«Travailler sur l'humain»

ARTS | Entretien / Bruno Amsellem, photographe et membre l'agence Signatures. Son travail sur les Roms «Voyages pendulaires. Des Roms au cœur de l'Europe» est exposé au CHRD jusqu'au 24 décembre. Propos recueillis par NP

Nadja Pobel | Vendredi 15 octobre 2010

Vous définiriez-vous comme un photo-reporter ?
Bruno Amsellem : Le terme de photo-reporter est très large, je dirais que je suis plutôt un photo-journaliste, j'ai ma carte de presse. Je travaille beaucoup sur l'humain dans sa vie quotidienne. J'essaie d'avoir du recul par rapport au sujet que je traite même s'il y a malgré tout toujours un parti pris. Je fais le même travail qu'un rédacteur, mais par le biais de l'image. Avant de prendre une photo, comme mes collègues qui écrivent, je pose des questions à mon interlocuteur, je m'intéresse à son parcours.Votre ambition est-elle aussi de faire un travail artistique ?
Je ne me considère pas comme un artiste car j'essaye d'obtenir une information. Mais si une image ne contient que de l'information sans souci du cadrage, je la jette. Elle montre certes une information, mais ce n'est pas suffisant à moins que ce soit une photo purement documentaire (dans le cas où le photographe est le seul à être présent à un endroit au moment d'un événement précis). À la notion d'esthétique – à connotation trop publicitaire -, je préfère le terme de composition de l'image. Les photos artistiques sont visibles dans les galeries. Mais ce n'est pas simple d'être exposé lorsque l'on fait du photo-journalisme ou du photo-reportage. Il y a des lieux dédiés à cela à Paris, mais pas à Lyon. Cet endroit manque vraiment ici. J'adorerais pouvoir m'occuper d'un lieu pérenne pour cela dans lequel pourrait être montrée la qualité du travail des photo-reporters même si leur nom n'est pas célèbre.Quels retours avez-vous eu à propos de votre exposition sur les Roms ?
Je n'ai eu que des retours positifs mais peut-être que les retours négatifs ne sont pas parvenus jusqu'à mes oreilles ! J'ai en tous cas juste témoigné de la vie quotidienne des Roms en évitant les clichés.

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Bruno Amsellem - "Comme les autres, une famille roumaine"

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Bien avant la stigmatisation des Roms, en France, cet été, le photographe Bruno Amsellem était allé à leur rencontre pour témoigner de leurs difficiles conditions de vie. Il les a suivi dans les allers-retours en Roumanie (voir son exposition au CHRD) et a aussi partagé la vie de la famille Fili pendant 2 ans. Le père, la mère et leurs deux enfants vivaient confinés dans une camionnette sur les pentes de la Croix-Rousse quand il les a rencontrés en décembre 2008. À la mairie du 1er arrondissement de Lyon, jusqu'au 9 novembre, Amsellem restitue en une série de clichés leur quotidien jusqu'à leur emménagement dans un appartement, de leur passage par la mendicité à leur premier emploi (revendre de la ferraille à des recycleurs). Il met au jour avec humilité le parcours de ceux dont on se sait rien. NP

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Nadja Pobel | Jeudi 8 juillet 2010

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Autres expos / Prendre le pouls du monde, l'ausculter pour savoir ce qu'il devient. Voilà bien le travail de certains musées et lieux d'expositions de la région lyonnaise qui ne sont pas strictement dédiés à l'art. Pas de tableaux suspendus aux murs du Rize à Villeurbanne, mais des hauts-parleurs collés aux cloisons et de vieux combinés de téléphones à décrocher pour entendre les sons qui accompagnent la vie des Villeurbannais. Cela se passe à côté de chez soi, mais ces musiques sont marocaines, russes ou sicilienne et témoignent de la diversité culturelle des habitants d'une même ville. Plus loin d'ici, Bruno Amsellem invite à faire le voyage jusqu'en Roumanie. Le photo-reporter a notamment suivi la famille de Tarzan Covaci dans son périple du bidonville de Jonage au département du Bihor, près de la Hongrie. Ce voyage entre un squat français et un pays d'origine hostile est photographié avec une tendresse et une justesse souvent bouleversantes. Cette exposition, visible au CHRD, est aussi un témoignage politique : derrière les statistiques de l'aide au retour, pilotée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, se cachent des visages et des vies, des fêlures et des

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ARTS | Expo / Le photo-reporter Bruno Amsellem a choisi d'accompagner quelques Roms lyonnais de retour dans une Roumanie dévastée qui leur tourne le dos. Surprenant, instructif et émouvant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 24 juin 2010

Les Éxilés permanents

Un baraquement de planches au coucher du soleil. Ce bidonville du Puisoz, situé aux portes de Lyon et dans lequel vivaient 300 Roms, a été évacué en août 2007 par la Préfecture du Rhône. Brunso Amsellem l'a photographié alors qu'il «couvrait» cette actualité pour le quotidien Le Monde et, avec la journaliste Sophie Landrin, il a souhaité faire le voyage «retour» avec ces familles. Voir où elles allaient, à quoi ressemblaient leur vie dans cette Roumaine qui venait tout juste d'entrer dans l'Union Européenne. Là-bas, ces hommes et femmes s'entassent en fait à la frontière, dans des ghettos plus grands encore que ceux qu'ils s'inventent en France. Amsellem témoigne d'un pays où ne s'élèvent plus que des carcasses de bâtiments. Jusqu'en 1989, sous le régime de Ceaucescu, 60% des Roms travaillaient dans les fermes d'État. Ils avaient un salaire mais il ne fallait pas broncher : un jour d'absence aux champs et c'était la prison pour trois mois. Depuis, ils n'ont plus accès à rien : les cimetières des Roumains n'accueillent plus leurs morts, les écoles ferment leurs portes à leurs enfants et les sources de revenus sont inexistantes. Le travail se trouve désormais dans les villes, mais le

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