Les enfants du surréalisme

ARTS | Exposition / L’exposition «Les enfants terribles» rassemble une douzaine d’artistes appartenant au Lowbrow et à son avatar le Pop Surréalisme. Lui-même avatar du surréalisme tout court et de son penchant à l’imagerie un peu vaine. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 27 octobre 2011

Photo : Ray Caesar, Homecoming


Abstraction faite de son contenu, l'exposition Les enfants terribles a au moins deux intérêts. Le premier est d'ordre architectural, l'exposition étant présentée au cœur du nouveau bâtiment du Conseil Régional signé Christian de Portzamparc. Si, vu de l'extérieur, son aspect balourd et austère donne des frissons d'angoisse, l'intérieur, lui, impressionne tout simplement par l'ampleur et la respiration de ses volumes… Son second intérêt est de nous rafraîchir la mémoire à propos d'un courant underground né en Californie à la fin des années 1970, le Lowbrow (littéralement : front bas). Mouvement qui s'est inscrit en opposition à l'art dominant, à «l'establishment culturel», et qui a développé une multitude d'activités passionnantes autour de la bande dessinée, du graffiti, du geste spontané et artisanal… Le Lowbrow (auquel sont affiliés Robert Williams, Joe Coleman, Robert Crumb…) est un peu aux arts plastiques ce que le punk fut à la musique, et des passerelles directes existent entre les deux.

Imagerie virtuose

Mais si l'exposition évoque le Lowbrow, elle montre surtout des œuvres et des artistes tenant du Pop Surréalisme, courant issu du Lowbrow mais beaucoup plus vendeur, tape-à-l'œil et assagi derrière ses apparences freaks et cie ou déballage d'inconscient à ciel ouvert. Le Pop Surréalisme c'est un peu le Lowbrow pour les galeries et le marché de l'art et, s'il conserve un peu de mordant et d'esprit satirique, il vire trop souvent à une imagerie aussi virtuose que superficielle. Au premier regard, ces «images» (dessins, peintures…) impressionnent beaucoup par leur maîtrise technique (le sens du détail du jeune Français Odö), leurs délires cauchemardesques (le Japonais Naoto Hattori notamment), le baroque morbide et frôlant l'hyperréalisme du Canadien Ray Caesar (sans doute l'artiste le plus marquant)… Dans l'un de ses tableaux, Todd Schorr fait référence à Dali, et globalement ces «enfants terribles» sont bel et bien les héritiers de Dali, Ernst et consorts. S'ils actualisent mythes et symboles ou utilisent de nouvelles techniques, on ne voit pas très bien ce qu'ils apportent de nouveau au surréalisme historique. Surréalisme qui dans sa branche artistique nous semble d'ailleurs lui-même un peu limité et tournant très vite au procédé et à la fabrique de fantasmagories en série.

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