Grands espaces

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 12 juillet 2013

Photo : Ulla von Brandenburg, Wagon Wheel, Bear Paw-Drunkard’s Path-Flying Geese-Log Cabin-Monkey Wrench-Tubling Blocks, 2009 - Blaise Adilon


En attendant la Biennale d'Art Contemporain début septembre, il vous reste jusqu'au 21 juillet pour découvrir l'exposition monographique consacrée par le Musée d'Art Contemporain à Daniel Firman, un drôle de sculpteur contemporain qui fait se mouvoir des appareils électroménagers, danser quatre interprètes au sein d'un lieu clos et invisible pour le public, ou léviter un éléphant à l'échelle 1... Cette exposition est complétée par un florilège des collections du musée (ne pas rater les images d'horizons marins de Hiroshi Sugimoto!) et les œuvres étranges et inquiétantes de Philippe Droguet. Un bureau de salle d'interrogatoire en boyaux de bœuf par exemple, ou de jolies baignoires recouvertes en leur intérieur d'agressifs clous de tapissier ! 

Le FRAC Rhône-Alpes fête quant à lui ses trente ans avec deux expositions. L'une au Plateau conçue par l'artiste Vincent Lamouroux, qui rend notamment hommage à ses maîtres minimalistes (Carl André, Richard Serra, Sol Le Witt…) ou conceptuels (Joseph Kosuth, Lawrence Weiner…) au sein d'un bel écrin fait de modules baroques et de perspectives bizarroïdes (jusqu'au 20 juillet). L'autre à l'Institut d'Art Contemporain où Laurent Montaron a invité une vingtaine d'artistes proches de lui nés entre 1966 et 1979 et qui s'emparent de techniques anciennes (film 16mm, daguerréotypes, céramique...) pour créer des œuvres souvent empreintes de mélancolie. Un accrochage riche, diversifié, où chacun trouvera son bonheur (jusqu'au 11 août).

Jean-Emmanuel Denave


Transformations

Collections de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne
Le Plateau - Hôtel de Région 1 esplanade François Mitterrand Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Daniel Firman, Philippe Droguet

"La Matière grise" et " Blow up", installations + "Pour mémoire", œuvres de la collection
Musée d'Art Contemporain Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


1966-79

Collaboration avec Laurent Montaron in situ + Dov Allouche, Katinka Bock, Ulla von Bradenburg...
Institut d'Art Contemporain 11 rue Docteur Dolard Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Institut d'Art Contemporain | Puisant dans ses collections, l'Institut d'Art Contemporain propose deux expositions sur le thème de l’espace et du trouble perceptif.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 janvier 2017

Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Depuis sa nomination, il y a dix ans, à la tête de l'Institut d'Art Contemporain, Nathalie Ergino suit un fil rouge aussi simple que cohérent : questionner, bousculer, élargir, libérer notre perception. L'exposition Immersions revient sur un certain nombre d'artistes qui ont été exposés à l'IAC et dont certaines œuvres ont été acquises à ces occasions. Œuvres qui ont pour particularité, souvent, de nous plonger dans un environnement déroutant et de brouiller nos repères : les transes dansées et filmées de Joachim Koester, le sol peint aux courbes ondulatoires de Philippe Decrauzat, la forêt immaculée et artificielle de Berdaguer & Péjus, le "paysage" de grands cubes blancs de Vincent Lamouroux... Bref, dans un premier temps, l'IAC se transforme en terrain d'expériences perceptives (pour la plupart déjà vécues par les habitués de l'IAC) en mobilisant l'ensemble des sens et le corps en mouvement du spectateur. En eaux troubles Dans un second temps, l'exposition Paysages cosmomorphes présente plusieurs œuvres du Frac

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La sculpture sens dessus dessous

ARTS | Le Musée d’Art Contemporain présente tout à la fois des œuvres de sa collection, le méconnu et "piquant" Philippe Droguet et un artiste en vogue, sculpteur des perceptions improbables, Daniel Firman. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 5 juin 2013

La sculpture sens dessus dessous

Le photographe japonais Hiroshi Sugimoto (né en 1948) est aujourd’hui un artiste ultra côté, archi-connu et capable des projets parfois les plus décevants… Pourtant, deux de ses anciennes séries continuent de nous fasciner : celle des vieux cinémas américains où il laissait son optique ouverte pendant la durée d'une projection, pour obtenir au final un écran blanchâtre déversant sa lumière sur une salle vide de spectateurs ; et celle de ses «paysages de mer» réalisés entre 1989 et 1997. Acquise par le Musée d’art contemporain, cette dernière est exposée dans l’une des salles consacrées aux collections de l’institution (on y trouvera aussi des œuvres signées Sophie Calle, Anish Kapoor…). Un peu partout dans le monde, Sugimoto a photographié des horizons maritimes, le ciel et l’eau se partageant à parts égales le cadre, en laissant encore une fois son optique ouverte durant plusieurs heures. L’idée est minimaliste et simple, mais le résultat sidérant : du temps et du mouvement comme sculptés sur une surface argentique, proche du monochrome parfois, lorsque la brume s’en mêle et brouille les lignes. Il y a l

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Des bienfaits de la mélancolie

ARTS | Sous la houlette de Laurent Montaron, l’exposition "1966-79" réunit des artistes nés dans cette période-titre, se réappropriant l’héritage des années 1960-70, interrogeant le présent à la lumière du passé, sans nostalgie mais non sans quelque mélancolie. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 mai 2013

Des bienfaits de la mélancolie

Les mises en abyme artistiques ont pour nous quelque chose d’insupportable. L’art sur l’art ou le discours sur le discours devraient se cantonner à l’étape du brouillon et de la réflexion préparatoire, et déboucher sur autre chose qu’un objet nombriliste. L’Opéra de Lyon présentait récemment Capriccio de Richard Strauss, sommet d’ennui où l’opéra s’interroge sur l’opéra, et où les protagonistes s’enferment dans un débat sans fin sur la suprématie de la poésie ou de la musique. Comme disait Roland Barthes, il est toujours plus difficile d’inventer une solution que de choisir entre deux solutions possibles… Nombre d’artistes sélectionnés par Laurent Montaron à l’Institut d’Art Contemporain semblent issus de cette veine narcissico-assommante, tel le photographe Dove Allouche, qui se replonge dans les fondamentaux de l’image. Mais ici, l’ennui est étrangement battu en brèche par une réappropriation, souvent poignante, de procédés et techniques anciens : l’autochrome ou le daguerréotype chez Allouche, la pellicule 16 mm chez d’autres, le tissage chez l’Allemande Ulla Von Br

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Culture hors sol

ARTS | L’artiste Vincent Lamouroux livre une brillante mise en scène d’œuvres d’art contemporain appartenant au FRAC. Mais oublie que ses jeux de formes gagneraient en épaisseur à nous parler du fond, voire tout simplement du sol. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 avril 2013

Culture hors sol

Il est toujours amusant de parler, de fêter du temps avec de l’espace. C’est en tout cas ce qu’a choisi de faire le Fond régional d'art contemporain Rhône-Alpes pour son trentième anniversaire en invitant Vincent Lamouroux (un «fabricateur d’espace», un sculpteur) à revisiter une partie de ses collections en les mettant en scène de manière originale. «J’ai voulu jouer avec l’architecture des lieux et, en imaginant ces boîtes blanches éclatées, ouvrir des points de regard et des points de fuite» dit l’artiste. L’architecture en question étant celle de l’Hôtel de Région, mise au point par le grand architecte français Christian de Portzamparc. Un bâtiment raté qui semble n’avoir aucun sol, aucun ancrage, avec son impressionnant volume d’air dans l’allée centrale et ses petits et innombrables bureaux disposés en hauteur comme autant de nids d’oiseaux que l’on imagine peu douillets. L’Hôtel de Région plane et l’exposition de Lamouroux itou. Car pour faire de l’espace avec du temps (et la questi

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Imagination morte imaginez

ARTS | A partir d’œuvres de ses collections, l’Institut d’Art Contemporain propose un parcours à travers les images en mouvement. Une exposition particulièrement réussie où l’intelligence des propos artistiques n’exclue ni les émotions ni le plaisir des sens. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 13 décembre 2012

Imagination morte imaginez

Dans le cadre d'un rendez-vous désormais bisannuel, l’IAC présente une partie de ses collections (1700 œuvres environ) sous l’angle simple de l’image-mouvement (vidéos, films, installations vidéos…). On craignait un peu d’y découvrir des artistes persiflant sur le trop-plein d’images contemporain, la bêtise des médias et de ceux qui les regardent. Mais, à une ou deux exceptions près, ce n’est pas le cas. Il plane plutôt sur cette exposition (dont il faut souligner la qualité de l’accrochage en termes de rythme, de durée, de respiration entre les salles) l’ombre d’un Jean-Luc Godard qui, séparant l’image et le son, jouant sur les mille possibilités du montage, ouvrant l’image à son hors champ ou à son mode de production, n’en crée pas moins des films au contenu poétique, émouvant, sensible. Elle plane par exemple sur le travail de Melik Ohanian, une projection en plein désert du brûlot anti-Nixon Punishment Park de Peter Watkins (désert qui n’est autre que le lieu du tournage du film en 1971). A ceci près que nous ne voyons, à la tombée de la nuit, qu’un gros projecteur dévidant sa pellicule dans le vide, mais entendons la bande-son. Cinéma sans

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Les énigmes de Montaron

ARTS | Expo / L’Institut d’art contemporain consacre une exposition monographique à Laurent Montaron, un artiste féru de philosophie et de technologies visuelles, aux œuvres pour le moins énigmatiques… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 9 février 2009

Les énigmes de Montaron

Jeune artiste quasi inconnu, Laurent Montaron expose à l’IAC des films, des photographies, des objets, des installations visuelles et sonores… La première salle plante le décor et donne le «la» de l’exposition : une étrange enceinte polyédrique blanche est suspendue au beau milieu d’une salle aux murs recouverts d’isorel perforé (comme dans les studios d’enregistrement des années 1960-70). Elle émet des variations autour du «La» de la tonalité du téléphone, exécutées par les cordes d’un orchestre. Concrètement, cela ressemble à la musique de Ligeti utilisée par Stanley Kubrick dans 2001, Odyssée de l’espace… Musique sourde, enveloppante, hypnotique. D’emblée, Laurent Montaron laisse entrevoir quelques-unes des caractéristiques de son travail : la plongée du spectateur dans des univers sensoriels prégnants, l’exhibition du dispositif technique procurant ces sensations, l’influence du cinéma, le soin porté à ses mises en scène, le goût du mystère… Dans cette ambiance feutrée et légèrement inquiétante, on poursuit notre déambulation pour découvrir ici une grande photographie d’une main lançant des osselets (sorte de prédiction de l’avenir laissée en suspens), là une bande magné

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«Mouvoir le corps et l’imaginaire»

ARTS | Entretien / Vincent Lamouroux (né en 1974) présente AR.07 et AR.09, deux pièces parmi les plus étonnantes de l’exposition à l’IAC. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 28 novembre 2008

«Mouvoir le corps et l’imaginaire»

Deux en une AR.07 et AR.09 sont deux pièces qui peuvent être pensées comme une seule pièce se déclinant en deux temps. Elles interrogent ainsi les notions d’espace et de forme, mais aussi celles de temps et de mémoire. Leurs titres sont génériques et sont l’abréviation de l’expression anglaise «Air Rights», «droits à l’espace», qui vient d’un principe de réglementation de l’espace urbain dans les grandes villes. C’est un espace immatériel que l’on peut vendre, échanger…  Une origine AR.07 constitue le point de départ avec plusieurs références… Elle s’inspire du film de science-fiction Voyage au centre de la terre où l’on découvre une grotte blanche idyllique faite en carton-pâte avec des parois rocheuses réalisées à partir de cubes agglomérés. Ce qui m’intéresse dans ce décor, c’est la géométrie forcée d’un élément censé être naturel. AR.07 relève aussi de mon intérêt pour le motif du cube, pour sa neutralité ; avec AR.07 on a une sorte de détournement du White cube, espace de neutralité, avec des «white cubes» qui pouss

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