"Cars 3" : sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Photo : Disney Pixar


Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue la sienne aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu'il en a encore sous le capot, l'ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez – une coach qui aurait aimé être pilote…

Oublié, le deuxième volet à base d'essence d'espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse – en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l'instar d'un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n'ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa.

Le 2 août


Cars 3

De Brian Fee (EU, 1h49) animation

De Brian Fee (EU, 1h49) animation

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Dépassé par une nouvelle génération de bolides ultra-rapides, le célèbre Flash McQueen se retrouve mis sur la touche d’un sport qu’il adore. Pour revenir dans la course et prouver, en souvenir de Doc Hudson, que le n° 95 a toujours sa place dans la Piston Cup, il devra faire preuve d’ingéniosité. L’aide d’une jeune mécanicienne pleine d’enthousiasme, Cruz Ramirez, qui rêve elle aussi de victoire, lui sera d’un précieux secours...


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"Chien Pourri, la vie à Paris !" : destin de cabot

Cinéma | ★★★☆☆ Animation De Davy Durand, Vincent Patar & Stéphane Aubier (Fr.-Bel.-Esp., 1h00) En salles dès le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Il ressemble à une serpillère mitée, empeste alentour, possède un Q.I. négatif mais Chien Pourri est un brave toutou plutôt chanceux. Tant mieux, car d’autres bestioles lui cherchent des noises, à lui et à son pote Chaplapla… Cette irrésistible adaptation d’une série jeunesse parue à l’École des Loisirs se déroule dans un Paris de carte postale, mais conserve le décalage de ton dont Aubier & Patar (les papas de Pic Pic André Show, ici rejoints par Davy Durand) sont coutumiers. À la fois naïfs et potaches, les épisodes de ce programme joliment troussé jouent sur un registre pue-pue cracra aussi hilarant pour les petites que les grandes narines.

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"Yakari, le film" : indien vaut mieux que deux tu l’auras

ECRANS | De Xavier Giacometti & Toby Genkel (Fr.-All.-Bel, 1h22) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Parce qu’il a sauvé le mustang sauvage Petit-Tonnerre au péril de sa vie, le petit Sioux Yakari se voit récompensé par son animal-totem, Grand-Aigle : désormais, il aura la faculté de comprendre la langue des animaux. Un don bien utile, car pour l’heure, il est perdu et loin de chez lui… Une thématique inconsciente galopait-elle cette année au Festival du film d’animation d’Annecy ? L’Ouest, le vrai, consacré à travers le magnifique Calamity (à l’automne sur les écrans) sert également de toile de fond à cette nouvelle adaptation de la BD de Derib + Job précédemment transposée par deux fois en série télévisée : en 1982 (de manière aussi calamiteuse que Les Schtroumpfs à la même époque), puis en 2005 sous l’heureuse supervision de Xavier Giacometti. Ce même réalisateur est encore à la manœuvre pour raconter, en investissant au mieux le grand écran et en usant d’une animation fluide, la "formation" de Yakari. Il co-signe donc ici une manière de reboot replaçant chacun des protagonistes dans sa fonction ou son histoire, y compris certains, comme Arc-en-ciel et Graine-d

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"Mon ninja et moi" : doudou et dur à la fois

Animation | De Anders Matthesen & Thorbjørn Christoffersen (Dan., 1h21) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un "demi-frère" de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude… La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au "jeune public" (vocable flou qui rassemble des bambins jusqu’aux ados). À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celle développée par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi,

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"Nous, les chiens" : l’esprit de la meute

Animation | de Sung-yoon Oh & Lee Choonbaek (Cor. du S., 1h42)

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Abandonné par son maître, un brave toutou domestique se voit heureusement adopté par une meute de ses congénères errants. L’instruisant des dangers de sa nouvelle condition, ceux-ci lui font aussi miroiter une liberté jusqu’alors insoupçonnée. Commence un voyage initiatique… Il faut désormais compter avec un nouveau membre (bicéphale) dans le cénacle de l’animation asiatique. N’ayant rien à envier à leurs confrères nippons, les Coréens Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek signent en effet ici un conte contemporain où l’on retrouve autant l’aspiration à l’essence sauvage et la fatalité épique de London qu’une célébration de la nature hors de l’aliénation des humains si chère à Thoreau, Miyazaki ou Takahata. Mais aussi en filigrane — et c’est sans doute ce qui fait son originalité — quelques caractéristiques politico-sociales propres à leur pays. À commencer par l’évocation de la partition entre le Nord et le Sud et l’existence de la Zone démilitarisée “tampon“ entre les deux Corées, frontière immatérielle autant qu’absurde pour des chiens. Et puis la situation de ceux qu’on ne veut pas (plus) voir et sont chassés du paysage parce qu’ils n’ont plus la faveur de leurs capricieux

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"Une sirène à Paris" : amour en eaux douces

ECRANS | De Mathias Malzieu (Fr., 1h42) avec Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima, Rossy de Palma…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie (les surprisiers) Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de la Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui… S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cin

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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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"La Belle époque" : tout est affaire de décors

Cinema | De Nicolas Bedos (Fr., 1h55) avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse… Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque (et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il) accrédite(nt) la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie

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"Au nom de la terre" : terre plate

ECRANS | D'Édouard Bergeon (Fr., 1h43) avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Fin des années 1970. Pierre (Guillaume Canet) rentre des États-Unis avec de grands projets pour l’exploitation agricole familiale, qu’il loue en fermage à son père. Quelques années plus tard, étranglé par de trop nombreux investissements, Pierre perd pied. Et la faillite pointe son hideux visage… Connaître l’origine du projet biaise fatalement la réception que l’on peut avoir du film : comment ne pas éprouver de la sympathie pour la démarche du réalisateur Édouard Bergeon, fils du personnage joué par Canet, racontant la tragédie vécue par son père – et, au-delà, celle de milliers d’agriculteurs laminés par le système productiviste, saignés par les crédits et empoisonnés par les produits "phytosanitaires" ? Car à moins d’être du côté de l’agro-business, on ne peut raisonnablement soutenir un modèle qui tue la terre, produit hors-sol, dévoie même les concepts "bio" tout en asservissant les paysans. En prolongeant par une "fiction" (les noms ont été changés, pas les situations) portée par une star, Édouard Bergeon espère sensibiliser un plus large public à cette question. Il le fera sans doute grâce à la force de frappe médiatiq

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"Nous finirons ensemble" : Guillaume Canet et ses potes encore un peu plus à l’ouest

ECRANS | De Guillaume Canet (Fr., 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret des Petits mouchoirs s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe "d’amis" aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants, ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs "blessures"

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"Jusqu'ici tout va bien" : franchement la zone

ECRANS | de Mohamed Hamidi (Fr 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau "film sur la banlieue" laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan "globalement positif" d’une implantation sur les « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo et jeunes des cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse (sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie), le film s’encombre de gadgets scénaristiques éculés (du style "enfant du divorce se réconciliant avec pap

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"P'tites histoires au clair de lune" : éclipse partielle

ECRANS | de Miyoung Baek, Mohammad Nasseri, Babak Nazari et An Vrombaut (CdS-Fr-Ira-GB, 0h39min) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce programme compile quatre films courts très inégaux et/ou un peu usés ayant en commun l’astre des nuits. Bonne idée sur le papier, qui commence pas trop mal avec Où est la lune ?, sorte de berceuse aux allures de comédie musicale condensée (il s’agit en fait d’un fragment de ciné-concert) accompagnant une élégante partie de cache-cache marine et aérienne à la fois. Les choses se finissent plutôt bien avec P’tit Loup, histoire enlevée de saute-moutons, au graphisme simple mais efficace. C’est entre les deux que cela se gâte : le conte iranien Ma lune, notre lune pourrait revendiquer un prix de médiocrité, s’il n’y avait l’épouvantable Il était une fois… la lune et le renard. Le fait que son auteur Babak Nazari ait quasiment tout fait seul à une époque (2005) où l’animation assistée par ordinateur était moins… accessible n’excuse ni la maladresse poussive du récit, ni la laideur caractérisée de l’ensemble digne des pires jeux vidéos du XXe siècle. On croirait qu’un étudiant en graphisme, ivre de mauvaise bière, a cherché

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"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

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"Pupille" : une aussi longue attente

ECRANS | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore (2014) contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heureux ou malheureux permettant de mesurer la ridicule probabilité

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"Bamse au pays des voleurs" : mielleux à souhait

ECRANS | de Christian Ryltenius (Sué, 0h59) animation

Vincent Raymond | Mardi 23 octobre 2018

Au pays de l’ours Bamse, qui tire sa force extraordinaire du miel du tonnerre préparé par sa grand-mère, tous les méchants sont devenus gentils. Tous ? Non : car l’odieux Reinard Fox résiste encore et toujours à la bonté. Il va d’ailleurs semer la zizanie et même kidnapper la grand-mère… Le manichéisme poussiéreux que Bamse véhicule apparaît sans doute mignon aux yeux nostalgiques du public suédois, attaché comme le miel à la tartine depuis un demi-siècle aux aventures du plantigrade. Mais est-ce bien raisonnable de condamner les autres tout-petits à ces ourseries lénifiantes et rétrogrades, qui feraient passer la Comtesse de Ségur pour encore plus punk qu’elle n’est ? Le (bon) cinéma jeunesse contemporain a cessé depuis belle lurette d’abêtir ses spectateurs avec ce type d’histoires basiquement moralisatrices et unidimensionnelles. Et ne comptez pas sur la qualité de l’animation pour la rattraper la médiocrité du discours…

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"Le Grand Bain" : des gars des eaux

ECRANS | de Gilles Lellouche (Fr, 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Jeudi 18 octobre 2018

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis moyenne confrontée aux fins de mois difficiles et/ou à

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"La Grande aventure de Non-Non" : si si, il faut y aller !

ECRANS | de Matthieu Auvray (Fr, 0h41) animation

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

À Sous-Bois-Les-Bains, le gentil Non-Non est capable de tout pour ses amis : se déguiser en carotte (alors qu’il les déteste), leur faire croire qu’ils voyagent sur la Lune, ou céder son slip pour les sauver d’une inondation… Pas mal pour un ornithorynque plutôt velléitaire. Inspiré des albums de Magali Le Huche, prolifique autrice jeunesse connue notamment pour les aventures de Jean-Michel le caribou des bois, ce programme de courts-métrages met en scène une troupe d’animaux dans des situations ressemblant à des pastiches délirants de la littérature jeunesse, mais revus et mélangés : on croirait assister à des inédits déviants de Mimi la Souris où chacun des protagonistes aurait revêtu pour rire d’autres identités animalières. Et dans l’épisode Crocroc mal luné, Non-Non élabore même une stratégie rappelant celle du Cosmoschtroumpf de Peyo pour consoler son ami échouant à accomplir son voyage stratosphérique. Une hybridation aussi bariolée que surréaliste qui rappelle les expérimentation baroques du délirant auteur de bande dessinée B-gnet dans Lutin Spirix. Farci de ga

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"L'Amour est une fête" : et ce film, une défaite

ECRANS | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent à la française de Boogie Night, fameux film de Paul Thomas Anderson. Narrant l’infiltration de deux flics (Guillaume Canet et Gilles Lellouche) dans l’univers des peep-shows et du X en plein dans les années 1980 parisiennes, cet Amour est une fête n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coups de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O

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"Capitaine Morten et la Reine des araignées" : voiles et toile

ECRANS | de Kaspar Jancis (Est-Irl-GB-Bel, 1h15) animation

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

En pension chez la cruelle Annabelle, Morten espère le retour du bateau de son père, La Salamandre, dont le fourbe Stinger veut s’emparer. Las, un apprenti magicien rapetisse Morten et le propulse au royaume des insectes. Petit par la taille, le garçon reste immensément courageux… Héritiers d’une grande tradition du stop motion, les studios estoniens Nukufilm signent avec Capitaine Morten leur grande entrée dans le circuit des longs-métrages, sans renoncer ni à l’inspiration ni à l’esprit caractéristiques de l’animation des anciens pays "frères". Comme chez les maîtres tchèques ou russes, et même si l’histoire emprunte des sentiers fantaisistes, la marionnette conserve ici une certaine austérité dans sa forme –austérité que l’on retrouve dans certaines aspérités du récit : ici, Annabelle est cruelle et l’araignée (son double miniature) mange en beignets ses victimes. À une époque encourageant les histoires émollientes, il est peu banal de voir un conte osant réactualiser la figure de l’ogre et de la marâtre ! Qu’on se rassure cependant : cela se termine bien pour les gentils, évidemment. Sortie le 15 août

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"Le Collier rouge" : chienne de guerre

ECRANS | de Jean Becker (Fr., 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiants de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs de soldats brisés. Pou

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Lee Unkrich ("Coco") : « On voulait vraiment que ça respire mexicain »

ECRANS | Piller de Pixar, le réalisateur de "Monstres & Cie", du "Monde de Nemo" ou de "Toy Story 2 & 3" est à nouveau à la manœuvre pour "Coco", qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson.

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Lee Unkrich (

Quel est le point de départ de Coco ? Lee Unkrich : L’inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j’appréciais depuis toujours le "Día de muertos" – le Jour des morts. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune histoire sur cette fête, que c’était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert combien l’idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m’a touché. Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu’on y boit, mange, dort ? LU : Non, on n’a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le mo

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"Ernest et Célestine en hiver" : ours dort

ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que long-métrage ayant donné vie cinématographique en 2012 aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Stéphane Aubier & Vincent Patar, que font-ils sur grand écran sans "plus-value", sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Le Vent dans les roseaux" : Chouette, des films jeune public !

ECRANS | de Arnaud Demuynck, Nicolas Liguori, Rémi Durin, Anaïs Sorrentino & Madina Iskhakova (Fr.-Bel., 1h02) animation

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Emblème des Films du Nord, société de production d’Arnaud Demuynck, la Chouette du Cinéma accueille à nouveau les petits spectateurs dès 6 ans sous son aile (et sa branche) autour d’une sélection de courts-métrages d’animation ayant en partage la thématique de la liberté. Cinq historiettes pour vanter l’indépendance d’esprit et l’insoumission aux dogmes réducteurs (tel le fameux postulat sexiste "les filles sont faites pour être des princesses à protéger et les garçons pour occire des monstres"), pour la plupart situées dans l’univers médiéval. Dans ce joli florilège, on retiendra le très poétique La Licorne de Rémi Durin, adapté de Martine Bourre, conjuguant élégance du trait et délicatesse de la morale (on n’asservit pas qui l’on aime), agrémenté en outre par la voix de Jean-Luc Couchard. De la belle ouvrage.

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Jean-Pierre Bacri : « Avec Olivier Nakache et Éric Toledano, je suis tombé sur deux potes »

ECRANS | Pour "Le Sens de la fête", leur sixième long-métrage en salle le 4 octobre, Olivier Nakache et Éric Toledano (les réalisateurs du fameux "Intouchables") ont partagé le plaisir de l’écriture du scénario avec un maître en la personne de leur interprète, Jean-Pierre Bacri. Entretien exclusif avec trois auteurs unis par le sens de l’affect… et de l’humour à froid.

Vincent Raymond | Samedi 30 septembre 2017

Jean-Pierre Bacri : « Avec Olivier Nakache et Éric Toledano, je suis tombé sur deux potes »

Ces jours heureux puis Nos jours heureux étaient nourris d’expériences vécues. Est-ce encore le cas avec Le Sens de la fête ou bien avez-vous dû vous documenter sur le monde des traiteurs ? Olivier Nakache : C’est exactement… les deux. Avec Éric, dans notre jeunesse, nous avons travaillé dans le milieu de la fête à tout un tas de postes. Et nous avons effectué un travail d’enquête auprès des brigades de serveurs pour pouvoir préparer le scénario au mieux en s’inspirant de la réalité. Le film démarre par une embrouille entre la brigade de serveurs et l’orchestre pour le monte-charge : on a vu dix fois ces querelles d’ego, et la hiérarchie que chacun veut s’inventer. Mais on a dû se récréer des anecdotes vraies pour pouvoir les transformer à notre sauce. Par exemple, les feuilletés aux anchois pour faire patienter les convives, ce n’est pas totalement sorti de notre cerveau… Éric Toledano : Dans les mariages, on a toujours été touchés par ceux

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"Le Sens de la fête" : drôle de mariage

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Samedi 30 septembre 2017

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne leur fera pas grief à la paire Nakache et Toledano, auteurs du fameux Intouchables, de quelques baisses de régime : il y a tant de "vrais" personnages en jeu – pas des silhouettes – que leur donner d

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"Des trésors plein ma poche" : trésors (jeunes) publics

ECRANS | de Ana Chubinidze, Natalia Chernysheva, Camille Müller & Vera Myakisheva (Fr., 0h35min) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Il était une fois un bonhomme miniature, un dragon mélomane, une araignée tricoteuse, un écureuil amateur de luge, une baleine et une poule voulant voler. Il était une fois six réalisatrices à l’origine de ces histoires. Quand il n’en réalise pas lui même, le studio valentinois Folimage aime à rassembler des courts-métrages à destination du tout jeune public dans des programmations à l’éclectisme graphique réjouissant. Les six films ici présentés remplissent leur office, même si comme dans tout trésor qui se respecte, certains joyaux brillent davantage que d’autres. Par exemple, on remarque ici l’aquarelle d’Alena Tomilova sur Le Nuage et la Baleine rappelant évidemment Le Moine et le Poisson de Michael Dudok de Wit ; ou bien La Luge de Olesya Shchukina, qui n’est pas sans évoquer le style anguleux, voire atome, de l’illustration jeunesse de la fin des années 1950.

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"Mon garçon" : surprenant Guillaume Canet, même si...

ECRANS | de Christian Carion (Fr., 1h23) avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier De Benoist…

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Brusquement rappelé à ses devoirs lorsqu'il apprend la disparition de son fils, un père divorcé et absent mène en parallèle de la police une enquête aussi désespérée que désordonnée. Malgré son désespoir et ses entorses à la loi, ses efforts le mènent à une piste. Sera-t-elle la bonne ? Familier ces dernières années de lourdes fresques historiques, Christian Carion ose ici un dispositif plus expérimental rappelant démarche de Steven Soderbergh pour Full Frontal : il dirige un comédien (Guillaume Canet) tenu à l’écart du scénario (ainsi que de l’ensemble de l’équipe) histoire de miser sur sa spontanéité d’individu plutôt que sur son "métier" d’interprète – le tournage en six jours dans les hauteurs du Vercors ajoutant à son conditionnement psychologique. La démarche, ambitieuse et louable, donne lieu à de surprenantes envolées de Canet qu’on ne supposait pas être aussi physique (sortir de sa zone de confiance, ça a du bon ) ainsi qu’à des séquences difficiles à soutenir pour qui est en empathie avec son personnage. Dommage que l’intrigue policière, bien linéaire, manque de quelques chausse-trapes et fausses pistes : l

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"Mr Chat et les Shammies" : tissu de bêtises

ECRANS | de Edmunds Janson (Let., 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Il y a des projets audiovisuels qu’on a du mal à cerner. Ce bout-à-bout de courts-métrages d’animation en fait partie. Si l’on sait depuis Chapi-Chapo et les Tele-Tubbies que les programmes d’éveil destinés aux tout-petits peuvent revêtir des allures franchement psychotropes, Mr Chat et les Shammies les surpasse en bizarrerie… et surtout en laideur. Ici, un chat se trouve investi du rôle de référent adulte auprès des Shammies (des marionnettes anxiogènes faites de patchwork et de brins de laine). Comme il est filmé en vidéo grossière sur un fond moche puis approximativement incrusté dans leur monde, le félin n’a pas le loisir de suivre son instinct, c’est-à-dire les réduire en charpie à coup de griffes et de crocs, dommage ! Il ne peut empêcherez les Shammies d’enchaîner des bêtises soporifiques à base de baignoire ou de chambre mal rangée. Pire : cette grosse peluche bienveillante de Mr Chat finit toujours par les chouchouter ! Cat-astrophique.

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"À la découverte du monde" : Indiana jeunes

ECRANS | de Hélène Ducrocq, Ralf Kukula, Lena von Döhren, Grega Mastnak & Kateřina Karhánková (Fr.-All.-Slo.Tch., 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

On ne se lassera jamais de découvrir les programmes de courts-métrages d’animation jeune public ! Thématiques, ils offrent aux spectateurs un brassage vivifiant de styles graphiques, d’inspirations, mais aussi de provenances. S’adressant aux 3 ans et plus, À la découverte du monde est une excellente livraison : à part le bizarre Monsieur Philodendron, incompréhensible et douteux film slovène, les quatre autres productions méritent l’attention. On signalera une adaptation d’un tendre classique de littérature enfantine, Je suis perdu (devenant ici le fauviste Un peu perdu), et surtout Les Fruits des nuages, qui clôt la séance. Une merveille métaphorique dont les héros sont de petits êtres craintifs confrontés à une pénurie alimentaire, jusqu’à ce que l’un d’entre eux ose quitter leur clairière-refuge. Sans parole – à l’instar des autres films –, cette réalisation tchèque enseigne en douceur aux enfants que grandir consiste à dompter sa peur du monde extérieur. Raison de plus pour aller le découvrir au cinéma.

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"Lou et l’île aux sirènes" : la bonne surprise animée de la semaine

ECRANS | de Masaaki Yuasa (Jap., 1h52) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Ado taciturne vivant dans un village de pêcheurs, Kai aime se réfugier dans sa musique. Se laissant convaincre par deux amis de lycée, il forme avec eux un groupe qui séduit une incroyable fan : Lou, jeune sirène mélomane. Le groupe va tenter de la faire accepter par les villageois… Depuis Takahata et Miyazaki, on sait l’importance du commerce que les Japonais entretiennent avec la Nature, s’incarnant dans de multiples divinités protectrices et volontiers farceuses (voir Pompoko). Nouvel avatar de cette innocence joviale, Lou poursuit l’inscription de ce patrimoine traditionnel dans le monde moderne, luttant contre la voracité humaine pour y préserver leur place – il y aura au moins une morale à en retirer. Si le fond est connu, la forme innove. Au classique duo poétique/grotesque courant dans l’anime nippon, Masaaki Yuasa ajoute des éclats de ce néo-screwball héritier de Tex Avery pour quelques séquences débridées (ah, le frénétique générique !) ; mais aussi des moments plus abstraits, où le graphisme est gouverné par des aplats de couleur. Cette hybridation des styles d’animation profite au film et lui donne un relief esthétique su

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"Molly Monster" : fraternelle couvade pour tout-petits

ECRANS | de Ted Sieger, Michael Ekblad & Matthias Bruhn (Sui.-All.-Nor., 1h09) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Molly trépigne de joie : elle va bientôt être grande sœur ! Mais ses parents sont partis sur l’île aux œufs en oubliant d’emporter le bonnet qu’elle a tricoté pour le futur bébé… Alors Molly ne fait ni une, ni deux et s’en va à leurs trousses… Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce film d’animation en forme de parcours initiatique sous-entend qu’être l’aîné·e d’une fratrie se mérite comme un beau cadeau. Et qu’il faut être prêt·e a triompher de plein d’épreuves dans des ambiances bariolées, plus psychédéliques encore qu’un épisode des Teletubbies passé à la centrifugeuse ou qu’une escapade de Moomins dans l’univers de George Dunning. S’il ne s’avère pas d’un grand secours pour expliquer comment l’on fait les bébés, Molly Monster se révèle en revanche aussi audacieux visuellement que les programmes télévisés en couleur des années 1970.

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"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr., 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Lundi 10 avril 2017

Delphine (Louise Bourgoin) et Yvan (Gilles Lellouche) divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu’il possède, et les occupe, histoire d’avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation. Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone sati

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Guillaume Canet sera ce mercredi à Grenoble pour "Rock'n Roll"

ECRANS | On vient tout juste de l'apprendre – et le Pathé Chavant aussi visiblement ! Dans le but de continuer à promouvoir son film Rock'n Roll sorti (...)

Aurélien Martinez | Mardi 21 février 2017

Guillaume Canet sera ce mercredi à Grenoble pour

On vient tout juste de l'apprendre – et le Pathé Chavant aussi visiblement ! Dans le but de continuer à promouvoir son film Rock'n Roll sorti mercredi 15 février, l’acteur et réalisateur français sera mercredi 22 février à Grenoble pour rencontrer le public de la séance de 19h10. Il interviendra après la diffusion du film, au Pathé Chavant donc. Pour en savoir plus avant la projo, lisez l’interview que nous a accordée Guillaume Canet, qui a « fait sa crise de la quarantaine avec ce film », et notre critique plutôt mitigée. Réservations possibles sur le site du Pathé.

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Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine avec "Rock'n'Roll" »

Interview | Après avoir digéré l’insuccès de "Blood Ties", Guillaume Canet a tout remis à plat. À commencer par sa propre vie, dans une autofiction baptisée "Rock'n'roll”.

Vincent Raymond | Mercredi 15 février 2017

Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine avec

Pourquoi ce film auto-réflexif sur votre métier et votre vie ? Guillaume Canet : Je voulais faire un truc sur l’image depuis longtemps, parce ce que quand on est très exposé, on entend énormément de choses. Ça m’amusait aussi de traiter un autre thème qu’un sujet boutique sur le cinéma ou la notoriété, en parlant du jeunisme et de la quarantaine chez l’homme. Aujourd’hui, on est très recentré sur soi : il faut être sain, avoir des cheveux (pas gris), on doit faire du sport, il y a une culpabilisation autour de la cigarette…. Je n’ai pas eu ma crise de la quarantaine, mais je l’ai faite à travers ce film. Comment avez-vous convaincu les autres (Yvan Attal, Johnny Hallyday, Kev Adams...) de jouer avec leur image ? Ils ont tous été séduits par cette autodérision, cet humour. Yvan Attal, par exemple, que ça faisait marrer que je me fasse appeler "M. Cotillard", m’a envoyé un message de bonne année signé "Yvan Gainsbourg". Lui aussi passe à travers

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"Rock’n’roll" : pas très subversif Monsieur Cotillard

ECRANS | de et avec Guillaume Canet (Fr., 2h03) avec également Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le quadra pète un câble et veut (se) prouver qu’il possède encore au fond de lui une étincelle rebelle. Mais l’a-t-il jamais eue ? Naviguant, à l’instar du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc, dans la sphère privée voire l’intimité des stars, cette autofiction cathartique permet à Canet de (presque) assouvir tous ses fantasmes sans (réellement) basculer dans la transgression : c’est son image, c’est-à-dire son "moi" médiatique, qui prend les coups qu’il s’assène lui-même. Sous l’œil complice de nombreux guests, l’acteur-réalisateur s’inflige un catalogue d’autopunitions gros comme un dico (éprouverait-il un besoin inconscient et masochiste d’expier ?), avant de trouver un second souffle dans une deuxième partie inattendue, nettement plus délirante. Mais à mille lieues de toute subversion, Rock’n

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Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

ECRANS | Le réalisateur de Sahara revient sur la conception de son premier long métrage d'animation. Où l'on apprend comment un éléphant ivre influence une danse serpentine…

Vincent Raymond | Mardi 30 novembre 1999

Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

N’était-ce pas risqué de choisir des serpents pour héros ? C’était une terre vierge : c’est la première fois que l’on fait un film avec des serpents un peu gentils — le contraire de Kaa dans Le Livre de la jungle ou de Persiffleur dans Robin des bois chez Disney. Quand j’en ai parlé aux animateurs, ils trouvaient le concept fort, mais en commençant à réfléchir, ils comprenaient pourquoi on ne l’avait jamais fait (rires). J’avais déjà des dessins sur lesquels j’avais enlevé les crochets et les langues fourchues, qui sont effrayants ; j’avais aussi pensé à suggérer les écailles comme des tatouages au henné pour les femelles et ethniques pour les mâles. Ou mis des yeux frontaux comme les mammifères. Anthropomorphiser un serpent est compliqué pour un animateur, on a donc beaucoup travaillé pour trouver des postures. Ici, rien n’est naturel ; il y a une licence permanente pour leur permettre d’avancer de façon rectiligne alors qu’ils se meuvent de manière sinusoïdale. Et lorsqu’ils vont vite, ils font des sauts rappelant des dauphins, des gazelles ou des belettes — c’est-à-dire des animaux qu’on aime. L’observation de vrais

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Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

ECRANS | Le réalisateur de Sahara revient sur la conception de son premier long métrage d'animation. Où l'on apprend comment un éléphant ivre influence une danse serpentine…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

N’était-ce pas risqué de choisir des serpents pour héros ? C’était une terre vierge : c’est la première fois que l’on fait un film avec des serpents un peu gentils — le contraire de Kaa dans Le Livre de la jungle ou de Persiffleur dans Robin des bois chez Disney. Quand j’en ai parlé aux animateurs, ils trouvaient le concept fort, mais en commençant à réfléchir, ils comprenaient pourquoi on ne l’avait jamais fait (rires). J’avais déjà des dessins sur lesquels j’avais enlevé les crochets et les langues fourchues, qui sont effrayants ; j’avais aussi pensé à suggérer les écailles comme des tatouages au henné pour les femelles et ethniques pour les mâles. Ou mis des yeux frontaux comme les mammifères. Anthropomorphiser un serpent est compliqué pour un animateur, on a donc beaucoup travaillé pour trouver des postures. Ici, rien n’est naturel ; il y a une licence permanente pour leur permettre d’avancer de façon rectiligne alors qu’ils se meuvent de manière sinusoïdale. Et lorsqu’ils vont vite, ils font des sauts rappelant des dauphins, des gazelles ou des belettes — c’est-à-dire des animaux qu’on aime. L’observation de vrais

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

ECRANS | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harmonie d’ensemble et livre une œuvre d’une jol

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"Louise en hiver" : seule au monde

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr., 1h15) animation

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Vacancière âgée dans une station balnéaire, Louise a manqué le dernier train de retour de la saison. La voilà prise au piège dans sa maison de villégiature pour l’hiver, avec pour seule compagnie la mer, ses souvenirs et un chien… Langueur de sieste et tonalité pastel portent ce film au ralenti, comme des vaguelettes bercent un bateau amarré à quai. Bien sûr, la technique artisanale est superbe, et la maestria de Jean-François Laguionie (Le Tableau) toujours intacte, mais le format court-métrage eût été suffisant pour venir à bout des vacances involontaires de cette Madame Hulotte en retraite. Sans doute le voyage intérieur que Louise accomplit dans sa nostalgie fera-t-il écho auprès des têtes argentées ; encore faut-il que ces spectateurs consentent à aller voir un film d’animation sans bambin pour escorte – ce qui n’est pas, hélas, toujours gagné. Demeure un étonnement : pourquoi avoir attribué à Louise le timbre râpeux de Dominique Frot, alors que sa silhouette et son minois semblent avoir été calqués sur la douce Isa

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"Cézanne et moi" : peindre ou faire la moue

ECRANS | de Danièle Thompson (Fr., 1h54) avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François…

Vincent Raymond | Lundi 19 septembre 2016

Cézanne vient visiter son camarade Zola en sa demeure, avec au cœur l’envie d’en découdre : Paul n’a pas apprécié d’avoir servi (à son insu) de modèle pour le roman d’Émile L’Œuvre. Et zou, flash-back dans leur enfance provençale, leur jeunesse bohème – sans Aznavour – mais avec de la vache enragée à Paris, leurs succès et échecs, leurs femmes ; le tout sous de la belle lumière avec de l’accent qui chante… Le cinéma qualité française n’est pas mort, il bouge encore. Enfin, il se contente d’exhaler un parfum de térébenthine patinée et de dérouler des saynètes minutieusement datées comme on arrache les feuillets d’un éphéméride. Dans cette carte postale, les deux Guillaume font ce que l’on attend d’eux : l’un "galliennise" l’exubérance méridionale libertaire jusqu’au bout du pinceau, l’autre "canettise" la componction du notable parvenu et tente de nous convaincre qu’il a un gros ventre – sans y parvenir, d’ailleurs. Vraiment, Danielle Thompson a bien fait d’arrêter les films de groupes et de familles hystériques pour se consacrer au futur contenu télévisuel des fins d’après-midis d’hiver…

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Robinson Crusoe

ECRANS | de Vincent Kesteloot & Ben Stassen (Bel., 1h30) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Robinson Crusoe

Le plus célèbre naufragé du monde refait surface, sous forme animée et en 3D. Mais était-ce bien nécessaire ? Pour “justifier” cette adaptation du roman de Daniel Defoe à destination d’un jeune public, on a gratifié le marin perdu d’animaux parlants, de chats maléfiques, de couleurs saturées et de péripéties moisies. Ajoutons un registre d’expressions faciales limitées et des textures peu travaillées pour faire bonne mesure. Heureusement qu’une séquence durant une poursuite sur un aqueduc offre quelques sensations fortes : pendant quelques secondes, on est proprement désorienté, n’ayant plus conscience du haut ni du bas ! S’échouant sur nos écrans à Pâques (les vacances, pas l’île), ce film encore plus malade que Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout (2012) constitue la meilleure incitation à lire la prose du regretté Michel Tournier, qui avait livré en 1967 sa variante sur le mythe de Robinson Crusoé. VR

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Ma petite planète verte

ECRANS | de 5 réalisateurs (Bel./Mex./Can./Fin./Cor., 0h36) animation

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Ma petite planète verte

L’environnement étant dans l’air du temps (pas trop tôt), tout comme les programmes de courts-métrages à destination des tout-petits, il était inéluctable qu’un distributeur en vienne à mêler les deux concepts. Ici, on sensibilise donc par l’image les bambins de 3 ans aux dangers du réchauffement climatique (Bienvenue chez moi !), au respect de la nature (Prends soin de la forêt), aux misères des animaux en batterie (Paola Poule Pondeuse) ; on leur enseigne à ne pas gaspiller l’eau (S’il vous plaît, gouttelettes). Mais pourquoi diantre conclure avec Le Bac à sable ? Une interminable fantaisie vieillotte et canadienne qui doit illustrer l'idée du recyclage… VR

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Les Espiègles

ECRANS | De Janis Cimermanis (Let., 45min) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Espiègles

Visible dès 3 ans, cette nouvelle récolte de courts-métrages animés issus des studios lettons AB, signés par l’auteur de SOS Brigade de secours !, est très axée sur les questions de nature – l’espièglerie étant l’arme pacifique dont les animaux se servent pour se prémunir des attaques ou de la désinvolture humaine. Réalisés en stop motion à partir de pâte à modeler et de poupées dont les fibres diverses hurlent leur origine synthétique et les colorants non biologiques, ces petits films bariolés se révèlent toujours aussi plaisants à découvrir.

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Dofus - Livre 1 : Julith

ECRANS | D'Anthony Roux & Jean-Jacques Denis (Fr., 1h47) animation

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Dofus - Livre 1 : Julith

Exception notable dans la constellation des jeux de rôle en ligne ET des manga, Dofus est une création 100% tricolore – cela ne lui décerne pas d’office un brevet d’excellence, mais mérite que l’on s’intéresse à son cas. Déjà décliné avec succès dans une série animée télévisée, son univers heroic fantasy, aux arcs narratifs entre Star Wars (pour le côté orphelin à pouvoirs héritier de puissances maléfiques) et Dragon Ball (pour l’aspect quête en meute baroque et les acolytes grotesques dragueurs) passe au tableau supérieur en s’offrant le grand écran grâce Gebeka. Sans rivaliser avec ces vis sans fin (ont-elles d’ailleurs jamais eu un commencement ?) que sont Naruto ou One Piece, ce qui s’annonce comme un premier opus trouve sa place et son rythme ; il peut même se gagner un public plus adulte que la cible de base, ravi d’y trouver un second niveau de lecture. Un brin coquin, comme le veut la tradition, mais plus goguenard qu’égrillard…

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Tout en haut du monde

ECRANS | De Rémi Chayé (Fr, 1h20) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Car même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, Dragons voire à L’Âge de glace, ces films souffrent tout de même d’un regrettable conformisme esthétique – quand ils ne succombent pas à certains tics et gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs n’avait le droit de s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinésates ont une autre approche. Parce qu’ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité (cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres), ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants et moins glamour, tout en réfléchissant à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. R

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Le Combat ordinaire

ECRANS | De Laurent Tuel (Fr, 1h40) avec Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler…

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

Le Combat ordinaire

Extraire la bande dessinée de sa gangue d’imaginaire pour la ramener sur le territoire de la chronique réaliste : c’est dans le fond le principe de ce qu’on appelle le "roman graphique". Manu Larcenet avec Le Combat ordinaire, récit des conflits qui émaillent la vie d’un trentenaire sujet aux crises d’angoisse et à la disparition annoncée de son père, en a livré un exemple convaincant. Le problème, c’est que cette matière-là, originale dans le cadre de la BD, est totalement éculée en ce qui concerne le cinéma (français), et cette adaptation signée Laurent Tuel en fait la cruelle démonstration. Car rien de plus attendu que ces scènes de la vie quotidienne faites d’atermoiements (dois-je m’installer avec ma copine ? Avoir un enfant ? Renoncer à ma vie parisienne pour me ressourcer à la campagne ?) et de plaisirs minuscules, d’angoisses et de regrets… Surtout quand Tuel les filme avec une caméra à l’épaule lourde et envahissante (aucune grâce dans les déplacements et tremblements du caméraman) et qu’il confie à Nicolas Duvauchelle, dont le jeu inarticulé et l’inexpressivité deviennent franchement pénibles, le soin de les incarner. Face à lui, Maud Wyler n’a aucun

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Les eaux troubles de l’affaire Clearstream

ACTUS | Alors que sort ce mercredi le film "L’Enquête" de Vincent Garenq qui retrace le travail acharné de Denis Robert pour démontrer les pratiques de Clearstream, la banque des banques luxembourgeoise, retour sur un scandale qui a redéfini les rapports entre la presse, la finance et l’État. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Les eaux troubles de l’affaire Clearstream

Il n’a pas une tête de victime, mais on sent qu’il en a bavé. Le jeune homme vif et impertinent que l’on voyait de temps en temps à la télé dans les années 90 en a pris un coup : les cheveux, comme la barbe, ont blanchi et se sont dégarnis, les yeux sont cernés, et il a pris quelques kilos. Normal, dira-t-on, à 56 ans… Mais de 2001 à 2011, Denis Robert a payé dans tous les sens du terme un combat inégal, façon David contre Goliath, qui l’a vu s’opposer à Clearstream, «la banque des banques», créée dans un grand duché du Luxembourg devenu premier paradis fiscal européen et plaque tournante des mœurs les plus répréhensibles de la finance mondialisée. La Boîte noire et le puits sans fond En 1995, Robert plaque son job de journaliste à Libération suite à un édito caviardé par la direction et décide de se mettre à son compte, prêt à révéler les pratiques illicites des partis politiques, ce qui le conduit naturellement vers la question des paradis fiscaux. Une piste en forme d’impasse : Robert pense alors qu’il est impossible de tracer les échanges financiers dès lors que ceux-ci se retrouvent offshore. Mais en 1997, il rencontre Ernest Bac

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L’Enquête

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h46) avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

L’Enquête

C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là : les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à de Villepin en passant pa

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La Prochaine fois je viserai le cœur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

La Prochaine fois je viserai le cœur

Comme Vie sauvage d’un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s’inspire d’un fait divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d’un tueur en série dans l’Oise qui s’est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier – un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme. Le film est d’abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une fois encore les clichés des fictions françaises – des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados... Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l’affronter à l’écran : la peur des femmes et la haine de soi qui s’empare du gendarme lorsqu’il commence à les désirer. Le personnage d’Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se résume à qu

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure de Cédric Kahn (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres de Jacques Audiard, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial (le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau) pèse lourd sur les péripéties à venir – dont une obscure visite à d

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! «L’idée» en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario – pas grave – et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations – les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas f

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