Une rentrée cinéma en apesanteur

De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Jean-Louis Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge.

L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusionne l’ensemble à travers le regard d’une petite fille de huit ans vivant dans la misère joyeuse d’une communauté à la dérive, luttant contre l’industrialisation qui menace de les ensevelir. La force lyrique et quasi cosmique des images et l’ambition du propos obligent à le reconnaître : voilà quelque chose de profondément neuf sur les écrans de cinéma.

Du jamais vu : c’est ce que les premières rumeurs disent à propos de Gravity d’Alfonso Cuaron (28 novembre), film de science fiction en 3D et en apesanteur avec deux acteurs (Sandra Bullock et George Clooney) en perdition dans l’espace. Avec Les Fils de l’homme, Cuaron avait pris dix ans d’avance sur le cinéma contemporain. Il paraît qu’avec Gravity, il en a pris dix de plus ! Question : où s’arrêtera-t-il ?

Après Cannes, c’est encore Cannes

Le palmarès cannois, hors Palme d’or, avait déçu. Les films récompensés débarquent à la queue leu leu dans les salles ce trimestre et on pourra vérifier calmement leurs vertus respectives. Reality (3 octobre) de Matteo Garrone n’avait pas la carrure d’un grand prix, mais cette comédie douce-amère possède quelques très grands moments de mise en scène, d’écriture et de jeu, qui font oublier un dernier acte un peu laborieux. C’est l’inverse pour Au-delà des collines (21 novembre) du Roumain Cristian Mungiu, dont le dogmatisme de la mise en scène est assez contre-productif en regard de son sujet (une critique sourde et subtile du fanatisme religieux et de son autarcie).

L’efficace La Chasse de Thomas Vinterberg (14 novembre) laisse un goût amer après visionnage, tant ce qui en fait la réussite est aussi ce qui rend son discours douteux ; son scénario brillant fait tout pour nous imposer sa thèse, annoncée dès le départ, manipulant les personnages pour mieux les accuser en fin de compte. Enfin, présenté en clôture du festival, le film posthume de Claude Miller Thérèse Desqueyroux (21 novembre) est un de ses meilleurs, son classicisme élégant ne faisant que renforcer la violence cruelle de son propos, labourant un des thèmes fétiches du cinéaste, l’enfermement psychologique.

France-USA : aller-retour

Deux cinéastes français en goguette aux États-Unis livreront deux ovnis réjouissants en cette rentrée : Quentin Dupieux poursuit sa quête de l’absurde avec Wrong (critique en page 5), et Michel Gondry s’offre une récré avant d’humer L’Écume des jours : un film tourné quasi entièrement dans un bus avec de jeunes acteurs amateurs de Brooklyn, The We and the I (12 septembre). Cette comédie énergique simple et touchante montre que Gondry peut tout faire, qui plus est avec presque rien.

L’équipe de Tout ce qui brille (Géraldine Nakache, Hervé Mimran, Leïla Bekhti et Manu Payet) a aussi fait le voyage vers les States pour sa nouvelle comédie Nous York (7 novembre), tandis qu’Yvan Attal, lui, se paie le remake d’un petit film indé américain, Humpday, pour sa troisième réalisation, rebaptisée en presque français Do not disturb (3 octobre).

Une certaine engeance du blockbuster

Une saison cinéma n’en serait pas vraiment une sans son lot de blockbusters américains. On notera un net manque d’imagination cette année (si tant est que les années précédentes en avaient, de l’imagination) : tandis que James Bond retrouve une troisième fois les traits de Daniel Craig (Skyfall, le 26 octobe), son cousin éloigné aux initiales similaires s’invente un double (Jeremy Renner) pour palier la défection de Matt Damon dans Jason Bourne : l’héritage (19 septembre). Quant à Frodon, c’est son oncle Bilbo qui prend la relève dans Le Hobbit, la nouvelle trilogie de Peter Jackson (premier volet sur les écrans le 12 décembre). Mais tant que ça reste en famille…

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