Femme de lettres au bord de la crise de nerfs : "Los Adioses"

Biopic | de Natalia Beristain Egurrola (Mex, 1h26) avec Karina Gidi, Daniel Giménez Cacho, Ari Albarrán…

Vincent Raymond | Dimanche 13 mai 2018

Photo : © KMBO


Quelques fragments du parcours de Rosario Castellanos (1925-1974) : ses premiers pas d'étudiante, sa reconnaissance comme poétesse, autrice, intellectuelle féministe et universitaire ; les tumultes de son couple avec Ricardo Guerra, partenaire frustré par le talent de sa compagne…

C'est à une figure majeure des lettres mexicaine et de l'affirmation de droits des femmes que Natalia Beristain rend ici hommage à travers ce film-patchwork, brassant les époques, au risque de chahuter la stricte chronologie. Icône célébrée pour ses prises de parole et ses écrits, Castellanos eut à lutter au quotidien contre la jalousie dévorante de celui qui eût dû être son principal allié — c'est un peu comme si Sartre, furieux de voir Simone de Beauvoir taper plus vite que lui à la machine et rafler le Goncourt avait tenté de la boucler dans la cuisine, exigeant qu'elle se consacre exclusivement à la confiture de mandarines.

Désir d'indépendance, machisme sournois… Ce match tristement connu et peu équilibré est ici arbitré par de nombreuses étreintes apportant un glamour pas forcément nécessaire — les flatteuses scènes d'amour des biopics sont toujours à un souffle du révisionnisme esthétique. Édifiant pour qui ne connaît pas Castellanos, le film semble toutefois piégé entre un désir d'originalité formelle refréné et le besoin de célébrer solennellement son modèle. Cette valse-hésitation l'empêche de sortir du lot.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La transe du conquistador

ECRANS | Découverte tardive, vingt ans après sa réalisation, d’un film surprenant du Mexicain Nicolas Echevarria, "Cabeza de vaca", qui met en scène comme un trip éthnologique la découverte de la Floride au XVIe siècle. CC

Christophe Chabert | Dimanche 19 décembre 2010

La transe du conquistador

Comme l’an dernier avec le dément "Toto qui vécut deux fois", ED distribution fait apparaître sur les écrans français un film qui n’eût pas l’honneur de trouver ce chemin en 1991. "Cabeza de vaca" d’un certain Nicolas Echevarria se déroule plus de trente ans après la «découverte» de l’Amérique par Christophe Colomb, et en est comme la version hallucinée, cauchemardesque et mystique. L’embarcation du navigateur Alvar Nuñez Cabeza de Vaca fait naufrage au large des côtes de la Floride ; seul lui et quelques autres survivants regagnent la terre ferme sur un radeau de fortune. L’équipage est immédiatement attaqué par les indigènes, et Alvar Nuñez est capturé puis transformé en esclave par un chef de tribu étrange (un nain sans bras). D’abord humilié par les ordres et les brimades de ces hommes dont il ne comprend ni la langue, ni la culture, il va peu à peu se rapprocher de cette civilisation, révélant même de singuliers pouvoirs de guérisseur. Avatar mexicain Cabeza de Vaca n’a rien d’un film arty, même si les références qui viennent immanquablement à l’esprit ("Aguirre" d’Herzog et "La Montagne sacrée" de Jodorowski) le rapproch

Continuer à lire

La Zona

ECRANS | Une nouvelle révélation venue du Mexique : pour son premier film, Rodrigo Pla démontre une réelle maîtrise visuelle servant un propos dérangeant et nécessaire sur le repli sécuritaire et la mort de la démocratie. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

La Zona

La Zone : en général, quand on applique ce terme à la géographie urbaine, c’est pour désigner les banlieues pauvres et ghettoïsées des métropoles. Dans le premier film de Rodrigo Pla, La Zone est, à l’inverse, une résidence pavillonnaire d’une propreté immaculée et d’une quiétude absolue. Un paradis solaire pour costards-cravates friqués, séparé de «l’enfer» urbain par des murs et des caméras de surveillance, ce que nous révèle un spectaculaire plan à la grue découvrant le centre ville de Mexico plongé dans une grisaille lugubre. Mais les maisons ripolinées et les allées impeccables ne sont qu’un trompe-l’œil : cet espace de bien-être artificiel est surtout une zone de non-droit, au crépuscule d’une démocratie mourante, sinon déjà crevée. Plus de sécurité, moins de libertésIl aura suffi qu’un soir, à la faveur d’un accident ô combien symbolique (un panneau publicitaire qui s’effondre !), une poignée d’ados désœuvrés, imbibés et désargentés pénètre dans cette propriété privée pour que le drame s’enclenche et ne lézarde une surface trop parfaite. Les habitants se réunissent pour livrer à la police leur version des faits, et faire des intrus clamsés les seuls res

Continuer à lire