"Rest" : Charlotte Gainsbourg for ever

Concert | Il y a un an, Charlotte Gainsbourg a sorti "Rest", cinquième album dans lequel la chanteuse et actrice se livre comme jamais – sur son père Serge Gainsbourg, sur sa demi-sœur décédée, sur sa vie… Alors qu’elle sera en concert dimanche 2 décembre à la MC2, on remonte le fil d’une histoire musicale contrastée qui a pourtant permis d’aboutir à ce petit bijou.

Aurélien Martinez | Lundi 26 novembre 2018

Des morceaux en français : pour une artiste française (enfin, franco-britannique), cela semble presque évident (même si pas mal de musicien hexagonaux préfèrent uniquement s'exprimer en anglais, souvent par paresse) ; pour Charlotte Gainsbourg, c'est une petite révolution. Ou plutôt une affirmation : oui, c'est moi Charlotte Gainsbourg, fille du mythique Serge Gainsbourg (l'un des plus grands paroliers du siècle dernier) et de son interprète phare Jane Birkin, et voilà, je me confronte enfin à ce français si redouté ; faites en ce que vous voulez.

Un parti pris qui tranche avec ses précédents albums qui, eux, évitaient soigneusement, à des rares exceptions près, de se rendre sur ce terrain miné obligeant forcément la comparaison, à l'image de son 5:55 sorti en 2006, pile 20 ans après son fameux Charlotte for ever composé par son père. Aux commandes de ce grand retour sur la scène musicale (après, notamment, quelques timides tentatives, dont un duo avec Étienne Daho), les Français de Air, en collaboration avec Nigel Godrich à la production (on le considère souvent comme le sixième membre de Radiohead) et Jarvis Cocker de Pulp et Neil Hannon de The Divine Comedy aux textes.

Un casting classieux pour une sympathique réussite pop-folk qui, certes, ne révolutionna pas le monde de la musique (on ne peut pas faire la révolution tous les jours, surtout en musique), mais permit à la "fille de" de s'affirmer comme chanteuse (elle qui brillait alors principalement comme actrice) avec ce qui s'apparenta finalement à un deuxième premier album – ou à un album de Air en duo avec Charlotte Gainsbourg (ce qui est déjà pas mal).

Le poids de l'héritage

Voilà donc pour la renaissance musicale. Mais c'est avec son troisième disque, sorti en 2009 et baptisé IRM, que Charlotte Gainsbourg s'imposa réellement dans le vaste monde de la musique, grâce à la contribution de Beck (elle sait décidemment bien s'entourer). Un producteur et auteur qui, paradoxalement, n'hésita pas à convoquer par petites touches l'héritage paternel sur un panel de morceaux flirtant avec de nombreux genres musicaux – la pop, la folk, la ballade…

Un IRM empli de belles réussites (en premier lieu le petit tube Heaven Can Wait, l'entêtant IRM ou encore la reprise magnifique du Chat du Café des Artistes du Québécois de Jean-Pierre Ferland – tiens, du français !) qui aurait pu placer sur le devant de la scène n'importe quel interprète. Sauf qu'on parle ici d'une artiste au patronyme prestigieux, ce qui lui donne une responsabilité supplémentaire. Car si finalement être fille ou fils d'une légende ouvre sans doute de nombreuses portes, cela place sur la personne en question un poids énorme, surtout quand elle décide de s'aventurer sur le même terrain que ses illustres parents.

« Ne me laisse pas t'oublier »

Voilà donc pour la confirmation musicale, avant l'accomplissement, arrivé l'an passé après Stage Whisper (2011), troisième album mi-live mi-nouvelles compositions. Un accomplissement mûri longuement, comme elle l'expliquait en 2015 à un journaliste de Télérama venu l'interviewer à New York où elle habite aujourd'hui. « 50 % de mes nouvelles chansons sont en français, j'avais besoin d'oser le faire pour franchir une étape. C'est important de me situer par rapport à mon père. Mon vocabulaire vient de ses textes, de ses chansons, mes mots sont ancrés dans des phrases qui lui appartiennent. J'ai tellement entendu ses chansons dans mon enfance. Il les écoutait continuellement. J'ai l'impression de me réapproprier un langage qui pourrait être le mien. Je ne recherche surtout pas la comparaison. Je ne sais pas ce que ça vaut, ni si j'en ferai quelque chose, mais le coucher sur le papier, c'est déjà bien. »

En a découlé Rest, sorti à l'automne 2017 et particulièrement bien accueilli – notamment par une Victoire de la musique de l'artiste féminine de l'année. Une œuvre on ne peut plus personnelle qui parle d'elle, certes, mais surtout des fantômes qui l'entourent. Son père, forcément, comme dans le bilingue Lying With YouLaisse-moi donc imaginer / Que j'étais seule à t'aimer / D'un amour pur de fille chérie / Pauvre pantin transi / Où est parti mon baiser / Quand le coffre s'est fermé »), et, surtout, sa demi-sœur Kate Barry, fille de Jane Birkin et du compositeur John Barry, morte en 2013. C'est ce tragique événement qui irrigue véritablement Rest, avec des morceaux déchirants comme Kate (« Crois-tu qu'on se ressemble / On d'vait viellir ensemble / Dans notre monde imparfait / Imparfait »).

« Défendre mes propres chansons sur scène »

Où l'on découvre une Charlotte Gainsbourg au bord de l'impudeur (elle signe l'ensemble des textes) épaulée par le producteur électro SebastiAn de l'écurie Ed Banger. Ensemble, avec quelques partenaires épisodiques sur certains titres (dont Paul McCartney sur Songbird in a Cage), ils ont conçu un disque d'une grande intensité musicale (la voix en retenue de la chanteuse est comme portée par les orchestrations et les boucles du producteur) mariant anglais (souvent sur les refrains) et français et s'inscrivant non dans la continuité de ce faisait le tandem Gainsbourg-Birkin, mais dans son prolongement, comme un nouveau chapitre.

Une réussite que Charlotte Gainsbourg livre sur scène avec « plaisir », peut-être pour la première fois comme elle l'a souvent confié en interview – « Sans doute parce que je défends mes propres chansons, des chansons que j'ai écrites. J'ai moins le sentiment d'avoir à défendre des auteurs » (à l'émission Quotidien en avril dernier). Une confiance qui l'autorise alors à se confronter sereinement aujourd'hui à deux chansons mythiques de son répertoire, initialement chantées avec son père : l'incroyable et transgressif Lemon Incest et le très années 1980 Charlotte for ever. On espère qu'elle ne changera pas la tracklist pour le concert grenoblois.

Charlotte Gainsbourg
À la MC2 dimanche 2 décembre à 19h30


Charlotte Gainsbourg


MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Nomadland" : une reconquête de l’Ouest

ECRANS | Une année en compagnie d’une sexagénaire jetée sur la route par les accidents de la vie. Un road trip à travers les décombres d’un pays usé et, cependant, vers la lumière. Poursuivant sa relecture du western et des grands espaces, Chloé Zhao donne envie de (re)croire à la possibilité d’un rêve américain. Primé au Tiff, Lion d’Or à Venise, Oscar du meilleur film.

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

L’Ouest, le vrai : frappé par la désindustrialisation. Où les baraques préfabriquées sont ouvertes aux quatre vents et les villes devenues fantômes. Où une partie de la population, victime de maladies professionnelles, dort au cimetière et les survivants… survivent comme ils le peuvent. Certains, comme Fern à bord de son vieux van, ont pris la route et joint la communauté des nomades, enchaînant les boulots saisonniers au gré des latitudes. Loin d’une partie de plaisir, son voyage sera tel un pèlerinage l’obligeant à se priver du superflu, l’autorisant à se défaire du pesant… Inspiré d’un livre-enquête de Jessica Bruder consacré aux victimes collatérales de la crise des subprimes de 2008 (des sexagénaires privés de toit poussés au nomadisme), Nomadland s’ouvre sur un carton détaillant l’exemple de la ville d’Empire dans le Nevada, passée de florissante à miséreuse, et nous fait suivre sa protagoniste en âge d’être à la retraite, cumulant des petits jobs précaires chez les nouveaux rois de l’économie. Des éléments à charges supplémentaires contre l’ubercapitalisme, direz-vous ; un

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Des femmes au sommet

CONNAITRE | Livre / Les femmes alpinistes du Népal sont à l'honneur d'un bel ouvrage récent. On vous raconte.

Martin de Kerimel | Mardi 8 décembre 2020

Des femmes au sommet

Et si ascension rimait avec émancipation ? C’est la conclusion de la sociologue Anne Benoit-Janin, qui vient de signer Les Népalaises de l’Everest, un livre-enquête passionnant, publié aux éditions Glénat. Le fruit d’une investigation menée sur place, à la faveur de nombreuses rencontres avec ces femmes alpinistes dans l’Himalaya. « Il faut savoir qu’avant d’imaginer escalader les montagnes, les femmes népalaises doivent affronter de nombreux handicaps, explique l’autrice. Elles viennent généralement d’un milieu très pauvre. C’est pourquoi, une fois mariées, elles n’ont plus le droit de quitter leur foyer, si ce n’est pour travailler dans les champs. » Celles qui se lancent dans l’aventure en paient parfois le prix, étant ensuite rejetées par leurs familles. La pionnière, Pasang Lhamu Sherpa, avait 31 ans quand elle est arrivée sur le toit du monde en 1993, soit quarante ans tout de même après les premiers hommes (Edmund Hillary et le Sherpa Tensing Norgay). Elle est décédée au cours de la descente, mais son nom continue d’être honoré dans son pays. Depuis, d’autres suivent son exemple, encore peu nombreuses. Anne Benoit-Janin avoue avoir été

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"Lux Æterna" : demande à la lumière !

Cinema | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Sur le plateau du film consacré à la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC (yeux qui cuiront lorsqu’il le visionnera), Lux Æterna, n’est pas un long métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de "ridelles" virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et Gainsbourg (La So

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Chez Papapy comme chez mamie

GUIDE URBAIN | Salon de thé / Christian Keller a vécu plusieurs vies. Sa dernière en date s’organise autour du Papapy, un salon de thé/restaurant situé place de Gordes où l’on appréciera autant son art de cuisiner que de chiner.

Jérémy Tronc | Mardi 8 septembre 2020

Chez Papapy comme chez mamie

Après un début de carrière dans la marine nationale, quelques années dans l’immobilier d’entreprise puis comme producteur de spectacles et gérant de restaurant, quelle casquette allait bien pouvoir endosser Christian Keller ? C’est la toque de chef-cuistot qu’il choisit de porter avec le lancement de Papapy, place de Gordes. Christian assure en effet l’intégralité de la partie cuisine de ce salon de thé/restaurant. « Je suis agréablement surpris, ça marche fort », assure-t-il. Son pari : miser sur la qualité et l’originalité. « J’en ai marre de voir ces franchises qui s’installent partout. D’une ville à l’autre tout se ressemble. » Avant la cuisine, la première chose que l’on apprécie au Papapy, ce sont les meubles et la décoration. Tout a été chiné avec goût par Christian à Emmaüs, même la vaisselle destinée aux clients. La décoration est unique, réconfortante, le lieu est rempli de fragments d’histoires et de vies passées, rassemblés entre ces murs pour une nouvelle destinée. Pour assurer les 30 couverts quotidiens, Christian se lève tôt car il doit d’abord s’approvisionner en produits frais, dont les légumes qu’il cultive dans son jardin avec son f

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Au Bon Label, cuisine éthique et musique chic

GUIDE URBAIN | Café-restaurant / Avec l’ouverture du Bon Label, le quartier Championnet s’enrichit d’un lieu de vie à l’éthique affirmée. Au menu : cafés d’excellence, plats locaux et de saison, sonorisation de haute-qualité et playlists faites maison (comme la cuisine). Le succès est indéniable, et mérité.

Jérémy Tronc | Mardi 8 septembre 2020

Au Bon Label, cuisine éthique et musique chic

Légende photo : Trois associés et un projet de reconversion réussi. Mick, Émilie et Sylvain, les trois associés du Bon Label, sont à la fois heureux et surpris du succès éclair de leur café-restaurant. Il fait le plein tous les midis. La réussite est d’autant plus goûteuse que leur aventure aurait pu tourner court. Deux semaines après l’ouverture du Bon Label et un début encourageant, Emmanuel Macron annonçait à la télévision le confinement total du pays. Donc la fermeture de l’établissement pour une durée indéterminée. « Nous avons eu besoin de nous réunir tous les trois pour encaisser la nouvelle. Heureusement nous avions prévu un coussin financier en cas d’aléas, coussin qui nous a servi plus vite que prévu ! », raconte Mick Bertrand, l’expert café du Bon Label. Avec son copain d’études Sylvain Bofelli, ils ont réfléchi pendant 3 ans à leur projet de reconversion. « Après quelques années dans l'électro-mécanique, on souhaitait se reconvertir, chacun de notre côté. Mais on a fini par s’arrêter sur ce projet commun qui réunissait deux de nos centres d’intérêt : moi le café et Sylvain la cuisine. On a mis au point le concept et on s’est aperçu

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Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

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"Le Meilleur reste à venir" : que de promesses !

Cinema | De Matthieu Delaporte & Alexandre De La Patellière (Fr., 1h57) avec Fabrice Luchini, Patrick Bruel, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer… Le succès du Prénom (2012), leur précédente coréalisation, a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand-chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants (c’est-à-dire à leurs travers) à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache etToledano, Delaporte et De La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicom

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"J'aimerais qu'il reste quelque chose" : le temps du souvenir

Cinema | De Ludovic Cantais (Fr., 1h19) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Lieu de souvenir et de conservation, le mémorial de la Shoah a aussi pour vocation d’accueillir témoins et victimes de la barbarie nazie (ou leurs descendants) afin de collecter leurs souvenirs matériels (documents, vêtements etc…), mais aussi et surtout immatériels : leur vécu personnel. Certains n’ayant jamais évoqué le traumatisme concentrationnaire, même à leurs plus proches, leur parole tardive s’avère précieuse aux oreilles de l’Histoire. Ce documentaire – ou plutôt document car il pourrait très bien être diffusé tel quel dans l’enceinte du mémorial pour en expliquer les missions – hésite entre deux dispositifs. L’un, en caméra fixe et frontale, présente une succession de bénévoles interviewant les déportés et leur famille devant un décor sobre et noir, très lanzmanien. Tout est fait pour valoriser le récit, à peine entrecoupé par quelques inserts de photographies – tant mieux, car il y a des histoires fortes. L’autre, où l’on suit les équipes du musée dans leur quotidien : course contre la montre pour réunir de nouveaux témoignages (et déplacements en province à cet effet), process d’archivage des documents glanés, organisation de céré

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"Mon chien Stupide" : chienne de vie !

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr., 1h45) avec également Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf…

Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Jadis écrivain prometteur, Henri (Yvan Attal) n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin. Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur d'American Beauty (1999) – dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yv

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

ECRANS | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer "Roubaix, une lumière", film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre (attention, spoilers).

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis le Festival de Cannes, où le film était en compétition ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu une deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : celui-là, on va compter avec lui. Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement b

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"Roubaix, une lumière" : divers faits d’hiver

ECRANS | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, la disparition de mineurs, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud (Roschdy Zem), patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays » écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Rupture Aux yeux du public hexagonal (voire international), Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien. Un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle (1992) et de Comment je me suis disputé... (1996) dans des élites situées, jacobinisme oblige, en Île-de-France. Pourtant, son

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Le dancefloor au scalpel à la Belle électrique

Semaine thématique | On déroule le sommaire de la "semaine du dancefloor" qu'organise la salle grenobloise du mardi 18 au vendredi 21 juin

Damien Grimbert | Mardi 11 juin 2019

Le dancefloor au scalpel à la Belle électrique

Après, entre autres, le punk et les musiques populaires jamaïcaines, c’est cette fois au dancefloor de faire l’objet d’une semaine thématique à la Belle électrique. Au programme, on retrouvera ainsi mardi 18 une projection du documentaire "historique" (il fut diffusé pour la première fois sur Arte en 1996) Universal Techno de Dominique Deluze, qui retrace la genèse du genre à Détroit en compagnie de ses trois pères fondateurs : Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson. Un gros morceau, au même titre que la conférence du lendemain (mercredi 19 donc), qui réunira Michel Amato alias The Hacker et Jean-Yves Leloup, l’un des meilleurs critiques et journalistes français dans le domaine des musiques électroniques (on vous recommande chaudement ses passionnants ouvrages parus chez l’éditeur Le Mot et Le Reste), et accessoirement curateur de la récente exposition-événement Électro, de Kraftwerk à Daft Punk en place à la Philharmonie de Paris. Jeudi 19, place à une soirée dansante au bar de la Belle électrique chorégraphiée et mise en scène par Yannick Siméon

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J’entre par tes yeux et Terrine, entre abstraction et décadence

Concert | Avec l’association grenobloise Reafforests, les concerts se suivent mais ne se ressemblent pas. Après l’indie-folk helvétique de Louis Jucker et Émilie Zoé (...)

Damien Grimbert | Mardi 19 mars 2019

J’entre par tes yeux et Terrine, entre abstraction et décadence

Avec l’association grenobloise Reafforests, les concerts se suivent mais ne se ressemblent pas. Après l’indie-folk helvétique de Louis Jucker et Émilie Zoé en février, place ce samedi 23 mars au Café du Nord à deux projets expérimentaux hautement atypiques, venus respectivement de Nantes-Metz et d’Amiens. Duo composé de Julien Nouvet et Alice Dourlen, J’entre par tes yeux (photo) se veut ainsi « un manifeste décadent pour une techno nouvelle et dérangeante ». Né d’une résidence au Lieu unique de Nantes en novembre dernier, Anyone Realize ?, leur EP inaugural, n’entretient finalement que des liens très ténus avec ce que l’on appelle habituellement la techno, et c’est justement ce qui fait tout son intérêt. Anyone realize? EP by J'entre par tes yeux Un compliment qu’on retournera égalemen

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"Les Éternels (Ash is purest white)" : les amants maudits

ECRANS | de Jia Zhangke (Chi, 2h15) Avec Zhao Tao, Fan Liao, Zheng Xu…

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

2001, Datong. Amie d’un caïd de la pègre locale, Qiao effectue de la prison pour lui mais se trouve rejetée à sa libération – les anciens bandits étant devenus des notables. Elle va alors s’en tenir aux préceptes du milieu et tenter de reconquérir ce qu’elle a perdu... Concourant l’an dernier pour la Palme d’or, Les Éternels est l’ultime film de la compétition cannoise à sortir sur les écrans, à bonne distance du bruit et de la fureur animant la Croisette dont le prolifique Jia Zhangke est un régulier visiteur. De manière générale, le cinéaste est un homme d’habitudes, fidèle à sa comédienne Zhao Tao (son épouse à la ville), à sa région du Shanxi (dont il vient d’être élu député) et à ses structures narratives laissant de la place au temps et à la succession des époques. Il faut dire que l’évolution accélérée de la Chine contemporaine a de quoi stimuler les inspirations : Dong Yue avait lui aussi succombé à la tentation pour Une pluie sans fin (20

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Variations indie folk avec Louis Jucker et Emilie Zoé

Concert | Samedi 23 février, l'association Reafforests nous donne rendez-vous au Café du Nord. Et ce sera forcément très bien.

Damien Grimbert | Mardi 12 février 2019

Variations indie folk avec Louis Jucker et Emilie Zoé

On avait déjà eu l’occasion de découvrir à Grenoble les musiciens helvètes Louis Jucker et Émilie Zoé il y a maintenant un peu plus d’un an, par le biais de leur formation rock lo-fi Autisti, aux échos volontiers 90’s. Les voilà aujourd’hui de retour, toujours à l’invitation de l’association Reafforests mais dans un contexte musical pour le moins différent, puisqu’ils viennent cette fois présenter chacun leur projet solo. Pour Louis Jucker (photo), difficile d’en dire beaucoup plus au stade actuel, puisque l’album qu’il viendra défendre pour l’occasion, Kråkeslottet [The Crow's Castle], enregistré en Norvège, ne sortira pas avant mars. Au vu du pédigrée du bonhomme, et des quelques extraits déjà disponibles sur le net (Seagazer, Tale of a teacher’s son et Merry dancer), la curiosité pour cette échappée indie-folk volontiers expérimentale est néanmoins de mise, d’autant qu’il sera accompagné en live par les membres de son (autre) groupe Coilguns, avec lesque

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PB d'or 2018 : musique

C'était 2018... | Avec des musiciens du coin, un festival ou encore des associations locales.

La rédaction | Mardi 18 décembre 2018

PB d'or 2018 : musique

Le PB d’or de la meilleure reprise de l’année : "Elle a les yeux revolver" par M-O-R-S-E C’est de loin l’un des morceaux qu’on a le plus écouté en boucle ces derniers mois – alors qu’on n’est pourtant pas spécialement fans de l’original. Porté par une maîtrise parfaite de l’autotune et une mélancolie prégnante, la reprise par le Grenoblois M-O-R-S-E du tube 80’s de Marc Lavoine nous a plongés dans un état de béatitude totale, au même titre d’ailleurs que les autres chansons de son excellent premier album Apathique, sorti à l’automne sur le label Cindys Tape. Le PB d’or du festival qui a enfin trouvé sa formule idéale : Jour & Nuit Une programmation musicale vaste, pointue et foisonnante à même de satisfaire tous les publics

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Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Documentaire + concerts | L'association grenobloise investira l'Engrenage vendredi 5 octobre pour une soirée concerts et projection.

Damien Grimbert | Mardi 2 octobre 2018

Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Association grenobloise spécialisée dans l’organisation de concerts punk, harcore et noise, The Overdrive Conspiracy peut se vanter d’un joli bilan en l’espace de cinq années et quelques d’existence : 44 concerts organisés entre Grenoble, Lyon, Albertville et Saint-Étienne, et 90 groupes invités originaires de 13 pays différents. D’où l’idée de fêter ça comme il se doit par le biais d’une soirée pluridisciplinaire un peu hors norme à l’Engrenage. Au programme, une exposition rétrospective des cinq années d’existence de l’asso réunissant affiches et photographies de concerts, et la projection d’un documentaire inédit de David Basso, Diesel, en présence du réalisateur. Prenant la forme d’un « road movie documentaire et musical » condensant plus d’une centaine d’heures d’interviews et de captations live, Diesel dresse en creux le portrait de la scène punk-rock des années 1990 et 2000, et son évolution en marge de l’industrie du disque mainstream. À ne pas manquer enfin, le folk-rock acoustique de Forest Pooky (en photo), également membre du trio pop punk Sons of Buddha, et la surf music incandescente de l’Italien Surfe

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Charlotte Gainsbourg sera à la MC2 en décembre

Annonce | Son album Rest, paru l’an passé, est une pure merveille (clivante, certes !) dans laquelle la chanteuse et actrice se livre comme jamais. Bonne (...)

La rédaction | Mercredi 29 août 2018

Charlotte Gainsbourg sera à la MC2 en décembre

Son album Rest, paru l’an passé, est une pure merveille (clivante, certes !) dans laquelle la chanteuse et actrice se livre comme jamais. Bonne nouvelle : elle viendra le défendre à Grenoble, à la MC2, le dimanche 2 décembre à 19h30. Les places sont déjà en vente. Plus d’infos sur ce concert, et plus largement sur tous les concerts de la saison, dans notre panorama de rentrée culturelle prévu le mercredi 19 septembre.

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Moodie Black : de bruit et de fureur

Concert | Le groupe américain, à ranger dans la drôle de case du noise rap, sera mercredi 23 mai au Bauhaus bar. On vous en dit plus.

Damien Grimbert | Mardi 15 mai 2018

Moodie Black : de bruit et de fureur

Si des styles musicaux comme la noise et le rap peuvent, a priori, sembler antinomiques, leur rencontre n’en a pas moins engendré depuis le début des années 1990 une flopée de groupes hautement recommandables. De Techno Animal à Dälek en passant par Food For Animals, El-P et son label Def Jux ou plus récemment des formations comme Death Grips et Clipping, le genre n’a ainsi cessé de s’enrichir au fil du temps au point de donner naissance à une véritable scène, marginale certes, mais bel et bien réelle au plan international. Originaire de Phoenix, en Arizona, et désormais installé entre Los Angeles et Minneapolis, Moodie Black, duo formé en 2004 par Chris Martinez et Sean Lindhall, fait à n’en pas douter partie des formations les plus marquantes du genre. Découvert par le biais d’une série d’EPs lo-fi frontaux, brutaux et jusqu’au-boutistes, le groupe a progressivement évolué vers un registre plus downtempo teinté d’influences shoegaze, sans renier pour autant son goût pour l’expérimentation, la noirceur et les sonorités abrasives. Comme en témoigne Lucas Acid, dernier album en date dont la retranscription sur scène devrait, on en prend le pari

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"Rester vivant - méthode" : Vincent, Michel, Iggy et les autres

ECRANS | de Erik Lieshout (P.-B., 1h10) documentaire avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

De la douleur surmontée naît la création poétique : tel est le postulat de Rester vivant, méthode, essai signé par Michel Houellebecq en 1991. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l’Iguane s’emploie à lire devant la caméra quelques stances de l’ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d’autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie – schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu’ils ont convertie en carburant créatif. Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain "Vincent", artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s’agit le seul "personnage" fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de stigmates, voix souffreteuse et silhouette déb

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"Léo et les extra-terrestres" : oh, le gentil film d’animation

ECRANS | de Christoph Lauenstein, Wolfgang Lauenstein et Sean McCormack (All-Lux-Dan, 1h26) animation

Vincent Raymond | Jeudi 3 mai 2018

Obsédé par l’existence d’une vie extra-terrestre, le père de Léo passe ses nuits à en traquer les preuves. Livré à lui-même, le garçonnet se trouve souvent pris à partie par ses camarades. Mais une soucoupe volante atterrit derrière chez lui et ses trois passagers le prennent sous leur aile… Plutôt conventionnel dans sa forme comme dans son fond, ce gentil film d’animation avec sa méchante-vraiment-très-méchante et ses mignonnes p’tites créatures vertes métamorphes comme les Barbapapa s’adresse clairement à la jeune classe. Ou à une audience ayant conservé un esprit léger pour rire aux pitreries d’aliens ne cherchant même pas à envahir notre planète – en vrai, ils doivent avoir pitié de nous. S’il restait sur cette note inoffensive, son graphisme rondouillard et ses tonalités douces, Léo et les extra-terrestres susciterait à peine l’intérêt dans la cour de récré de la maternelle. Heureusement, il trouve dans sa partie finale la dimension effrayante seyant à tout film de cet acabit : un carnaval de monstres, de menaces nocturnes, de forêts angoissantes et teintes violentes concentrées en quelques minutes. Le strict minimum pour une œ

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Balladur et Treasure Island : indie rock en toute décontraction

MUSIQUES | Jeudi 8 février, on a rendez-vous à la Baf avec deux duos qui promettent un beau moment de communion primitive.

Damien Grimbert | Mardi 6 février 2018

Balladur et Treasure Island : indie rock en toute décontraction

Il y a toujours quelque chose d’assez jouissif à découvrir des groupes venus d’horizons qu’on imagine plutôt abrasifs et radicaux (noise bruitiste, cold-wave glaciale…) s’ouvrir à des univers plus pop, exotiques et colorés sans jamais renier pour autant leur héritage musical et leur goût pour l’expérimentation. Déjà parce qu’ils font par là preuve d’une ouverture d’esprit et de curiosité qui fait parfois un peu trop défaut à la scène indie rock "canal historique" ; et ensuite – surtout – parce que cette rencontre entre le chaud et le froid, la pop et l’expérimental, aboutit souvent à la création d’entités sonores lo-fi superbement chamarrées, aussi inédites qu’euphorisantes. <a data-cke-saved-href="http://balladur.bandcamp.com/album/super-bravo" href="http://balladur.bandcamp.com/album/super-bravo">Super Bravo by Balladur</a> Déjà venus nous rendre visite chacun de leur côté au cours de ces dernières années, les deux duos Balladur

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Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

ECRANS | Dans "La Promesse de l'aube", Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Romain Gary – et de connaisseur selon votre metteur en scène – à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Éric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre : un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina ». Cette distance-là est importante. Je joue donc un "personnage", à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments de son livre. Les chose

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"La Promesse de l'aube" : Romain Gary en grand format

ECRANS | Le réalisateur français Éric Barbier a adapté le fameux roman du tout aussi fameux Romain Gary. Une réussite portée par le tandem Pierre Niney - Charlotte Gainsbourg dans le rôle du fils et de la mère.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend, la quarantaine révolue, de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque – il pratiquait le "mentir-vrai" d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. La mère de toutes les batailles Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d’un fils qu’elle a

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Meysson-Loubatière : drone, noise et plus si affinités

MUSIQUES | Samedi 18 novembre, c'est au 102 que ça se passera si les mots inscrits dans le titre de cet article vous parlent. Et même s'ils ne vous parlent pas d'ailleurs.

Damien Grimbert | Mardi 14 novembre 2017

Meysson-Loubatière : drone, noise et plus si affinités

Pour ceux qui n’auraient pas forcément envie de passer leur week-end à écouter de la techno en club jusqu’à 6 heures du matin, l’association grenobloise Reafforests propose une jolie alternative au 102 samedi 18 novembre à partir de 19h, avec un concert qui ne mettra probablement pas vos oreilles au repos pour autant. Au programme entre autres, le mystérieux Grenoblois Michel 31, projet solo drone/noise sur lequel on ne dispose malheureusement pas de plus d’informations, ainsi que deux projets venus du Mexique et oscillant dans un registre musical relativement similaire : El Toro Que Venció Al Matador et Paulo Sandoval. De notre côté, on attend surtout avec pas mal d’impatience la venue du duo lyonnais Meysson-Loubatière, réunion du guitariste de Noyades Cyril Meysson (en photo) et du batteur aux innombrables projets musicaux Rodolphe Loubatière. Situé aux confluences de sphères musicales comme la noise, le free jazz et l’improvisation pure et dure, leur subtil, intense et très réussi premier album Sédition, sorti en juin dernier, donne en effet très envie d’ê

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"M" : un film initial signé Sara Forestier

ECRANS | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Lundi 13 novembre 2017

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus – rien de commun donc avec ces "it-girls" précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans Le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout-venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long-métrage succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Aime le mot dit

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"Les fantômes d'Ismaël" : un Desplechin vertigineusement délicieux

ECRANS | Avec ce nouveau film présenté en ouverture, hors compétition, au festival de Cannes, Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité. Un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Ingmar Bergman, Woody Allen et Alfred Hitchcock.

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Revoici Arnaud Desplechin en sa pépinière cannoise, là où il a éclos et grandi. Qu’il figure ou non en compétition importe peu désormais : les jurys l'ont, avec une constance confinant au gag, toujours ignoré. De par sa distribution glamour internationale, Les Fantômes d’Ismaël convient ainsi à merveille pour assouvir l’avidité multimédiatique d’une ouverture de festival. Il allie en sus les vertus quintessentielles d’un film d’auteur – d’un grand auteur et d’un grand film. Ismaël (Mathieu Amalric) en est le héros paradoxal : inventeur d’histoires, ce cinéaste se trouve incapable de tourner après que Carlotta (Marion Cotillard), son épouse disparue depuis 20 ans, a refait surface dans sa vie. Plus fort que ses fictions, ce soudain coup de théâtre a en outre provoqué le départ de sa compagne Sylvia (Charlotte Gainsbourg)… Du grand spectral Si Desplechin exprime ici un désir frénétique de romanesque, il montre que l'imprévisibilité de l'existence surpasse par son imagination la plus féconde des machines à créer... dans le temps qu'il démultiplie le

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B-Face à Varces : de la bourse aux vinyles au véritable festival

Événement | Rendez-vous samedi 13 mai, à Varces donc et en musique, pour le constater.

Damien Grimbert | Mardi 9 mai 2017

B-Face à Varces : de la bourse aux vinyles au véritable festival

Initiée en 2014 sous la forme d’une "simple" bourse aux vinyles, la manifestation culturelle B-Face, organisée à Varces par le centre socio-culturel de Varces-Allières-et-Risset, n’a cessé de gagner en ambition année après année au point de se transformer, pour sa quatrième édition, en véritable festival. Aux côtés des traditionnels stands de disques, expositions et animations en tout genre (ateliers participatifs parents-enfants, démonstration de sérigraphie, blind-tests…), B-Face a ainsi concocté cette année une véritable programmation musicale digne de ce nom, réunissant pas moins de sept groupes différents oscillant entre rock, noise, pop, folk, punk, électro et psyché. Après une première salve de concerts gratuits en plein air l’après-midi (avec Sourdure et As A New Revolt), c’est la salle l’Oriel qui prendra le relais le soir venu, avec les prestations de Titus d’enfer, It It Anita (en photo), Blood Sport, God !Zilla et Noyades. Soit autant de formations farouchement indépendantes (fidèles ainsi à l’esprit très "Do It Yourself" du festival) réunies par différentes associations bien connues de l

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Deliveroo, Allo Resto & co : quand le resto s’invite à la maison

tendance | Autrefois cantonnée aux pizzas et aux sushis, la livraison de restaurant à domicile connaît aujourd’hui un essor considérable et permet de faire entrer à la maison les cartes de nombreuses tables locales. Qui sont les principaux acteurs du marché et comment fonctionnent-ils ? Réponses.

Sandy Plas | Mardi 25 avril 2017

Deliveroo, Allo Resto & co : quand le resto s’invite à la maison

Veste verte et sac en forme de cube dans le dos, ils quadrillent la ville aux heures des repas pour faire le lien entre les cuisines des restaurants et les clients affamés. Eux, ce sont les livreurs Deliveroo, ou plutôt les "bikers", selon les mots de cette enseigne arrivée en septembre dernier à Grenoble, après avoir conquis, dans près de 12 pays différents, une centaine de villes (dont 17 en France). Si les Parisiens et les Lyonnais connaissaient depuis longtemps le service et ses clones (Foodora et UberEATS), l’arrivée de Deliveroo, qui affichait en 2016 une croissance de 650% du nombre de commandes enregistrées dans le monde, fait figure de nouveauté en terre grenobloise. Seul Take Eat Easy, aujourd’hui en faillite, avait occupé quelques mois l’espace avant de plier bagage l’été dernier. Pourtant, le mar

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"Noma au Japon : (Ré)inventer le meilleur restaurant du monde" : la cuisine, c'est de l'art

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B., 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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"De plus belle" : réparer les malades

ECRANS | de Anne-Gaëlle Daval (Fr., 1h38) avec Florence Foresti, Mathieu Kassovitz, Nicole Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Quadragénaire recroquevillée sur ses complexes, Lucie (Florence Foresti) vient de se rétablir d’une chimiothérapie et conserve des séquelles psychologiques de sa maladie. Si elle ne peut hélas compter sur l’affection de, sa mère qui ne cesse de la rabrouer, elle va trouver en Clovis (Mathieu Kassovitz) un dragueur compulsif, et Dalila, (Nicole Garcia), une danseuse optimiste, deux soutiens pour affronter la vie. À nouveau. Non, De plus belle n’est pas un film sur le cancer, sujet terrifiant s’il en est ; il se situe dans sa périphérie. Abordant surtout la question de la guérison, il s’intéresse moins à celle du corps qu’à la résorption des blessures narcissiques. Tout aussi douloureuses que les affections physiologiques laissant cicatrices ou mutilations, ces dommages collatéraux invisibles sont rarement traités. Pourtant, la restauration de l’estime de soi est aussi décisive dans un processus de rétablissement que le soutien des proches ou le suivi thérapeutique. Cette première réalisation signée Anne-Gaëlle Daval, si elle n’est pas exempt de petites incertitudes,

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"Primaire" : une vision... primaire de l'école !

ECRANS | de Hélène Angel (Fr., 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Patrick d'Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Fleurant la madeleine, la colle en pot parfum amande et la bonne conscience, Primaire s’inscrit dans la lignée de ces films rendant sporadiquement hommage à des membres du corps enseignant… davantage qu’à l’institution dont ils dépendent. Ici, c’est Sara Forestier qui fait le job, en instit’ surinvestie. Prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon, elle s’attire le courroux de son propre fils qui va se sentir délaissé, voire trahi. Hélène Angel actualise l’un des thèmes du film-patchwork de Truffaut, L’Argent de poche (1975), mais en adoptant le point de vue des adultes – ce qui amoindrit considérablement l’intérêt. Sans doute pour éviter la redondance avec Le Maître d’école (1980) de Claude Berri ou Ça commence aujourd’hui (1999) de Tavernier, elle amende son sujet de fanfreluches inutiles, comme une fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. A-t-elle eu la volonté d’atténuer la rugosité potentielle d’un film-dossier (grandes tirades à César incluses) en l’enrobant d’un glaçage de miel parsemé d’éclats de comédie ? Il en résult

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Avec A Shrimp Case, le math rock a de l'avenir

MUSIQUES | Le jeune duo batterie/guitare lyonnais propose un math rock furieusement anticonventionnel. Il débarque vendredi à Grenoble pour le prouver.

Damien Grimbert | Mardi 22 novembre 2016

Avec A Shrimp Case, le math rock a de l'avenir

Il est parfois frustrant de constater à quel point un style a priori aussi libre et débridé que le math rock s’est laissé enfermer, au fil des années, dans une forme de néoconformisme arty obéissant encore et toujours aux mêmes codes musicaux. Un écueil qu’a su contourner à la perfection le jeune duo batterie/guitare lyonnais A Shrimp Case, qui dynamite le genre avec un enthousiasme frénétique faisant plaisir à entendre. Leur recette, aussi improbable que judicieuse, tient en une phrase ou presque : imprégner le genre d’influences hard rock 70’s bien senties jusqu’à l’implosion définitive des frontières. À la fois simples, immédiates, énergiques et incarnées, les compositions de leur imprononçable premier album sorti à l’automne 2015, γιβουλε αλβυμ, envoient valser les conventions avec une fraicheur qu’on n'avait pas entendue depuis longtemps. Histoire de plomber un peu l’ambiance, mais avec autant de talent que d’intensité, on pourra compter le même soir sur la présence à leurs côtés de 202project, one-man band de JP Marsal qui, depuis ses débuts en

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"La Fille de Brest" : potion amère (comme le Mediator)

ECRANS | de Emmanuelle Bercot (Fr., 2h08) avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Une pneumologue brestoise découvre une corrélation entre prise d’un médicament, le Mediator, et atteinte cardiaque. Elle se battra quasi-seule face au lobby pharmaceutique et à ses confrères parisiens pour que les autorités reconnaissent la nocivité du produit… Bien moins inspirée que pour son viscéral La Tête haute (2015), Emmanuelle Bercot signe une adaptation longue, pesante et scolaire du combat acharnée du Dr Frachon. À sa décharge, un tel exercice n’a certes rien d’une sinécure. Et pour qu’une histoire "reposant-sur-des-faits-réels" récente farcie de procédures judiciaires et de jargon technique se transmute en épopée attractive, il faut au moins l’écriture divergente d’un Aaron Sorkin (The Social Network, Steve Jobs) ! Si Sidse Babett Kn

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"Rester vertical" : un petit Alain Guiraudie

ECRANS | d'Alain Guiraudie (Fr., 1h40) avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry…

Vincent Raymond | Mardi 23 août 2016

On peut compter sur Alain Guiraudie, réalisateur du fameux Inconnu du lac, pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain et met volontiers la main sur la braguette du godelureau de passage (au cas où), l’homosexualité rurale, dévoilée ou contrariée, n’est pas sa seule source d’inspiration. Guiraudie parle en annexe de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire de la misère des villes et des champs, des gens en lutte ou en solitude. Une sorte de chronique sur un mode absurdo-comique, scandée d’images oniriques, portée par son grand dadais de héros, un procrastinateur à l’impassibilité majuscule. Le tableau pourrait être très plaisant (comme dans son picaresque

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Folk panoramique signé Andy Cartwright

MUSIQUES | Le musicien anglais officiant maintenant sous le nom de Seabuckthorn sera vendredi 3 juin à la Casse, à l'invitation des Grenoblois de [reafførests].

Damien Grimbert | Mardi 31 mai 2016

Folk panoramique signé Andy Cartwright

Pour son dernier concert de la saison, ce vendredi 3 juin à 19h30 à la Casse, la valeureuse équipe de [reafførests] propose une soirée « sous le signe des déserts intérieurs et guerres extérieures ». Une jolie formule pour un très beau plateau, qui réunira sur la même scène Lynwood, projet solo de Chloé Della Valle combinant « voix cristalline, boucles vibrantes et basse à l'archet », Torticoli, trio post-punk instrumental lyonnais à mi-chemin entre nervosité et tentation prog-rock, et enfin Seabuckthorn (en photo), projet solo de l'Anglais Andy Cartwright dont l’écoute du dernier album (They Haunted Most Thickly, sorti l’an dernier chez Bookmaker Records) nous a laissés durablement envoûtés. Auteur de paysages musicaux subtils, inspirés et mélodiques, évoluant quelque part entre folk traditionnel et ambient, Seabuckthorn compose une musique qui marque instantanément, et évoque chez l’auditeur une sensation diffuse de dépaysement et de familiarité mélangées. De quoi expliquer l’étiquette, finalement assez juste, de "folk panoramique" qui lui est souvent associée.

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Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Théâtre | Événement : cette semaine, le metteur en scène italien Romeo Castellucci, véritable star du théâtre européen depuis plus de vingt ans, débarque à la MC2 avec "Orestie (une comédie organique ?)", relecture du mythe d’Oreste et des codes de la tragédie antique grecque. Un spectacle fort, violent, éprouvant et plastiquement grandiose. Ça valait bien une interview (par mail). Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 12 janvier 2016

Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Tout d’abord, merci de nous accorder cette interview, comme vous en donnez très peu ! Est-ce par ce que vous jugez que vos spectacles n’ont pas besoin d’explications ? Parce que vous ne voulez pas en donner ? Romeo Castellucci : Je trouve que recourir à l’artiste pour mieux connaître son travail est anormal. Je ne considère pas que la théorie, l'explication du processus, les idées ou même les questions universelles que l’on pose fréquemment aux artistes, comme s’ils étaient les ultimes prophètes, soient intéressantes. Selon moi, c’est à la critique de parler correctement du travail des artistes. On ne va donc pas vous demander de nous "expliquer" Orestie (une comédie organique ?)... Mais des questions nous viennent quand même, notamment sur ce choix de recréer un spectacle vingt ans apr

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"Orestie" de Castellucci : les feux de l’amour et de la mort

SCENES | Critique de la pièce que le metteur en scène italien star va donner cette semaine à la MC2. Où il est question de tragédie, de corps hors norme, de sang et de mort.

Aurélien Martinez | Mardi 12 janvier 2016

C’est l’histoire d’Oreste, adolescent dont le père Agamemnon est assassiné par Égisthe, l’amant de sa mère Clytemnestre. Devenu adulte, Oreste se vengera en tuant le nouveau couple et deviendra donc matricide. Il faut connaître, même de façon partielle, la mythologie grecque, ces Feux de l’amour (et de la mort) antiques, pour saisir pleinement le travail que Romeo Castellucci a mené avec la trilogie d’Eschyle (458 av. J.-C). Le metteur en scène italien est ainsi revenu au cœur de la tragédie, s’en est emparé pour la recracher sur scène, avec toute sa violence symbolique. Dans son Orestie, il y a peu de texte (il n’en reste que des lambeaux, en italien surtitré), mais beaucoup d’images fortes et dérangeantes – le spectacle est déconseillé au moins de 16 ans. Castellucci, diplômé des beaux-arts en scénographie et en peinture, y va à fond, jusqu’à l’écœurement. Se réclamant du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, son art est volontairement organique, comme dans cette première partie d’

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Un samedi avec Sathönay et Les Comptes de Korsakoff

MUSIQUES | Ambiance et expérimentations au programme samedi soir avec deux groupes de la région (Lyon et Chambéry) sélectionnés par [reafførests].

Damien Grimbert | Mardi 15 décembre 2015

Un samedi avec Sathönay et Les Comptes de Korsakoff

Pour son dernier concert de 2015, ce samedi 19 décembre à 20h30 au Ciel, l’équipe de [reafførests] fait de nouveau feu de tout bois en invitant deux groupes réunis par une même volonté : imaginer sur scène des atmosphères musicales singulières. Créé à l’initiative de Nico Poisson (activiste de longue date de la scène musicale alternative lyonnaise au sein de NED et du label S.K. Records), Sathönay tire ainsi son inspiration des musiques orientales pour créer des climats psychédéliques troubles et inspirés à l’aide d’un saz électrique (un grand luth d’origine turque), de vieilles boîtes à rythmes et de chant. Entamé en solo, le projet prend désormais la forme d’un trio grâce à l’adjonction de Léonore Grollemund au violoncelle et de François Virot à la batterie. They are sisters_ demo by SATHÖNAY Ensemble jazz-rock expérimental originaire de Chambéry, Les Comptes de Korsakoff (en photo) propose de son côté un univers musical hautement cinématique, mêlant entre autres artifice

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Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

ACTUS | À Noël, tout le monde pense à mettre sous le sapin le dernier gadget technologique à la mode ou la bonne et rassembleuse bouteille de vin. Et si on misait sur un spectacle ou un concert, comme ça, pour changer un peu ? Le PB s’est donc lancé dans une sélection thématique : si vous suivez bien nos recommandations, on parie sur un taux de satisfaction de 100%. Oui, on est optimistes. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

Ceux qui ne voient pas d’inconvénient à rire souvent Celui qui campe une Catherine hilarante dans la pastille quotidienne du Petit Journal Catherine et Liliane est également l’auteur et l’interprète d’un one-man-show épatant et très théâtral à placer tout en haut dans la vaste catégorie humour. Sur scène, Alex Lutz est une ado en crise, Karl Lagerfeld ou un directeur de casting odieux : des personnages plus vrais que nature pour un comédien remarquable. Alex Lutz, samedi 9 avril au Grand Angle (Voiron). De 31 à 37€. Ceux qui aiment autant la danse que le rire Tutu, c’est un petit ovni savoureux. Six danseurs jouent sur les codes de la danse (la classique, la contemporaine, l’acrobatique…) en une vingtaine de tableaux pour un spectacle solidement construit et, surtout, très drôle. Car jamais les interprètes au physique d’Apollon (d’où un rendu très queer) ne se prennent au sérieux, au contraire – en même temps comment rester sérieux dans un costume de cygne ? Même si, paradoxalement, leur maîtrise technique est éclatante.

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Cyclothymies rock avec Enablers et l’Effondras

MUSIQUES | Deux formations post-rock de haute volée à découvrir ce dimanche au 102.

Damien Grimbert | Mardi 3 novembre 2015

Cyclothymies rock avec Enablers et l’Effondras

S’ils ont évidemment depuis longtemps déjà trouvé leur place dans la grande histoire du rock, et su séduire avec les années un cercle sans cesse croissant d’afficionados, des styles musicaux comme le noise ou le post-rock n’en restent souvent pas moins encore intimidants pour le commun des mortels. C’est en partie compréhensible : pas (ou du moins rarement) de structures pop clairement établies, un goût pour l’improvisation prononcé, une tentation expérimentale jamais loin… On aurait pourtant tort de les réduire à des musiques "techniques" et austères destinées aux seuls initiés. Dans ces styles comme dans tant d’autres, c’est encore et avant tout l’émotion pure qui domine. Organisé conjointement par deux assos grenobloises aux goûts très sûrs (Parquet sonore et [reafførests]), le concert de ce dimanche devrait en constituer une éclatante démonstration. Si les deux formations accueillies ont un background relativement éloigné (Enablers est un quatuor spoken-word de San Francisco fondé en 2002, tandis que l’Effondras est un trio rock instrumental de Bourg-en-Bresse créé en 2011), l’écoute de leurs œuvres respectives témoigne cependant d’un goût commun pour les atmosphèr

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Eric Chenaux, mercenaire intimiste

MUSIQUES | Pop, calme et volupté pour l'outsider canadien Eric Chenaux, dernier invité en date du label [reafførests].

Damien Grimbert | Mardi 13 octobre 2015

Eric Chenaux, mercenaire intimiste

Invité à se produire au Ciel par le label [reafførests], le Canadien Eric Chenaux fait partie de ces artistes qui, après plusieurs dizaines d’années à œuvrer dans l’avant-garde artistique et l’expérimentation sonore pure et dure, décident de se confronter à une certaine forme de classicisme pop épuré à l’extrême. Qu’on ne s’y trompe pas pour autant : aucune trace de renoncement dans cette démarche. Loin de témoigner d’une quelconque rentrée dans les rangs, cette évolution vers une forme de "songwriting" plus "traditionnelle" semble surtout l’occasion pour le guitariste de canaliser sa créativité dans un écrin radicalement différent, et encore inexploré par ses soins. Figure de proue de la scène musicale expérimentale "Do It Yourself" de Toronto dans les années 1990 (en solo mais également au sein de formations post-punk comme Phleg Camp ou Lifelikeweeds), Eric Chenaux laisse ainsi transparaître dans les compositions évanescentes et cristallines de son dernier album Skullsplitter (sorti, comme bon nombre de ses précédents opus, sur le label de référence Constellation) un travail du son, des textures et des mélodies qui ne laiss

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Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

SCENES | Du théâtre contemporain, du classique ; des metteurs en scène stars, des plus confidentiels ; des pièces avec plein de comédiens, d'autres avec beaucoup moins de monde... Voici les coups de cœur et les attentes du "PB" pour cette saison 2015/2016.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 septembre 2015

Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

L’Avare Dans le très vaste répertoire théâtral français, Molière est l’un des auteurs qui a écrit les plus efficaces machines à jouer. D’où le fait que ses pièces soient si souvent montées. Le metteur en scène Ludovic Lagarde, directeur de la comédie de Reims, a décidé de se confronter à l’efficace Avare, où il est question d’un vieux père qui n’a pas que des qualités – il est on ne peut plus proche de ses sous ! Un rôle monstre que Lagarde a décidé de confier à son comédien fétiche : le fascinant et explosif Laurent Poitrenaux, qui marque de sa présence chaque mise en scène, au risque qu’on ne voie que lui. Ça tombe bien, c’est ce que le rôle veut – au cinéma, Louis de Funès l’avait aussi très bien compris. On espère donc passer un bon moment devant cet Avare rajeuni (Poitrenaux n’a même pas 50 ans) que nous n’avons pas pu découvrir avant sa venue à Grenoble, mais dont on a eu plein de bons échos. AM Du mardi 17 au samedi 21 novembre à la MC2 La Liste de mes envies

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans, et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants (lumineuse et passionnée Catherine Deneuve) qui sermonne une mère irresponsable (Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries) prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose sur d

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Le vacarme organisé d'Owun

MUSIQUES | On ne va pas retracer ici en détail la tumultueuse odyssée du groupe Owun, formation noise historique née en 1992 en plein cœur de la vallée du Grésivaudan. (...)

Damien Grimbert | Mardi 21 avril 2015

Le vacarme organisé d'Owun

On ne va pas retracer ici en détail la tumultueuse odyssée du groupe Owun, formation noise historique née en 1992 en plein cœur de la vallée du Grésivaudan. Résumons donc. Après une période d’intense activité dans la deuxième moitié des années 90 qui les voit côtoyer la crème de la scène rock underground française (Hint, Ulan Bator, Portobello Bones, Tantrum, Condense…) et partir en tournée autour des légendes psyché japonaises Acid Mothers Temple, le groupe renaît progressivement de ses cendres à partir de 2007, accouche d’un nouvel album des plus convaincants en 2011 (Le fantôme de Gustave) et distille depuis au compte-gouttes quelques performances radicales entre noise, no wave, shoegaze et drone qui laissent systématiquement leur audience profondément traumatisée. De moins en moins juvéniles, mais de plus en plus jusqu’au-boutistes, les lives d’Owun se situent en effet à mi-chemin entre rite initiatique et expérience transcendantale. Démonstration ce samedi à 20h30 au Centre d’art Bastille, à l’initiative de [reafførests] et aux côtés du duo de « krautrock sécuritaire » Shooosh.

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Every thing will be fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en tournant son film en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every thing will be fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône "has been", contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every thing will be fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen ; l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada ; l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur – il aurait de toute façon du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l’enfant d’une jeune femme sec

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Florence Foresti en décembre à Grenoble

SCENES | Ouverture des locations ce lundi 9 mars

Aurélien Martinez | Dimanche 8 mars 2015

Florence Foresti en décembre à Grenoble

Alors que la billetterie pour ses dates exceptionnelles cet été aux Nuits de Fourvière (Lyon) ouvrira le mardi 17 mars, on vient d'apprendre que Florence Foresti serait aussi de passage par Grenoble, mais beaucoup plus tard : les mercredi 2 et jeudi 3 décembre, au Summum. Certes, c'est dans longtemps, mais la billetterie a toujours un temps d'avance : ouverture des locations ce lundi 9 mars à 10h. Pour info, l'humoriste présentera Madame Foresti, nouveau spectacle qu'elle tourne dejà depuis quelques mois.

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Samba

ECRANS | Retour de Nakache et Toledano, duo gagnant d’"Intouchables", avec une comédie romantique sur les sans-papiers. Où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situ

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un « thriller sentimental » ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train (Pœlvoorde) et une fille qui erre dans les rues (Gainsbourg). Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin pour le rendez-vous, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental – confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique – où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit (que ce soit les séquences à la di

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Festival du court : la compétition glisse sur la fiction

ECRANS | À l’inverse de l’an dernier, pas de grand choc dans la compétition du festival, mais quelques films qui arrivent à sortir de la glu du réel ou de son imitation pour s’aventurer vers la fiction. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 30 juin 2014

Festival du court : la compétition glisse sur la fiction

En 2013, deux films avaient secoué la compétition du festival : The Mass of men et Avant que de tout perdre ; ils ont logiquement trusté ensuite le palmarès, avant de poursuivre une belle carrière dans d’autres festivals et jusqu’aux César. On peut dire, sans trop se risquer, qu’il n’y aura pas de tels favoris dans la compétition 2014 ; pour être honnête, celle-ci étouffe un peu derrière des propositions de cinéma sans surprise, où l’angoisse de ne pas coller à la réalité – sociologique, psychologique ou documentaire – paralyse les cinéastes et les conduit à tourner des films formatés et mornes, quand ils ne confondent pas carrément la radicalité d’un plan fixe avec une totale absence de mise en scène. Sans parler de ceux qui, pensant témoigner de leur époque, semblent la regarder à travers le prisme de la télévision, que ce soit le JT ou les sitcoms – la litanie des clichés sur la banlieue, notamment, est assez embarrassante. Échappées belles Heureusement, il y a une poignée d’alternatives stimulantes à cette uniformis

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