"Julieta" : Almodóvar se met à nu

ECRANS | de Pedro Almodóvar (Esp., 1h36) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l'a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant – qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques…

Construit comme une lettre à l'absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l'auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s'apparentant à un exercice limite de dépassement de soi – et qui s'était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier – les personnages et le montage faisant l'impasse sur l'hystérie mécanique emblématique de son cinéma et tellement épuisante.

Alors oui, on a l'impression de suivre une sorte de mélo mou aux jointures fragiles (le fait que Pedro ait adapté trois nouvelles d'Alice Munro n'y est sans doute pas étranger), mais aussi un exercice appliqué d'apaisement. Pour constater au passage que la quiétude sied bien au cinéaste : le changement de tempo le conduit à user avec à-propos de quelques ralentis plus spectaculaires que des effets criards.

Mais l'inconvénient de ce traitement soft, c'est qu'il révèle la nudité du roi. Libéré de ses oripeaux clinquants, de son habillage bariolé agrémenté de complaintes déchirantes, le tire-larmes apparaît dans son essence ordinaire. Le scénario a beau tirer sur toutes les cordes du deuil, toucher toutes les générations, tenter de forcer l'empathie en passant par la culpabilité, il n'a pas la grâce spontanée, la sincérité de Parle avec elle (2002). Lui faire grâce cette année d'une récompense s'apparenterait à une aumône, pour le remercier de son assiduité sur la Croisette…


Julieta

De Pedro Almodóvar (2016, Esp, 1h39) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte...

De Pedro Almodóvar (2016, Esp, 1h39) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte...

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Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt.


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"Douleur et gloire" : autoportrait de Pedro Almodóvar en vieil artiste

ECRANS | Un cinéaste d’âge mûr revisite son passé pour mieux se réconcilier avec les fantômes de sa mémoire et retrouver l’inspiration. Avec son nouveau film en compétition au Festival de Cannes, Pedro Almodóvar compose une élégie en forme de bilan personnel non définitif illustrant l’inéluctable dynamique du processus créatif.

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Le temps des hommages est venu pour Salvador Mallo, cinéaste vieillissant que son corps fait souffrir. Son âme ne l’épargnant pas non plus, il renoue avec son passé, se rabiboche avec d’anciens partenaires de scène ou de lit, explore sa mémoire à la racine de ses inspirations… Identifiable à son auteur dès la première image, reconnaissable à la vivacité de ses tons chromatiques, mélodiques ou narratifs, le cinéma de Pedro Almodóvar semble consubstantiel de sa personne : une extension bariolée de lui-même projetée sur écran, nourrie de ses doubles, parasitant sa cité madrilène autant que ses souvenirs intimes sans pour autant revendiquer l’autobiographie pure. Pourtant, à la différence de Woody Allen (avec lequel il partage l’ancrage urbain et le goût de l’auto-réflexivité), le démiurge hispanique est physiquement absent de ses propres films depuis plus de trente ans. Il parvient cependant à les "habiter" au-delà de la pellicule, grignotant l’espace épi-filmique en imposant son visage-marque sur la majorité de l’environnement iconographique – il figure ainsi sur nombre de photos de tournages, rivalisant en notoriété avec les vedettes qu’il dirige. Pour

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"Amoureux de ma femme" : et Daniel Auteil s’essaya au néo-vaudeville bourgeois

ECRANS | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Lundi 23 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe... Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces "attributs" sous le vocable commun de "bonheurs" – cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Adapté d'une pièce de Florian Zeller, Amoureux de ma femme raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct dans un (vaste) appartement parisien, et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fantasmer un adultère. Comme cela, il n’y a pa

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Quand le cinéma brûle d’amour grâce à Almodóvar

Soirée cinéma | Rendez-vous mercredi 14 février (oui, jour de la Saint-Valentin) à l'Espace Victor-Schoelcher de Seyssins pour le constater.

Aurélien Martinez | Mardi 6 février 2018

Quand le cinéma brûle d’amour grâce à Almodóvar

Il y a plusieurs façons de passer une bonne Saint-Valentin. Celles et ceux qui ont concocté la saison culturelle commune des villes de Seyssinet-Pariset et Seyssins ont visiblement pensé qu’un 14 février parfait se déroulerait devant un écran de cinéma, et avec deux grands films du tout aussi grand réalisateur espagnol Pedro Almodóvar. À savoir Volver, succès critique et public à sa sortie en 2006 avec une Penélope Cruz royale, et le plus vieux (1989) mais plus culte Femmes au bord de la crise de nerfs. Plus culte puisqu’il correspond à la période moins institutionnelle et plus débridée (voire vaudevillesque) de l’Espagnol, fer de lance de la fameuse Movida des années 1980, lorsque le corset dans lequel le feu dictateur Franco tentait de maintenir l’Espagne a craqué de tous les côtés dans une impressionnante et foutraque vague créatrice. Avec, au centre de ce récit à plusieurs entrées, la grandiose Carmen Maura (photo), égérie almodovarienne par excellence que l’on retrouve d’ailleurs dans Volver, film avec lequel elle signa son grand retour dans la galaxie du cinéaste après plus de 15 ans d’

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« Nous n’avons pas pu tourner le film en Afghanistan »

ECRANS | Jusqu’alors spécialisé dans le documentaire, Xavier Rocher a coproduit avec sa jeune société La Fabrica Nocturna "Wolf and Sheep", le très réussi premier film de Shahrbanoo Sadat. Une aventure franco-dano-suédo-tadjiko-afghane…

Vincent Raymond | Lundi 19 décembre 2016

« Nous n’avons pas pu tourner le film en Afghanistan »

Pourquoi ce film arbore-t-il autant de pavillons nationaux différents ? Xavier Rocher : La réalisatrice a porté ce projet pendant presque 7 ans. Elle est passée par plusieurs programmes de formation et plateformes de rencontres ; elle l’a notamment développé au sein de la Cinéfondation du Festival de Cannes. C’est comme cela qu’on l’a rencontrée, avec plusieurs producteurs associés danois et suédois. Une production strictement afghane était-elle inenvisageable ? Il n’y a plus vraiment de production en Afghanistan. Quant aux salles de cinéma… Elles ont à peu près disparu, transformées en parking. Les quelques lieux où l’on peut voir des films à Kaboul sont l’Institut français ou le Goethe institut. C’est pour cela qu’on est obligé de travailler en coproduction internationale : on cherche des financements destinés à soutenir ce type de cinéma. On en trouve un peu dans plusieurs pays, car il n’y en aurait pas eu assez dans un seul pour monter le budget du film. Malgré cela,

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"Ma' Rosa" : butin de leur mère !

ECRANS | de Brillante Mendoza (Phil., 1h50) avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Arrêtée sur dénonciation avec son mari dans la petite épicerie où il améliorent leur ordinaire en se livrant au trafic de drogue, Ma’ Rosa se voit proposer la libération par les policiers, à condition qu’elle leur verse une grosse somme. Sa marmaille fait bloc pour réunir la rançon en une nuit… De par son image vidéo graisseuse, ses optiques torves, ses ambiances nocturnes baignées de lumières artificielles, le cinéma du réalisateur philippin Brillante Mendoza est en adéquation formelle avec les sujets qu’il aborde : misère des bas-fonds, corruptions humaine et morale… Au risque de se montrer un peu redondant dans son esthétique de la crasse : on se croirait parfois dans une parodie de chanson réaliste du XIXe siècle, prostitution enfantine incluse. Autant d’éléments qui devraient exciter la fureur du sanguin président Duterte, certainement peu ravi qu’on dépeigne "ses" Philippines comme un cloaque régenté par des ripous – même si ceux-ci se font pardonner en savatant du dealer ! Plus maîtrisé que certains Mendoza précédents (John John…), sans atteindre des niveaux bouleversants, Ma’ Rosa s’est adjugé pour Jaclyn

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"Moi, Daniel Blake" : une couronne pour le Royaume des démunis

Cinéma | Lorsqu'un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui a valu à Ken Loach sa seconde – et méritée – Palme d’or.

Vincent Raymond | Lundi 24 octobre 2016

Avec sa bouille de Michel Bouquet anglais, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l’administration, menés par des prestataires incompétents (l’État a libéralisé les services sociaux), pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier d'une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s’attache à elle et l’épaule dans sa galère alors que son propre cas ne s’améliore pas. Tout épouvantable qu’il soit dans ce qu’il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l’administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les "assistés" n’ont rien de ces profiteurs cynique mis à l’index et enfoncés par les conservateurs. Ils font même preuve d’une admirable dignité face à l’incurie volontaire de l’État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu’eux (le facile pis-aller de la discrimination à l

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"Divines" : la banlieue c’est pas rose

ECRANS | Oubliez son discours survolté lors de la remise de sa Caméra d’Or lors du dernier Festival de Cannes et considérez le film de Houda Benyamina pour ce qu’il est : le portrait vif d’une ambitieuse, la chronique cinglante d’une cité ordinaire en déshérence, ainsi que le révélateur de sacrées natures.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Pour échapper au déterminisme socioculturel, Dounia a compris qu’il fallait faire de l’argent – de préférence beaucoup et vite, quitte à emprunter des raccourcis illégaux. Et pour éviter d’être, à l’instar de sa mère, de la viande soûle entre les mains des hommes, elle a décidé d’avoir l’ascendant sur eux. Plongée crue dans le quotidien d’une ado de banlieue, Divines complète sans faire doublon les regards d'Abdellatif Kechiche (L’Esquive, La Graine et le Mulet) ou de Céline Sciamma (Bande de filles) en reprenant quelques aspects et thèmes du conte merveilleux, tout en les détournant pour coller au réalisme – davantage qu’à la réalité. Ainsi, dans cette histoire où la domination du masculin sur le féminin est battue en brèche et où toutes les perspectives sont bouleversées, Dounia va par exemple séduire son prince et lui sauver la vie. Rastiniaque ! Mais ce portrait d’une adolescente audacieuse capte aussi ce qui demeure d’indécision entre le reliquat d’enfance porteuse de rêves et l’état d’adulte, lesté d’une gr

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"Toni Erdmann" : la révélation du Festival de Cannes enfin en salle

ECRANS | De ces retrouvailles affectives en (fausses) dents de scie entre un père et sa fille, la réalisatrice allemande Maren Ade tire une grande fresque pudique mêlant truculence, tendresse et transgression sur fond de capitalisme sournois. Deux beaux portraits, tout simplement, à découvrir à partir du 17 août.

Vincent Raymond | Mercredi 27 juillet 2016

Pas de chance pour la réalisatrice Maren Ade, nouvelle victime de la loi du conclave : encensée par les festivaliers de Cannes, elle en est repartie Gros-Jean comme devant, boudée par le palmarès. Pourtant, son film avait de très solides arguments artistiques et moraux pour décrocher ne serait-ce qu’un accessit. Son éviction pose question, conduisant à réfléchir sur les goûts normés et une forme (inconsciente) de ségrégation : l’histoire entre le père et la fille a sans doute ému le bon jury, mais ce dernier a peut-être été surpris par des protagonistes et un traitement inhabituels pour pareil sujet. Car Ade dépeint la réalité crue et misérable d’une classe prétendument supérieure totalement dépourvue de glamour, d’attaches, de substance, et use pour ce faire d’une esthétique comparable à celle prisée par les apôtres du cinéma social. Elle renvoie l’image de la médiocrité pathétique et ordinaire des tenants de la société de la performance – ces gens qui, suivant la même ligne éthique, survalorisent le beau, éliminent le faible, traquent la dépense inutile, délocalisent… Mon père, ce golem Toni Erdmann est un film anar ; quant au personnag

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"Rester vertical" : un petit Alain Guiraudie

ECRANS | d'Alain Guiraudie (Fr., 1h40) avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry…

Vincent Raymond | Mardi 23 août 2016

On peut compter sur Alain Guiraudie, réalisateur du fameux Inconnu du lac, pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain et met volontiers la main sur la braguette du godelureau de passage (au cas où), l’homosexualité rurale, dévoilée ou contrariée, n’est pas sa seule source d’inspiration. Guiraudie parle en annexe de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire de la misère des villes et des champs, des gens en lutte ou en solitude. Une sorte de chronique sur un mode absurdo-comique, scandée d’images oniriques, portée par son grand dadais de héros, un procrastinateur à l’impassibilité majuscule. Le tableau pourrait être très plaisant (comme dans son picaresque

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"Mimosas, la voie de l'Atlas" : hermétisme satisfait

ECRANS | d'Oliver Laxe (Esp./Mar./Fr./Qat., 1h33) avec Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Said Aagli…

Vincent Raymond | Mardi 23 août 2016

Si l’on voulait se montrer bienveillant, on dirait de Mimosas qu’il tente de transposer le mysticisme d’essence chrétienne irriguant le Stalker de Tarkovski dans un contexte musulman – mais franchement, ce serait lui faire infiniment d’honneur. Car le concentré de cinéma abscons dont se rend coupable Oliver Laxe, dont la plus remarquable faculté est sa capacité à dilater le temps (au point de donner l’illusion de l’éternité à ses spectateurs), se révèle un monument d’hermétisme satisfait, dans notre monde comme dans tous les univers parallèles concernés par l’histoire de Mimosas. Pourquoi les esprits brillants présidés par Valérie Donzelli ont-il décerné à ce film autocontemplatif et puissamment soporifique le prix de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes ? Le fait que la récompense soit dotée par une marque de café peut constituer un début explication, à défaut d’excuse…

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"The Nice Guys" : Russell Crowe et Ryan Gosling chien et chat

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au "buddy movie" avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale – parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005), précédent réussi narrant l'association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée ; il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses personnages pou

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"Ma Loute" : À manger et à boire…

ECRANS | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 mai 2016

Quel accueil des spectateurs non francophones – et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes – peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l’une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l’accent nordiste – forçant les non-Ch’tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l’énigmatique cinéaste que l’on connaît ; d’autant plus indéchiffrable avec ce huitième long-métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P’tit Quinquin. Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l’hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d’un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s’agit que d’un habillage comique ; derrière une façade pei

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"Café Society" : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

| Mercredi 11 mai 2016

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant

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Le Festival de Cannes, c’est aussi dans les salles

ECRANS | Alors que le fameux festival débute ce mercredi 11 mai (avec, à Grenoble, une soirée spéciale au cinéma Le Club), on fait le point sur les quelques films qui seront visibles en salle pendant cette quinzaine.

Vincent Raymond | Lundi 9 mai 2016

Le Festival de Cannes, c’est aussi dans les salles

Entre les 11 et 22 mai, les professionnels de la profession effectuent leur transhumance annuelle à Cannes pour consommer (principalement) des films, dont les sorties s’étaleront sur les douze mois à venir. Une fête hystérisée par les médias dont les spectateurs ne peuvent picorer que quelques miettes : six long-métrages seulement seront conjointement visibles sur la Croisette et dans les salles de l’Hexagone. Du côté de la compétition, on attend Elle de Paul Verhoeven d’après Philippe Djian avec Isabelle Huppert (25 mai) et Ma Loute de Bruno Dumont (13 mai) avec Luchini, Binoche et Bruni-Tedeschi, auquel se joint l’habitué Almodóvar avec sa Julieta (18 mai) inspiré par trois nouvelles de la Nobel Alice Munro. Hors compétition, Money Monster (12 mai) de Jodie Foster réunira une distribution très "soderberghienne" (George Clooney + Julia Roberts) et The Nice Guys de Shane Blake (15 mai) devrait plaire aux amateurs de comédies policières seventies, comme à ceux de Russell Crowe, Ryan Gosling et Kim Basinger. Terminons par l

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Refugiado

ECRANS | De Diego Lerman (Arg, 1h33) avec Julieta Diaz, Sebastián Molinaro…

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

Refugiado

Il faut reconnaître à Diego Lerman un mérite : avoir été, avec Tan de repente, le pionnier d’une nouvelle vague du cinéma argentin qui a permis l’éclosion de cinéastes importants comme Pablo Trapero ou le regretté Fabián Bielinsky. En revanche, il n’a jamais vraiment confirmé cet essai, et Refugiado marque même une forme de renoncement, le film se contentant d’aligner paresseusement les lieux communs éculés du world cinéma. À savoir l’addition d’un sujet "sensible" (les violences conjugales), d’un réalisme proche du pléonasme (caméra à l’épaule parcourant en temps réel le décor triste des quartiers pauvres, des centres sociaux et des logements décrépis) et d’un point de vue qui finit par être franchement casse-burnes (à hauteur d’enfant). Passé le vague mystère du début, lorsque la mère enceinte et son fils tentent d’échapper au mari, le film languit entre humanisme – la solidarité féminine au foyer – et thriller décevant – la fuite, où la menace reste tellement abstraite qu’elle ne crée jamais de véritable tension. L’appel à la poésie de l’enfance ne suffit pas à donner à ce film trop scolaire l’envergure nécessaire pour être autre chose qu’un préamb

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"Les Amants passagers" : Pedro Almodóvar en mode low cost

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h31) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Pedro Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant, mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est jamais déplaisant à suivre. Alors que

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"La Piel que habito" : la mue de Pedro Almodóvar

ECRANS | Pedro Almodóvar revient aux récits baroques et teintés de fantastique de sa jeunesse, la maturité filmique en plus, pour un labyrinthe des passions bien noir dans lequel on s’égare avec un incroyable plaisir.

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

La Piel que habito se déroule à Tolède l’année prochaine, mais il se passe aussi bien avant ce présent qui n’est pas le nôtre. De ce laps temporel qui enjambe gentiment notre actualité pour aller fouiller dans le passé et anticiper un futur proche où la science sans contrôle ne servira plus que les désirs de ceux qui la maîtrisent, Pedro Almodóvar fait plus qu’une pirouette narrative ; c’est un vrai geste de cinéaste, retournant aux sources de son œuvre pour lui donner un nouveau souffle, là où ses derniers films avaient tendance à s’enfoncer dans un auto-académisme à base de scénarios virtuoses et réflexifs et de mélodrames au féminin mis en scène avec une élégance glacée. Il faut remonter à Matador ou La Loi du désir pour trouver chez lui une histoire aussi tordue, qui n’hésite pas à emprunter les voies du cinéma de genre (le fantastique en tête, avec des références très assumées aux Yeux sans visage de Georges Franju et au Frankenstein de James Whale) pour distraire à tous les sens du terme le spectateur de son horreur fondamentale. Que l’on ne dévoilera pas, histoire d’être fidèle aux souhaits de l’auteu

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Cannes jour 9 : Dans sa peau

ECRANS | La piel que habito de Pedro Almodovar. L'Exercice de l'État de Pierre Schoeller.

François Cau | Vendredi 20 mai 2011

Cannes jour 9 : Dans sa peau

Hier, nous disions qu'il manquait à la compétition cannoise un film susceptible de rallier les suffrages des festivaliers autrement que par de la comédie nostalgique (The Artist et Le Havre sont pour l'instant les films les mieux notés par la presse étrangère). Mais ce jeudi, Almodovar est arrivé et c'est peu de dire que son nouveau film a fait son effet sur la Croisette. Vieil habitué du festival depuis Tout sur ma mère, mais jamais récompensé au-delà d'un prix de la mise en scène, Almodovar faisait face à un reproche justifié ces dernières années : ses films n'étaient jamais mauvais, mais ils répondaient un peu trop exactement à ce que l'on attend du cinéaste (un mélange de mélodrame et de réflexion sur l'illusion, qu'elle soit cinématographique ou amoureuse, dans un écrin élégant et précieux ). La Piel que habito réussit cette deterritorialisation devenue impérative : c'est un film de genre, un thriller aux relents fantastiques (pour se prémunir de tout reproche sur la crédibilité du pitch, il situe l'action à Tolède l'année prochaine). Almodovar était réticent à montrer le film à Cannes, de peur que l'on en révèle les secrets. On respectera donc sa v

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