"Candyman" de Nia DaCosta : double crochet du droit

Horreur | À la fois suite, reboot et extension de l’univers du "Candyman" originel de Bernard Rose (1992), ce nouveau chapitre signé Nia DaCosta utilise avec intelligence et efficacité les codes du genre pour s’emparer d’un thème toujours d’actualité dans cette Amérique où suffoque George Floyd : la discrimination raciale/sociale, ainsi que les violences associées. Pointu.

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

Photo : © Universal


Chicago, de nos jours. Artiste peintre en mal d'inspiration, Anthony McCoy vient d'emménager dans le quartier de Cabrini-Green autrefois ghetto noir, désormais gentrifié. Découvrant la “légende urbaine” de Candyman, le tueur au crochet ayant jadis sévi dans les environs, il va s'en inspirer pour ses nouvelles toiles… et provoquer la résurrection sanglante de ce vengeur des Noirs opprimés…

Un même titre pour une autre histoire ? Disons plutôt une prolongation offrant une lecture politique actualisée, de surcroît par des auteurs afro-américains. En cela, il ne s'agit pas d'une nouveauté : souvenons-nous du précédent récent que constitue l'excellent The Birth of a Nation (2016) de Nate Parker, ce nécessaire contrepoint au sinistre long-métrage homonyme signé Griffith en 1915. Las, Parker et son œuvre primée à Sundance se trouvent actuellement au purgatoire car une dramatique affaire criminelle le concernant a — très opportunément — ressurgi peu avant la sortie de son film et de probables citations à l'Oscar…

Œuvre aux Noirs

Revu et amendé par Jordan Peele et Nia DaCosta, ce Candyman se nourrit du terreau fertile du premier volet (1992) qu'il cite explicitement, non en recyclant les images mais — bouche à oreille de la légende urbaine oblige — par le son et grâce à des séquences animées, et donne au personnage-titre une épaisseur symbolique. Au départ damné maléfique et revanchard (à l'instar d'un Dracula ou d'un Freddy Krueger), Daniel Robitaille/Candyman acquiert ici un autre statut : celui d'une Némésis s'incarnant dans un malheureux à chaque époque pour secourir la communauté noire ou la venger des avanies et affronts infligés par la classe dominante — blanche. Il est une sorte d'avatar protecteur tenant d'une divinité vaudoue fondue dans un creuset pop-culture mêlant sociologie, superstition et codes fantastiques.

Où l'on retrouve le thème de la possession cher à Jordan Peele (ici producteur et scénariste), déjà développé dans Get Out (2017) puis Us (2019) — possession prélude à un affranchissement. La différence significative tient ici dans la réalisation plus élaborée de Nia DaCosta qui évoque autant Orphée (1949) de Cocteau pour l'usage des miroirs (et des mondes qu'ils abritent) que Les Griffes de la nuit (1984) de Wes Craven pour des meurtres commis dans le monde réel par une entité le plus souvent invisible car appartenant à une “autre dimension”. Préférant au gros gore qui tache la suavité de la suggestion, la cinéaste compose des séquences où la menace et l'effroi l'emportent sur le grand-guignol et où l'esthétique des plans demeure parfaite — après tout, l'intrigue a pour protagoniste un plasticien et se situe dans le monde de l'art. À cette enseigne, la mise à mort d'un personnage de critique revêche est, de par sa simplicité apparente, un modèle de virtuosité inscrit dans un plan puissamment métaphorique où l'horreur s'hybride avec le réalisme du quotidien.

Lorsqu'il s'agit de traiter du fléau discriminatoire aux États-Unis, cette approche oblique par l'épouvante et le surnaturel s'avère au finale plus subtile que celle d'un Spike Lee en étant tout autant explicite quant aux questions sociétales : Nia DaCosta fait assez confiance à sa fiction pour ne pas éprouver le besoin d'inclure des images d'émeutes toutes fraîches afin de la consolider, de la légitimer… ou de séduire le jury d'une festival international. Hameçonnant.

★★★☆☆ Candyman
Un film de Nia DaCosta (É-U, 1h31) avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett…


Candyman

De Nia DaCosta (EU, 1h31) avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett

De Nia DaCosta (EU, 1h31) avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett

salles et horaires du film


D’aussi loin qu’ils s’en souviennent, les habitants de Cabrini Green, une des cités les plus insalubres en plein cœur de Chicago, ont toujours été terrorisés par une effroyable histoire de fantôme, passant de bouche à oreille, où il est question d’un tueur tout droit sorti de l’enfer, avec un crochet en guise de main, qui pourrait apparemment être convoqué très facilement par qui l’oserait, rien qu’en répétant son nom 5 fois devant un miroir.

Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le mercredi 20 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30
Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le jeudi 21 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30
Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le vendredi 22 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30
Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le samedi 23 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30
Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le dimanche 24 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30
Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le lundi 25 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30
Candyman est à  l'affiche dans 1 salle le mardi 26 octobre

Pathé Carré de soie

2 rue Jacquard 69120 Vaulx-en-Velin
22h30

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"Get Out" : black out

ECRANS | de Jordan Peele (É-U, int. -12 ans, 1h44) avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Chris part passer le week-end chez les parents de sa petite amie Rose. Avec appréhension : il ne les a jamais rencontrés ; ils sont blancs et lui noir. Après un accueil très (voire trop) bienveillant, Chris découvre un gros méchant loup, et qu’il est piégé comme un mouton à l’abattoir… Vous la voyez venir, la métaphore politique, sociale et raciale ? Avec ses gros sabots qui claquent, il faudrait être sourd jusqu’aux yeux pour ne pas la sentir arriver. Il y a cinquante ans et réduit à 26 minutes, Get Out aurait pu être un épisode génial de The Twilight Zone ; aujourd’hui, il manque un tantinet de fraîcheur — celle qui glace les omoplates. Le film ne manque pourtant pas de bonnes idées : engagé comme une romance indé, il est insensiblement gagné par une forme d’intranquillité galopante, entrelardé de gags à la Chris Rock, avant de s’achever dans une épouvante organique que ne dédaignerait pas Cronenberg. Las, il est pénalisé par son rythme trop lent qui condamne le spectateur à prendre de l’avance sur l’intrigue. Dommage.

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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Le boucher des vanités

ECRANS | Définitivement hors de ses gonds initiaux, L’Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière fait suite à sa Nuit Stephen King en rendant hommage à un autre auteur (...)

Christophe Chabert | Jeudi 8 mars 2012

Le boucher des vanités

Définitivement hors de ses gonds initiaux, L’Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière fait suite à sa Nuit Stephen King en rendant hommage à un autre auteur clé de l’épouvante littéraire : Clive Barker. Un écrivain donc, mais aussi un cinéaste qui, à la différence de King, a plutôt réussi le passage de la page à l’écran, signant quelques films importants du genre et, surtout, proposant sa propre vision cinématographique de son univers avec le mythique Hellraiser (présenté en ouverture de la soirée). Barker fait de la souffrance physique un instrument de châtiment mais aussi de plaisir, et la chair torturée est chez lui à la fois prétexte à un déluge de gore bien crado (et définitivement premier degré, amis de la rigolade s’abstenir) mais aussi à une représentation de purs fantasmes SM. On y découvre une créature qui marquera les esprits : le géant Pinhead, blafard et glabre, en long manteau de cuir noir et recouvert de clous, tout droit sorti de l’enfer — ou d’une backroom gay hardcore.

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