"Jalouse" : Karin Viard, tout simplement

ECRANS | de David & Stéphane Foenkinos (Fr., 1h42) avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Photo : Mandarin production / Studio Canal / France 2 Cinéma / Séverine Brigeot


Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu'elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ?

Pour leur premier long, les frères Foenkinos s'étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé – malgré François Damiens. Partant ici d'un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c'est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir.

Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d'un jour), sa présence prédatrice s'imposait au centre de cette toile d'araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides (même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d'espace), l'actrice oscille à la merveille dans ce qui s'annonçait pareil à une comédie banale mais se révèle peu à peu comme un drame rongé par la gêne et l'angoisse. Grâce à cette bascule, Jalouse sort du champ du prévisible, si peu fécond.


Jalouse

De David Foenkinos, Stéphane Foenkinos (Fr, 1h46) avec Karin Viard, Anne Dorval, Anaïs Demoustier...

De David Foenkinos, Stéphane Foenkinos (Fr, 1h46) avec Karin Viard, Anne Dorval, Anaïs Demoustier...

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Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d'action s'étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage... Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.


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"Chanson Douce" : requiem pour un film

ECRANS | De Lucie Borleteau (Fr., 1h40) avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Un couple de trentenaires parisiens épanouis cherche la perle rare pour s’occuper de ses deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence… De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni "objet" littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines. Et notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse, mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop

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"Matthias & Maxime" : embrasse-moi idiot

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Can., 1h59) avec également Gabriel D'Almeida Freitas, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 14 octobre 2019

À la suite d’un pari perdu, deux amis d’enfance (Matthias et Maxime) doivent s’embrasser devant une caméra. La situation les perturbe profondément et affecte leur relation, d’autant plus tendue que Maxime va partir deux ans en Australie. Ce baiser aurait-il révélé une vérité enfouie ? Débarrassons-nous tout de suite des tics dolanniens qui, à l’instar d’excipients dans une recette, font du volume autour du "principe actif", en l’occurrence, le cœur palpitant et original du film. Oui, on retrouve un portrait vitriolé de la génération parentale, en particulier des mères – les pères étant globalement absents. La génitrice du personnage de Maxime joué par Xavier Dolan apparaît dysfonctionnelle, excessive (et droguée, violente, sous tutelle pour faire bonne mesure). Autre constante, la B.O. ressemble encore au juke box personnel du cinéaste, les aplats de musiques se révélant bien commodes pour faire des ponts entre séquences. Sorti de cela, Matthias & Maxime se situe dans un registre moins exalté qu’à l’ordinaire : la trentaine approchant, la rébellion s’amenuise et certaines paix intimes se conquièrent. Ce qui ne si

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"Les Chatouilles" : Andréa Bescond, touchée mais pas coulée

ECRANS | Portant le fardeau d’une enfance abusée, Odette craque et solde son passé, subissant en sus l’incrédulité hostile de sa mère. Une histoire vraie passée par la scène peinant à trouver sa pleine voix au cinéma mais heureusement relayée par des comédiens d’exception.

Vincent Raymond | Lundi 12 novembre 2018

Enfant, Odette a régulièrement été abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en "chatouilles". À l’âge adulte, la danse ne suffisant plus pour exorciser son passé, Odette entreprend (à reculons) une psychanalyse. Et lutte en sus contre le déni maternel… Comme un écho douloureux. Un semaine après la sortie d’Un amour impossible de Catherine Corsini d'après un roman de Christine Angot, ce premier long-métrage coréalisé par Éric Métayer et Andréa Bescond, adaptation du spectacle autobio-cathartique de cette dernière, aborde à nouveau (et plus frontalement encore) l’abominable question des attouchements et des viols sur mineur·es. S’il a fallu à l’autrice-interprète principale une dose de courage à peine concevable pour se livrer aussi crûment et se reconstruire, on ne peut cependant pas taire sa perplexité face à

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"Voyez comme on danse" : les lauriers de Michel Blanc sont fanés

ECRANS | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules (Julien, un parano qui la trompe). Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales – ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois. Quant à la fin, comme sabordée, elle fait un peu peine à voir. Rendez-nous le Mic

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Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Interview | Agnès Jaoui campe le premier rôle dans "Aurore", une comédie insolite de Blandine Lenoir sur la ménopause et contre la tyrannie des apparences. On l'a rencontrée.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Aurore aborde un sujet concernant les femmes de plus de cinquante ans, et sort justement au moment où l’on parle de la difficulté des actrices de cet âge de se voir confier des rôles… Agnès Jaoui : Le cinéma reflète peu ou prou la société civile, où les femmes ont moins de postes importants. Si on écrit un rôle de chirurgien, de commissaire, de personnalité politique, on ne va pas forcément penser à une femme, alors que ça pourrait être simplement le cas. Souvent, on va se sentir obligé de faire en sorte que ça devienne un sujet en soi. Ce que je trouve aussi très énervant, c’est que les acteurs masculins de 40 à 70 ans ont souvent des épouses ayant 20 ou 30 ans de moins qu’eux, et que plein de femmes se battent pour eux alors qu’ils sont vieux et bedonnants. Ça m’irrite profondément parce que dans la vie, Dieu merci, beaucoup d’hommes de 50 ans et plus sont avec des femmes de leur âge parce qu’ils les aiment. Bizarrement, quand on passe au cinéma, elles perdent 20 ans – et 20 kg en gén

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"Aurore" : elle est libre Agnès Jaoui !

ECRANS | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée de Blandine Lenoir sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Dimanche 23 avril 2017

Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu’elle est enceinte, sa cadette son désir d’arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour. Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l’écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d’être ce qu’elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. À ces comédiennes qui s’offrent "nues" à la caméra, non sans vêtement mais dans la vérité de leur âge et la pureté d’un jeu dépourvu d’afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d’Agnès Jaoui,

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"Le Petit Locataire" : un dernier pour la route ? Non merci !

ECRANS | de Nadège Loiseau (Fr., 1h39) avec Karin Viard, Philippe Rebbot, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Aux abords de la ménopause, une fringante grand-mère se découvre enceinte. Compliqué, quand on fait tourner quasi seule une maisonnée comprenant une aïeule déclinante, un mari velléitaire, une fille immature mère-célibataire, et qu’il faut s’éviter toute émotion… Version rallongée d’un court-métrage (retournée, du coup, avec une nouvelle distribution), cette comédie n’a pas grand-chose de surprenant dans le ventre. Alors, elle se repose confortablement sur sa distribution, les rôles-clés étant confiés à des interprètes coutumiers d’emplois similaires : Karin Viard en tornade fofolle mais attach(i)ante et Philippe Rebbot en aboulique sympa mais lunaire – tous deux habillés en un peu trop démodé pour être réaliste. Ça n’est pas bien méchant ; pas tellement rythmé non plus : une enfilade de gags en gestation jusqu’au terme, précipité par quelques contractions artificielles. L’impression d’une soirée téléfilm sans les chaussons, en somme. La toujours lumineuse présence d’Hélène Vincent, en ancêtre yoyotante, et celle du bonhomme Antoine Bertrand apportent heureusement une bouffée de poésie fantasque.

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"Réparer les vivants" : Simon, as-tu du cœur ?

ECRANS | de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

À l’hôpital où des parents viennent d’apprendre que Simon, leur ado accidenté, se trouve en mort cérébrale, un médecin aborde avec tact la question du don d’organes. Ailleurs, une femme attend un cœur pour continuer à vivre… Cette transplantation du roman multiprimé de Maylis de Kerangal sur support cinéma présente des suites opératoires tout à fait attendues, en regard du protocole suivi. En convoquant une galerie d’interprètes popu/tendance autour d’un sujet touchant à un drame intime et à l’éthique, Katell Quillévéré est en effet assurée d’avoir son film-dossier programmé en amorce de mille débats, et que ses comédien(ne)s recevront un prix ici ou là. D’accord, elle nous évite avec raison toute forme d’hystérie et de tachycardie artificielle dans le montage (pour ne pas singer Urgences), mais le rythme est tout de même bien pépère et l’ambiance cotonneuse. Sage, gentiment didactique et surtout un brin trop aseptisé.

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Xavier Dolan : « Lagarce parle des choses essentielles que l’on tait »

ECRANS | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan, en salle mercredi 21 septembre. Le réalisateur et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Samedi 17 septembre 2016

Xavier Dolan : « Lagarce parle des choses essentielles que l’on tait »

Xavier, ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un "entre-film" ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Life of John F. Donovan [son prochain film, en langue anglaise – NDLR] et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire "on peut faire Donovan tout suite", j’aurais dit "trop tard, c’est celui-ci que je fais". Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et, de manière plus générale, avec son théâtre ? XD : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval [comédienne vue dans certains de ses films – NDLR], un jour, m’a parlé d’u

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"La famille Bélier" en plein air à Voiron le 12 juillet

ECRANS | Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en (...)

Vincent Raymond | Dimanche 3 juillet 2016

Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en plein air du film d’Éric Lartigau ? La saison chaude se prêtant aux veillées à rallonge en famille, emmenez marmaille, voisins et cousins à cette séance démarrant à la nuit tombée, organisée dans le cadre des Passeurs d’images. Bon, après, il reste toujours le problème Sardou : difficile de faire abstraction de ses chansons laissant ici autant d’impacts qu’il y a de cratères sur la Lune. Cela doit être le prix à payer, puisque la séance est gratuite. Rendez-vous mardi 12 juillet, cour de l'école Jean Moulin, place Salvador Allende, à Voiron donc.

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Éric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies d'hara-kiri critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des frères Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur, n’

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier Festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même bancal, même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans – dommage q

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mixe de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an (et même six mois pour Viard) qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent.

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse hi-tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro-domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-ê

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Ma part du gâteau

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Gilles Lellouche…

François Cau | Mercredi 9 mars 2011

Ma part du gâteau

D’un côté, un trader irresponsable, mauvais père et vrai goujat (Lellouche, plutôt bien, il faut le souligner) ; de l’autre, une ouvrière du Nord licenciée de son usine, qui se fait embaucher comme femme à tout faire chez ce même trader (Karin Viard, méritante vu ce qu’on lui demande de faire). De cet argument pioché dans l’actualité, Cédric Klapisch tire une comédie pamphlétaire, ce qui résume assez bien l’impasse dans laquelle il s’engouffre. Imaginez Stéphane Hessel ayant glissé des blagues Carambar dans son Indignez-vous, et vous aurez une idée de ce qu’est Ma Part du gâteau. Non seulement la comédie est lourde (Karin Viard avec l’accent russe, Karin Viard parle anglais avec les maîtres du Dow Jones, arf !), mais elle annule toute la colère que le cinéaste voulait exprimer face à son sujet. Lors de l’escapade vénitienne de Lellouche avec la mannequin ou pendant les adieux de Karin Viard à son ancien mari, le film ébauche ce qu’il aurait pu être : un conte amer, sérieux et cruel. Mais non, ce sont les vieux fantasmes sociologiques et les réflexes sarcastiques de Klapisch qui l’emportent, conduisant vers une dernière séquence qui pose un gros problème, soudain appel à l’insurrect

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