Olivier Casas & Anne Marivin : « Il fallait entrer dans la gêne et la psychologie des personnages. »​

Entretien | Enfermés dans un appartement, Ben, sa femme, ses parents, son frère et son meilleur ami vont se livrer à un jeu de massacre sans merci dont personne ne sortira indemne. Conversation entre le réalisateur Olivier Casas et son actrice, Anne Marivin.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Photo : Olivier Casas © Vincent Fernandel


Quelles ont été les contraintes du huis clos ?
Olivier Casas :
Au tournage, on se dit qu'il va falloir tenir 1h30 dans ce décor-là et une fois que j'aurai à peu près filmé tous les endroits du décor, je n'aurai aucune envie de faire les mêmes cadres. On a beaucoup travaillé en amont avec la déco et la lumière pour avoir l'endroit le plus riche possible en détails. Au niveau dramaturgique, c'est formidable car tout le monde va exploser à un moment dans cette cocotte minute. Au montage, on a fait des essais d'accélération pour aller plus vite dans l'efficacité. Mais un rythme organique impossible à modifier a pris le dessus. Ça ne pouvait pas aller plus lentement ou plus vite : il fallait entrer dans la gêne et la psychologie des personnages.

Comment avez-vous dosé la comédie et le drame ?
O.C : Dans le film, la comédie se place dans des moments où les personnages se prennent les pieds dans le tapis et ne savent plus quoi faire. Je n'avais pas envie qu'on sente l'écriture de leur réaction.

Comment les acteurs ont appréhendé les multiples changements d'émotions des personnages ?
Anne Marivin : Ce n'était pas facile car nous n'avons pas tourné dans la continuité. Il fallait travailler la veille pour se souvenir des intentions du personnage et ne pas être dans la répétition. On a fait beaucoup de prises, donc on avait le temps d'essayer plusieurs choses. Lors de cette soirée, quelque chose se brise chez Charlotte car elle sait qu'elle va partir. Attention, le personnage n'est pas lisse : elle a des choses à se reprocher aussi. Elle a beau avoir trompé Ben, dans la majorité des films, elle se serait excusée. Là, elle renverse la situation. En cela, le film est assez amoral.


Baby Phone

De Olivier Casas (Fr, 1h25) avec Medi Sadoun, Anne Marivin...

De Olivier Casas (Fr, 1h25) avec Medi Sadoun, Anne Marivin...

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Au détour d’un dîner, les révélations faites à travers le baby-phone d’une chambre d’enfant vont créer un véritable cataclysme au sein d’une famille et d’un groupe d’amis…


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"Baby Phone" : cent peurs et cent reproches

ECRANS | Compositeur au chômage, Ben n’a pas le choix : au cours d’un dîner de famille, il doit convaincre une chanteuse à succès de signer sur son prochain (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

Compositeur au chômage, Ben n’a pas le choix : au cours d’un dîner de famille, il doit convaincre une chanteuse à succès de signer sur son prochain disque. Mais l’adultère et les mensonges de ses proches se mêleront à la fête. Pour le meilleur et pour le pire. Adapté d’un court-métrage éponyme, difficile de saisir l’intention derrière ce huis-clos poussif. À force de vouloir être comique et grave sans jamais trancher, la gêne se dégage malgré elle, non pas du dîner mais de l’œuvre globale. Pris en otage et toujours exclu, le spectateur se demande s’il assiste à une version cheap de Carnage ou ratée d’Un air de famille. Même si les acteurs font le job (Anne Marivin en tête), Olivier Casas déploie une réalisation plate, au montage hasardeux qui achève sa laideur visuelle. Garni d’un scénario sans âme bourré de dialogues surécrits, ce repas indigeste peut s’éviter sans regret. Baby Phone De Olivier Casas (Fr, 1h25) avec Medi Sadoun, Anne Marivin, Pascal Demolon…

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Aux yeux des vivants

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Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Aux yeux des vivants

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Les Kaïra

ECRANS | De et avec Franck Gastambide (Fr, 1h35) avec Medi Sadoun, Jib Pocthier…

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Les Kaïra

Presque une bonne surprise que ces Kaïra, délocalisées d’internet au grand écran avec une vraie idée : faire le point, en version comique et parodique, sur le banlieue-film plus de quinze ans après La Haine, que Gastambide (acteur et réalisateur) utilise comme étalon revendiqué. Le trio de jeunes black-blanc-beur devient une improbable bande de gars sans âge, aux origines indéfinies et dont les différences sont plus physiques que sociales (l’un d’entre eux est un nain) ; leur ambition est toujours la même (sortir de leur quartier), mais elle n’est plus mue que par une pure pulsion sexuelle (baiser, faire un porno) ; et le temps, rigoureux chez Kassovitz, se transforme ici en une éternelle répétition disloquée où la journée commence au milieu de l'après-midi. Pendant une heure, c’est assez drôle et gonflé, grâce à la qualité de l’écriture et à l’énergie des dialogues, mais aussi à des séquences vraiment fortes (la rencontre avec Elie Semoun, grinçante, l’entretien avec François Damiens, tordant). Dommage que le film succombe ensuite à la mode du scénario à l’Américaine, où tous les conflits doivent être résolus, tous les personnages doivent avoir un dest

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