et des spectateurs. Avant qu’Hollywood n’absorbe l’intrigue et n’en livre son probable remake…

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Soap

ECRANS | de Pernille Fischer Christensen (Danemark, 1h44) avec Trine Dyrholm, David Dencik, Frank Thiel…

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2008

Soap

L’idée de départ de ce premier film d’une jeune réalisatrice danoise est assez gonflée : raconter à la manière d’un soap opera à épisodes, avec résumé et questions en suspens avant chaque chapitre, l’histoire d’une trentenaire libérée qui, après avoir rompu avec son fiancé, fraternise (et plus si affinités) avec le travesti qui vit en dessous de chez elle. Les codes de la telenovela venant investir un environnement sous influence Fassbinder, François Ozon l’avait tenté avec Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, et Almodovar ne faisait que ça dans ses premières œuvres. Le problème de Soap, c’est sa tiédeur absolue, sa retenue constante, sa façon de marcher sur des œufs, sur le fond comme sur la forme, tuant l’audace de son concept. Le film vise la justesse et une certaine vérité humaine, qu’il obtient par l’implication de ses deux interprètes, mais manque quand même vraiment d’ambition pour marquer durablement l’esprit du spectateur. CC

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