"Mon inconnue" : je t'aime, je t'aime

ECRANS | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Photo : ©Mars Films


Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s'éveille dans un monde alternatif où ils n'ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d'avant…

Plutôt enclin aux comédies de potes et d'enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint, avec ce troisième long-métrage, le fatidique "film de la maturité" ? Il s'inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time de 2013), voire d'Harold Ramis (pour l'indispensable Un jour sans fin sorti en 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu'est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps.

À la fois léger comme l'exige la romance et dense du point de vue narratif (saluons au passage l'efficacité du montage et sa fluidité), Mon inconnue remplit son office en rapprochant in extremis des amants désunis voués à s'aimer et en parsemant de magie leurs roucoulades contrariées. Aux côtés de l'impeccable couple de jeunes premiers Joséphine Japy / François Civil, Benjamin Lavernhe (la nouvelle pépite polyvalente empruntée à la Comédie- Française) délivre des étincelles de dynamisme bondissant : il peut déjà préparer son discours pour le César 2020 du second rôle. Propre et efficace.


Mon Inconnue

De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy...

De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy...

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Du jour au lendemain, Raphaël se retrouve plongé dans un monde où il n'a jamais rencontré Olivia, la femme de sa vie. Comment va-t-il s’y prendre pour reconquérir sa femme, devenue une parfaite inconnue ?


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"Le Discours" : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, (...)

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêche pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer, comme Resnais, un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipiennes donnant à Ben

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Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

ECRANS | À l’écran, on l’a connu odieux (Le Sens de la fête), irrésistible de drôlerie (Mon inconnue), fuyant (Antoinette dans les Cévennes) mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe, de la Comédie Française, poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du Discours, adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du Discours se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut-être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux, « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste et que le film ne fait que retranscrire avec justesse… Oui, c’est son caractère obsédant, s

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Caroline à Grenoble

Avant-première | Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Caroline à Grenoble

Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal Antoinette dans les Cévennes, gravir les marches rouges du Palais des Festivals. Jusque là, rien d’étonnant. Sauf que si : Patrick est un âne. Certes, beaucoup d’ânes ont déjà arpenté la Croisette, mais celui-ci est un pur baudet à poil gris qui donne du fil à retordre à sa partenaire, interprétée par Laure Calamy, institutrice à la poursuite de son amant (une sorte de maîtresse au carré, si vous voulez). Caroline Vignal vous en dira davantage à l’occasion de l’avant-première qu’elle accompagne de sa présence. Mais sans âne. Ce sera jeudi 10 septembre, à 20h15, au cinéma Le Club.

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"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" : Gavalda remix

ECRANS | De Arnaud Viard (Fr., 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette, prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte, Mathieu, employé timide, et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile… En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions de lecteurs (voire adulateurs) de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcémen

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Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

ECRANS | Renouant avec deux des comédiens de "Ce qui nous lie", Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers alors que sort en salle son "Deux moi".

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapisch : « On est tous des anonymes »

D’où vient cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Cédric Klapisch : Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a 6 ou 7 ans, elle redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des "deux moi" : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des "romantic comedy". Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartie

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"Deux moi" : seuls two par Cédric Klapisch

ECRANS | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leurs tourments intérieurs s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un : voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de ce duo s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du "coitus interruptus" entre deux personnages se frôlant à peine – chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu d’ailleurs dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Celle que vous croyez" : le cœur a ses réseaux (sociaux)…

ECRANS | Sous une identité d’emprunt, une quinquagénaire délaissée noue, grâce à Internet, une liaison avec un vingtenaire, retardant sans cesse le moment de la rencontre. Une trouble romance à distance magnifiquement interprétée par Juliette Binoche et François Civil.

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Son jeune amant l’ayant quittée sans élégance, Claire tente de se rapprocher de lui en se liant sur Facebook avec Alex, son colocataire. Entre Alex et Clara, l’alias de 24 ans que la quinquagénaire s’est créée, va naître une relation érotique d’autant plus trouble qu’elle reste virtuelle et aveugle… Adapté d’un roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez n’est justement pas ce que l’on pourrait croire – à savoir un thriller érotique, ni une fable sur la digitalisation des relations humaines. Portant sur la solitude et la peur de l’abandon, ce film se révèle également un exercice de style autour du récit, dans ses différents niveaux d’imbrication (avec, peut-être, un rebondissement final en trop) et l’incertitude de son authenticité : en effet, l’histoire est recomposée à partir du discours partiel de Claire à sa psy (aux omissions et travestissements de la vérité près) et se trouve amendée par un roman offrant une version alternative de la réalité. Tout est paroles, faux-semblants, mensonges et fantasmes dans ce qui résonne comme la version contemporaine d’un échange épistolaire libertin, d’une romance à la sensualité moins charnelle que v

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François Civil : « Avec Juliette Binoche, j’ai pris une leçon absolue ! »

ECRANS | Déjà impressionnant dans "Le Chant du loup" en salle depuis la semaine dernière, François Civil poursuit sa démonstration en jouant la victime d’une séduction aveugle ourdie par Juliette Binoche dans "Celle que vous croyez" de Safy Nebbou. Entretien décontracté.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

François Civil : « Avec Juliette Binoche, j’ai pris une leçon absolue ! »

Vous étiez "Oreille d’or" dans Le Chant du loup. Ici, votre personnage joue plutôt de sa voix et de ses yeux, puisqu’il est photographe… François Civil : (rires) Je ne m’en étais pas rendu compte ! Le début de ma carrière est un parcours des sens : dans Mon Inconnue qui sort bientôt [le 3 avril], ce sera le toucher, puisque je serai écrivain. Peut-être être que je serai nez dans le prochain ? Vous l’étiez déjà un peu dans Ce qui nous lie de Klapisch... Ah voilà : c’était le nez et le goût. Bon, ben ma carrière est bientôt finie (rires) ! Cela ne vous a pas freiné de n’avoir ici qu’une petite p

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Antonin Baudry : « "Le Chant du loup" est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

ECRANS | Auteur et scénariste de la série BD et du film "Quai d’Orsay", Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Mercredi 20 février 2019

Antonin Baudry : «

Pour une première réalisation de long métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voie. C’est un truc très envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines – les sonars – donc de la problématique du film. Le terme "chant du loup" préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous-marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait :

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"Le Chant du loup" : la mort dans les oreilles

ECRANS | de Antonin Baudry (Fr, 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de "corps" mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois, en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un "tout" dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa "vision" d’une France transcendée par sa propre geste héroïque dans la BD. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans les cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le

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"Ce qui nous lie" : millésime de qualité pour Cédric Klapisch

ECRANS | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Lundi 12 juin 2017

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean (Pio Marmaï) s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur (Ana Girardot) et son frère (François Civil) à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie) Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant.

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Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Interview | On a rencontré le fameux réalisateur qui, avec "Ce qui nous lie", livre un beau drame familial autour du vin.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Qu’est-ce qui, dans Ce qui nous lie, vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. En tout cas, c’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le

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"Demain tout commence" : préparez vos mouchoirs

ECRANS | de Hugo Gélin (Fr., 1h58) avec Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Ah ah ! Si l’affiche sur fond blanc, avec un Omar Sy rigolard, laisse croire à une comédie, ne vous y trompez pas : Demain tout commence est signé par un amateur de mélo en la personne d’Hugo Gélin, déjà responsable de Comme des frères – aurait-il des accointances avec un fabricant de mouchoirs en papier ? Il convoque ici l’acteur préféré des Français pour un rôle de papa célibataire susceptible de perdre doublement sa fille Gloria : parce que sa mère démissionnaire décide brutalement d’en récupérer la garde, et parce que la gamine est atteinte d’une sale maladie… Parfait mash-up de la chanson de Balavoine Mon fils ma bataille et du tire-larmes L’Arbre de Noël de Terrence Young (1969), ce piège à sentiments se referme impitoyablement sur le spectateur un peu trop sensible, conditionné par l’ambiance de fin d’année et le cocon d’amour irréel tissé autour de la petite Gloria, über choyée par ses deux papas – sans pourtant autant virer gamine pourrie-gâtée. Louchant vers le cinéma anglo-saxon jusqu’au strabisme, ce film un peu trop produit pour être sincère n’arrive pas à trouver la spontanéité ni la légèreté

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"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

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Five

ECRANS | de et avec Igor Gotesman (Fr., 1h42) avec Pierre Niney, François Civil, Margot Bancilhon, Idrissa Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Five

À chaque époque, sa vision de la colocation. Revendiquant L’Auberge espagnole (2002), Five se veut un film de joyeux potes idéalisant une chouette vie autarcique d’enfants gâtés sans contraintes, habitués qu’ils sont à voir leurs moindres caprices assouvis par Sam (justement surnommé "Sam régale") l’amphitryon de la bande – lequel dupe son père pour disposer à l’envi de la fortune familiale, avant d’être démasqué par celui-ci. D’une morale déjà douteuse, le tableau s’aggrave lorsque le fameux Sam trouve dans le mensonge et surtout le trafic de drogue la solution naturelle à ses problèmes ; et que ses "amis pour la vie" manifestent leur profonde solidarité en se dissociant de lui dès qu’il plonge. On résume : des personnages profiteurs, individualistes, arnaqueurs, délateurs ; une vision caricaturale de la banlieue où les trafiquants sont arabes et barbus, de l’argent facile sans beaucoup se fatiguer, une crudité du dialogue en dents de scie (malgré quelques audaces, le ton demeure timoré), et un manque de fond. Si Klapisch avait assorti son film d’un questionnement sur le processus de maturation personnelle, Gotesman reste loin de tou

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