Sin Eden Sublime : « Moi, je voulais être la Cathy Guetta du cul ! »

Podcast / Fetish, kink et toutes autres pratiques sexuelles alternatives : tels sont les sujets de prédilection de Sin Eden, podcasteuse lyonnaise qui comptabilise depuis juillet 2020 des milliers d’écoutes sur les plateformes. Rencontre.

Le BDSM, l’écriture érotique, le tantra, les TDS, (travailleuses du sexe), les bébés adultes ou simplement les questions de genre… Autant de sujets traités dans le podcast de Sin Eden (alias Morgane), à travers des épisodes de 30 minutes, comme « une invitation à la suivre dans son voyage autour de la sexualité. » Un espace sans tabou, où elle libère la parole sous forme d’échange, de témoignage et de narration.

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Sexothérapeute de formation, Morgane l'affirme : « depuis que je suis ado, j’ai toujours voulu travailler dans le domaine des sexualités. Je ne savais pas ce que ça voulait dire mais c’était déjà une véritable obsession, au regret ma mère ! J’étais très provoc' à l’école. À l’époque, la sexualité n’était pas aussi libérée que maintenant… Ça m’a causé bien des problèmes, mais ça ne m’a pas arrêté, je voulais comprendre. » Connaître et explorer des sujets sur tous les genres, toutes les orientations, les formes et les pratiques sexuelles afin de mettre en lumière l’ensemble des manières possibles de vivre et d’exprimer sa sexualité, c’est ce que propose son podcast.

« J’écrivais toujours les sujets qui m’intéressaient. Plus jeune, je traînais sur YouTube, et comme la censure n’existait pas, je suis tombée sur plein de vidéos qui m’ont interpellées. » Carnet à la main, Sin Eden commence alors à répertorier par mots-clés les termes et pratiques qu’elle rencontre pour en comprendre le sens. « Je ne savais pas qu’il y avait un nom pour le bondage / shibari, mais j’écrivais "femme attachée + cordes". Je voulais comprendre ce qui avait pu traverser ces humains pour qu’ils puissent avoir ce genre de pratiques. »

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Son parcours personnel et professionnel a naturellement évolué dans cette voie : « j'ai côtoyé de nombreux milieux dont les maîtres mots sont sensualité et sexualité : divertissement pour adultes, fétichisme, libertinage, BDSM et le monde queer notamment. » Parmi ses idoles : Cathy Guetta. « Quand j’avais 16 ans, c’était mon idole. On parle trop de son mec, mais c’est elle qui est derrière et qui manage ! Elle a été l’une des première femmes à organiser des soirées techno en France… Moi, je voulais être la Cathy Guetta du cul ! »

La lyonnaise exercait jusqu'à mai dernier en tant que performeuse artistique pour le collectif queer Maison Saint Donjon. Elle était par ailleurs organisatrice de soirées techno queer anticonformistes à Lyon, les No Gender, avec le collectif The Future is Female. Aujourd'hui, Morgane anime des ateliers sexo, et intervient dans les formations à destination de professionnels. Et quand on lui demande si parfois, il lui arrive de dormir, elle nous répond naturellement que... non. Interview :

Ça veut dire quoi, Sin Eden Sublime ?
Morgane : Ça s’inspire du concept de sublimation abordé par Freud, dont la transformation de pulsions réprouvées en valeurs socialement reconnues. Le mot d’ordre, c’est vraiment la liberté : sexuelle, de vivre, de créer, d’être, de partager, de faire une thérapie…

Comment t’es venue l’idée d’un podcast sur ce sujet ?
Je l’ai fait pour moi au départ. J’ai vu ensuite qu’il y avait une vraie demande. Le projet initial était de développer une chaine YouTube. J’avais l’appréhension de montrer mon visage, alors j’ai commencé par l’audio pour voir si ça fonctionnait. Les podcasts, ça accompagne bien le quotidien des gens : sur la route, quand tu fais ton ménage, le matin… En cherchant, j’ai constaté qu’en France il n’y avait pas beaucoup d’infos autour des différentes sexualités. L’historique religieux, politique et patriarcal de la France n’aidant pas. C’est dans les médias anglais que je trouvais surtout les réponses à mes questions. Certaines orientations, pratiques sexuelles et fantasmes interrogent voire effraient les personnes mal informées. Et c'est là que ça m'intéresse ! Je voulais mettre en avant l’autre. Montrer que ces pratiques sexuelles, tant qu’elles leur faisaient du bien et ne nuisaient à personne, ne font pas de ces gens-là des pervers. La perversion, c’est un trouble psychiatrique.

Comment choisis-tu tes sujets, tes invités ?
Pour les invités, ça varie. Parfois je les rencontre dans des apéros fetish ou en soirée… Et parfois, j’entends parler de quelqu’un qui connait quelqu’un : c’est un vrai travail de recherche ! J’ai à cœur de rencontrer les personnes avant, de parler, d'observer longtemps. Je leur parle un peu de moi, je crée un lien de confiance. Et ensuite, je pose le micro et on discute. S'il y a un sujet que je ne me sens pas de traiter, je ne le fais pas. Ça ne m’est encore jamais arrivé. J’ai quand même des limites, le cadre légal en est évidemment une. Le consentement est le maître mot.

Comment choisis-tu ce que tu gardes au montage ?
J’enlève très peu de choses. Parfois, j’enlève des moments trop intimes. La vulnérabilité, c’est important. Le voyeurisme, non. Il arrive que certaines personnes fondent en larmes, mais je le garde pour moi quand ce n’est pas nécessaire à la compréhension de l’épisode. Il y a un sujet sur l’hypersexualité qui était très émouvant. C’est une véritable addiction, qui a un impact négatif sur le quotidien de la personne. Je veux montrer que ce n’est pas stylé, c’est une vraie souffrance et parfois je laisse les blancs, les moments qui sont nécessaires pour saisir l’émotion, puisqu’il n’y a pas l’image ni les expressions du visage… Humainement, c’est une très belle expérience. Merci à eux de se mettre à nu avec moi.

Est-ce une forme de thérapie aussi pour tes invités ?
Je m’interdis de faire un travail thérapeutique dans le cadre du podcast. Ce sont deux activités différentes et si tu as besoin d’une thérapie, tu vas voir une ou un thérapeute.

À quoi ressemble ton audience ?
Elle est très éclectique. J’ai beaucoup de messages de jeunes comme de personnes âgées qui me remercient. Les mineurs écoutent surtout les épisodes sur les questions du genre, de relations humaines, du polyamour… Et les plus âgés sur des fétiches plus précis. Mais ça reste juste des statistiques. J’ai aussi beaucoup de thérapeutes qui m’écoutent.

As-tu un épisode préféré ?
J’ai une affection pour chacun de mes épisodes. Quand je les monte, je les écoute avec un œil nouveau, je les redécouvre, parce que pendant l’interview j’ai une écoute hyperactive ! J’aime beaucoup ceux sur les TDS, ou les bébés adultes qui déconstruisent énormément de choses.

As-tu découvert certaines pratiques que tu ne connaissais pas grâce au podcast ?
Non, mais j’ai découvert beaucoup des termes qui appartiennent à des pratiques de niche… Si tu n’évolues pas là-dedans, tu ne peux pas les connaître. J’ai beaucoup appris aussi de mes amis, des soirées gay…

Quel lien fais-tu entre l’art et la sexualité ?
On est tous des artistes, pour moi. L’art c’est le désir, c’est la flamme… Sin Eden Sublime, ça vient du concept de sublimation. C’est extérioriser toutes les pulsions sexuelles à travers l’art ou l’amour, ou toute autre chose que la sexualité. La cuisine c’est de la sublimation et ça peut être un art… Dans mon travail de thérapeute, j’utilise beaucoup l’art thérapie et j’aime faire appel à tous les sens.

Sin Eden Sublime, chaque dimanche à 11 heures
Plus de 40 épisodes disponibles sur les plateformes habituelles
Dimanche 12 septembre : un "amoureux des culottes odorantes"

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