Émilie Le Roux : « Le jeune public ? Du tout public ! »

Théâtre | Émilie Le Roux, metteuse en scène grenobloise à la tête de la compagnie Les Veilleurs, proposera cette semaine un drôle de spectacle avec 106 interprètes (106, oui) pour marquer la fin de sa résidence à l’Espace 600, la scène jeune public de Grenoble. On en a profité pour évoquer avec elle tout un tas de sujets allant du théâtre jeune public en général à sa grande réussite "Mon frère, ma princesse" en passant par les relations difficiles entre les artistes et la Ville de Grenoble. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Photo : Adrien Patry


Vous terminez cette semaine plus de trois ans de résidence à l'Espace 600 de Grenoble avec le spectacle Allez, Allez, Allons qui n'a pas l'air d'être une toute petite chose !

Émilie Le Roux : C'est un spectacle multidisciplinaire avec du chant, de la musique, du théâtre de texte qui réunit 106 interprètes au plateau, dont des comédiens fidèles de la compagnie mais aussi une bonne partie de non-professionnels âgés de 10 et 90 ans ! Car on avait la volonté de créer une rencontre entre les générations…

Que verra-t-on sur scène ?

Ce sera un cabaret avec des textes qui vont de Tchekhov à Falk Richter en passant par Kafka, Olivier Py ou encore Calaferte. Et musicalement, on entendra des choses qui vont de Chopin à Philippe Katerine en passant bien évidemment par Camille [le titre du spectacle est emprunté à l'un de ses morceaux – NDLR].

Et ce sera un spectacle exceptionnel, un "one shot"…

Forcément, car on n'emmènera pas ces 106 personnes en tournée ! Et puis on voulait finir cette résidence par un grand projet participatif – mot vraiment à la mode – qui viendrait rendre au quartier l'énergie qu'il nous a donnée pendant ces trois ans et demi.

Car ces trois ans et demi à l'Espace 600, théâtre situé au cœur de la Villeneuve, ne se sont pas déroulés uniquement sur scène…

Complètement. Vu les missions et le public de l'Espace 600 [une scène axée avec force et pertinence sur le jeune public – NDLR], on a passé beaucoup de temps dans les classes, notamment avec les collégiens. Même si on a aussi bossé avec le public adulte, mais de manière plus ponctuelle.

Pendant cette résidence, vous avez créé plusieurs spectacles (dont le succès Mon frère, ma princesse – on y reviendra) tournant autour des questions de genre. Des questions très présentes dans le débat public ces derniers temps du fait, notamment, de la loi sur le mariage pour tous… Ça a été une volonté d'emblée ?

Disons qu'on a été rattrapés par ces questions-là. On n'est pas arrivés sur le quartier avec une thématique, vu que le travail de la compagnie part toujours d'une discussion avec un public à un moment donné. Pour la première année de résidence, on s'était simplement donné comme consigne de se dérouter artistiquement : on avait donc démarré par un cabaret – et on finira aussi avec un cabaret d'ailleurs ! On a commencé en septembre 2012 [même si la compagnie avait déjà tissé des liens très forts avec l'Espace 600 – NDLR], et la première discussion de fond qui a déclenché tout le projet sur les questions de genre, c'était en octobre. On n'a donc pas mis longtemps à savoir de quoi on allait parler !

Quel a été le fond de cette discussion ?

On venait reprendre Lys Martagon de Sylvain Levey en début de résidence. Il y avait deux classes un peu rock'n'roll du collège qu'il fallait qu'on rencontre en amont parce que les profs ne savaient pas trop comment ça allait se passer. On l'a fait, et bizarrement, sur une scène qu'on a souvent lue en préparation avec des classes en tournée, qui s'est toujours bien passée, là, la discussion est partie sur l'histoire de la fille qui porte une jupe au-dessus du genou. Ça a déclenché des paroles hyperviolentes – pas contre nous mais sur les injonctions faites aux filles comme aux garçons pour qu'ils soient considérés comme tels. Je ne m'étais pas rendu compte qu'on était revenus à ces valeurs-là et qu'elles étaient affirmées autant par les filles que par les garçons.

Cette découverte était-elle liée au quartier ou à la société en général ?

En fait, au début, on ne savait pas. C'est en sortant du quartier, en allant jouer une petite forme dans tout le réseau des classes de l'Espace 600, dans toute la ville et même le département, qu'on a finalement entendu les propos les plus violents. On les a entendus d'ailleurs dans des endroits où on les attendait le moins. J'ai le souvenir d'une rencontre à Venon qui m'avait complètement désarmée. On était arrivés sur la question des garçons qui jouent à la poupée et un enfant de 9 ans m'avait dit : "un garçon qui joue à la poupée, il perd sa dignité". J'avais donc essayé de savoir ce qu'il entendait par dignité, pour être sûre qu'on parle de la même chose. Il m'avait dit : "humanité ; humain / pas humain". C'était très violent. Du coup, on a prolongé ce projet qui devait s'inscrire sur une saison avec la création de Mon frère, ma princesse, pour continuer le dialogue avec, notamment, les plus jeunes : c'est important qu'une thématique éthique aussi complexe soit sur la place publique et non limitée à la sphère de l'intime.

Et ce Mon frère, ma princesse, créé il y a tout juste un an, est un véritable succès dans toute la France (en plus d'être une grande réussite)…

Je ne m'attendais évidemment pas à un tel succès même si je savais que c'était un projet attendu, notamment parce que son auteure Catherine Zambon avait reçu un prix pour ce texte. On en sera à 80 dates à la fin de la saison alors qu'on est neuf en tournée, six au plateau : pour du jeune public, c'est carrément suicidaire !

Mon frère, ma princesse fait partie de ces spectacles jeune public, comme Oh Boy ! d'Olivier Letellier par exemple, qui parlent aux plus jeunes de thématiques qui agitent beaucoup la société et suscitent divers fantasmes, mais de façon intelligente et dépassionnée…

C'est une vigilance qu'a toujours le théâtre jeune public : à un moment, on se donne la responsabilité avec toute une génération d'auteurs, de metteurs en scène et d'équipes jeune public, de regarder le monde dans lequel on vit et de le questionner avec le jeune public. Pas "pour lui" mais "avec lui", pour qu'il se sente concerné par les questions qu'on lui pose. Et puis il faut le faire sans le désespérer. Mon frère, ma princesse est par exemple un texte assez pacifiant : il parle d'un petit garçon de cinq ans qui a l'intuition de dire qu'un jour, il aimerait bien être maman. Une envie qui aurait pu rester à l'état d'intuition si on ne lui imposait pas tout de suite une impossibilité vu son rôle de garçon. La force du texte de Catherine Zambon, c'est que la violence qui retombe sur ces personnes quand elles existent dans la vie réelle, elle la fait retomber sur la sœur du petit garçon, ce qui fait qu'on se moque beaucoup moins de lui. C'est un personnage qu'on a envie de protéger, dont on peut parler après la pièce…

Comment êtes-vous arrivée à mettre en scène pour le jeune public ?

Je suis tombée dedans à une période – la fin des années 1990 – où je ne me retrouvais plus dans le théâtre dit généraliste. Autant je trouvais que l'on était dans une période super de questionnement de la forme des écritures, mais au niveau du fond, j'étais dans une perte de sens total, je ne savais plus au service de quoi ces auteurs écrivaient, pour quel public. Grâce à Geneviève Lefaure [ancienne directrice de l'Espace 600 – NDLR], je suis arrivée sur le répertoire jeune public où il y avait à la fois des auteurs qui se posaient des questions sur des démarches d'écritures singulières mais qui n'avaient pas oublié le public, et notamment le fait qu'on ne pouvait pas s'adresser à la jeunesse sans la prendre en compte. Du coup, pour moi, ce n'est pas un théâtre à qui l'on aurait enlevé quelque chose, c'est un théâtre auquel on va donner une exigence supplémentaire qui est cette adresse particulière. C'est pourquoi je suis convaincue que les spectacles jeune public sont des spectacles tout public. D'ailleurs, si demain je flashe sur un texte qui n'est pas jeune public, je me donnerai la même responsabilité.

Vous avez déjà monté des textes dits du répertoire adulte, comme Antigone (qui nous avait valu une petite embrouille suite à notre critique !), mais aussi Tabataba de Koltès, même si ce ne sont pas vos spectacles qui tournent le plus. Ça reste un axe de travail possible ?

La démarche de la compagnie est, comme je le disais, de toujours partir d'une discussion. Si, à un moment, cette discussion porte sur un sujet spécifiquement adulte, on peut s'en faire l'écho. Là, on part sur tout un volet de création autour des migrations, avec certains textes qui me semblent très bien problématiser cette question. Mais ils ne sont pas du tout axés jeune public : je me dis qu'il faut que je trouve le moyen de les faire entendre malgré tout.

Vous êtes à la tête d'une compagnie grenobloise de plus en plus sollicitée en France, grâce notamment au succès de Mon frère, ma princesse… Après cette résidence à l'Espace 600, comment voyez-vous la suite ?

On est à l'écoute des théâtres qui font appel à nous maintenant, on a la chance que nos spectacles tournent, mais on n'a pas du tout envie de déserter Grenoble ! Notre travail est tellement ancré sur un territoire que je ne me vois pas partir sur des créations hors-sol.

Concernant Grenoble justement : lors du dernier Chantier des cultures organisé en septembre par la Ville de Grenoble, vous avez lu une lettre écrite et signée par de nombreux acteurs culturels grenoblois, pointant une rupture de dialogue entre la nouvelle municipalité et vous, les artistes…

Cette lettre se faisait l'écho d'un malaise et d'une impression de ne pas réussir à bien communiquer avec la Ville. Elle mettait en avant le fait qu'on avait l'impression de ne pas être entendus… Quand la nouvelle municipalité est arrivée, on était dans une période où les acteurs culturels étaient prêts à réfléchir ensemble pour bouger les lignes, pour construire une politique culturelle différente à Grenoble. Et pas seulement, comme on nous le renvoie souvent, dans l'intérêt des artistes, mais dans un projet plus large qui défendrait l'intérêt général.

On sent une déception d'autant plus forte que le milieu culturel a en grande partie soutenu Éric Piolle pendant sa campagne…

Il y a surtout une réelle incompréhension sur les modalités de concertation et les décisions récentes de la municipalité qui nous semblent fragiliser le secteur artistique et culturel… La décision de mettre un point d'arrêt au projet du Tricycle [au Théâtre 145 et au Théâtre de poche – NDLR] est un signe inquiétant pour les compagnies locales. Le projet du Théâtre municipal tel qu'il nous a été présenté ne calme pas ces inquiétudes. Encore une fois, nous ne sommes pas contre un changement de politique culturelle, nous demandons juste que notre expertise soit entendue et nous avons surtout envie de retrouver le dialogue.

Allez, Allez, Allons, du jeudi 10 au samedi 12 décembre à l'Espace 600

Mon frère, ma princesse, mercredi 20 janvier à l'Odyssée d'Eybens


Allez, allez, allons

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ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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SCENES | Témoignages. Ils auraient dû retrouver leur public en novembre, mais le second confinement les en a empêchés. On a pris des nouvelles de trois de nos artistes grenoblois préférés.

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Si vous nous lisez souvent, vous avez dû remarquer que nous avons quelques artistes grenoblois fétiches. La metteuse en scène Émilie Le Roux en est, elle qui développe depuis une quinzaine d’années un théâtre tout public ouvert sur la jeunesse ; un théâtre poétiquement fort en plein dans notre époque et ses questionnements – le genre, l’identité, les migrations… Bonne nouvelle : du mardi 3 au samedi 7 novembre sur la scène de la MC2, elle dévoilera son nouveau spectacle La Morsure de l’âne d’après un texte de l’autrice Nathalie Papin. « Nathalie Papin nous propose d’explorer notre rapport à la mort, à travers une œuvre mordante, légère et fondamentale sur ce qui nous rend vivant, sur ce que c’est qu’être en vie », écrit-elle en note d’intention. On a hâte de découvrir ça.

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Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

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Émilie Le Roux : « Regarder ensemble le monde d’aujourd’hui »

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« Qu’est-ce qui s’oppose à Auschwitz dès lors que c’est faisable ? De n’importe quelle façon, n’importe quand et par n’importe qui, tout ce qui est possible est aussi faisable et tout ce qui est faisable sera fait. » Utiliser comme point de départ d’un projet artistique une phrase aussi forte que celle du dramaturge allemand Heiner Müller a de quoi plomber. Pourtant, à ce qu’on a pu en voir en répétition, et, surtout, connaissant bien le travail d’Émilie Le Roux (une artiste qui questionne frontalement notre monde sans toutefois sombrer dans le défaitisme), on imagine que Et tout ce qui est faisable sera fait sera plutôt porteur d’un espoir, même infime, même décalé… Rien que son titre, d’ailleurs, peut le laisser penser, qui revêt un sens très lourd remis dans la citation initiale mais qui peut aussi se lire, seul, comme une injonction à changer tous ensemble. Ce que le cœur de cette drôle d’aventure artistique confirme : une entreprise menée conjointement par la compagnie Les Veilleurs d’Émilie Le Roux, le « collectif de musiciens jazz et musiques improvisées » le Tricollectif et, surtout, de nombreux amate

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Anne Courel : « L’adolescence sera au cœur de mon projet pour l'Espace 600 »

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Pourquoi avoir choisi de candidater à l’Espace 600 ? Anne Courel : Parce que ça m’intéresse de diriger à la fois un lieu et une compagnie de théâtre pour mettre en application un certain nombre d’idées auxquelles je me confronte depuis pas mal de temps avec ma compagnie. Je pense notamment à la manière dont peuvent être reliées l’action culturelle, la création et la diffusion, des pôles pour moi capitaux pour que tous les publics accèdent au spectacle vivant et à l’art en général. Et puis je trouve le projet de l’Espace 600 passionnant. C’est un équipement culturel qui a su, contre vents et marées, rester un lieu dans lequel l’exigence artistique est au centre ; et qui a la volonté de s’adresser à la jeunesse comme à des vrais spectateurs. Travaillant sur l’adolescence, je me suis vraiment reconnue là-dedans. Depuis quand faites-vous du théâtre en direction du jeune public ? Les choses se sont construites petit à petit. Je me suis d’abord interrogée sur le lien entre les spectateu

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"En attendant le Petit Poucet" : le chant du départ

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C’est l’un des enjeux les plus forts du monde actuel, à partir duquel les générations futures nous jugeront (sans doute durement au vu de ce que l’on fait – ou l’on ne fait pas) : le sort réservé aux réfugiés. « Nous voulions permettre d’ouvrir une discussion sur les migrations et l’immigration avec les plus jeunes » a écrit la metteuse en scène Émilie Le Roux dans la note d’intention de son En attendant le Petit Poucet. Un spectacle créé en 2016 qui a permis à la compagnie grenobloise Les Veilleurs de lancer son cycle "Migrations [passer & demeurer]" – La Migration des canards, sa dernière création vue en janvier dernier à l’Espace 600, en est le deuxième volet, centré sur le "demeurer". Et donc ce En attendant le Petit Poucet évoque lui le "passer", avec deux gamins (campés par Kim La

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Lucie Duriez : « Ce n’est pas facile de quitter un lieu aussi attachant que l'Espace 600 »

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Lucie Duriez : « Ce n’est pas facile de quitter un lieu aussi attachant que l'Espace 600 »

« L’Espace 600 est un lieu assez singulier qui a un double ancrage : à la fois un théâtre pleinement implanté dans un quartier – la Villeneuve –, et à la fois un lieu pleinement engagé dans la création contemporaine pour le jeune public – d’où le fait qu’il ait un rayonnement qui dépasse très largement le bassin grenoblois. Ces deux pieds font la force du projet. » Voilà comment Lucie Duriez présente le théâtre qu’elle dirige depuis sept ans, après avoir été son administratice pendant huit ans. Un théâtre qu’elle va pourtant quitter à la fin de la saison. « Au bout de quinze ans ici, il est temps pour moi d’entamer un nouveau cycle » – elle part à Marseille pour raisons personnelles. « Bien sûr que ce n’est pas facile de quitter un lieu aussi attachant » nous assure-t-elle alors que nous la rencontrons dans son bureau au-dessus du théâtre. Surtout que l’Espace 600 lui a permis, après un DESS à Sciences Po Grenoble en direction de projets culturels, de faire ses premières armes professionnelles, notamment aux côtés de l’ancienne directrice et ponte

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"La Migration des canards" : fille de bonne famille

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Une phrase dans la note d'intention de La Migration des canards, nouveau spectacle de la compagnie grenobloise Les Veilleurs (à qui l'on doit notamment la réussite jeune public Mon frère, ma princesse), résume parfaitement l’ambition de cette proposition issue de leur cycle "Migrations [passer & demeurer]". « Loin des clichés, nous découvrons de l’intérieur [au sein d’une famille] les conséquences de ce que l’on pourrait nommer "l’injonction d’exemplarité" faite aux immigrés, comme si pour légitimer leur présence, ils ne devraient pas seulement faire bien, ils devraient faire mieux. » Une "injonction d'exemplarité" que l'auteure Élisabeth Gonçalves a fait porter, dans un monologue dont la metteuse en scène Émilie Le Roux s'est emparée, à la jeune fille d'un couple de gardiens. Seule en scène, au cœur d'une scénographie et d'une bande-son contrecarrant avec le côté quotidien du récit, la comédien

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PB d'or 2016 : théâtre et danse

C'était 2016... | Une excellente surprise dansée et une salle qui mériterait d'être plus exposée.

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Le PB d’or de la salle discrète mais nécessaire : l’Espace 600 Lové dans le quartier grenoblois de la Villeneuve, au rez-de-chaussée d’une barre d’immeuble, l’Espace 600 mène depuis des années un travail capital en direction du jeune public, avec une ligne artistique forte qui veut qu’un spectacle dit tout public soit aussi travaillé et réfléchi qu’un spectacle dit pour adulte. Comprendre, du coup, que cette scène est plus proche artistiquement de ses voisines type MC2 & co que d’une garderie où l’on demanderait simplement aux enfants de s’époumoner et de taper des mains face à des comédiens infantilisants simplement là pour obtenir un cachet. « Faisons confiance à la jeunesse pour recevoir les créations les plus audacieuses. Faisons confiance aux artistes qui choisissent de se frotter à ce public d’une extrême exigence » comme l’écrivait en octobre dans une tribune publiée par nos soins la directrice Lucie Duriez. C’est exactement ça.

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Des vacances au théâtre avec le programme Vive les vacances

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Aurélien Martinez | Mardi 18 octobre 2016

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Et c’est parti pour la saison 4 de Vive les vacances, programme lancé en 2013 qui porte plutôt bien son nom. Soit plusieurs salles de l’agglomération grenobloise qui ont décidé de programmer des spectacles destinés au jeune public pendant les petites vacances scolaires, périodes où ces salles étaient habituellement fermées – oui, on l’a écrit (et regretté) de nombreuses fois dans ces pages, mais on ne comprend pas ce calendrier culturel construit autour d’une forte activité certains mois (mars et novembre par exemple) et de plus d’activité du tout à d’autres moments. Mais revenons-en à cette chouette initiative. Sur la saison 2016/2017, dix spectacles seront ainsi donnés dans huit salles de l’agglo. Pendant ces premières vacances de l’année, celles de Toussaint, on pourra se rendre à la MC2 pour découvrir Dormir 100 ans de l’auteure et metteuse en scène Pauline Bureau – une pièce qui, nous dit-on, « explore ce passage particulier de l’entrée dans l’adolescence ». À la Rampe, on aura plutôt droit à de la chanson (avec la souvent vue dans l’agglo Tartine Reverdy), a

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« Enfants, adolescents, adultes, tous au théâtre ! »

Tribune | Situé à la Villeneuve, l’Espace 600 est un théâtre qui accorde une place particulière aux jeunes spectateurs. Et qui le fait avec pertinence, même si nous n’en rendons pas suffisamment compte dans nos pages. On a du coup proposé à la directrice Lucie Duriez de nous livrer une tribune sur le sujet. La voici.

Lucie Duriez, directrice de l’Espace 600 | Mardi 18 octobre 2016

« Enfants, adolescents, adultes, tous au théâtre ! »

Dans notre société si attentive aux enfants, où la jeunesse est érigée en valeur suprême, où ils sont abreuvés d’activités, de chaînes TV et de presse spécialisée, on pourrait se demander pourquoi il faudrait, en plus, les emmener au spectacle… Déjà parce que tous, jeunes et adultes, y trouveront ensemble beaucoup de plaisir. Il faut rompre avec l’idée que le théâtre jeunesse serait "un théâtre en moins". Moins exigeant artistiquement, moins intéressant, et qui nécessiterait moins de moyens (tant on sait que le jeune public reste le parent pauvre du spectacle vivant). Un "petit théâtre" pour les "petits enfants", quelle vision datée du théâtre jeunesse ! On pourrait dire au contraire que c’est "un théâtre en plus". Pour tous les publics, dès les plus jeunes. Un spectacle jeune public s’adresse à tous, enfants et adultes, chacun le recevra avec sa sensibilité. Faisons confiance à la jeunesse pour recevoir les créations les plus audacieuses. Faisons confiance aux artistes qui choisissent de se frotter à ce public d’une extrême exigence. Emmenons aussi les jeunes au spectacle pour ne pas les laisser dans les mains d’une société mercant

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Samedi matin, c'est Espace 600 !

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Aurélien Martinez | Mardi 27 septembre 2016

Samedi matin, c'est Espace 600 !

Ce samedi 1er octobre, il n’y aura pas que l’ouverture de saison du Prunier sauvage, il faudra aussi compter sur celle de l’Espace 600, discret mais passionnant théâtre grenoblois dédié au jeune public – et, plus largement, à tous les publics. Rendez-vous à 11h30 (ça fait tôt, oui), dans la continuité de la représentation de 10h (ça fait encore plus tôt!) du spectacle Debout, pour en savoir plus sur leur saison. L’entrée est bien sûr libre.

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Le PB d’or des spectacles grenoblois qui font du bien : Rue des voleurs (Bruno Thircuir) et Mon frère, ma princesse (Émilie Le Roux) Que ce soit avec le roman Rue des voleurs de Mathias Énard (sur un jeune ­Marocain qui finira à Barcelone) ou la pièce jeune public Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon (sur un gamin de cinq ans qui veut simplement porter des robes), deux metteurs en scène grenoblois (Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies et Émilie Le Roux des Veilleurs) ont, cette année, embrassé avec finesse des thèmes sociétaux forts pourtant sujets aux crispations et aux délires les plus dingues – la question des migrants pour l’un et celle des études de genre pour l’autre. En a résulté deux spectacles dépassionnés et, surtout, passionnants qui illustrent parfaitement comment des artistes peuvent défendre un discours humaniste et intelligent simp

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Ces dernières années, les metteurs en scène grenoblois ont livré des spectacles qui ont connu un succès considérable ici et là. On va passer rapidement sur le cas Grégory Faive et de son Pourvu qu’il nous arrive quelque chose dont on a dit du bien maintes fois – en gros, c’est du théâtre généreux et drôle sur les coulisses du théâtre. Créée en 2011, la pièce sera de retour dans l’agglo pour deux dates : le vendredi 11 décembre à la Faïencerie (La Tronche) et le jeudi 14 janvier au Grand Angle (Voiron). Une autre aventure théâtrale qui risque de suivre la même voie (celle du succès), peut-être même en encore plus grand : Mon frère, ma princesse (photo) d’Émilie Le Roux. Du jeune public pour tous sur un petit garçon qui veut porter des robes créé en 2014 à l’Espace 600 et repris le mercredi 20 janvier à l’Odyssée d’Eybens. À noter que cette saison, l’Espace 600 pro

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C’est la grande réussite de la fin d’année dernière à Grenoble : la mise en scène de Mon frère, ma princesse, excellent texte de l’auteur jeunesse Catherine Zambon, par la metteuse en scène Émilie Le Roux. Centré sur un petit garçon qui veut simplement mettre des robes, sans comprendre pourquoi cela peut tant choquer, le spectacle est surtout une ode formidable aux liens familiaux, la grande sœur d’Alyan défendant coûte que coûte son petit frère face à tous ceux qui lui veulent du mal. La création a déjà de nombreuses dates de tournée prévues dans toute la France, dont une en janvier au Coléo de Pontcharra. Avant, on l’imagine, un retour à Grenoble la saison prochaine au vu du succès rencontré lors des premières représentations à l’Espace 600 en décembre. Mon frère, ma princesse, vendredi 23 janvier au Coléo (Pontcharra)

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Théâtre | Avec "Mon frère, ma princesse", la metteuse en scène grenobloise Émilie Le Roux signe un spectacle poignant sur un enfant «qui ne veut pas être un garçon». L'une des plus belles réussites de l'année écoulée, et assurément le futur succès d'un théâtre jeune public ouvert à tous les publics. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 9 décembre 2014

C'est l'histoire d'un gamin aux envies de robe de fée qui exprime ses désirs avec l'innocence de ses cinq ans, sans comprendre pourquoi ces désirs peuvent tant déranger – ses parents, ses camarades de classe... C'est l'histoire d'une sœur prête à tout pour protéger « son frère, sa princesse », du nom de la pièce jeunesse de Catherine Zambon publiée en 2012, avant qu'une partie rance de la France décide de se braquer contre tout ce qui touche de près ou loin aux études de genre. C'est surtout une histoire à serrer le cœur dont s'est emparée la metteuse en scène grenobloise Émilie Le Roux. Au centre du récit, Alyan et sa grande sœur. Leurs scènes communes sont les plus justes, les plus émouvantes, Catherine Zambon ayant su trouver les mots pour décrire toute la tendresse d'une sœur pour son petit frère. Leurs monologues en avant scène sont désarmants, illustrant comment un monde est capable de briser un gosse au nom de raisons obscures expliquées comme évidentes, voire naturelles. « La nature elle s’est trompée, je le sais bien elle s’est trompée, j’ai pas su me concentrer alors elle a mis dessus moi des morceaux qui ne sont

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Théâtre en tous genres

SCENES | Cette semaine à l’Espace 600, la metteuse en scène grenobloise Émilie Le Roux dévoile son passionnant projet "Boys’n’girls", sous-titré « conformité – indentité – liberté ». Avec trois formes théâtrales courtes, dont une lecture très juste du "Tabataba" de Bernard-Marie Koltès. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 avril 2014

Théâtre en tous genres

Les réflexions autour du genre et de ses représentations (qu’est-ce qui nous rend homme ou femme au-delà de notre sexe biologique ?) agitent fortement notre société, entre débats nécessaires et fantasmes complètement dingues. Prendre la question par le biais artistique est une option sensée pour déplacer les enjeux, permettant ensuite d’ouvrir un espace de discussion moins réducteur qu’un simple pour ou contre. Comme on a pu le constater après une représentation de Tabataba de Bernard-Marie Koltès, l’un des auteurs de théâtre français contemporains les plus intéressants, par la compagnie Les veilleurs d’Émilie Le Roux. L’histoire d’une sœur déstabilisée par le comportement de son frère non conforme aux représentations qu’elle se fait de la masculinité. « Pourquoi tu ne sors pas, la nuit, quand tous les garçons de ton âge sont déjà dans la rue en chemise, avec le pli du pantalon bien repassé, et qu’ils tournent autour des filles ? Tout Tabataba est dehors, tout Tabataba est bien habillé, les garçons draguent les filles et les filles ont

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Tuons la bête !

SCENES | « Allumez-vous, éteindez-vous »… Oui, vous, les espèces en voie de disparition, les animaux embêtant la conscience des humains : « éteindez-vous » ! Sous la (...)

Laetitia Giry | Vendredi 1 février 2013

Tuons la bête !

« Allumez-vous, éteindez-vous »… Oui, vous, les espèces en voie de disparition, les animaux embêtant la conscience des humains : « éteindez-vous » ! Sous la plume de Jacques Rebotier, les bonnes paroles deviennent politiquement incorrectes, se font interrogation du rapport de l’homme à ce qui l’entoure, prétexte à une distorsion de la langue - fleurie et meurtrie à la fois. Xavier Machault, chanteur grenoblois s’il en est, s’offre une nouvelle collaboration avec la compagnie théâtrale les veilleurs (après celle de 2007) : nouveau pas de côté, nouvelle incursion dans le monde de la scène qui ne parle pas seulement en musique. Pas seulement, car, de la musique, Contre les bêtes en fourmille. Les mots sont ponctués et soulignés avec malice – et une certaine âpreté – par le violoncelle de Valentin Ceccaldi et le violon de Théo Ceccaldi. C’est ainsi que l’ironie drolatique du texte crisse et grince, dans l’harmonie d’un plateau de théâtre musicalisé. Entre les lignes, entre les cordes, la bonhomie de l’interprétation séduit et fait sourire (voire rire). Et puis, comment résister à une suite de conseils tous plus avisés les uns que les autres : « un peu moin

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Ses années de jeunesse

SCENES | Après un passage par la case mythologie avec Antigone, retour à Thèbes, la metteuse en scène grenobloise Émilie Le Roux (compagnie Les Veilleurs) revient à ses (...)

Aurélien Martinez | Mardi 16 octobre 2012

Ses années de jeunesse

Après un passage par la case mythologie avec Antigone, retour à Thèbes, la metteuse en scène grenobloise Émilie Le Roux (compagnie Les Veilleurs) revient à ses premières amours : les spectacles en direction du jeune public. On se souvient ainsi de son hypnotique Pays de Rien, créé en 2007 et qui reçut un accueil enthousiaste. Cette fois-ci, elle choisit de s’atteler à Lys Martagon, pièce écrite par l’auteur Sylvain Levey suite à une période de résidence à l’Espace 600. Soit l’histoire d’une jeune fille de quatorze ans qui découvre la Villeneuve à sa façon – en parlant aux arbres par exemple. Le soir, elle retrouve sa mère, qui, loin de l’innocence de sa fille, voit la vie lui filer entre les doigts. Un texte foisonnant et prolixe, qui nécessite une mise en scène habile capable de canaliser la fougue du personnage de Lys, « qui parle trop » comme elle l’explique elle-même

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« Ne pas désespérer l’enfant »

SCENES | La compagnie grenobloise Les Veilleurs, menée par Émilie Le Roux, vient de signer pour une résidence de trois ans à l’Espace 600, la scène jeune public de l’agglo nichée au cœur de la Villeneuve. Une résidence qui débutera avec la reprise du très beau spectacle Lys Martagon. Rencontre avec Émilie Le Roux pour évoquer le présent et le futur. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 11 octobre 2012

« Ne pas désespérer l’enfant »

Lys Martagon est un texte de l’auteur Sylvain Levey, écrit à la Villeneuve...Émilie Le Roux : Oui. En 2009, Sylvain était venu en résidence ici plusieurs semaines, il avait rencontré les habitants. Il logeait chez quelqu’un du quartier, et a ainsi vécu ce que vit le personnage de Lys : le grand écart entre cette réalité urbaine qu’est la Villeneuve, et en même temps, cet appel des montagnes qui entourent complètement le quartier. Du coup, il a inventé le personnage de Lys Martagon qui vit à la montagne avec sa mère, descend à la ville tous les jours, et qui est dans cette tension entre le monde urbain et la nature dans laquelle elle a grandi. Vous aviez déjà monté ce texte en 2010...Quand Sylvain a écrit le texte, il savait qu’il allait finir entre mes mains, parce que ça faisait partie de la commande. Il savait aussi qu’il serait créé avec des amateurs – ceux de l’Espace 600 en l’occurrence. Il y a donc eu le spectacle, et j’avais plutôt envie que ça s’arrête là. Mais plusieurs professionnels nou

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Antigone et les garçons

Théâtre | Émilie Le Roux, metteuse en scène grenobloise qui nous avait plutôt habitués à monter du jeune public, revient cette fois-ci avec sa version d’Antigone. Sa (...)

Aurélien Martinez | Lundi 14 février 2011

Antigone et les garçons

Émilie Le Roux, metteuse en scène grenobloise qui nous avait plutôt habitués à monter du jeune public, revient cette fois-ci avec sa version d’Antigone. Sa version, forcément : car s’attaquer aujourd’hui à ce genre de tragédies plus que référencées suppose de prendre parti. Le sien est donc celui des croisements : au texte de Sophocle répond principalement celui de l’auteur contemporain belge Henry Bauchau. Ces matériaux en poche, elle commence alors sa pièce juste après le voyage qu’Antigone vient d’effectuer avec Œdipe, ancien roi de Thèbes. Un voyage dont on ne saura rien, la metteuse en scène choisissant de ne pas assommer le spectateur avec moult références pour mieux l’emmener dans l’histoire : celle d’une femme revenue dans une ville changée, maintenant ravagée par la guerre que se livre ses deux frères Étéocle et Polynice, sous l’œil de leur oncle Créon. Si le rendu est d’une grande tenue, fruit d’une réelle maîtrise du langage théâtral, on reste cependant plus que dubitatif quant au fondement même de cette proposition. Plutôt que d’utiliser la figure chargée d’Antigone comme pâte à modeler théâtrale source d’interprétations et de fantasmes, Émilie Le

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« Semer des graines »

SCENES | JEUNE PUBLIC / Scène de référence dans l’agglo concernant le jeune public nichée au cœur de la Villeneuve, l’Espace 600 a depuis maintenant un an et demi une nouvelle directrice. Rencontre avec Laure-Anne Legrand, pour évoquer notamment la place du jeune public à Grenoble. Propos recueillis par AM

François Cau | Lundi 10 janvier 2011

« Semer des graines »

Petit Bulletin : Vous dirigez l’Espace 600 depuis maintenant plus d’un an, à la suite de Geneviève Lefaure, en vous inscrivant dans la continuité de cette scène Rhône-Alpes tournée vers le jeune public…Laure-Anne Legrand : Je continue de développer une attention particulière sur la création artistique destinée au jeune public, en proposant différentes esthétiques, et à destination de différentes tranches d'âge : la petite enfance, l'enfance et l'adolescence... Le théâtre jeune public, c'est une proposition pour l'enfant "à partir de". Je programme plusieurs spectacles pour l'enfant à différents moments de sa vie, ce qui permet un parcours et un choix parmi les propositions pour celui-ci. Ce qui m'intéresse également, c'est ce qui se joue pour l'enfant pendant le spectacle, mais aussi tous les projets que nous pouvons tisser autour de cette programmation, notamment avec l’adulte qui l’accompagne. Car un enfant ne vient pas tout seul au spectacle ! D’ailleurs, un bon spectacle jeune public s’adresse aussi à l’adulte. Il va trouver quelque chose dans sa relation avec l’enfant et dans son propre ressenti. Vous semblez vouloir c

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«Ne pas prendre les enfants pour des imbéciles»

SCENES | JEUNE PUBLIC. Cette année, Sylvain Levey est l’auteur associé à l’Espace 600, où trois de ses textes seront mis en scène. A l’occasion du début de l’aventure la semaine prochaine avec Ouasmok ?, présenté par la compagnie grenobloise Les Gentils, on a rencontré Sylvain afin d’évoquer ses projets pour cette résidence. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 23 octobre 2009

«Ne pas prendre les enfants pour des imbéciles»

Petit Bulletin : Pourquoi avoir accepté la proposition de l’Espace 600 ?Sylvain Levey : C’était une envie politique, car un auteur en résidence dans un lieu comme la Villeneuve a du sens. Je ne suis pas un auteur qui travaille seul chez lui, j’aime bien être en déplacement, à la rencontre des gens. J’ai un parcours aussi avec le lieu ; Villeneuve, pour moi, représente quelque chose : c’est un de mes premiers déplacements en tant qu’auteur avec Ouasmok ?. J’ai commencé à beaucoup apprécier Geneviève Lefaure [l’ancienne directrice de l’Espace 600, qui a quitté son poste en juin dernier NDLR]. J’ai trouvé que la reprise du projet par Laure-Anne Legrand [la nouvelle directrice NDLR] était faite de façon intelligente, donc je me suis dit "ok, je peux y aller" ! Comment s’articulera cette résidence ?C’est un grand projet qui prend du temps et de l’esprit. Il va y avoir plein de rencontres et de choses très riches à faire avec les jeunes. Je les ai déjà rencontrés, c’était très fort. Ils sont disponibles, ouverts d’esprit, capables de se faire surprendre… J’aime bien cette idée de travailler sur la Villeneuve. J’ai

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Les isolés

SCENES | Critique / Après avoir été comédienne et metteure en scène, Nathalie Papin se consacre à l’écriture de théâtre en direction de la jeunesse. Elle est entre autres l’auteur de Le pays de rien, pièce métaphorique et philosophique aux allures de conte contemporain. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 6 février 2008

Les isolés

Dans le pays de rien, un roi perpétue la tradition maternelle : il fait table rase de toutes expressions, émotions, pensées, des dangers confinés derrière les barreaux de cages. A sa fille, il veut imposer cette manière de voir le monde. L’arrivée d’un jeune garçon fait vaciller ce monde sécurisé, ultra refermé, un monde de silence à la fois rassurant (le monde est maîtrisé) et angoissant (la vie grouille et hurle aussi de douleur dehors). Avec finesse, et économie de mots, la dramaturge aborde la privation des libertés, la dictature, le repli identitaire, les murs visibles érigés entre les états, et invisibles construits dans une famille. La relation fille/ père, exclusive donc étouffante, s’avère déstructurante aussi dès lors qu’elle est coupée de la mémoire, des racines. Rien de simple donc, ni de binaire dans cette pièce que Nathalie Papin écrit en 2002. Si le Roi oppresseur inconscient est malheureux, le jeune garçon dans son désir de sauver «la meute d’enfants qui traînent avec leur rêves et qui n’ont pas d’endroit pour les étaler», impose une autre vue à la jeune fille. Cette dernière, perdue au milieu de sentiments ambivalents, se pousse à se définir, à choisir sa route

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