Les enfants de la toile

CONNAITRE | La déclaration d’Autrans a été adressée aux candidats, à la présidentielle comme aux législatives, par les participants des 11e rencontres Internet qui s’y tenaient, du 10 au 13 janvier. Nous sommes revenus sur certains points avec Thierry Gaudin, actuel président des rencontres. Il est prospectiviste, ancien du conseil général des Mines. Propos recueillis par Bernard de Vienne

| Mercredi 21 mars 2007

Dans la déclaration d'Autrans, vous faites d'Internet le lieu de la prise de conscience écologique. C'est plutôt un effet collatéral de son utilisation, l'écologie n'y est pas née.Thierry Gaudin : Il est évident que l'outil Internet n'a pas été conçu à cette fin. Mais il favorise la constitution de lobbies écologistes, comme l'Environment Defense Fund en Californie, qui compte 500 000 adhérents. C'est grâce à lui, par exemple, que l‘état de Californie a adopté une législation environnementale beaucoup plus contraignante que celle du reste des Etats-Unis.Vous réclamez la mise en ligne gratuite des résultats de la recherche publique et des données géographiques. N'est-ce pas déjà le cas, par exemple sur les sites de l'INRIA, du CNRS ou de l'IGN ?Le problème est qu'à l'heure actuelle, tout repose sur la bonne volonté des chercheurs. Le système ne les encourage pas au “copyleft“ (par opposition au copyright, qui limite la copie, ndlr). Pour accéder au prix Nobel, il faut être publié dans les revues spécialisées, être remarqué par les comités de lecture, être cité le plus possible... De plus en plus de chercheurs diffusent certes leurs travaux sur le Net, dans un esprit libertaire, mais aux dépens de leur carrière. Quant aux données géographiques, ce sont les Etats-Unis qui ont commencé à rendre disponibles toutes les données de la NASA en libre accès! Voyant ça, l'IGN s'y est mis il y a deux ans, avec Géoportail, craignant sans doute d'être ridiculisé par des sites comme Google Earth qui utilisent les données américaines.L'utilisation de logiciels libres dans l'administration et l'enseignement, que vous réclamez, est en passe de se réaliser : Le Ministère des Finances par exemple n'utilise plus que le format “open office“ pour ses documents internes.Ça, je suis bien placé pour le savoir. Je me suis assez battu avec mon ami Yolin quand je travaillais pour eux. Ça va dans le bon sens. L'administration ne peut pas travailler avec des logiciels marchands qui ne sont pas transparents, et comportent en outre des systèmes d'espionnage. Mais il y a encore du chemin à faire pour que l'ensemble de l'administration se mette au libre. Une de vos requêtes concerne la mise à disposition gratuite d'ordinateurs portables individuels, dès l'âge de 10 ans. En quoi est-ce une priorité? Pourquoi ne pas plutôt proposer de faciliter l'accès dans les écoles ou les bibliothèques ?C'est une suggestion des Bondy blogueurs, que les participants ont approuvée : disposer d'un accès à Internet, ce n'est pas la même chose qu'avoir un ordinateur à soi, avec ses propres fichiers. Nous avons reçu de jeunes canadiens, de 11 et 16 ans, qui dans leur école reçoivent un ordinateur dès 11 ans. Ils ont chacun un blog, pas pour jouer mais pour les devoirs. À 16 ans ils créent chacun une petite entreprise, c'est l'âge légal minimum là-bas, ce qui leur donne une expérience professionnelle. Vous recommandez qu'Internet devienne un moyen d'intervenir dans la vie publique. Donner aux internautes un rôle législatif, voire judiciaire, c'est un mélange des genres étonnant. Vous parlez de votation citoyenne, c'est un système qui existe en Suisse et qui n'a pas que des vertus...Ah, parce que chez nous, vous trouvez que ça marche bien? Que notre système est vertueux, avec notre campagne présidentielle en style people ? Une coupe de cheveux, la couleur d'une robe, une inflexion de voix et tout change ! La votation n'a pas que des vertus, mais elle permet au moins de voter sur des décisions et non sur des personnes. Sur des points techniques, les associations devraient pouvoir intervenir, débugger l'état. C'est d'ailleurs le sens de l'avant-dernier paragraphe : le débuggage par Internet de l'Etat !Réclamer la licence globale sur tous les produits culturels (musique, films) semble anti-économique, voire injuste envers les auteurs. Comment pensez-vous leur assurer une «juste rémunération» avec un système légal de culture en libre accès ? Notre idée n'est pas de précariser les auteurs. Il y a de multiples solutions pour leur donner de quoi vivre, bien plus juste que le système actuel où ils ne touchent que quelques pourcents des recettes, les majors s'accaparant le plus gros. Ceux qui se battent pour les droits d'auteur, c'est pas les plus pauvres ! J'ai écrit un certain nombre de bouquins, je n'en vis pas. Il y a peut-être une cinquantaine, une centaine de personnes à Paris qui vivent de leur plume. Il y a d'autres moyens qui ont déjà été débattus (licence globale, mécénat global...). Le spectacle vivant est encore un autre modèle économique. Quand les gens vont au théâtre ou au concert, ils paient et c'est normal ! Mais on ne peut pas mettre des barrières sur Internet, c'est une aberration. Quand j'ai vu la déclaration de Lisbonne disant que l'Europe devait devenir l'économie la plus performante de la société de l'information, j'ai éclaté de rire ! En réalité, après avoir supprimé les droits de douane, l'Europe laisse proliférer les péages privés sur les télécommunications et Internet. Exactement le contraire de ce qu'il faudrait faire pour maintenir la fluidité et accroître la connaissance du plus grand nombre.http://www.leibniz.imag.fr/SI/DeclarationAutrans2007.pdfhttp://www.webcastors.net/autrans/

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