Optimiser son dossier de prêt bancaire : l'essentiel à retenir

par Franck Girolet
Publié Mardi 13 janvier 2026

Pour une entreprise, obtenir un financement bancaire ne s'improvise pas : la qualité du dossier est déterminante pour convaincre le banquier. Voici quelques clés pour structurer une demande solide, sécuriser son projet et maximiser les chances d'acceptation du prêt.

L'obtention d'un prêt bancaire ne dépend jamais d'un seul critère. Pour la banque, il s'agit avant tout d'évaluer un risque et de s'assurer de la capacité de l'entreprise à rembourser. Un dossier bien préparé permet de réduire ce risque perçu et d'améliorer significativement les chances d'acceptation, ainsi que les conditions du financement. L'objet du prêt est aussi un critère prépondérant. Un prêt réalisé pour une croissance externe ne répond pas aux mêmes critères ou enjeux qu'un prêt réalisé pour renouveler un matériel de production.

Compte tenu des enjeux, il est fortement recommandé de se faire assister par un expert-comptable pour la préparation de la demande de financement et ainsi augmenter les chances d'acceptation de votre dossier. L'expert-comptable est créateur de confiance auprès des organismes de crédit et des banques.

Avoir un cadre juridique à jour

La structure et la documentation juridique d'une société doivent répondre à plusieurs critères légaux qui sont souvent mis de côté ou réalisés avec peu de moyens. Or, c'est un élément clé que le banquier va analyser.

Il est donc indispensable de pouvoir présenter des statuts à jour, une répartition du capital lisible, des pouvoirs clairement définis, des procès-verbaux à jour et, le cas échéant, un pacte d'associés cohérent.
Un juridique imprécis ou obsolète peut fragiliser la crédibilité du projet, tandis qu'un cadre maîtrisé rassure sur la gouvernance et la capacité de décision.

À noter que pour les structures détenues par un actionnariat multiple ou des sociétés intermédiaires françaises et/ou étrangères, il est important d'identifier les bénéficiaires effectifs (personne physique) de chaque structure.
La présence d'un associé non identifié, même minoritaire dans la société sollicitant le financement, peut entraîner un refus du dossier.

Un besoin de financement précisément défini

La banque attend une explication claire et chiffrée de l'utilisation des fonds : investissements, besoin en fonds de roulement, croissance externe ou refinancement.
Un besoin mal identifié accroît l'incertitude.

À l'inverse, une adéquation entre le besoin et le type de financement sollicité sécurise l'opération et renforce la relation de confiance. Les principaux types de financement sont : prêt moyen ou long terme, crédit-bail, ligne de trésorerie, financement adossé à des actifs ou dispositifs spécifiques.

Précisons qu'une opération donnée peut bénéficier de plusieurs sources de financements, tels qu'un prêt et un crédit-bail par exemple. Ce maillage permet à l'établissement bancaire d'avoir un risque plus diffus.

Au-delà d'une certaine enveloppe de financement, le recours à un pool bancaire (c'est-à-dire l'octroi d'un financement par plusieurs banques) peut être obligatoire. Ce pool bancaire peut être animé par l'expert-comptable qui centralisera les documents et donnera les informations de manière uniforme à toutes les parties prenantes.

Un chiffre d'affaires prévisionnel sécurisé

Le carnet de commandes est un atout majeur, notamment pour les entreprises en développement. Commandes signées, contrats ou lettres d'intention matérialisent le chiffre d'affaires futur et renforcent la crédibilité des prévisions financières. Ces prévisions financières sont d'autant plus importantes pour des investissements dont le but est d'appuyer la croissance de la société ou pour des structures en phase de création.

Un business plan solide et cohérent

Le business plan est le cœur du dossier bancaire. Il doit présenter l'entreprise, son marché, sa stratégie et ses perspectives de croissance.
Le prévisionnel financier (compte de résultat, bilan et flux de trésorerie) doit être réaliste, argumenté et cohérent. Des hypothèses étayées et une structure de charges maîtrisée sont souvent déterminantes dans la décision bancaire. L'organisme de crédit dispose de données sectorielle et conjoncturelle importantes. Il est en mesure de challenger l'entreprise sur les hypothèses prises.

Le tableau de financement est scruté par les analystes afin de voir si la capacité d'autofinancement disponible est supérieure au remboursement des emprunts. Il est bon de préciser qu'une activité en croissance doit s'accompagner de certaines charges en hausse, comme les charges de personnel ou les charges de marketing.

Le prévisionnel doit se montrer également réaliste, en prenant en compte le temps de la montée en charge des nouveaux investissements le cas échéant, ainsi que les temps de maintenance ou de changements de série. Un taux de productivité de 100 % n'est pas une hypothèse crédible.

Un engagement financier du dirigeant

L'apport personnel traduit l'implication du porteur de projet. Plus il est significatif, plus il renforce l'effet de levier et facilite la négociation. L'adéquation dans le temps entre l'apport des actionnaires et le déblocage des fonds bancaires est importante. Ils doivent intervenir à un intervalle proche.

À défaut, la banque exigera généralement davantage de garanties. Ces garanties peuvent notamment prendre la forme de nantissements (garantie réelle) ou de coûts financiers supplémentaires. Ces coûts financiers sont caractérisés par des sommes d'argent bloquées dans les livres de la banque.

À noter qu'il existe des « facilitateurs » à l'obtention d'un crédit. D'une part, certaines subventions ou certains prêts accordés aux dirigeants sont analysés comme des quasi-fonds propres et ne rentrent pas dans le taux d'endettement de la société. Une étude du spectre des aides en lien avec votre projet peut représenter un effet de levier majeur. D'autre part, sans qu'il y ait d'automatisme, la banque publique d'investissement (BPI) peut agir comme un accélérateur aux demandes de financement en accordant sous conditions des prêts et/ou des garanties pour les autres partenaires financiers.

Un besoin en fonds de roulement optimisé

Le compte de résultat est très souvent mis en avant dans l'obtention d'un prêt bancaire, mais les ratios bilanciels sont aussi à valoriser. Ainsi, une entreprise optimisant ses délais de règlements (clients / fournisseurs) et ayant une gestion de ses stocks adaptée affichera un niveau de trésorerie le plus souvent amélioré. Ces ratios sont scrutés par les partenaires financiers car ils permettent d'apprécier la solvabilité de la société.

Ces ratios, en plus de ceux relatifs au niveau d'endettement, peuvent engendrer des covenants bancaires. Ces covenants sont des règles contractuelles à respecter. Si ce n'est pas le cas, la banque pourra demander le remboursement du prêt par anticipation.

Des fonds propres suffisants et adaptés

Des fonds propres positifs constituent un socle indispensable. Leur niveau est analysé au regard du montant demandé, du secteur et du risque du projet. Un renforcement préalable peut s'avérer décisif pour obtenir le financement.

Selon les critères juridiques français, il faut que les fonds propres soient a minima positifs et supérieurs à la moitié du capital social.

Néanmoins, de nombreuses institutions se réfèrent aux critères européens des entreprises en difficulté pour accorder un prêt ou une subvention. Pour que les sociétés ne soient pas considérées comme telles, il faut très souvent procéder à des opérations de restructuration capitalistiques, comme une augmentation de capital ou un « coup d'accordéon », ou encore recourir au blocage de comptes courants, pour assainir une situation donnée.

Conclusion

Optimiser son dossier de prêt bancaire, c'est anticiper les attentes du banquier : sécurité, visibilité, capacité de remboursement et engagement du dirigeant. Un dossier structuré et préparé en amont permet d'aborder la négociation dans des conditions bien plus favorables.

La rédaction d'un plan de financement et d'un document de présentation (ou « info mémorandum ») par votre expert-comptable est un plus indéniable. Il ne faut pas négliger l'investissement significatif en termes de temps que nécessite la constitution d'un dossier de prêt.