Les soirées d'avril

MUSIQUES | Zoom sur les temps forts nuit du mois

Damien Grimbert | Mardi 31 mars 2015

La preuve par trois à la Belle électrique

Gros mois électronique en perspective à la Belle électrique, avec pas moins de trois soirées incontournables. À venir ainsi le samedi 4 avril aux côtés d'Oxia, deux géants de la house/techno berlinoise : le duo Âme qui avait largement su conquérir le public lors de son passage au dernier festival Jour & Nuit et c, alias Recondite (en live), adepte d'un son dur mais mélodique qui a su séduire des labels comme Innervisions, Dystopian, Hotflush ou Ghostly International.

À la fin du mois, le samedi 25 avril, c'est l'asso La Métamorphose qui prendra le relais avec un plateau électro/techno réunissant entre autres le DJ/producteur italien Dusty Kid, le fondateur du label Skryptom Electric Rescue ou encore Madben, signé sur Astropolis.

Mais s'il ne fallait en choisir qu'une, ce serait sans doute celle du samedi 18 avril qui accueillera, aux côtés de Gerd Janson et de Tomate Municipale, l'excellent Danilo Plessow alias Motor City Drum Ensemble (en photo). Originaire de Stuttgart et influencé aussi bien par la techno de Detroit que la soulful house new-yorkaise ou le hip-hop, cet accro aux vinyles passionné de rétro est connu pour être l'auteur de sets d'anthologies, qui lui valent une réputation de défricheur bien méritée.

Recondite (live), Âme et Oxia, samedi 4 avril
Motor City Drum Ensemble et Gerd Janson, samedi 18 avril
Dusty Kid, Electric Rescue et Madben, samedi 25 avril

Riton

Partenaire du regretté DJ Mehdi au sein du duo house Carte Blanche et des membres de Soulwax sur le side-project Die Verboten et signature bien connue du label parisien Ed Banger, le londonien Riton alias Henry Smithson est une figure établie de la scène électronique européenne. Mélange détonnant de house, d'électro, de techno, de garage et de bass music, ses sets haute intensité devraient faire merveille sur le dancefloor du Drak-Art, qui accueillera cet événement organisé par Carton-Pâte Records pour fêter la sortie sur le label du EP du producteur Spacesheep.

Release Night Extended #5 avec Riton, vendredi 3 avril au Drak-Art

Alex Metric

Auteur de collaborations remarquées avec des artistes comme la chanteuse londonienne Charli XCX (sur le morceau End Of The World), le pilier de la Swedish House Mafia Steve Angello ou encore le chanteur des Stone Roses Ian Brown, Alex Metric a progressivement imposé sa fusion « stadium-friendly » de disco, de funk et de Chicago house sur les dancefloors des festivals du monde entier. Désormais signé sur OWSLA, le label de Skrillex, il sera l'invité de la prochaine soirée Party Intime au Vertigo, où il partagera les platines avec Yannick Baudino et Thomas Villard.

Party Intime invite Alex Metric, vendredi 10 avril au Vertigo


Recondite + Ame + Oxia

Dj set techno, VJ LIkid (scénographie)
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Motor City Drum Ensemble + Gerd Janson

Dj set house
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


La métamorphose

Dusty Kid + ELECTRIC RESCUE + MADBEN + MR CARDBOARD B2B MAX-L
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Kaamelott – Premier Volet" de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

ECRANS | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

Vincent Raymond | Mercredi 21 juillet 2021

Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusi

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Alexandre Astier : « J’avais envie de dire aux gens : “vous croyiez connaître Arthur“… »

ATTENTION SPOILERS ! | Attention spoilers ! Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de Kaamelott - Premier Volet. Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Quitte à se répéter : attention, spoilers ! Vous ne viendrez pas nous dire qu’on ne vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Mercredi 21 juillet 2021

Alexandre Astier : « J’avais envie de dire aux gens : “vous croyiez connaître Arthur“… »

Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « Je pars ; non, je déconne, en fait, je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À

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Séances de rattrapage nocturnes

Reprises | Parmi l’impressionnante (et bienvenue) offre cinématographique illuminant les nuits d’été iséroises, focus sur quelques films à ne pas manquer…

Vincent Raymond | Jeudi 8 juillet 2021

Séances de rattrapage nocturnes

Marche avec les loups Signé par un ardent défenseur du peuple loup (déjà auteur de La Vallée des loups), ce road movie en forme de journal de bord suit pendant deux ans un jeune canidé à la conquête d’un nouveau territoire. Passionnant et pédagogique, démontant les a priori autant qu’il montre comment cuisiner une omelette aux truffes minute, ce documentaire est pareil à un conte. En vrai. Au parc Charly-Guibbaud (Gières) le 6 juillet, à 22h. Funan Inspiré de l’histoire familiale du réalisateur, ce film d’animation (lauréat du plus prestigieux prix en la matière, le Cristal à Annecy en 2018) évoque le conflit cambodgien à l’époque des Khmers Rouges qui n’étaient pas des tendres. De ce fait, la projection est assortie d’un avertissement — des scènes, des propos ou des images pouvant heurter la sensibilité des spectateurs. Mais il y a

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Derrière les portes du musée de l’Ancien Évêché

Reportage | Confrontées à la fermeture de leur musée depuis fin octobre, les équipes du musée de l’Ancien Évêché, situé place Notre-Dame, à Grenoble, continuent de faire vivre leurs projets, en attendant la réouverture.

Sandy Plas | Mardi 20 avril 2021

Derrière les portes du musée de l’Ancien Évêché

Dans la galerie des Évêques, au rez-de-chaussée du musée de l’Ancien Évêché, les bruits de pas des visiteurs ont laissé place depuis plusieurs mois au silence. Un étage plus haut, l’exposition Histoire de savoir(s), sur l’Université Grenoble Alpes, attend patiemment la réouverture du musée. Prête à accueillir le public depuis le 28 janvier, elle reste plongée dans le noir avant, enfin, le moment de son inauguration. « Un musée sans visiteur, c’est impensable », souffle Sylvie Vincent, conservateur en chef du patrimoine au musée depuis septembre 2020. Fermé depuis le 29 octobre, l'établissement a vu son nombre de visiteurs chuter au rythme des différents confinements. De 90 000 visiteurs en temps normal, la fréquentation atteignait timidement les 42 000 entrées l’an dernier. Alors, face à la situation inédite d’un musée dont les portes demeurent fermées, les six membres de l’équipe tentent de rester mobilisés : « C’est essentiel de maintenir la cohésion de l’équipe et de continuer à aller vers le public, sous d’autres formes », explique Sylvie Vincent, qui se r

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BD : le festival d’Angoulême s’affiche en gare de Grenoble

ACTUS | Depuis la mi-décembre et pendant deux mois, la sélection officielle du festival international de la BD d’Angoulême s’affiche dans les gares françaises. À Grenoble, l’exposition présentée est consacrée aux deux auteurs italiens Luigi Critone et Gipi.

Sandy Plas | Mardi 19 janvier 2021

BD : le festival d’Angoulême s’affiche en gare de Grenoble

Alors que le Festival international de la bande-dessinée d’Angoulême devrait se tenir dans sa version publique du 24 au 27 juin prochain, l’évènement a décidé d’investir pour quelques semaines une quarantaine de gares en France. Objectif : proposer dans chacune une ou plusieurs expositions qui mettent un coup de projecteur sur le travail des auteurs, sélectionnés dans le cadre de l’édition 2021. Les habitués de la gare de Grenoble et les visiteurs de passage ont donc pu découvrir il y a quelques semaines l’exposition consacrée au dessinateur italien Luigi Critone et au scénariste Gian Alfonso Pacinotti, mieux connu sous le nom de Gipi. Les deux auteurs ont travaillé ensemble sur la bande-dessinée Aldobrando, parue aux éditions Casterman et qui raconte l’histoire d’un orphelin à l’époque médiévale, entre « conte initiatique et fable politique », comme le décrit le festival. Nés de l’autre côté des Alpes, les deux auteurs ont tous deux effectué une partie de leur carrière en France, avec plusi

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"Born in Flames", OVNI féministe

Reprise | Rareté / Queer, punk et farouchement iconoclaste, le film culte de Lizzie Borden, tourné caméra au poing à New York au début des années 1980, n’a rien perdu de sa jouissive irrévérence.

Damien Grimbert | Mardi 6 octobre 2020

Si le terme a malheureusement été galvaudé au fil des décennies jusqu’à finir par signifier aujourd’hui à peu près tout et son contraire, Born in Flames n’en reste pas moins un authentique film-culte au sens premier du terme. Tourné à New York en mode guérilla sur l’espace de cinq ans, le tout avec un budget absolument dérisoire (30 000$ !), le long-métrage de la réalisatrice Lizzie Borden, sorti en 1983, est un film absolument unique en son genre, à la fois profondément ancré dans son époque et hautement précurseur dans les thématiques qu’il aborde. Adoptant la forme d’un docu-fiction uchronique dans lequel les États-Unis seraient désormais gouvernés par un parti socialiste, Born in Flames se penche ainsi sur trois groupes d’activistes distincts, chacun en lutte à sa manière contre le sexisme, le racisme et le classisme systémique qui sévissent encore au sein d’institutions prétendument progressistes. Étroitement surveillé par une cellule du FBI, et objet d’une enquête menée par trois journalistes proches du parti au pouvoir, chaque groupe va dans un premier temps tenter de préserver son indépendance face aux deux autres, avant qu’une évolution drastique de l

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"Be Natural", mise en lumière salvatrice

Documentaire | Histoire / Comme tous les (bons) documentaires, Be Natural : L’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché aborde en filigrane tout une gamme de sujets bien plus vaste que son intitulé ne le laisse présager.

Damien Grimbert | Mardi 6 octobre 2020

Par la réhabilitation du parcours hors du commun d’Alice Guy, première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, le documentaire de Pamela B. Green dévoile un pan souvent méconnu des débuts du cinéma (l’ère dite pré-hollywoodienne, des projections inaugurales des frères Lumière à Paris jusqu’à la migration des premiers grands studios américains du New Jersey à la Californie). Et ne s’arrête pas en si bon chemin : mené sous la forme d’une enquête haletante et incroyablement rythmée, Be Natural s’attache non seulement à expliquer le rôle souvent primordial joué par Alice Guy dans les débuts du medium, mais également la manière dont ses contributions furent systématiquement occultées par plusieurs générations d’historiens du cinéma, qui attribuèrent à ses collègues masculins nombre d’œuvres marquantes de cette pionnière défricheuse. Une injustice contre laquelle elle lutta sans relâche et sans succès toute sa vie, mettant ainsi en lumière une bien cruelle vérité : l’Histoire restera irrémédiablement biaisée tant qu’elle sera le fait de narrateurs exclusivement masculins. Be Natural vendredi 9 octobre à 20h30

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"Relic" : entre les murs

Cinéma | ★★★☆☆ De Natalie Erika James (É.-U.-Aust., int.-12 ans, 1h29) avec Emily Mortimer, Robyn Nevin, Bella Heathcote… En salles dès le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Leur mère et grand-mère respective Edna ayant disparu, Kay et Sam se rendent dans la demeure familiale. Peu après le retour de l’aïeule, d’étranges phénomènes se produisent, comme si une présence invisible et menaçante s’était insinuée dans la maison. Ou le trio féminin… Le propre (et la qualité) de ce film est l’absence d’explication rationnelle dans son dénouement : plus on avance dans ce quasi huis clos, plus abstrait et métaphorique devient le récit où les héroïnes semblent frappées par une damnation familiale. Un mal diffus, lié à l’âge, à l’hérédité ; à un trauma vaguement effacé et qui s’incarne pour ressurgir dans la maison ancestrale (quelque part entre Amityville et l’excellent épisode des Mystères de l’Ouest, La Nuit de la maison hantée). Natalie Erika James crée une atmosphère malaisante polysémique, évoquant autant la déréliction, la sénilité que l’accompagnement dans la mort. Ajoutons, tant qu’il y aura encore besoin de le signaler, l’exception que constitue ce film très majoritairement féminin devant et derrière la caméra. Une rareté notable, surtout dans le cinéma de genre.

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La Belle continue en extérieur

MUSIQUES | Concerts / Après une première édition en juillet dernier qui avait rencontré un joli succès, la Guinguette de la Belle Électrique fait son retour du 10 au 20 septembre sur l’esplanade Andry Farcy sous une forme un peu plus ambitieuse. Revue de détail.

Damien Grimbert | Mardi 8 septembre 2020

La Belle continue en extérieur

Ç'avait été l’une des surprises bienvenues de juillet dernier : loin de céder au marasme ambiant post-confinement, l’équipe de la Belle Électrique avait retroussé ses manches et organisé, avec les moyens du bord, trois soirs par semaine et pendant trois semaines, une programmation gratuite en plein air réunissant concerts, DJ-sets, bar et food truck sur l’esplanade juste à côté du lieu. Une proposition qui avait su fédérer un large public dans une ambiance très conviviale, sans contrevenir pour autant aux réglementations sanitaires en vigueur. À défaut de pouvoir maintenir l’édition 2020 de leur festival Jour et Nuit, les organisateurs ont donc décidé de remettre le couvert deux semaines durant en septembre, tout en s’offrant le luxe de "booster" un peu l’ampleur de leur programmation par la même occasion. Si la première semaine ne démérite pas, avec notamment un plateau rock/garage le vendredi, une soirée pop/électro le samedi et une jolie proposition afro-caraïbes le dimanche, c’est surtout la deuxième semaine qui retient notre attention en termes d’affinités musicales. On attend en effet beaucoup du retour des talentueux Hollandais du Mauskovic Dance Band, dont le curieux sy

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Vingt ans pour Vues d’en face

ECRANS | Festival / Sorti des radars au printemps, Vues d'en face est de retour dans quelques jours. Heureuse nouvelle !

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Vingt ans pour Vues d’en face

Qui s’apprête à souffler ses 20 bougies aujourd’hui est doublement embarrassé. D’une part parce que l’acte en lui-même d’éteindre par l’air expiré, si symbolique pourtant, est désormais proscrit pour des raisons prophylactiques ; de l’autre à cause d’une fameuse sentence de Paul Nizan certifiant de toute son aigreur (ou jalousie d’homme mûr ?) : « J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. » Vous parlez d’un accueil ! Considérons plutôt le verre bien rempli, car il n’est hélas pas donné à tout un chacun d’atteindre la double dizaine, et notamment aux festivals. Vues d’en face peut en témoigner : quand il ne s’agit pas d’une baisse (ou coupe) de subventions, c’est un coronavirus qui vient s’en mêler. Mais à 20 ans, il est aussi capable de rebondir pour transformer son édition printanière en rendez-vous automnal. Plus ramassée sur un week-end, la programmation ne perd rien de ses multiples identités LGBT+, ni de sa propension à voir du pays : le Portugais L'ange gardien, l’Étasunien Tell it to the bees, l’Italien

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"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

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"Lands of Murders" : Allemagne année 2

ECRANS | De Christian Alvart (All., 2h09) avec Felix Kramer, Trystan Pütter, Nora von Waldstätten…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Allemagne de l’Est, 1992. Deux policiers sont envoyés dans une petite bourgade pour enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Le contexte de la chute du Mur, l’hostilité ambiante, la découverte de trafics connexes et leurs méthodes divergentes rendent leur mission très difficile… Outre un goût du lucre et de la facilité conjugué à un manque d’esprit d’initiative, on se demande souvent ce qui motive, chez un producteur, la mise en œuvre d’un remake. En général, la nouvelle version se contente de toiletter l’original (ou de la "rebooter") en l’accommodant au parfum du moment ; plus rares sont les propositions singulièrement alternatives, ou les variations pertinentes. On se souvient (ou pas, si l’on peut) de l’inutile Fonzy, décalque sans intérêt du Québécois Starbuck. Lands of Murders est heureusement pour lui et nous d’une autre étoffe. Transposition du polar d’Alberto Rodríguez Las Isla Minima, le film de Christian Alvart démontre par l’exemple l’universalité de la tra

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"Canción sin nombre" / "Nuestras Madres" : l’une sort en salle, l’autre pas

Cinéma | Inscrits dans un contexte historique similaire, deux films d'Amérique latine sont à découvrir prochainement, mais pas sur les mêmes écrans. Nous vous les présentons toutefois en parallèle l'un de l'autre.

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre et Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et historique (les années 1980).Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, resté à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’en

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"L'Ombre de Staline" : le premier qui dit la vérité

Cinéma | Comment la famine du Holodomor provoquée par le régime soviétique fut révélée par un journaliste au monde qui ne le crut pas… Agnieszka Holland réhabilite la mémoire de Gareth Jones, aventurier de la vérité, dans un biopic épique et à la Lean, point à la ligne.

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Londres, 1933. Ex-conseiller de l’ancien Premier ministre Lloyd George, le journaliste Gareth Jones décide d’aller à Moscou pour interviewer Staline sur les prodiges accomplis par l’économie soviétique. Sur place, il contourne la propagande et découvre la réalité… « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait jadis Guy Béart sur un air presque guilleret. Tragique est la destinée des lanceurs d’alerte ! Soit ils sont moqués ou ostracisés ; soit on leur réserve un sort plus funeste en tentant de les museler voire de les éliminer. Les choses n’ont guère changé depuis les temps archaïques. Ni depuis Gareth Jones (1905-1935). L’œil de Moscou Agnieszka Holland poursuit avec ce dernier film son voyage à travers l’histoire politique si mouvementée du XXe siècle. Peut-être a-t-elle d’ailleurs trouvé un alter ego en la personne de ce journaliste qui fut le premier à interviewer Hitler après son élection et à avoir l’instinct de percer le paravent soviétique. Quand les correspondants étrangers basés à Moscou se fa

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Bond et rebonds

ECRANS | Pour se consoler du décalage de la sortie du 5e et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre (désormais annoncé en (...)

Vincent Raymond | Jeudi 5 mars 2020

Bond et rebonds

Pour se consoler du décalage de la sortie du 5e et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre (désormais annoncé en novembre pour cause de Covid-19), les Pathé Chavant et Échirolles proposent une révision générale avec Il était une fois James Bond : Casino Royale est déjà passé, mais on peut enchaîner avec Quantum of Solace (jeudi 19 mars), Skyfall (jeudi 26 mars) et enfin Spectre (jeudi 2 avril). Rien que pour vos yeux.

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"Sonic le film" : hérisson carré contre Carrey hérissant

ECRANS | De Jeff Fowler (É.-U., 1h40) avec James Marsden, Jim Carrey, Tika Sumpter…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair… La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun·e éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunesse. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact – la polémique sur l’évolution morphologique de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en tém

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"Une belle équipe" : sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au difficile basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs "privilèges" envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilise

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"Notre dame" : archi réussite

Cinema | Pâques aux tisons, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale, burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du 5e long métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale, sérieusement drôle et drôlement sérieuse, s'accommodant d'une once de magie : le fameux "réalisme magique" tant prisé par les romanciers de Garciá Márquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considère Notre dame, dans son ensemble, comme une extrapolation de notre monde passé à travers la moulin

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Réouverture de l’Institut Benjamenta

Reprise | Initialement sorti en 1995, le film des frères Quay est de retour au cinéma. De quoi provoquer quelques frissons, mais aussi une certaine curiosité...

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Réouverture de l’Institut Benjamenta

Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance "hors du temps" lui rend un fier service en le nimbant d’une patine supplémentaire le rendant davantage atemporel et surtout en lui conférant ce prestige d’objet singulier dont il fut jadis un peu privé. Certes, on le remarqua à l’époque – comment aurait-il pu en être autrement ? Le bizarre se distingue toujours –, mais l’accent fut parfois mis sur des aspects éloignés de ses qualités intrinsèques (comme le fait, par exemple, qu'il soit signé par des frangins dans la décennie du centenaire du cinéma, où les paires fraternelles pullulaient : Coen, Wachowski, Farelly, Dardenne…). On chercha aussi à l’inscrire dans la mouvance esthétique du néo-expressionniste pratiqué avec réussite, d’ailleurs, par une armée de formalistes titillés par la chute du Mur : Lars von Trier (Europa), Steven Soderbergh (Kafka), Woody Allen (Ombres et Brouillard), etc. Adaptation de Robert Walser, Institut Benjamenta (199

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"Pahokee, une jeunesse américaine" : un documentaire proposé par Mon Ciné jeudi

Cinema | Très actif en ce Mois du documentaire, Mon Ciné réussit un joli coup en programmant en avant-première le Prix du Jury du Festival des Champs-Élysées, Pahokee une (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Très actif en ce Mois du documentaire, Mon Ciné réussit un joli coup en programmant en avant-première le Prix du Jury du Festival des Champs-Élysées, Pahokee une jeunesse américaine de Ivete Lucas et Patrick Bresnan. On y suit le parcours de quatre ados d’une petite ville de Floride durant une année, peu avant de partir pour l’université. Un portrait de groupe, mais aussi de l’Amérique. Pourquoi pas en regard avec l’excellent Knives and Skin ? À Mon Ciné (Saint-Martin d'Hères), jeudi 21 novembre, à 20h.

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"Terminal Sud" : Kakfa à la Méditerranée

Cinema | De Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr.-Alg., avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui… Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti, porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique). Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à la folie tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinement stalinien étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence.

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Ndagga Rhythm Force : pour l’amour des rythmes

Mbalax sénégalais | Si son nom n’évoquera a priori pas grand-chose à grand monde, soyons très clairs cependant : dans certains cercles spécialisés, le Berlinois Mark Ernestus (...)

Damien Grimbert | Mardi 12 novembre 2019

Ndagga Rhythm Force : pour l’amour des rythmes

Si son nom n’évoquera a priori pas grand-chose à grand monde, soyons très clairs cependant : dans certains cercles spécialisés, le Berlinois Mark Ernestus est considéré comme une véritable légende vivante. Aux côtés de son ami Moritz Von Oswald, il a en effet donné naissance dès les années 1990 à une talentueuse scène dub techno à tendance minimaliste, inspirée par l’héritage des pionniers jamaïcains. Flashback en 2011 : Ernestus part à Dakar à la recherche de disques de Mbalax, un style musical sénégalais caractérisé par ses fascinantes polyrythmies qui le passionne depuis longtemps. Il se retrouve finalement à enregistrer en studio avec une vingtaine de percussionnistes et musiciens locaux et pose ainsi la première pierre d’un projet, qui, après de nombreuses autres collaborations intensives avec un certain nombre d’entre eux, finira par donner naissance à la fabuleuse formation Ndagga Rhythm Force. Subtile, envoûtante et hautement novatrice, la musique enfantée par le groupe n’a à peu près rien à voir avec les tentatives fusionnelles maladroites entre musique électronique et musique africaine dont est malheureusement abreu

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"Le Mans 66" : the mans of Le Mans

Cinema | De James Mangold (É.-U., 2h33) avec Matt Damon, Christian Bale, Jon Bernthal…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles… L’actualité a de ces volte-face ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête

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James Mangold : « "Le Mans 66" est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

ECRANS | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant "Logan"), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une "course" dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : «

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route ? Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune, en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça a été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîte de mé

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"Braquer Poitiers" : fond de caisse

ECRANS | De Claude Schmitz (Fr., 1h25) avec Francis Soetens, Hélène Bressiant, Wilfrid Ameuille…

Vincent Raymond | Mardi 22 octobre 2019

Une bande de pieds nickelés belges se fait refiler un tuyau en or : séquestrer Wilfrid, propriétaire d’un carwash, pendant un mois d’été et récupérer la caisse à sa place. Étonnamment, la victime (un excentrique célibataire) est consentante et les accueille à bras ouverts dans son château… Au départ était un court-métrage dont on devine l’intention : permettre au réalisateur Claude Schmitz de tirer parti de la personnalité authentiquement décalée d’une poignée de copains comédiens dans un format "lelouchien". En clair, de capter leur naturel gentiment bancal dans une suite de séquences vaguement liées par un argument "policier". Le contraste entre le pittoresque Francis Soetens aux faux airs de métalleux et Wilfrid Ameuille le châtelain fin de race peut divertir quelques minutes. Au-delà, on tombe dans un systématisme qui n’a plus grand-chose à voir avec la fraîcheur du naturel ni de l’impro. Les meilleures plaisanteries étant les plus courtes, Schmitz a donc eu tout faux en prolongeant d’une apostille artificielle son court histoire d’en faire un long. Mise en abyme bancale racontant, une saison plus tard, c

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Vaudou Game : groovy baby

Concert | L'afro-funk de Peter Solo et de ses musiciens sera de passage à la Source mercredi 16 octobre. Préparez-vous à danser !

La rédaction | Mardi 8 octobre 2019

Vaudou Game : groovy baby

En voilà là un qui a su faire son trou dans le paysage de ce qu'on pourrait appeler les musiques actuelles du monde : avec Vaudou Game, Peter Solo a en effet opéré un mélange absolument détonnant entre l'afro-funk des années 1970 et le son des rituels vaudous du Togo. C'est même au pays, à l'Office Togolais du Disque (l'Abbey Road local) de Lomé, que ce Lyonnais d'adoption est parti enregistrer Otodi, son troisième album convoquant une nouvelle fois le français, chanté de façon presque naïve, même si les paroles ne le sont pas tant que ça. Sur une instru très groovy et dansante (le musicien a fait appel à un duo basse-batterie togolais), on croise par exemple une Tata fatiguée qui « travaille tous les jours pour gagner la misère » : un décalage qui pouvant résumer à lui seul le style Vaudou Game, déjà efficacement développé sur les précédents petits tubes que sont La vie c'est bon et Pas contente. Et en live ? Ben tout ce qui contient de l'afro-funk ne laisse

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"Langues de feu, lames de fond" : il était une fois la révolution arabe par Christian Ubl

Danse | « Quand j’ai mis de l’essence, j’ai pensé à Tarek-Mohamed. Est-ce qu’il savait ce qu’il déclencherait ? » Sur scène, une femme broyée par le (...)

Aurélien Martinez | Mardi 8 octobre 2019

« Quand j’ai mis de l’essence, j’ai pensé à Tarek-Mohamed. Est-ce qu’il savait ce qu’il déclencherait ? » Sur scène, une femme broyée par le système économique actuel veut en finir, à l’image de celui qui, en Tunisie fin 2010, a, par son geste, lancé ce que l’on a rétrospectivement appelé le Printemps arabe. « De la révolte intime à la protestation publique, le feu des révolutions arabes s’est propagé, mais l’espoir immense a laissé la place au chaos ; un pays à feu et à sang, alors des milliers d’hommes se jettent à l’eau » comme l’a écrit l’autrice Lucie Depauw dans la note d’intention du spectacle Langues de feu, lames de fond que le chorégraphe Christian Ubl a pensé avec elle et que l’on pourra découvrir jeudi 10 et vendredi 11 octobre à l’Hexagone de Meylan. Un ensemble composé de « deux poèmes-documentaires chorégraphiques » qui embrassent le présent et ses enjeux avec force – du moins c’est ce qui en est ressorti de la captation que l’on a pu découvrir. Et qui, surtout, offre une nouvelle facette du travail singulier et plastiquement recherché que le chorégraphe franco-autrichien mène depuis une dizaine d’anné

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"La Fameuse invasion des ours en Sicile" : conte à pâte de velours

ECRANS | De Lorenzo Mattotti (It.-Fr., 1h22) animation

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces… Depuis le temps que l’univers de l'illustrateur et auteur de bande dessinée italien Lorenzo Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela donc aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzzati. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail "d’enluminure" du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits – lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Jean-Luc Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran (l’homme appartie

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Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec du rock, de la pop, de la chanson, du rap, du jazz, voire tout ça à la fois. Et à Grenoble comme dans l'agglo bien sûr.

La rédaction | Mercredi 18 septembre 2019

Grenoble : 33 concerts pour un automne musicalement dense et varié

Shake Shake Go C'est entre le live et l'infiltration d'internet que le groupe franco-gallois mené par Poppy Jones et Marc Le Goff s’est révélé, à force de tournées aux côtés de pointures comme James Blunt et Rodrigo y Gabriela et par la grâce d'un tube qui fit exploser leur notoriété à travers le monde – la ballade England Skies (2015), tête des charts digitaux, synchro en séries et dans la pub. Quelques mois plus tard sort l'album All in Time auquel succède l'an dernier Homesick mené par un autre single, beaucoup plus rock, Dinosaur. Le formatage est là et bien là mais la formule (on pense à des Lumineers avec une voix féminine) tape toujours dans le mille, mettant d’accord, en plus du public, une partie de la presse, des Inrocks au Figaro – qui sont pourtant rarement d'accord. À la Source jeudi 26 septembre Xavier Machault & Martin Debisschop Jamais à cours de projets, Xavier Machault s'

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"Un jour de pluie à New York" : Grosse Pomme à l’eau signée Woody Allen

ECRANS | De Woody Allen (É.-U., 1h32) avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Kelly Rohrbach…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Ashleigh (Elle Fanning) a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby (Timothée Chalamet), qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu… Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça a un petit air de Eyes Wide Shut donc d’une relecture de La Nouvelle rêvée de de l'écrivain autrichien Arthur Schnitzler dont Stanley Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici (une fois encore) qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs l’automne, faut-il en plus supporter des dialogu

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Drexciya : électro subaquatique

Soirée | S’il n’a existé que l’espace d’une petite dizaine d’années, de 1992 à 2002, le duo de Détroit Drexciya, mis à l’honneur jeudi 5 septembre par le biais d’une (...)

Damien Grimbert | Mardi 3 septembre 2019

Drexciya : électro subaquatique

S’il n’a existé que l’espace d’une petite dizaine d’années, de 1992 à 2002, le duo de Détroit Drexciya, mis à l’honneur jeudi 5 septembre par le biais d’une soirée thématique au Redrum, n’en reste pas moins l’un des plus mythiques de toute la scène électronique. Par sa brève durée de vie (le groupe s’arrête suite au décès de James Stinson, son cofondateur Gerald Donald poursuivant sa carrière au sein de l’entité Dopplereffekt) d'une part, son éthique farouchement underground (anonymat total pendant toute l’existence du duo) d'autre part, mais surtout, enfin, sa capacité à englober son électro/techno avant-gardiste au sein d’une riche et nébuleuse mythologie océanique afro-futuriste. Mêlant esthétique de science-fiction et métaphore ouvertement politique (les Drexcyiens seraient une population sous-marine descendant des enfants des femmes enceintes jetées par-dessus bord pendant la Traite des Noirs), cette mythologie va influencer toute la discographie du duo, des titres des morceaux aux pochettes d’albums illustrées par Abdul Qadim Haqq, sans oublier bien sûr l’ambiance subaquatique irréelle qui émane de leurs fascinantes compositions. De quoi renforce

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"Le Mariage de Verida" : gavissime

ECRANS | de Michela Occhipinti (It., 1h34) avec Sidi Mohamed Chinghaly, Verida Beitta Ahmed Deiche, Aichetou Abdallahi Najim…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Mauritanie, de nos jours. L’existence de Verida tourne autour du salon de beauté de sa grand-mère et de ses deux amies. Ses parents ayant décidé de la marier, elle entame, non sans renâcler, un rite prénuptial destiné à la faire grossir : le gavage. Une coutume entre torture et hypocrisie… Il n’est pas rare de voir des fictions à destination quasi exclusive du public des pays occidentaux vitupérer telle ou telle survivance d’une coutume archaïque, affirmant généralement la mainmise du patriarcat sur la population féminine : excision, obligation de se couvrir dès l’adolescence, mariages forcés... Misant beaucoup sur leur valeur documentaire, ces productions reproduisent en général la forme du film-dossier en respectant des standards cinématographiques schématiques. Cette catégorie de films pointe évidemment l’odieuse différence de traitement entre hommes et femmes mais aussi les petits arrangements avec la tradition ou la religion permettant d’accomplir toutes les entorses aux règles que l’on désire... tant qu’elles demeurent à l’abri des regards. Ici, les femmes ont souffert de leur "régime" mais le perpétuent sans fin sur leurs fi

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"Le Roi Lion" : c’est l’histoire de la vie (bis)

ECRANS | En donnant à voir une deuxième version de son film d'animation culte sorti en 1994, les studios Disney seraient-ils en train de préfigurer un cinéma nouvelle génération ? Derrière l’histoire du cycle de la vie et des successions naturelles, en affleure une où l’image est remplacée par une autre plus vraie que nature. Troublant...

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi lion Mufasa, ravive la colère de Scar, frère et rival de ce dernier qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Et il y parvient. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des "classiques" d’animation des studios Disney en film "en prises de vues réelles" soit gouvernée par une unique logique – fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, elles ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire où s’élabore à risques (et coûts) maîtrisés le cinéma de demain. Pr

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Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

ECRANS | Acquis à la cause de Simba depuis leur plus tendre enfance, Jamel Debbouze, Anne Sila et Rayane Bensetti, soit une partie des voix françaises de la nouvelle version du "Roi Lion", ne nous ont pas caché leur fascination pour le film original et son remake. Propos rapportés d’une rencontre enjouée.

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire). Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir à l'époque, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avai t payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires)Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est aussi incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire m’ava

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Cinéma en plein air : notre sélection de films à (re)voir cet été à Grenoble et aux alentours

ECRANS | L'été, les écrans géants fleurissent en ville pour proposer aux citadins en mal d'évasion des voyages cinématographiques à la fraîche. Petit sélection maison de ce qu'à la nuit tombée, nous pourrons voir de meilleur en juillet et en août à Grenoble et aux alentours.

La rédaction | Mardi 2 juillet 2019

Cinéma en plein air : notre sélection de films à (re)voir cet été à Grenoble et aux alentours

Parvana Attention, objet précieux. Déguisée en garçon, une jeune fille défie les Talibans dans cette œuvre animée signée Nora Twomey (et sortie en 2018) à l’univers graphique singulièrement élégant prouvant que les grandes thématiques politiques d’aujourd’hui peuvent constituer la trame d’histoires à la portée du jeune public. À Saint-Martin-d'Hères (parc Romain-Rolland) mardi 9 juillet Au revoir là-haut En 2017, Albert Dupontel a surpris avec ce conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées de la Première Guerre mondiale et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles. Un grand film passionnant et captivant qui fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnages (donc une distribution) estomaquante. À Fontaine (parc de la Poya) mercredi 10 juillet Minuscule,

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"Yesterday" : all you need is The Beatles

ECRANS | Un musicien sans succès se retrouve seul au monde à connaître le répertoire des Beatles et se l’approprie : sa vie change alors radicalement. Après "Steve Jobs", Danny Boyle reste dans l’univers Apple pour cette fable morale, musicale et nostalgique aux inspirations multiples.

Vincent Raymond | Lundi 1 juillet 2019

Jack Malik (Himesh Patel) a du succès à la guitare auprès de ses amis ; un peu juste pour vivre de ses chansons. Une nuit, un accident mystérieux le laisse le visage en vrac et riche d’un trésor : il s’est réveillé dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et lui seul connaît leurs chansons… Quel musicien n’a jamais rêvé (ou cauchemardé) connaître le sort de Jack Malick ? Puisque les Beatles, aux dires de John Lennon en 1966, étaient « plus populaires que Jésus », cela équivaudrait-il à se retrouver en position mosaïque, recevant les Tables de la Loi ? Débordant largement du registre musical, l’influence du groupe a été – et demeure – telle dans la culture contemporaine pop que son effacement pourrait légitiment causer un hiatus civilisationnel. Le postulat de départ est intellectuellement séduisant et, surtout, réjouissant pour les amateurs des Quatre de Liverpool. Ils savourent non seulement la renaissance du catalogue entier, mais ont droit en bonus à des surprises moins prévisibles et plus authentiquement émouvantes que celles parfumant d’habitude les biopics musicaux. Face A : Love me doux Le scénar

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La Fête du Travailleur alpin : demandez le programme de la 90e édition !

Festival | Rendez-vous du vendredi 28 au dimanche 30 juin au parc de la Poya de Fontaine.

Damien Grimbert | Mardi 18 juin 2019

La Fête du Travailleur alpin : demandez le programme de la 90e édition !

« Je rappe tellement bien qu’on dit que je rappe mal. » Si cette réflexion pourrait en soi s’appliquer à bon nombre de rappeurs, il fallait en revanche toute la science d’écriture de Kery James (photo) pour la formuler de manière aussi condensée et éclatante (sur Le Combat Continue Part 3 en 2008). Il faut dire aussi que l’artiste, qui sortait en novembre dernier son septième album solo J’rap encore, est tout sauf un perdreau de l’année. De ses débuts en 1991 sur le premier album de MC Solaar aux virulentes années du groupe Idéal J aux côtés de DJ Mehdi en passant par le début de sa carrière solo en 2001 (avec le très remarqué Si c’était à refaire), le rappeur du Val-de-Marne affilié au collectif Mafia K’1 Fry a en effet eu tout le temps d’affûter son flow et sa plume. Autant dire que c’est une véritable légende du rap français qui foulera la scène de la Fête du Travailleur alpin samedi 29 juin. Le même soir, on retrouvera également une autre figure de proue du rap engagé en la personne de Médi

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Cabaret frappé 2019 : mélange des genres

Festival | À la croisée de toutes les esthétiques et découvertes possibles (à commencer par les talents de la Cuvée grenobloise), le Cabaret frappé se livre à un autre mélange des genres que celui des styles musicaux, en proposant une programmation haut de gamme où la parité femmes-hommes est plus que respectée. Alors voilà ce que l'on pourra écouter chaque jour au Jardin de Ville de Grenoble.

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 juin 2019

Cabaret frappé 2019 : mélange des genres

Lundi 15 juillet Pourquoi commencer doucement quand on peut d'emblée frapper fort ? C'est ce que semble nous dire le Cabaret cette année en son ouverture. Aux côtés du trip-hop local d'Aora Paradox, issu du cru annuel de la Cuvée grenobloise, le festival dégaine d'entrée ses deux plus grosses têtes d'affiche. D'abord, Camélia Jordana, créature Nouvelle Star qui n'a jamais su choisir entre le versant populaire de la chanson et une liberté d'expérimenter à tout va (en témoigne son dernier disque sous le nom de Lost). Ensuite, la grande Neneh Cherry, carton jamais démenti des années 1990 toujours sur le pont après un long hiatus et quelques collaborations dans les années 2000 (CirKus, The Thing). À 54 ans, cette pionnière du hip-hop féministe a toujours autant la rage contre tous les impérialismes politiques, comme le prouve son dernier album Broken Politics, produit comme le précédent par le très pointu Four Tet. Mardi 16 juillet Après une soirée

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"X-Men : Dark Phoenix" : 50 nuances de Grey

ECRANS | De Simon Kinberg (ÉU, 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour des accusations d'agression sexuelle, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la vitesse déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine (achevées en apothéose dans Logan), voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants…) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance du psychisme, de l’affect, de la télékinésie… Un équilibre binai

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Retro Game Alpes : à la (re)découverte des jeux d’autrefois

Événement | Le salon Retro Game Alpes est de retour au Fontanil-Cornillon pour sa 12e édition avec toujours la même envie de faire (re)découvrir au public l’univers des jeux vidéos des années 1970 à 2000. Grégory Négro, président de l’association organisatrice Wake on Lan, nous en dit plus.

Nathalie Gresset | Mardi 28 mai 2019

Retro Game Alpes : à la (re)découverte des jeux d’autrefois

Une cinquantaine de flippers, une quarantaine de consoles de salon, une quinzaine de bornes d’arcade… Du vendredi 31 mai au dimanche 2 juin, le Retro Game Alpes réunira à l’Espace Claretière du Fontanil-Cornillon plus d’une centaine de machines qui devraient ravir les nostalgiques de jeux rétro. « Nos consoles vont des Pong, premières consoles de salon grand public inspirées du tennis de table sorties dans les années 1970, à la PlayStation 2 qui date des années 2000. Nous avons aussi des flippers électromécaniques (1960-1970) et électroniques (1980 à nos jours) », détaille Grégory Négro, président de Wake on Lan, l’association qui organise le salon. Créé en 2008 par des bénévoles passionnés, le Retro Game Alpes a pour ambition de participer à la sauvegarde du patrimoine vidéoludique. « Dans les années 1980-1990, les gens se rendaient dans les salles d’arcade pour en prendre plein les yeux car il y avait une ambiance particulière et, surtout, des machines plus puissantes que celles qu’on avait à la maison. Cette tendance s’est inversée avec l’a

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Festival : et voici la programmation du Cabaret frappé

Annonce | Rendez-vous du lundi 15 au samedi 20 juillet au Jardin de Ville de Grenoble, avec quelques têtes connues et, surtout, pas mal de chouettes découvertes. On fait un rapide point avant la sortie en juin de notre numéro festivals.

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 mai 2019

Festival : et voici la programmation du Cabaret frappé

C'est un événement attendu à Grenoble que le dévoilement de la programmation du festival Cabaret frappé qui, tel un phare dans la nuit (certes courte) de juillet, vient éclairer l'été grenoblois. Et surtout l'animer musicalement. Avec toujours chevillées au corps et au cœur (de la programmation donc) une certaine idée de l'éclectisme et une idée certaine de la gratuité, puisque le prix est, rappelons-le, de nada, walou, que tchi. Or, à ce tarif défiant toute concurrence, rien qu'en ouverture lundi 15 juillet, on nous offre la très tendance caméléone Camélia Jordana et la légende Neneh Cherry. Et le lendemain, deux pépites, deux ovnis même, venus tout droit de la belle province (le Québec) pour lesquels la critique s'enflamme : Hubert Lenoir et Charlotte Cardin. S'ensuivront comme ça, au débotté (l'entièreté de la programmation est à consulter en bas de cet article), pour les jours suivants : un autre ovni

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"Dieu existe, son nom est Petrunya" : la croix et la manière

ECRANS | Ayant perturbé par accident une tradition religieuse masculine, une jeune femme a défié l’équilibre passéiste de son village macédonien. Prise en étau entre le sabre et le goupillon, elle ne renonce pourtant pas à son bon droit. Un conte moral corrosif et une actrice d’enfer.

Vincent Raymond | Lundi 29 avril 2019

Stip, en Macédoine. Trentenaire, surdiplômée, corpulente, célibataire, Petrunya est dotée d’un solide tempérament. Elle le prouve en se jetant à la rivière pour attraper la croix porte-bonheur lancée par le prêtre de la paroisse aux hommes du village. À leur grand dam. Mais malgré les intimidations physiques et policières la pressant de rendre la croix, Petrunya n’en démord pas : elle l’a gagnée. Et son histoire, devant les caméras, devient une affaire nationale. Comment une tradition, en apparence bon enfant, apparaît comme le symptôme d’une société figée dans le jus rance du conservatisme : certains rites étant les faux-nez justifiant la survivance d’archaïsmes perpétuant ici le patriarcat, ailleurs la xénophobie, la haine du roux, de l’albinos ou du gay ; bref, tout ce qui n’est pas conforme à l’identité de la communauté, au sens "d’équivalence avec la majorité dominante" – et désirant le rester. Faut-il que la gent masculine se sente menacée pour rugir en meute infantile contre le "sacrilège" de Petrunya, obligeant le pouvoir temporel, vassal du spirituel, à enfreindre la loi en la retenant arbitrairement ? À une autre époque, cette anti-conformiste dépos

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Malik Djoudi : à la recherche de « la paix intérieure »

Concert | Après un premier album électro-pop acclamé en 2017, Malik Djoudi est de retour avec un "Tempérament" ​convaincant qu'il présentera vendredi 3 mai sur la scène de la Maison de la musique de Meylan.

Alice Colmart | Mardi 30 avril 2019

Malik Djoudi : à la recherche de « la paix intérieure »

« Dans mes chansons, je pose des questions et j’en donne les réponses » : voilà comment Malik Djoudi nous décrit son nouvel album électro-pop Tempérament qu’il viendra présenter à la Maison de la musique de Meylan. Artiste remarqué en 2017 avec un premier album (Un) porté par sa voix androgyne et très surprenante, ce Poitevin d’origine algérienne et vietnamienne est passionné de musique depuis toujours. « Je chante depuis mes six ans. Ça a toujours été là, en moi, et ma mère m’a toujours poussé. Je n’ai pas appris. » Libre, celui qui trouve ses inspirations « chez Sébastien Tellier, Christophe ou encore James Blake » compose donc à l’oreille, en suivant son instinct. « Quand je crée, je commence souvent à chercher des accords au clavier, à la guitare et les arrangements m’arrivent dans la tête. J’essaye de les rejouer et de les retranscrire. Les couleurs musicales m’embarquent vers des endroits dans lesquels je n’aurais pas imaginé aller. » Ce sont d’ailleurs vers des terres inconnues que nous emmène son nouvel album de douze titres aux mélodies délicates, aérienn

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Vie et mort de l'ère américaine avec Denys Arcand

ECRANS | Jeudi 2 et vendredi 3 mai, la Cinémathèque de Grenoble diffuse les deux films cultes du réalisateur québécois : "Le Déclin de l’Empire américain" et "Les Invasions barbares".

Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

Vie et mort de l'ère américaine avec Denys Arcand

La sortie en février dernier de La Chute de l’Empire américain de Denys Arcand a eu plusieurs vertus. D’abord celle de nous présenter un état de notre société asservie par l’argent – constat guère euphorisant, on vous l'accorde. Mais aussi celle de clore une trilogie consacrée à l’effondrement de notre monde contemporain – oui, ça n’est pas plus réjouissant. Surtout, ce polar mâtiné de philo nous a permis de reprendre des nouvelles du cinéaste québécois à qui la Cinémathèque de Grenoble rend hommage en programmant justement les deux premiers volets de la trilogie dans le cadre du Mois du Canada organisé à Grenoble. Deux opus qui se suivent, où gravite le même groupe de personnages, rejoints toutefois par de nouvelles têtes dans le second volume. Des hommes et des femmes interprétés par les comédiens fétiches du cinéaste, volontiers bavards, vidant leur sac et leur conscience, rendant compte des travers de leur époque et des inflexions du temps sur leur caractère. Dans Le Décli

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"Avengers : Endgame" : la fin justifie les grands moyens

ECRANS | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ant-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War) avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une mort arbitraire à des fins sélectives quasi-d

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"Tel Aviv on Fire" : soap qui peut !

ECRANS | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Le réalisateur Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et rire.

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on Fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un check-point dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment, de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres – comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des caractères – orgueil, naïveté, vanité, jalousie... Rires en s

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"Gentlemen cambrioleurs" : casse vermeil

ECRANS | De James Marsh (G.-B.1h46) avec Michael Caine, Tom Courtenay, Jim Broadbent…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il a excellé en toute discrétion : la cambriole. Tuyauté par un jeunot, Brian réunit sa troupe d’experts vieillissants pour un ultime coup d’éclat… Pas besoin d’être grand clerc pour voir dans cette *comédie policière* un dérivé pour public sénior deu fameux Ocean Eleven, avec une distribution appropriée – elle réunit la crème des veilles barbes anglaises (qui jadis furent, pour certains, les jeunes premiers britanniques). En l’absence de Peter O’Toole, Oliver Reed, Alan Bates et Richard Harris excusés pour cause de décès, Ray Winston, Michael Gambon et Jim Broadbent font le job – c’est-à-dire cabotinent selon les exigences d’un scénario poussif quand il n’est pas entortillé comme un fil de téléphone à cadran. Gags rhumatisants, répliques arthritiques et action asthmatiforme pimentent le casse et l’enquête parallèle menée par la police : tous les ingrédients sont donc réunis pour accompagner une bonne sieste de fin d’après-midi.

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"Jusqu'ici tout va bien" : franchement la zone

ECRANS | de Mohamed Hamidi (Fr 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau "film sur la banlieue" laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan "globalement positif" d’une implantation sur les « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo et jeunes des cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse (sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie), le film s’encombre de gadgets scénaristiques éculés (du style "enfant du divorce se réconciliant avec pap

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"Escape Game" : le game qui tue le game

ECRANS | de Adam Robitel (EU-Af du S, 1h39) avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll…

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Ils sont six à avoir reçu en cadeau une invitation à tester le plus formidable escape game de la ville. Six alléchés par la prime offerte au vainqueur. Six à déchanter lorsqu’ils découvrent que les pièces infernales s’enchaînent et qu’elles essayent toutes de les tuer. Pour de vrai… Il fallait bien que cela arrive : l’essor et l’engouement pour les escape games devait inspirer une adaptation cinématographique. Un juste retour des choses, puisque ces espaces ludiques hautement scénarisés tirent leurs ambiances pour partie d’univers littéraires et majoritairement d’atmosphères filmiques, à grand renfort de sound design. Mélange assez pervers d’éléments connus aperçus dans Dix petits nègres, Cube, Destination finale, Action ou vérité et Saw (la dimension fantastique en moins), Escape Game fait défiler une série de décors-énigmes témoignant de l’ingéniosité vicieuse des auteurs. On s’attend à être crispé sur son fauteuil et, de fait, on l’est – en particulier durant une séquence littéralement "renversante", où le public sujet au vertige risque de prendre cher. Composé comme une suite de sketches, ce bon diverti

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Denys Arcand : « Le cadre du thriller est comme celui de la tragédie »

ECRANS | Conteur jovial à la vue perçante, Denys Arcand analyse la société avec une précision clinique et livre des constats doux-amers sur son évolution. Entre polar et comédie, "La Chute de l'Empire américain", nouvel opus de sa trilogie (après "Le Déclin de l'Empire américain" et "Les Invasions barbares") teinté de philosophie, fait mal à la conscience. Rencontre.

Vincent Raymond | Jeudi 21 février 2019

Denys Arcand : « Le cadre du thriller est comme celui de la tragédie »

À quel moment avez-vous choisi la tonalité de votre nouveau film La Chute de l'Empire américain ? Denys Arcand : Je ne sais jamais quel film je vais commencer quand j’en termine un ! Là, il s’était produit une espèce de règlement de comptes à Montréal : un chef de gang noir avait été abattu pour avoir prêté allégeance au "mauvais" leader de la mafia calabraise. Ce chef de gang avait une fausse boutique de mode dans le centre de Montréal, qui en fait était une banque : rien que dans la section ouest de Montréal, son commerce récoltait cinq millions de dollars par mois et lessivait l’argent. Dans mon film, on a la récolte de deux mois. Le patron de la mafia calabraise a décidé de l’exécuter, et il y a plusieurs morts. Ça a été extrêmement violent, d’autant que ça s’est passé à midi et demi en plein milieu de rues passantes. J’ai pris des notes, j’ai rencontré un inspecteur de police mêlé à l’histoire et j’ai commencé à m’intéresser à la manière dont on pouvait fa

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