BAC à fables

ARTS | Réunissant une soixantaine d’artistes, la 12e Biennale d’art contemporain, "Entre-temps… Brusquement et ensuite", tentera de nous raconter des histoires autrement, à travers une multitude de formes nouvelles de «récits visuels». Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 17 mai 2013

Photo : MadeIn Company, Seeing One''s Own Eyes, 2009


Qu'est-ce, en quelques mots, qu'une psychothérapie ? C'est réécrire une histoire qui vous colle à la psyché et aux émotions, c'est remettre un peu de jeu dans des significations figées, c'est rouvrir par les mots nos rapports aux choses (à "la chose" aussi), aux autres, à soi-même. L'espèce humaine, au-delà de sa biologie, est tissée d'histoires (grandes et petites), de dits et de non-dits ; le «parlêtre» comme le désignait Lacan est parlé et regardé avant de pouvoir parler et voir. Ce n'est donc pas une mince affaire que se coltinent écrivains et artistes que de réinventer des formes (langagières ou plastiques) de narration. Cela touche immédiatement au fond, à la texture, à l'existence d'un bonhomme ou d'une "bonne femme". Ca vous rend un peu plus libre ou différent, ça ouvre quantité d'idées et parfois fiche un peu le vertige. L'art, en bidouillant des formes de récit, vous donne à trembler dans l'être, individuel ou collectif (politique), jamais bien éloignés l'un de l'autre.

De Poussin à Koons

L'histoire de l'art occidental est largement dédiée à cet effort, continu et discontinu (dans ses résultats, ses procédés), à raconter visuellement une histoire, non pas pour s'endormir, mais pour se réveiller, ou alors s'accrocher, le jour, à quelques rêves. On pense bien sûr à la Renaissance et à la période classique (Poussin au premier chef), qui ont tracé un joli kaléidoscope de nos origines mythologiques ou religieuses. Et ça continue, un peu plus loin avec les Cubistes, les Surréalistes, la Figuration narrative et beaucoup d'autres…

On a pensé au XXe siècle, avec un théoricien comme Harold Rosenberg, que l'art moderne ne devait s'occuper que de ses propres moyens, gommer le plus possible ses impuretés extérieures (narration, représentation, expression de soi) et viser une sorte de pureté extra-terrestre, extra-humaine du moins. On a pensé un peu vite et des expositions récentes (comme Traces de sacré à Paris et Retour à zéro à Lyon) ont tenté de montrer que même les artistes abstraits "représentaient" quelque chose de leur histoire et de la nôtre.

Né en Islande et directeur du Musée Astrup Fearnley d'Oslo, Gunnar B. Kvaran a choisi de relire-relier la création contemporaine sous cette perspective ancienne : la réinvention des structures et des formes narratives à travers les «récits visuels» des artistes. Artistes qui se déploieront en trois cercles dans les différents lieux de la Biennale d'art contemporain : un noyau fondateur (Erro, Yoko Ono, Alain Robbe-Grillet), des artistes célèbres avec lesquels le commissaire travaille régulièrement depuis quinze ans (Robert Gober, Jeff Koons, Fabrice Hyber, Matthew Barney, Paul Chan…) et de jeunes artistes méconnus nés après 1975. L'enjeu est excitant, le propos fondamental. Sa réussite concrète relève d'une tout autre histoire, qui sera révélée début septembre…

12e Biennale d'art contemporain de Lyon
Du jeudi 12 septembre au 5 janvier 2014

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Yoko Ono dans l'histoire de l'art

ARTS | Terme créé par Georges Macunias dans les années 1960, Fluxus est davantage une mouvance à géométrie variable qu'un groupe artistique constitué. Au milieu de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 mars 2016

Yoko Ono dans l'histoire de l'art

Terme créé par Georges Macunias dans les années 1960, Fluxus est davantage une mouvance à géométrie variable qu'un groupe artistique constitué. Au milieu de noms comme ceux de Georges Brecht, Robert Filliou, Nam June Paik, Ben Vautier et beaucoup d'autres, celui de Yoko Ono y apparaît en bonne place, même si elle a toujours voulu s'en détacher. Avec ses events, ses performances, ses instructions, Yoko Ono a largement contribué à l'élaboration de l'esprit Fluxus pour qui, selon la belle formule de Robert Filliou, « L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art ». Thierry Raspail, directeur du MAC, rappelle dans l'épais catalogue de l'exposition : « En un peu moins de sept ans, de 1955 à 1962, entre New York et Tokyo, Yoko Ono donne aux arts visuels une amplitude jusque-là inconnue. En faisant l'exercice de leur plasticité jusqu'à l'invisible, jusqu'au cri, au corps, en revendiquant le présent, l'inachevé et en invitant quiconque à s'associer, faire et interpréter ses partitions, c'est une nouvelle histoire de l'art qu'elle écrit. » En forçant un peu le trait, comme Thierry Raspail, on peut voir aussi dans

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Ono, en musique

MUSIQUES | À ceux qui ont toujours pensé que Yoko Ono était une sorcière – fans des Beatles en tête – Yoko Ono a toujours bien pris soin de répondre par l'affirmative en (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 mars 2016

Ono, en musique

À ceux qui ont toujours pensé que Yoko Ono était une sorcière – fans des Beatles en tête – Yoko Ono a toujours bien pris soin de répondre par l'affirmative en une série de bras d'honneur. À ceux pensant qu'en plus Yoko Ono est loin d'être une grande chanteuse, que son talent principal a toujours été de très bien s'entourer par la grâce d'une aura indéniable (Marianne Faithfull-style), l'artiste multicartes a toujours pris soin de répondre à peu près de la même façon. Ce Yes I'm a Witch Too, sequel comme on dit en anglais, de Yes I'm a Witch (2007), reboote avec la collaboration de prestigieux sidekicks branchés (Danny Tenaglia, Portugal The Man, Sparks, Miike Snow, Ebony Man, le fiston Sean), le catalogue onoien au diapason de l'ambiance rétrospective de son exposition auto-patrimoniale au MAC. Le résultat est inégal, parfois plaisant, parfois à se glisser des aiguilles sous les ongles (si vous êtes allergique à la voix de Yoko ET aux remixes ad nauseam, mettez un casque). Mais si la chose a un aspect anthologique, elle est tout aussi ontologique, manifestant une fois de plus l'incroyable intelligence, confinant effectivement à la s

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Mange ta soupe !

MIAM | Simple comme bonjour et déclinable à l’infini, préparée dans tous les coins du monde et ce depuis la nuit des temps, la soupe s'affiche tendance.

Lisa Dumoulin | Mercredi 2 mars 2016

Mange ta soupe !

Malgré les réticences — on en connaît plus d’un chez qui les « mange ta soupe ! » ont laissé des cicatrices — la soupe n’est pas prête de finir enterrée dans nos souvenirs d’enfance. Avec les tendances actuelles du goût, le retour du fait-maison, la mouvance do it yourself et le retour aux recettes du terroir, sans oublier le végétarisme qui gagne du terrain à mesure que le fonctionnement de l’industrie agro-alimentaire est révélé, force est de constater que la soupe cumule les bons points : facile à faire soi-même, saine et pleine de bons légumes. Croûton sur le potage, c’est aussi un plat économique ; ce qui, crise oblige, n’est pas négligeable. C’est dans cet esprit que navigue l’association Disco Soupe. Inspiré de son homonyme berlinois Schnippel Disko, “le projet est né de l’habitude des étudiants allemands de faire de la récup’ à la fin des marchés pour ensuite faire la popote à plusieurs et dans la bonne humeur” explique Hayate, bénévole de l’association. “Notre but premier est de sensibiliser au gaspillage alimentaire. Mais sans faire cul

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Rentrée expo 2016 : de l'invisible au visible

ARTS | Après une bonne Biennale, la saison se poursuit au gré d'un courant fluide qui nous conduira de projets singuliers en expositions monographiques consacrées à Yoko Ono, Paul-Armand-Gette, Anne & Patrick Poirier ou encore à... nous-mêmes !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée expo 2016 : de l'invisible au visible

Dans son livre L'Art à l'état gazeux, le philosophe Yves Michaud soulignait la dématérialisation et l'aspect diffus des œuvres d'art contemporain. Si l'on retrouvera bien à l'IAC les brouillards colorés d'Ann Veronica Janssens (dans le cadre de l’exposition Collections privées du 11 mars au 8 mai), la saison sera plutôt marquée par l'état fluide ou liquide de la création artistique. Collectif de quarante-trois photographes, France Territoire Liquide propose ainsi des perspectives inédites sur le territoire français, brouillant les frontières entre art, documentaire et fiction. Une vingtaine d'entre eux exposeront à Lyon à partir du 12 mai dans différents lieux (Archipel, Regard Sud, Réverbère...). Pour atteindre ledit territoire, d'autres individus ont eux traversé mers et frontières, rêvant d'un "autre monde". Du 4 février au 29 mai, le CHRD consacrera une vaste exposition collective aux migrants et à leurs représentations dans l'art contemporain. On y (re)découvrira des œuvres de Kim Sooja, Barthélémy Toguo, Bruno Serralongue (exposé aussi au Bleu du Ciel cette année), Karim Kal... Féru de

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Les 10 expos de la rentrée

ARTS | De l'humanisme aux performances de Yoko Ono, la saison expos traverse les temps et les genres. l'art se frotte à la technique et aux sciences, explore la figure humaine et, toujours, résiste à la bêtise et aux contrôles du pouvoir.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Les 10 expos de la rentrée

Keichi Tahara / Biennale Hors Norme Au début des années 1970, le photographe japonais Keichi Tahara (né en 1951 à Kyoto) s'installe à Paris dans un petit appartement sous les toits. Un peu isolé par sa méconnaissance du français, il y passe beaucoup de temps, photographiant alors le passage des nuages, les nuances de luminosité, les filets de buée, à travers une petite fenêtre. Il en ressortira l'une des séries les plus émouvantes du photographe, intitulée simplement Fenêtre. En Résonance avec la Biennale d’art contemporain, on peut la découvrir en partie à la galerie Vrais Rêves, qui en profite pour présenter beaucoup d'autres images de Tahara, dont quelques inédits récents. Jusqu'au 3 novembre à la galerie Vrais Rêves Le terme d'art brut a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet pour désigner les créations d’individus exempts de toute formation ou culture artistique (souvent des personnes internées en hôpital psychiatrique, mais pas seulement)... Sa collection est conservée au Musée de l'art brut à Lausanne. Depuis, l'art brut ou art singulier a fait l'objet de multiples expositions et est revevenu en force à la mode, au point de

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Des histoires à dormir debout

ARTS | La Biennale d'art contemporain 2013 se veut dédiée au(x) récit(s). Les enfants demandent qu'on leur raconte des histoires pour s'endormir. Les adultes pour se réveiller de leur train-train quotidien et de leur prêt à penser. Les artistes exposés ont majoritairement choisi la première option, avec des œuvres néo-symbolistes soporifiques. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 15 septembre 2013

Des histoires à dormir debout

A la Sucrière, lieu emblématique de la Biennale, ça commence mort et mou : l'artiste américain Dan Colen s'est représenté couché, nu, avec une vague érection et voisinant avec les cadavres ou les corps endormis de Vil Coyote, Roger Rabbit et du Kool-Aid Man. Ceux qui verraient dans la sculpture réaliste de l'artiste bandant mou une copie des œuvres de l'Australien Ron Mueck se trompent. Mueck représente certes des corps à l'aspect hyperréaliste, mais toujours trop grands ou trop petits, distillant immédiatement un aspect monstrueux, une anormalité, une inquiétante étrangeté. Dan Colen, lui, représente sans distorsion les protagonsites de la fin d'une course-poursuite réalisée sous forme de performance à Grigny. Oeuvre dont le guide de la Biennale nous dit : «De quoi ces personnages sont-ils le signe, si ce n'est la chose même après laquelle l'artiste court désespérément tout comme nous ?» L'artiste précise dans le catalogue : «Peut-être qu'une fois nus, roides et isolés, nous ne pouvons qu'évoquer le sexe et la mort – les actes les moins déviants que puissent accomplir nos corps. Ce sont les fondamentaux. Sauf qu'ici,

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