Rendez-vous à Atlit

ECRANS | De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla, Yaël Abecassis…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Trois sœurs se retrouvent dans leur grande demeure familiale en Israël après le décès de leurs parents. Vendra ? Vendra pas ? Le caractère des filles, tout comme leur mode de vie (l'une vit une existence bourgeoise à Paris, l'autre est du genre bohème, la troisième est restée sur le sol israélien) fait tanguer la réponse entre grandes embrassades et gros coups de gueule. Plus Rendez-vous à Atlit avance, plus on a la sensation d'assister à une version franco-israëlienne des horribles Petits mouchoirs : même construction dramatique lâche où le conflit de départ est sans cesse renversé dans un sens ou dans l'autre, même petite musique sentimentale où les personnages n'existent que par des émotions dont le spectateur doit attester la véracité à l'écran…

Flirtant constamment avec l'insignifiance, le film de Shirel Amitaï finit même par y tomber quand les parents reviennent hanter la maison autour d'un compteur d'électricité cassé ou d'une petite tasse de thé. Ramener le fantastique à la hauteur réaliste d'un téléfilm allemand, c'est une forme d'exploit, mais ce n'est pas le seul : l'inscription temporelle du film (1995 et l'assassinat de Rabin) fait débarquer comme un cheveu sur la soupe un grand élan de chagrin face à une paix bafouée par l'extrémisme. Ça ne suffit pas à conférer un supplément d'âme à une œuvre désespérément plate et ennuyeuse.

Christophe Chabert


Rendez-vous à Atlit

De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla...

De Shirel Amitaï (Fr-Isr, 1h31) avec Géraldine Nakache, Judith Chemla...

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Israël, 1995, la paix est enfin tangible. Dans la petite ville d’Atlit, Cali retrouve ses deux sœurs, Darel et Asia, pour vendre la maison héritée de leurs parents. Entre complicité et fous rires réapparaissent les doutes et les vieilles querelles, ainsi que d’étranges convives qui sèment un joyeux bordel. Le 4 novembre, Yitzhak Rabin est assassiné, le processus de paix est anéanti mais les trois sœurs refusent d’abandonner l’espoir.


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"Vif-Argent" : corps et âme

ECRANS | de Stéphane Batut (Fr, 1h44) avec Thimotée Robart, Judith Chemla, Djolof Mbengue…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Juste n’est plus vraiment de ce monde : invisible aux vivants, il a négocié avec les "autorités" de l’au-delà pour accompagner les défunts de l’autre côté en leur faisant raconter un souvenir. Il croise un jour Agathe, bien vivante, qui le voit et le reconnaît. La mécanique serait-elle enrayée ? De tous les films ayant fréquentés la Croisette cette année et qu’il nous ait été donné l’occasion de voir pour l’instant, celui-ci est sans doute celui déployant la plus grande ambition poétique… tout en demeurant d’une exquise et discrète sensibilité. Déjà auréolé du Prix Jean-Vigo, Vif-Argent mérite qu’on lui consacre de l’attention. Juste apparaît (comme le titre le laisse entendre) pareil au messager des dieux, et doit rendre des comptes à la redoutable Dr Kramartz – autrement dit "la doctoresse de la substance". Ni vivant ni trépassé, il se trouve de fait prisonnier d’une zone intermédiaire qui n’est pas sans évoquer celle jadis conçue par Cocteau pour sa transposition du mythe d’Orphée, dont ce film constitue une forme de continuité : après tout, il s’agit bien d’aller reconquérir un amour avalé par le royaume d’Hadès ? Cette

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"Lune de Miel" : suites polonaises

ECRANS | D'Élise Otzenberger (Fr, 1h28) avec Judith Chemla, Arthur Igual, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Anna et Adam partagent leur vie, un enfant et des origines juives polonaises. Quand Adam est invité à une commémoration dans le village de Pologne d'où venaient ses grands-parents, Anna saisit l'occasion pour l'entraîner dans un pèlerinage intime. Qu'elle prend plus à cœur que lui… Ce film tient de la quadrature du cercle, et il pourrait faire bondir celles et ceux qui s’arrêteraient à sa surface de comédie sentimentale et familiale traitant de l’héritage de la Shoah. Nulle provocation chez Élise Otzenberger, bien au contraire, pour qui l’humour a sans doute été un formidable outil cathartique. Nourri d’histoire(s) familiale(s), Lune de Miel rappelle, avec son entame rapide dynamisée par les répliques délirantes du personnage de Brigitte Roüan, les grandes heures du cinéma de Woody Allen époque Annie Hall / Manhattan : le socle dramatique est submergé par le rire et l’absurde, comme pour faire diversion. Au fil du voyage cependant, la fiction va à plusieurs reprises être entrecoupée par des séquences plus documentarisantes : certaines montrant dans le décor la persistance d’un "antisémitisme folklorique" ; d’autres p

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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Ce sentiment de l'été

ECRANS | De Mikhaël Hers (Fr., 1h46) avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière...

Vincent Raymond | Mardi 16 février 2016

Ce sentiment de l'été

Si Mikhaël Hers situe son film successivement à Berlin, Paris, Annecy et New York, lui semble résider en ce pays plus virtuel mais transversal qu’est la nostalgie. L’inspiration qu’il en tire connaît des fortunes diverses : Memory Lane (2010), film de bande flasque, avait manqué le coche ; Ce sentiment de l’été réussit en revanche avec une remarquable délicatesse à emmagasiner tout les promesses de son titre elliptique (telle l’impression physique de la chaleur irradiante) en évoquant comme rarement le deuil à travers l’absence. Celle d’un personnage dont la mort survient de manière inattendue et dont la cérémonie funéraire elle-même est occultée. Seuls restent les vivants, devant composer avec leur stupeur muette, avant de recomposer leur vie. Plutôt que de les montrer succombant à la déréliction et la déprime, Hers les présente pendant des phases de reconstruction. Ce parti-pris se retrouve à l’écran : avec son gros grain vibrionnant, ses couleurs vives, l’image rappelle le format 16mm du cinéma son direct, avide de parcourir les rues en quête d’un souffle de vie nouveau et d’inattendu. Une pulsion d’énergie vitale

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Et ta sœur

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h35) avec Grégoire Ludig, Virginie Efira, Géraldine Nakache…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Et ta sœur

De même qu’on parle d’auteurs pour écrivains, il doit exister des réalisateurs pour cinéastes, dont les films, s’ils passent quasi inaperçus sur nos écrans, exercent une irrépressible attraction sur leurs confrères – au point de les inciter à en tourner des remakes. Le cinéma de Lynn Shelton semble être de cette trempe, qui a déjà conduit Yvan Attal à transposer Humpday (devenu sous sa patte Do Not Disturb) ; c’est à présent au tour de Marion Vernoux de succomber à son appel en adaptant ici l’obscur Ma meilleure amie, sa sœur et moi (2013). Le résultat n’a certes rien de déshonorant, mais on a du mal à comprendre le sens de sa démarche : le fond ni la forme n’ont l’air d’être transcendés par l’auteure française, ni de connaître de substantielle modification – on reste dans du marivaudage insulaire, avec effet téléfilm de prestige. Demeure, enfin, cette question sans réponse : sachant que l’improvisation constitue l’une des caractéristiques majeures du travail de Shelton, pourquoi avoir cherché à répliquer par l’écriture ce qu

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"Tout ce qui brille" brille toujours

ECRANS | Le film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran sorti en 2010 est programmé ce vendredi soir à Seyssins. Une nouvelle occasion de se rendre compte qu'on est face à une des grandes comédies françaises de ces dernières années.

Aurélien Martinez | Mardi 15 décembre 2015

Depuis pas mal d’années, il est de bon ton de cracher sur les auteurs de comédies françaises populaires, eux qui sont si insipides voire réacs. Mais tout n’est pas que noir au pays du rire made in France. Il y a même quelques perles à sauver ici et là : des films habilement construits arrivant parfaitement à capter un certain air du temps pour le transformer en matière à satire. Si l’on revient en arrière, 2010 fait figure d’année d’exception avec, au milieu de productions assez efficaces (L’Arnacœur, Copacabana, La Vie au ranch…), deux comédies remarquables par tout ce qu’elles sont arrivées à synthétiser en tout juste 1h40 : Le Nom des gens de Michel Leclerc, avec une excellente Sara Forestier utilisant le sexe comme arme politique ; et, pour celle qui nous intéresse ici, Tout ce qui brille de Géraldine

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller « faire le mort » pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de « réalisme » sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de « l’acting » – on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma su

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Jeudi 1 novembre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse moyenne grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, i

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Camille redouble

ECRANS | Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, Camille voit son existence partir à vau-l’eau quand son mari Éric décide de la quitter, et se (...)

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, Camille voit son existence partir à vau-l’eau quand son mari Éric décide de la quitter, et se laisse glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool – apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier et après un nouvel an très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, dans la peau de l’ado qu’elle était alors, quelques jours avant de rencontrer Éric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Sur ce canevas, qui tient autant de Nietzsche – supporter de revivre la totalité de son existence, douleur et plaisir confondus – que du Coppola de Peggy Sue s’est marié, Noémie Lvovsky, devant et derrière la caméra, s’offre une fantaisie foutraque dans laquelle elle place de vrais moments de mélancolie. Convoquant une galerie de personnages secondaires hauts en couleur et s’entourant d’un groupe de copines au bord de l’hystérie, cousines burlesques de celles qu’elle mettait en scène dans La Vie ne me fait pas peur, Lvovsky privilégie une énergie juvénile à la f

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Tout ce qui brille

ECRANS | Excellente surprise : le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran fait oublier les récentes comédies françaises réac en imposant un ton doux-amer, un regard social pertinent et un vrai désir de cinéma populaire et ambitieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Tout ce qui brille

Deux filles sur un banc à Puteaux, à dix minutes en métro de Paris. Ely (Géraldine Nakache) est de retour chez ses parents, dont un papa chauffeur de taxi aussi effacé que dévoué à sa famille ; Lila (Leila Bekhti) n’est jamais partie de chez sa mère, et fait lentement le deuil d’un père qui a refait sa vie ailleurs. Elles tchatchent avec un langage plein de codes qui scelle leur complicité ; et elles rêvent d’aller faire la fête dans les clubs branchés de la Capitale, histoire d’oublier leur quotidien morose — Lila vend du popcorn dans un multiplexe Pathé, placement produit du producteur du film pour une fois assez savoureux ! Si le titre du film sent la fable morale, la première réalisation de Géraldine Nakache et Hervé Mimran est avant tout une comédie subtile qui illustre une réalité pas drôle : l’impossibilité de sortir de sa classe sociale et la honte qui accompagne cette impasse. Quiproquos sociaux Ely va rencontrer un couple de lesbiennes avec enfant (étonnant duo entre Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham), a priori "open", qui l’invite d’abord à leurs soirées avant de la cantonner dans un rôle humiliant de baby-sitter. Lila

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