"America" : plongée saisissante dans l'Amérique profonde (et trumpiste)

ECRANS | de Claus Drexel (ÉU, 1h22) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 12 mars 2018

Photo : Sylvain Leser


Alors que la campagne présidentielle américaine de 2016 bat son plein, le documentariste Claus Drexel fait une longue escale à Seligman, Arizona. Et donne la parole à ces ressortissants de l'"Amérique profonde" dont les voix comptent autant que celles, plus médiatisées, des côtes est et ouest. À la manière d'un zoom, le documentaire America complète et approfondit le We Blew it (2017) de Jean-Baptiste Thoret, tourné partiellement (et concomitamment) à Seligman : on note d'ailleurs quelques protagonistes en commun, dont le coiffeur vétéran.

Avec Martin Weill pour l'émission Quotidien, Drexel est l'un des rares à avoir ausculté la réalité, pressentant ce qu'aucune bonne conscience (malgré le précédent Bush/Gore) ne se résolvait à considérer comme possible. Prenant le temps d'interroger longuement des citoyens (gens ordinaires, électeurs, militants ou non), le documentariste a fouillé une conscience sociale baignée plus qu'abreuvée par les discours de propagande de Trump. On ne voit pour ainsi dire jamais les images du candidat républicain, mais sa bande-son est omniprésente. Et elle fait écho aux préoccupations des laissés-pour-compte : ancienne combattante, chômeurs, partisan·e·s du deuxième amendement… Tous ceux, fatalement majoritaires, ne se reconnaissant pas dans l'image du citadin fédéral.

Loin de prendre ses interlocuteurs de haut, avec la morgue de celui qui vient pour donner la leçon, Drexel obtient des témoignages tristement compréhensibles : le sentiment d'abandon pousse au besoin régressif d'être une "grande Nation", nostalgie d'un âge d'or chimérique. Titrant son film sur une carcasse animale en position christique, Drexel l'achève avec un plan ô combien synthétique et symbolique : un interminable convoi ferroviaire chargé jusqu'à la gueule de tanks flambant neufs, traçant dans le désert alors qu'au premier plan rouille sur place du matériel agricole. L'Amérique a fait son choix ; tout est dit. Tristement édifiant.


America

De Claus Drexel (ÉU, 1h22)

De Claus Drexel (ÉU, 1h22)

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Novembre 2016 : les États-Unis s’apprêtent à élire leur nouveau président. America est une plongée vertigineuse au cœur de l’Arizona, à la rencontre des habitants d’une petite ville traversée par la Route 66.


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Le tour du monde à Albertville

Festival | Alors comme ça on ne causerait plus périples et destinations exotiques au Grand Bivouac, premier festival de France consacré au voyage ? La question se (...)

Jérémy Tronc | Mardi 19 octobre 2021

Le tour du monde à Albertville

Alors comme ça on ne causerait plus périples et destinations exotiques au Grand Bivouac, premier festival de France consacré au voyage ? La question se pose pour l’édition 2021 et sa base-line déroutante pour les premiers habitués de l’événement : Festival du film documentaire et du livre. La promotion du voyage et des cultures du monde n’apparaît ainsi plus comme la raison d’être de ce rendez-vous culturel lancé à Albertville en 2002. Guy Chaumereuil, président fondateur du Grand Bivouac, nuance : « Disons qu’on a inversé la proposition mais qu’on garde l’esprit du voyage. On s’est aperçu qu’on ne pouvait pas continuer à passer notre temps à se raconter nous-mêmes en voyage. Il faut être lucide sur nos aventures. Ce n’est pas parce qu’on a vu des paysages exotiques et rencontré des peuples d’autres pays qu’on aura une meilleure compréhension du monde. » Destinées Malgré une reconnaissance publique et critique certaine, le Grand Bivouac a donc revu sa copie en laissant le voyageur (et son regard ethnocentré ?) au bord de la route et en s’intéressant directement aux destiné

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"The Last Hillbilly" : chroniques des Appalaches

ECRANS | ★★★☆☆ De Thomas Jenkoe & Diane-Sara Bouzgarrou (Fr.-Qat., 1h20) documentaire En salles le 30 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Au fin fond du Kentucky, dans une montagne jadis exploitée pour son charbon, subsistent quelques rares familles, dont celle de Brian. Mémorialiste et aède des "derniers bouseux" de cette contrée, il donne une vision intérieure, volontiers bucolique, de cette population souvent oubliée et généralement assimilée aux "white trash" dégénérés (les consanguins de Délivrance, la famille de Cletus dans Les Simpson) ou que le dénuement conduit aux lisières du monde social (Winter’s Bone), puis politique (voir les interlocuteurs de Claus Drexel dans son documentaire America). Même si Brian n’a pas le côté survivaliste extrême du Captain Fantastic de Matt Ross, il partage avec lui une forme d’érudition naturaliste plus proche de Thoreau que de Trump. The Last Hillbilly rappelle que cette Amérique existe, au même titre qu’existe chez nous la Creuse ou la Lozère, et que si elle souffre, elle est attachée à son territoire et n’a pas encore abandonné tout espoir. Pour combien de temps encore ?

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"Un pays qui se tient sage" : et dans un triste État…

ECRANS | ★★★★☆ Documentaire de David Dufresne (Fr., 1h26)

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Le comble pour un journaliste-documentariste est de signer un film en phase avec l’actualité. Hélas, serait-on tenté d’ajouter à propos de celui de David Dufresne, édifiant travail d’information et d’analyse sociologique, intellectuelle, historique sur les violences policières (et leurs conséquences) observées et subies par les manifestants français depuis 2017. Coïncidence : cela correspond à l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Alors que le nouveau dispositif de sécurité (le "schéma national du maintien de l’ordre") tout juste paru laisse entendre que tous les journalistes et observateurs des manifestations (et donc potentiels témoins d’exactions policières) seront désormais susceptibles d’être interpelés pendant l’exercice de leur métier, en violation de leur imprescriptible droit d’informer, Un pays qui se tient sage tombe à pic. Dufresne a en effet collecté toutes ces images captées durant le mouvement des Gilets jaunes notammen

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"Mamacita" : la mamatriarche

ECRANS | Documentaire de Jose Pablo Estrada Torrescano (Mex., 1h15)

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Bientôt centenaire, la Mexicaine Mamacita n’a rien d’une grand-mère gâteau. Partie de rien, cette femme à poigne, ayant réussi à monter une chaîne de salons de beauté, avait fait promettre à son petit-fils parti étudier le cinéma en Allemagne qu’il lui consacrerait un film. Le voici… Impressionnante, irritante et attachante à la fois… Au fil de ses images, Jose Pablo Estrada Torrescano révèle sans filtre une maîtresse-femme assumant fièrement sa coquetterie et son autorité (voire, son autoritarisme), mâtinée d’une redoutable mauvaise foi chronique. Mais cet aplomb d’acier, conjugué à son tempérament baroque, apparaît comme le pilier de sa résilience, Mamacita ayant eu à dépasser les revers de fortune de ses parents. Bien que volontiers rudoyé par son aïeule, Jose Pablo Estrada Torrescano va parvenir à force de présence et de bienveillance à lui arracher des confidences très intimes sur son rapport à ses "fantômes" et lui faire fendre l’armure pour la première fois de sa tumultueuse vie. Mamacita aurait-elle livré toutes ces vérités sans l’interface artéfactuelle de la caméra et donc la certitude d’une part de postérité ? Rien n’est moins sûr. Ce qu’elle livre

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"Pahokee, une jeunesse américaine" : un documentaire proposé par Mon Ciné jeudi

Cinema | Très actif en ce Mois du documentaire, Mon Ciné réussit un joli coup en programmant en avant-première le Prix du Jury du Festival des Champs-Élysées, Pahokee une (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Très actif en ce Mois du documentaire, Mon Ciné réussit un joli coup en programmant en avant-première le Prix du Jury du Festival des Champs-Élysées, Pahokee une jeunesse américaine de Ivete Lucas et Patrick Bresnan. On y suit le parcours de quatre ados d’une petite ville de Floride durant une année, peu avant de partir pour l’université. Un portrait de groupe, mais aussi de l’Amérique. Pourquoi pas en regard avec l’excellent Knives and Skin ? À Mon Ciné (Saint-Martin d'Hères), jeudi 21 novembre, à 20h.

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"Nous le peuple" : constituante tuée dans l’œuf

ECRANS | De Claudine Bories et Patrice Chagnard (Fr., 1h39) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

2018. À l’occasion du projet de réforme constitutionnelle, trois groupes travaillent ensemble, échangeant par vidéo. Les uns sont en prison, d’autres dans un lycée ; les troisièmes sont issus d’une association de mères de famille en banlieue parisienne. Que naîtra-t-il de leurs débats ? On peut légitimement entrer à reculons dans ce film, redoutant une confiscation de la parole par des médiateurs socio-cu ou le téléguidage par un quelconque sous-bureau d’un vague ministère de la cohésion de la Ville et de la participation participative. Et puis non : l’association agréée d’éducation populaire, Les Lucioles du Doc, à l’initiative de ces ateliers, reste discrète, stimulant les réflexions. Quant aux intervenants, ils sont loin d’être des figurants ou déconnectés de la "chose constitutionnelle" – ce texte commun, fédérateur et garant des valeurs nationales. Leur voix est patiemment recueillie, soupesée et, naturellement, des propositions plus vastes qu’une somme de revendications individuelles se forment au sein de cette agora virtuelle. Hélas, la réussite de ce processus démocratique (entérinant la viabilité d’une démarche participative) va se fracasser contre

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Patriarcat hors-jeu avec le festival Foot d’Elles

ECRANS | En parallèle de la Coupe du monde de football féminin est organisé partout en France ce festival de cinéma sous-titré « dribbler la différence ». On s'est penchés sur sa déclinaison grenobloise.

Élise Lemelle | Mardi 11 juin 2019

Patriarcat hors-jeu avec le festival Foot d’Elles

Pour la première fois, les stades français accueillent la Coupe du monde de football féminin (elle a commencé le 7 juin). Et pour l’occasion, le festival Foot d’Elles voit le jour, surprenante alliance entre ballon rond et cinéma. Visant à rappeler à quel point le foot peut agir comme facteur d’insertion sociale et professionnelle pour les femmes, Foot d’Elles parcourt la France entière avec une programmation axée autour de six thématiques allant d’un historique du foot féminin français jusqu’à la déconstruction des représentations sociales en passant par les actions essentielles pour une meilleure parité. Une majorité de documentaires composent la sélection, brossant le portrait d’héroïnes et de héros se battant pour faire évoluer les mentalités. Pour donner un écho à ces projections, une série de débats est prévue, histoire d’approfondir les questions soulevées par les films. Chaque ville-étape bénéficiant d’une sélection différente, la programmation grenobloise comptera six œuvres diffusées dans six lieux différents – des cinémas, des associations ou encore en plein air. Citons notamment Les Filles du stade (mardi 25 juin à

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"Le Fils" : la fabrique russe des petits soldats

ECRANS | D'Alexander Abaturov (Rus-Fr, 1h11) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre, l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexander Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’était leur marinière rouge, ils pourraient être les bidasses du Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats "pour de rire" (avec pommettes en charpie et nez explosé), les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, le documentariste glisse des instants de la vie des parents orphelins de Dima, trompant leur pe

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Vie et mort de l'ère américaine avec Denys Arcand

ECRANS | Jeudi 2 et vendredi 3 mai, la Cinémathèque de Grenoble diffuse les deux films cultes du réalisateur québécois : "Le Déclin de l’Empire américain" et "Les Invasions barbares".

Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

Vie et mort de l'ère américaine avec Denys Arcand

La sortie en février dernier de La Chute de l’Empire américain de Denys Arcand a eu plusieurs vertus. D’abord celle de nous présenter un état de notre société asservie par l’argent – constat guère euphorisant, on vous l'accorde. Mais aussi celle de clore une trilogie consacrée à l’effondrement de notre monde contemporain – oui, ça n’est pas plus réjouissant. Surtout, ce polar mâtiné de philo nous a permis de reprendre des nouvelles du cinéaste québécois à qui la Cinémathèque de Grenoble rend hommage en programmant justement les deux premiers volets de la trilogie dans le cadre du Mois du Canada organisé à Grenoble. Deux opus qui se suivent, où gravite le même groupe de personnages, rejoints toutefois par de nouvelles têtes dans le second volume. Des hommes et des femmes interprétés par les comédiens fétiches du cinéaste, volontiers bavards, vidant leur sac et leur conscience, rendant compte des travers de leur époque et des inflexions du temps sur leur caractère. Dans Le Décli

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Denys Arcand : « Le cadre du thriller est comme celui de la tragédie »

ECRANS | Conteur jovial à la vue perçante, Denys Arcand analyse la société avec une précision clinique et livre des constats doux-amers sur son évolution. Entre polar et comédie, "La Chute de l'Empire américain", nouvel opus de sa trilogie (après "Le Déclin de l'Empire américain" et "Les Invasions barbares") teinté de philosophie, fait mal à la conscience. Rencontre.

Vincent Raymond | Jeudi 21 février 2019

Denys Arcand : « Le cadre du thriller est comme celui de la tragédie »

À quel moment avez-vous choisi la tonalité de votre nouveau film La Chute de l'Empire américain ? Denys Arcand : Je ne sais jamais quel film je vais commencer quand j’en termine un ! Là, il s’était produit une espèce de règlement de comptes à Montréal : un chef de gang noir avait été abattu pour avoir prêté allégeance au "mauvais" leader de la mafia calabraise. Ce chef de gang avait une fausse boutique de mode dans le centre de Montréal, qui en fait était une banque : rien que dans la section ouest de Montréal, son commerce récoltait cinq millions de dollars par mois et lessivait l’argent. Dans mon film, on a la récolte de deux mois. Le patron de la mafia calabraise a décidé de l’exécuter, et il y a plusieurs morts. Ça a été extrêmement violent, d’autant que ça s’est passé à midi et demi en plein milieu de rues passantes. J’ai pris des notes, j’ai rencontré un inspecteur de police mêlé à l’histoire et j’ai commencé à m’intéresser à la manière dont on pouvait fa

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"La Chute de l’Empire américain" : Denys Arcand, troisième claque

ECRANS | de Denys Arcand (Qué, 2h09) avec Alexandre Landry, Maripier Morin, Rémy Girard…

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

Docteur en philosophie, Pierre-Paul est accablé par la conscience de son savoir comme par l’état du monde. Bénévole auprès de nécessiteux, il livre des colis pour subsister. Son existence va changer quand, témoin d’un hold-up, il récupère une énorme somme appartenant à un gang… Annoncé comme le troisième opus complétant Le Déclin de l’Empire américain (1987) et Les Invasions barbares (2003), ce film boucle une manière de trilogie où la continuité s’effectuerait non dans la poursuite des aventures des personnages des épisodes précédents, mais à travers une analyse de l’air du temps. Comme si le réalisateur Denys Arcand carottait tous les quinze ans l’atmosphère québécoise et l’interprétait en une pièce cinématographique. Seule constante : des héros déboussolés, déphasés par rapport au cours de l’époque. Cette Chute… pourrait bien être l’apogée de la trilogie. Car elle combine une intrigue de polar solidement ficelée à des paradoxes d’éthique à tiroirs (un bien illégal mal acquis peut-il profiter si les intentions sont louables ? des voleurs de voleurs méritent-ils d'échappe

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"Dragons 3 : le monde caché" : la flamme de sa vie

ECRANS | de Dean DeBlois (ÉU, 1h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Mâle alpha et donc roi des dragons, Krokmou n’est plus tout à fait le seul survivant de son espèce : une femelle Furie Éclair existe et elle est entre les mains de Grimmel, un féroce exterminateur de dragons. Harold et Astrid vont devoir faire feu de tout bois pour le sauver, ainsi que leur village… Cela devait arriver. Non pas qu’un troisième volet de la franchise méga-rentable voie le jour, mais que Krokmou fasse des petits. Encore faut-il qu’il déclare au préalable sa flamme à sa dulcinée, ce qui donne lieu à une réjouissante parade où l’animal, mélange indéfinissable de félin et de saurien, balance entre le grotesque et le touchant de l’ado faisant sa cour. Harold et Astrid en étant au même stade (avec des roucoulades moins dandinantes, il est vrai), cet opus printanier exhale une fragrance saison des amours, soutenue par la thématique secondaire du film : la question du détachement, doublement métaphorisée. Car si les appariements entre jeunes entraînent le départ du nid familial, la découverte d’un nouveau monde perdu où les dragons peuvent vivre en paix implique la fin de leur domestication (ou apprivoisement) par les vikings. Sans surprise,

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"Premières Solitudes" : Claire Simon et la jeunesse, une affaire qui roule

ECRANS | de Claire Simon (Fr, 1h40) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

À l’occasion d’un partenariat au long cours avec les élèves d’une classe d'un lycée d’Ivry, la cinéaste Claire Simon instaure un jeu de rôle leur permettant, par le dialogue, de dévoiler les coulisses de leur vie et de livrer devant la caméra des secrets que leurs potes ne soupçonnaient pas… « On se côtoie tous les jours, mais on ne sait rien les uns les autres » : tel est, en substance, le déclencheur de ce film mû non par une curiosité voyeuriste, mais l’envie sincère de partager le parcours de vie de ses compagnons d’études. Sans avoir peur de mettre les pieds dans le plat avec une question embarrassante ; sans craindre le regard des autres lorsqu’une confidence s’étrangle dans un sanglot. Or, il y a dans ce groupe en apparence banal beaucoup de fractures secrètes, de récits de divorces parentaux, de sentiment d’abandon ou de solitude avérée, d’adoptions… La force des confessions, parfois déchirantes, est estomaquante et compense une construction formelle fragile, voire bancale : un bout à bout de séquences au cadrage incertain, à la lumière inconstante ou au montage minimaliste. Après Récréations, 800 km de différenc

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"Easy Rider" : vraoum et Nouvel Hollywood

ECRANS | Samedi 30 juin, direction le cinéma le Cap de Voreppe pour (re)découvrir ce film culte de Dennis Hopper sorti en 1969.

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Dans son documentaire We Blew It (2017), le réalisateur, historien et critique français Jean-Baptiste Thoret citait explicitement Easy Rider (1969) parmi les œuvres emblématiques de l’aspiration à la liberté animant la jeunesse étasunienne des années 1960. Un film psychédélique et sous psychotropes ; et un film charnière tragiquement prophétique de ce qui allait advenir à cette marge en roue libre, à ces hippies pensant vivre leur altérité chevelue à toute berzingue sur les routes résolument conservatrices du Sud de l’Amérique. Mais ne brûlons pas les étapes et laissons au cinéphile Laurent Huyart le soin d’accompagner à Voreppe la projection de ce classique dont le potentiel-transgression a regrimpé depuis l’élection de Trump. Réalisé par un Dennis Hopper bien loin de ses débuts en copain de James Dean (et en pleine expérimentation de substances qui font rire), Easy Rider est une épopée contemporai

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"Blue" : Disneynature prend l'eau

ECRANS | de Keith Scholey & Alastair Fothergill (ÉU, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Dans le sillage des grands dauphins, à travers les mers et les océans… Un environnement liquide d’une valeur incommensurable, peuplé d’une faune extraordinaire de diversité et de menaces ; où la beauté le dispute à la fragilité. Jadis lancé par Cousteau (et repris depuis, notamment par Jacques Perrin), le message de Blue est clair comme de l’eau de roche : la faune marine mérite d’être protégée, c’est une question de survie pour l’écosystème planétaire. Et cette nouvelle production Disneynature (la division documentaire et environnement du studio californien) se dote des "armes" conventionnelles pour le faire passer : trouver d’attachants protagonistes pour susciter l’empathie et offrir les plus spectaculaires prises de vues possibles. Si grâce aux progrès de la technique, les images sont en effet d’un piqué et d’une richesse chromatique saisissante, les personnages choisis comme fil rouge (les dauphins) restent prisonniers d’un anthropomorphisme un peu dépassé, appuyé par une narration un peu invasive – désolé Cécile de France. L’image nue se suffit à elle-même. D’autant que le film comp

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"L'Insoumis" : un portrait un peu gauche de Jean-Luc Mélenchon

ECRANS | de Gilles Perret (Fr, 1h35) documentaire

Vincent Raymond | Vendredi 16 février 2018

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, on s’étonnait de ne pas avoir dès 20h de déclaration à chaud ni d’images de Jean-Luc Mélenchon. Cette absence médiatique du bouillonnant candidat, si présent durant la campagne, était-elle consécutive à la stupéfaction, la déprime ou une bouderie de se retrouver classé quatrième à l’issue du scrutin ? Près d’un an plus tard, cet instant d’actualité, devenu fragment d’histoire immédiate, nous parvient grâce à la "caméra embarquée" exclusive d’une production privée (le paradoxe s’avère pour le moins étrange concernant le champion de La France Insoumise) ; celle du documentariste Gilles Perret, alors en train de tourner son portrait. Las, on devrait parler d’hagiographie tant le film du bon camarade Perret, partageant les idées de Mélenchon, s’emploie à renvoyer du candidat un reflet flatteur, visant à rectifier la caricature de loup-garou ordinairement diffusée par ses adversaires. D’un côté comme de l’autre, il s’agit pourtant de propagande, et aucune n’est donc recevable... Proche idéologiquement de son sujet, Perret peut difficilement adopter une distance critique

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"Atelier de conversation" : ceci est un documentaire optimiste

ECRANS | de Bernhard Braunstein (Aut.-Fr., 1h10) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 5 février 2018

Pareille à un aquarium, une drôle de salle posée au milieu de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou accueille chaque semaine des étrangers résidents en France pour une session de discussion dans la langue de Molière. Un sacré melting-pot – pardon : mélange. Bribes de séances, fragments d’échanges captés lors de ces ateliers, intervenants de tous les pays filmés en plan rapproché devant s’acquitter une seul règle (parler en français)… Le dispositif, des plus minimalistes, suffit à bâtir un film d’une incroyable richesse humaine en télescopant les unes contre les autres les destinées de celles et ceux qui s’expriment ici, dans le sanctuaire du groupe. Chacun·e vient lesté·e de son histoire – qui réfugié·e, qui étudiant·e, qui retraité·e – et participe à la construction d’un récit contemporain d’une authentique mixité. La volonté commune de maîtriser l’idiome du pays hôte est supérieure à toute considération, et les emportements naissants sont vite apaisés par les modératrices et modérateurs du lieu, garants de la stricte neutralité de l’enclave. Document sur des gens

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"12 jours" : Raymond Depardon épuise son filon

ECRANS | de Raymond Depardon (Fr., 1h27) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Film de demande plus que de commande, 12 jours de Raymond Depardon répond à une invitation de tourner dans un établissement psychiatrique (en l’occurence, le Vinatier à Bron, près de Lyon) avec des patients hospitalisés sans consentement lors de leur présentations devant un juge des libertés et de la détention – celle-ci devant se dérouler au plus tard 12 jours après leur première admission. S’ensuivent donc dix auditions, à la queue leu-leu. Dix portraits entre détresse et absurde de la "folie" ordinaire, et surtout un épuisant sentiment de déjà-vu. Car malgré tout le respect et toute l’estime que l’on porte au réalisateur français, force est de constater qu’il éprouve de moins en moins l’envie de sortir du cadre et des repères qu’il a jadis balisés. 12 jours transpose en effet de manière manière mécanique son dispositif de Délits flagrants ou de 10e chambre, instants d’audience dans un décor lui aussi familier pour le cinéaste, qui avait déjà arpenté avec San Clemente

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"L'École de la vie" : entre deux

ECRANS | de Maite Alberdi (Fr.-Chi-.P.-B., 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… La réalisatrice chilienne Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros (Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette ; Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale...) et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étrangement infantilisés dans des cours où on leur demand

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"We blew it" : les États-Unis entre le road movie et la mort

ECRANS | Comment a-t-on pu passer de "sex, summer of love & rock’n’roll" au conservatisme le plus radical ? Sillonnant la Route 66, le réalisateur français Jean-Baptiste Thoret croise les témoignages d’Étasuniens oubliés des élites et désillusionnés avec ceux de hérauts du Nouvel Hollywood. Balade amère dans un pays en gueule de bois.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Sans doute Jean-Baptiste Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échec – ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it » – « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un "âge des possibles" (et de toutes les transgressions) révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Donald Trump prompt à faire miroiter le rétroviseur : dans son « Make America Great Again »

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"L’Assemblée" : Mariana Otero au plus près de Nuit debout

ECRANS | de Mariana Otero (Fr., 1h39) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Fin mars 2016. Le projet de loi de réforme du code du travail (dite loi El Khomri) provoque l’inquiétude de nombreux salariés. À Paris, des citoyens occupent la place de la République où ils tiennent réunions et assemblée générales durant des semaines. C’est Nuit debout. Du crépuscule du soir à son petit matin bien blême, Marina Otero arrive à condenser l’utopie boiteuse de Nuit debout dans ce qu’elle a de sympathique, de spontané et de désorganisé. Même sans connaître l’issue du mouvement, on lit dans cette micro résurgence d’un mai-68 hivernal (plus diurne que nocturne) son inéluctable inaboutissement : l’agora de la place de la République semble pleine, mais bien vide du peuple authentique (combien d’ouvriers, de précaires réels, de pauvres ?). Et si faible face aux forces de l’ordre, qui dispersent gaz lacrymogènes et manifestants avec une redoutable efficacité. Vécu de l’intérieur, en sympathie avec les apprentis néo-démocrates de la place, L’Assemblée est un document pour mémoire ; la trace mélancolique de ce mois de mars d’une centaine de jours…

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"Des rêves sans étoiles" : prison de filles

ECRANS | de Mehrdad Oskouei (Irn., 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de "réhabilitation" pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec ceux. À ces "tête-à-tête" trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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"Macadam Popcorn" : grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

ECRANS | de Jean-Pierre Pozzi (Fr., 1h19) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Voici un documentaire que l’on voudrait aimer par principe ; autant pour son sujet que pour l’opiniâtreté de sa démarche et ses (modestes) tentatives formelles. Jean-Pierre Pozzi et son camarade le dessinateur Mathieu Sapin y écument la France des salles de cinéma alternatives, après le passage au "tout numérique", et donnent la parole aux défenseurs acharnés de l’exception "art et essai" – ces propriétaires de salles maintenant coûte que coûte leurs écrans dans le paysage. Scandé de trop rares séquences animées, ce road movie leur a pris des mois, voire des années. Hélas, une partie de leur énergie s’est diluée au fil du temps, et le film s’en ressent : on devine à sa réalisation bancale, à son montage façon coq-à-l’âne et à l’absence hurlante de continuité que les protagonistes (au jeu merveilleusement approximatif) ont dû caler les sessions de tournage au gré de leurs disponibilités. Cette forme inachevée, parasitant un fond édifiant (notamment les témoignages d’intervenants pittoresques, aventureux et sympas) montre les limites d’un cinéma militant privilégiant les intentions à l’énonciation.

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"Sous peine d’innocence" : Severino Diaz, présumé coupable

ECRANS | de Pierre Barnérias (Fr., 1h34) documentaire avec Severino Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Condamné à 15 ans de prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis, l'Américain Severino Diaz n’a jamais plaidé coupable. À cause de cela, sa libération conditionnelle lui a à maintes fois été refusée, allongeant sa peine d’une dizaine d’années. Sans jamais entamer sa résolution… L’histoire dramatique de Diaz sert de support à un documentaire brouillon et éparpillé façon puzzle, ne sachant pas vraiment quel fil suivre : tantôt il s’intéresse au destin singulier de ce prisonnier intègre (grâce à une masse d’entretiens réalisés avec Diaz entre 2004 et 2016) ; tantôt il dresse une hagiographie de la Maison d’Abraham, institution créée par un Aveyronnais (le Père Pierre) à New York pour la réinsertion des détenus. Entre les deux, des images illustratives souvent inutiles (tels des stop-motions cache-misère semblant piochés sur Internet) ne parvenant pas à corriger la qualité médiocre des prises vue ni du montage. Dommage qu’un sujet et des personnages aussi intenses pâtissent d’une absence de point de vue aussi flagrante : ou l’auteur s’engage, ou il reste neutre, mais il ne peut demeurer dans cet entre-deux. Son indécision aggrave (voire explique) la faiblesse de

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"American Honey" : Le miel de la misère américaine

ECRANS | La trajectoire de Star, ado du Kansas fuyant un foyer délétère, pour intégrer une bande de VRP à son image, cornaqués par un baratineur de première. Un portrait de groupe des laissés pour compte et des braves gens d’une Amérique sillonnée dans toute sa profondeur, où même la laideur recèle une splendeur infinie.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Quand on a 17 ans et aucune autre perspective que fouiller les poubelles pour nourrir sa fratrie ou se faire peloter par son épave de père, on n’hésite pas longtemps lorsque s’offre une occasion de quitter son trou à rat. Pour Star, elle se présente sous les traits de Jake, hâbleur et fantasque chef d’une troupe d’ados vendant des magazines en porte-à-porte pour le compte de la belle Krystal. Séduite et cooptée, Star rejoint son escadron de bras cassés cueillis au gré des haltes du cortège. De grands gamins paumés mais pas méchants, formant un clan où Star se sent “à part”… Étoile fuyante À de rares exceptions près, vous ne trouverez guère dans les JT, d’images authentiques de cette Amérique profonde, malade et déclassée, qui a fini par voter Trump par désarroi ou désespoir. Plusieurs longs métrages ont cependant diagnostiqué la lèpre sociale rampante, de Winter's Bone de Debra Granik (2010) à The Other Side (2015), sans ménagement ni complaisance. Visages édentés, corps ravagés par le crack, inceste et délinquance en sus, les tableaux de ce quotidien abominable y étaient d’une noirceur épou

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"Le Concours" : Il ne peut en rester que soixante

ECRANS | de Claire Simon (Fr., 1h59) documentaire avec Laetitia Masson, Sylvie Verheyde, Patricia Mazuy, Vincent Dedienne…

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Héritière de l’Institut des hautes études cinématographiques, la Femis (École nationale supérieure des métiers de l'image et du son), représente l’aristocratie des écoles de cinéma et peut se targuer d’avoir formé, entre autres, Emmanuel Mouret, François Ozon, Céline Sciamma, Alice Winocour ou Emmanuelle Bercot. Son drastique écrémage à l’entrée est si réputé - 1200 postulant(e)s pour 60 élu(e)s - qu’il a inspiré la cinéaste Claire Simon. Rien d’étonnant, connaissant son appétence pour les portraits de microcosmes, en fiction ou documentaire, que ce soit les cours d’écoles dans Récréations (1992), le planning familial dans Les Bureaux de Dieu (2008) ou le bois de Vincennes pour Le Bois dont les rêves sont faits (2016). Dans Le Concours, elle suit le processus de sélection, des épreuves de pré-admissibilité à la rentrée des élèves, en témoin muette des examens et des oraux, captant le réel sans jamais intervenir. Au-delà de son léger suspense (qui sera retenu et pourquoi ?), le projet est intéressant de par sa grande transparence, puisqu'on pénètre les coulisses d’une grande institution et qu'on assiste à des délibérations — le tabou

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"The Other Side" : le Mois du documentaire joue les prolongations

ECRANS | Il devait s'arrêter ce mercredi 30 novembre. Mais c'était sans compter sur Mon Ciné, à Saint-Martin-d'Hères, qui organise une soirée jeudi 1er décembre autour du film "The Other Side". Bonne idée.

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

En théorie, la 17e édition du Mois du film documentaire s’achève dans toute la France le mercredi 30 novembre. Pas à Saint-Martin-d’Hères, où Mon Ciné résiste encore et toujours aux règles par trop contraignantes, en prolongeant de quelques journées cette fenêtre sur ce genre d’une richesse aussi insondable que méconnue. En programmant tout d’abord le très réussi film d’Olivier Babinet Swagger, une œuvre de création collaborative s’attachant au quotidien comme aux aspirations d’ados de banlieue parisienne. Et en projetant le 1er décembre en ciné-rencontre (puis plusieurs jours ensuite en séance seule) une œuvre insolite et âpre de Roberto Minervini sortie l’an dernier : The Other Side. Auréolé d’une sélection cannoise (catégorie Un certain regard, fort appropriée), le film nous plonge dans la misère la plus crasse : celle d’un peuple déclassé vivant en Louisiane. Gueules ravagées, chicots noirâtres, silhouettes émaciées ou marquées par

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"La Philo vagabonde" : la philo selon Alain Guyard

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr., 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs – et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de "produit culturel", Guyard se veut une manière coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu – certes, lui porte et apporte des valeurs humaines, mais d’autres se servent de leur enveloppe charismatique pour charrier du vent ou du purin.

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Rentrée cinéma 2016 : comme un (faux) air de déjà-vu

ECRANS | Un "Harry Potter", un "Star Wars", un Marvel, un Loach Palme d’or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie, mais bel et bien face à la rentrée cinéma 2016. Une rentrée qui nous promet tout de même quelques belles surprises, plus ou moins tapies dans l'ombre. Tour d'horizon.

Vincent Raymond | Jeudi 25 août 2016

Rentrée cinéma 2016 : comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur – exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Dans cette catégorie, les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter, et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Mystère... Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange – un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire à des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espérer un sou

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Les Habitants : un Depardon décevant

ECRANS | de Raymond Depardon (Fr., 1h24) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Les Habitants : un Depardon décevant

Raymond Depardon déplace un studio-caravane sur les routes de France, invitant les badauds à poursuivre devant sa caméra la discussion qu’ils tenaient sur le trottoir. Le cadre, fixe, est partout identique, mais les propos (re)tenus très inégaux : on passe ainsi de la philosophie de comptoir à quelques (trop rares) considérations constructives. Comme si Depardon avait manqué de matière utile dans ses rushes, et s’était cru obligé de conserver des séquences d’habitants mal à l’aise devant l’objectif, ressassant artificiellement leur conversation, ou meublant le vide par des rires gênés (voir le joli couple évoquant sa prochaine union). Le dispositif rappelle Délits flagrants, mais en moins intense du fait de son montage plus lâche. Il ressemble surtout à une sorte de face B (ou de bonus DVD grand format) du remarquable Journal de France (2012), portrait itinérant de l’Hexagone à travers ses paysages et quelques témoignages saisis sur le motif. La déception se situe donc à la mesure de l’attente. Doit-on la tempérer en affirmant que

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La Sociologue et l’Ourson

ECRANS | de Étienne Chaillou & Mathias Théry (Fr., 1h18) documentaire…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

La Sociologue et l’Ourson

On avait à peu près tout vu et entendu au moment de la présentation du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe (dite du “mariage pour tous”). Beaucoup de passions et d’écume, empêchant toute réflexion sereine ou toute parole structurée en faveur de la loi d’être relayée dans le calme. Étienne Chaillou et Mathias Théry font table rase de cette chienlit en proposant de suivre le parcours de l’une des expertes sollicitées le temps de l’examen du projet, la sociologue Irène Théry – qui n'est autre que la mère de l’un des documentaristes. À la fois conviviale et didactique, l’approche ne manque pas d’originalité : les auteurs ont pris le parti de remplacer la plupart des intervenants dans les images d’archives par des jouets animés qui dédramatisent le sujet sans le ridiculiser. Et de rendre la sociologie vivante en illustrant de manière plaisante les exemples concrets choisis par la spécialiste dans son histoire familiale, à l’occasion des entretiens qu’elle accorde à son rejeton. Ce documentaire dispose enfin d’un autre grand mérite : il inscrit le texte dans le temps républicain, en abrasant (autant que faire se peut) la surmédiat

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All./Fr., 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie – le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter, et n’étaient pas spécialement voilées. Et malgré des déconvenues, grâce de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Désir de cinéma d'ailleurs au festival Ojoloco

ECRANS | Zoom sur la programmation de la quatrième édition du festival du cinéma ibérique et latino-américain. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Désir de cinéma d'ailleurs au festival Ojoloco

Les États-Unis ayant rétabli les relations diplomatiques avec Cuba, l’ostracisme politique à géométrie variable comme le blocus hypocrite dont souffrent l’île ne devraient plus en avoir pour très longtemps – guère davantage que le régime castriste, en somme… Parmi les (nombreuses) heureuses conséquences, la diffusion des œuvres cinématographiques cubaines en sera mécaniquement facilitée. Déjà peu nombreuses, elles sont compliquées à obtenir ; c’est pourquoi la programmation du très rare film d’animation Vampires à la Havane (1985) de Juan Padrón, et la carte blanche accordée à ses courts-métrages (en sa présence !), font déjà de cette édition d’Ojoloco un must. On complètera la vision fantaisiste de Padrón par celle, plus contemporaine et documentaire, de Léa Rinaldi dans Esto es lo que hay, montrant qu’il est difficile de contester par la musique au pays de Raúl et Fidel. Mais Ojoloco ne se

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Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr., 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre ainsi comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes en les suivant et les accompagnant, la réalisatrice leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique VR

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Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif "Fakir" s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non ; de justes représailles… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à Bernard Arnault, inflexible capitaine d’industrie aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes filmé potache que de l’investigation orthodoxe, il dresse non seulement un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais il donne surtout des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés promis à une misère noire. Puisque Bernard Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité (prétendant, par exemple, que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne ou ailleurs), et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif ; parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se paye

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Les Tuche 2 - Le Rêve américain

ECRANS | D'Olivier Baroux (Fr., 1h34) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Les Tuche 2 - Le Rêve américain

Et si le prolifique Olivier Baroux, à travers le fatras profus de sa production annuelle, cherchait à nous faire comprendre la théorie de la relativité générale ? Les Tuche 2 peut en effet se recevoir comme une illustration de la maxime « quand on le contemple, on se désole ; quand on le compare, on se console… » (enfin presque). Considérée isolément, cette comédie filmée à la truelle, est un terrain de jeu pour acteurs de qualité aimant cabotiner et surtout peu regardants question stéréotypes. Mise en perspective (tout à coup, les mots font peur), cette suite indolore est moins calamiteuse que certaines séquelles obscènes, voire que le précédent Baroux, Entre amis. Si elle s’enlise dans un "nonsense" poussif, au moins s’essaie-t-elle un à registre qui n’est ni du bout-à-bout parodique paresseux, ni de l’anachronisme systématique façon Mille-et-une nuits boutonneuse. L’indifférence flasque est garantie, pas le fou rire inextinguible.

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Les Saisons

ECRANS | De Jacques Perrin & Jacques Cluzaud (Fr., 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Saisons

À l’instar des studios Pixar, le Jacques Perrin documentariste aura exploré tous les milieux (l’eau, l’air, la terre), produit et réalisé des œuvres plébiscités par les scolaires et signé les livres s’y rapportant. Seule différence notable, il n’a pas (encore) de parc d’attractions à sa gloire, ni de jouets à l’effigie des personnages de ses films ! Animé par une sincère volonté de sensibiliser les spectateurs à la beauté fragile du monde, aux menaces pesant sur sa faune et par conséquent sur le futur de l’Homme, l’artiste s’est engagé depuis vingt ans pour la Nature comme il le fit autrefois contre les totalitarismes. Moins planant (forcément) que Le Peuple migrateur (2001), moins naïf que le glougloutant Océans (2009), Les Saisons est de ces films contemplatifs parcourant les campagnes que l’on regarde de préférence un dimanche de fainéantise, claquemuré chez soi. L’œil mi-clos, dans un état modifié de conscience provoqué par la voix veloutée de Jacques Perrin, avec des chaussettes Meg Ryan aux pieds et une tasse de thé fumante à proximité. Chaque documentaire de Cluzaud & Perrin se posant comme un défi techni

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu’aride, crée la dialectique si chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

« Tu es un redneck » dit sa future femme à Chris Kyle (massif et impressionnant Bradley Cooper) lors de leur première rencontre. « Non, je suis Texan » lui répond-il. Et il précise : « Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux. » Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’Americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait apparaît

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février – que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une a

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Captain America : le soldat de l’hiver

ECRANS | Moins foireux que les derniers "Iron Man" et "Thor", ce nouveau "Captain America" séduirait presque par sa tentative de croiser son héros avec un film d’espionnage sombre et politique. Mais, comme d’hab’, ce sont les effets spéciaux et les incohérences qui l’emportent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 30 mars 2014

Captain America : le soldat de l’hiver

Que ferait un héros 100% patriotique comme Captain America face au scandale des écoutes de la NSA ? Prendrait-il parti pour Obama et le gouvernement américain, ou jouerait-il les contre-pouvoirs au nom d’une démocratie bafouée ? Dans le fond, ce Soldat de l’hiver ne raconte pas autre chose. Désormais bien intégré au XXIe siècle, Captain America doit faire face à un complot d’ampleur nationale dont les ficelles sont tirées par un gouverneur corrompu et dont le but est de détruire le S.H.IE.L.D. et d’éliminer son directeur, Nick Fury. Le tout repose sur l’accomplissement tardif du projet nazi Red Skull, qui formait le centre du premier volet, et qui devient ici une arme pour effectuer une drastique sélection pas naturelle du tout entre les êtres humains. Évidemment, le scénario est proche du grand n’importe quoi, comme l’était déjà celui de Thor 2, ce qui n’est pas loin d’être un énorme problème quand on sait que tous ces films post-

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Bref, c’est tourné dans la région…

ECRANS | Les autres programmes du 36e festival du film court en plein air sont à la hauteur de la compétition elle-même : Nuit blanche consacrée au festival du cinéma (...)

Christophe Chabert | Vendredi 28 juin 2013

Bref, c’est tourné dans la région…

Les autres programmes du 36e festival du film court en plein air sont à la hauteur de la compétition elle-même : Nuit blanche consacrée au festival du cinéma d’animation d’Annecy, célébration des 30 ans de l’Agence du court métrage avec une sélection de "classiques" du court… Mais, chauvinisme local oblige, c’est bien le programme Rhône-Alpes tout court qui retiendra notre attention. Cela dit, ce n’est pas tant à cause de l’argument "proximité" que par la qualité des films eux-mêmes. Certains sont signés par des cinéastes du cru (les frères Rifkiss et Daniel Metge sont lyonnais, même s’ils ont tourné dans la Drôme et à Saint-Étienne) ; les autres sont simplement venus poser leur caméra dans la région. C’est le cas de Stéphane Demoustier, qui signe une fiction sociale sous forte influence des frères Dardenne avec Bad Gones. Un père et son fils, aux alentours du stade de Gerland (Lyon) un soir de match de l’OM : le père a promis au fils de le faire entrer, mais le prix des places est au-dessus de ses maigres moyens. Comme chez les Dardenne, Demoustier traque tout ce qui "fait action", repoussant la psychologie et les réflexes moraux dans le hors c

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Le tour du monde en 34 courts

ECRANS | Le 36e festival du film court en plein air affiche une belle santé cette année, grâce à une compétition portée par des films aux propositions cinématographiques fortes, et par un beau programme de courts tournés dans la région. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 28 juin 2013

Le tour du monde en 34 courts

Une compétition réussie, dans un festival consacré au court-métrage, c’est la garantie de prendre des nouvelles du monde et dans le même temps de voir comment les jeunes cinéastes l’appréhendent avec leurs outils. En 2013, du côté de la Salle Juliet Berto et de la Place Saint-André, on verra donc comme le monde ne va pas fort : les films n’hésitent pas à empoigner des sujets contemporains qui font mal, dans une litanie qui serait déprimante si les réalisateurs n’avaient l’intelligence de les transcender par leur mise en scène. Prostitution, immigration, chômage, violences conjugales, racisme, terrorisme, précarité, inquiétudes écologiques, il ne manque quasiment rien de ce qui travaille les consciences politiques et sociales actuellement ; même les comédies se déploient sur un fond de noirceur évoquant vieillesse, mort, solitude ou incommunicabilité. Si les thèmes dessinent une unité sans doute représentative de la production dans sa globalité, cette sélection internationale – on y trouve des films belges, américains, anglais, russes, espagnols, québécois et, bien sûr, français – s’avère en revanche d’une belle diversité esthétique, avec des propositions de cinéma fortes

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God bless America

ECRANS | De Bobcat Goldthwait (ÉU, 1h40) avec Joel Murray, Tara Lynn Barr…

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

God bless America

Exaspéré par la connerie américaine ambiante, largué par sa femme, viré de son travail et atteint d’une tumeur inopérable, Frank décide de mettre son pays face à sa monstruosité : il prend les armes et, aidé par une gamine aussi révoltée que lui, décide de buter stars de la télé-réalité, membres des Tea Party, adolescents indélicats et éditorialistes réacs. On se pince un peu pour le croire : contre la bêtise contemporaine, le fascisme ultra-violent serait donc la solution pour restaurer l’intelligence. Certes, de sa mise en scène à ses nombreuses nuances scénaristiques, Goldthwait cherche à atténuer cette radicalité idéologique en la nimbant d’un parfum de comédie noire. Mais il ne gomme ni la misanthropie de son personnage, ni l’impression fâcheuse qu’il s’en sert pour déverser à travers lui sa propre aigreur envers l’Amérique. La provocation vise à faire réagir ; curieusement, le film le fait moins bien que le génial Idiocracy, qui extrapolait cette déchéance intellectuelle jusqu’à son point de non-retour, mais envisageait une issue optimiste et humaniste – utopique ? – pour endiguer ce triomphe de la vulgarité inculte. Christophe Chabert

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American Pie 4

ECRANS | De Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg (ÉU, 1h53) avec Jason Biggs, Sean William Scott, Chris Klein...

Aurélien Martinez | Lundi 30 avril 2012

American Pie 4

Que sont devenus Jim, Kevin, Fin, Oz et Steve ? Ou plutôt, que deviennent Jason Biggs, Thomas Ian Nicholas, Eddie Kaye Thomas, Chris Klein et Sean William Scott ? C'est un peu la question que se pose American Pie 4, nouvel épisode et suite officielle de la saga potache des années 2000 (après divers spin off tombés très bas). La réponse est forcément raide si on regarde son casting rassemblé sur le prétexte de la réunion d'anciens élèves. D'autant plus quand le film se fait la vitrine de leurs échecs avec sa morale de la lose. Tous ou presque sur des voies de garage (moins l'insupportable Sean William Scott), les acteurs reprennent ironiquement leurs personnages à des stades où eux aussi doivent faire le bilan, plutôt raté, de leur vie depuis la fac. Sexe, amour, famille, boulot, chacun a ses raisons de regarder en arrière, le film prétextant un bref retour à l'adolescence pour mieux raviver les plaies du présent. Si les premiers épisodes se demandaient comment devenir adulte, American Pie 4 dresse un constat du «venez comme vous êtes» qui fait peine à voir. À vouloir balayer l'hypocrisie, les faux semblants et les quêtes illusoires par l'acceptation de soi (on

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Avengers

ECRANS | La réunion des super-héros Marvel, pas toujours très bien servis séparément lors de leurs aventures individuelles, trouve en Joss Whedon l’homme de la situation : un amoureux des récits multiples et des comics, un cinéaste à la fois efficace, intelligent et élégant. Une vraie réussite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 26 avril 2012

Avengers

C’était une gageure : comment faire tenir dans un seul film de 2h20 cinq héros de comics ayant donné chacun un ou plusieurs films autonomes, sans tomber dans le zapping frénétique dicté par leur temps de présence à l’écran ? Avengers y répond sur la fin par un plan qui fait figure de déclaration d’intention : au beau milieu d’une bataille épique, monstrueuse, où les super-héros affrontent des centaines d’aliens, Joss Whedon s’offre un looping visuel magistral où il relie, par la grâce du numérique, chacun d’entre eux luttant à sa façon contre les envahisseurs. Le plaisir n’est pas que celui de la virtuosité technique : il tient aussi à ce prodige enfin accompli, qui consiste à leur donner l’épaisseur nécessaire — et l’iconisation qui va avec —  pour qu’aucun ne puisse bénéficier des faveurs du spectateur. Tous égaux, tous unis ; tous respectés par le cinéaste, qui cherche avant tout à prendre au sérieux (même si le film ne s’interdit ni l’humour, ni l’ironie) les figures qu’il déploie à l’écran. Esprit de sérieux Pour en arriver là, Whedon commence par installer patiemment les diverses lignes de son récit. Une scène très réussie lui permet notamment de

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The American

ECRANS | George Clooney, tueur à gages américain mélancolique, effectue sa dernière mission en Toscane : un polar atmosphérique et cinéphile signé Anton Corbijn. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 21 octobre 2010

The American

The American part d’un archétype éculé : le tueur à gages qui cherche à raccrocher les gants et accepte une ultime mission avant de redevenir anonyme. Pour compléter le cliché, ledit tueur est américain, peu loquace et très séduisant (normal, c’est George Clooney, en mode Samouraï, qui l’incarne). On le découvre d’abord en Suède dans un chalet enneigé, au lit après l’amour avec une superbe créature, qui se fera descendre quelques plans plus loin. Anton Corbijn (qu’on n’attendait pas ici après son superbe Control) privilégie le mystère et l’atmosphère sur l’intrigue, dont le déroulé respecte là encore à peu près tous les lieux communs du genre. D’abord détaché affectivement, le héros finira par s’éprendre d’une prostituée italienne rencontrée dans cette Toscane automnale où il accomplit son dernier contrat ; et il soupçonne que ceux qui le traquent sont peut-être ceux qui l’ont engagé. Beauté voléeEn fait, derrière cette panoplie de film noir appliqué, Corbijn se livre à une pertinente expérience de cinéphile. Prenez un corps marqué par le cinéma américain (le tueur Clooney) et faites-le naviguer dans des références venues du cinéma européen. Lors d’une des nombreuses sé

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American trip

ECRANS | De Nicholas Stoller (ÉU, 1h49) avec Russell Brand, Jonah Hill…

Dorotée Aznar | Jeudi 8 juillet 2010

American trip

Cette aventure solo du rocker Aldous Snow, génial personnage secondaire du non moins génial "Sans Sarah rien ne va !", a le mérite, au-delà de ses menus défauts de rythme (apanage de toute production Judd Apatow qui se respecte), de remettre quelques pendules à l’heure. Son interprète, Russell Brand, n’est pas que le boyfriend de Katy Perry, c’est avant tout l’un des meilleurs comiques anglais du moment, dont le vécu tumultueux et les attitudes politiquement incorrectes (les scénaristes ont eu le bon goût de s’en inspirer pour nourrir le film) ont de quoi renvoyer Stéphane Guillon à son bac à sable. Ensuite, les premières minutes, construites de la même façon que celles de "Fatal" (une présentation du personnage via des émissions télé et autres clips foireux), humilient Michael Youn en réussissant là où ce dernier échouait lamentablement : drôle, touchant, bien mis en scène, interprété avec juste ce qu’il faut de folie, hilarant dans sa critique de l’industrie de la musique (voir le traitement réservé au personnage de Puff Daddy !), "American trip" est typiquement le genre de film sorti en France à la va-vite et en VF, que tout le monde redécouvrira lors de sa sortie vidéo… FC

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