Bruno Boëglin, l'occupant

Nadja Pobel | Mardi 11 février 2020

Ouvrir le coffre Bruno Boëglin revient à opérer une embardée dans le passé pour éclairer ce qu'est le théâtre aujourd'hui, ce qu'il en reste, ce qui s'est effacé. Le metteur en scène et acteur, marqué à vie par la violence de la France post-coloniale via son père (chef lyonnais du réseau d'aide au FLN) fut notamment aux commandes dans les années 70 et 80 de feu le Théâtre de l'Eldorado, cours Gambetta. Il a ferraillé avec Georges Lavaudant (dont les spectacles tournent encore) ou Vincent Bady (rattaché aujourd'hui au NTH8), découvert Bernard-Marie Koltès.

Son Yvonne princesse de Bourgogne, son Septem dies, inspiré des Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez sont des pierres marquantes de l'édifice de l'art théâtral. Peut-être parce que comme le dit Lavaudant « Bruno fait du théâtre comme on se fait du souci ». À près de 70 ans, cette figure tutélaire présente en février ses œuvres picturales en même temps qu'il lira sa pièce L'Occupant de l'enclos. Présentant Bachar El Assad ou Un jeune garçon essayant d'échapper à deux serpents, il peint l'effarement ou masque la terreur sous une tôle criblée de balles.

À chaque fois, il est question de stupeur, peut-être de tremblements, comme le dénote aussi sa revisitation du portrait d'Egon Schiele. Un livre rassemblant des témoignages de compagnons de route verra le jour à l'automne prochain lors d'une prochaine exposition à la MC2 de Grenoble dont il fut, au mitan des 80's, le directeur durant dix-huit mois.

Au Théâtre Mascarille (86 quai Pierre Scize, Lyon 5e) les jeudi 13 et vendredi 14 février à 19h30 ; entrée libre


Bruno Boëglin, le metteur en scène devenu peintre


Théâtre Mascarille 86 Quai de Pierre-Scize Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Labiche se traîne

SCENES | Théâtre / Bruno Boëglin met en scène "Le Prix Martin" d'Eugène Labiche au Théâtre Les Célestins. Une création quelque peu plombée par une distribution inégale et des problèmes de rythme. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 8 novembre 2010

Labiche se traîne

La réussite d’un vaudeville tient évidemment à la qualité de sa distribution, mais aussi à son rythme qui doit maintenir les spectateurs en haleine et, dans le meilleur des cas, provoquer le rire de l’assemblée. "Le Prix Martin" d’Eugène Labiche présente une difficulté supplémentaire. Ici, l’action n’est pas confinée dans un seul lieu, mais entraîne au contraire les personnages dans un périple rocambolesque en Suisse dont la dernière étape est «la sublime horreur de la chute de l’Aar». Le metteur en scène, Bruno Boëglin, se tire avec les honneurs de cette difficulté spatiale, en faisant le choix d’un décor neutre sans être figé. Et on aurait aimé retrouver cette «neutralité» ailleurs. Car à vouloir ajouter des effets comiques et surtout en les systématisant (comme les apartés pré-enregistrés et diffusés en voix-off pour un effet «bande dessinée»), Bruno Boëglin perd finalement ce qui fait le sel de la pièce ; la spontanéité n’a plus sa place, l’effet de surprise est nul et les longueurs s'installent. Chute de l’art comiqueOn peut également s’interroger sur la pertinence de la distribution. Aux côtés de l’excellent Jean-Claude Bolle-Reddat et de sa voix de cartoon dans l

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Des bonnes moyennes

SCENES | Théâtre / Bruno Boeglin acteur insuffle folie et dynamisme à des Bonnes que Bruno Boeglin metteur en scène a bien du mal à faire décoller. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 19 janvier 2005

Des bonnes moyennes

Commençons par lui. Dans Les Bonnes, Bruno Boeglin joue Madame. Au-delà de l'inversion sexuelle, c'est à une pantomime délectable qu'il se livre, transformant pendant un acte entier la pièce de Jean Genet en une farce bouffonne inattendue. Boeglin acteur ressemble aux dandys décadents campés par Joao Cesar Monteiro : reste piteux d'une aristocratie décatie, grand bourgeois ratatiné et nasillard qui peut, dans une même tirade, passer de la pitié pathétique à la hargne aigre, porté par une logique de représentation qui est autant un moyen d'attirer la complicité que d'exercer le pouvoir. Bref, Bruno Boeglin acteur de ses Bonnes, c'est un parfait résumé du texte tout entier, en même temps qu'un fort bon moment de théâtre. Schizophrénie socialeMais cette demie heure-là est prise en sandwich entre deux autres, beaucoup plus engoncées. Sur la plate-forme perdue dans l'immensité du plateau, le cérémonial de l'inversion des rôles entre Claire et Solange, les deux bonnes qui répètent par désir de revanche sociale la mise à mort de leur patronne, est un rituel théorique que Boeglin, revenu à son rôle de metteur en scène, a bien du mal à rendre passionnant. Ne choisissant ni la pr

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Scène découvertes

SCENES | Emergence / Leur mission ? Faire émerger les jeunes talents ou permettre à des petites formes d'expérimenter le contact avec le public. Les petits théâtres (...)

| Mercredi 12 septembre 2007

Scène découvertes

Emergence / Leur mission ? Faire émerger les jeunes talents ou permettre à des petites formes d'expérimenter le contact avec le public. Les petits théâtres qui peuvent accueillir un nombre de spectateurs réduit (parfois trente) sont nombreux à Lyon. Parmi eux, le Théâtre de l'Élysée, situé dans le 7e arrondissement, est une des structures qui, localement, a permis à nombre de jeunes talents de faire leurs preuves. Cette année, l'Élysée fête ses dix ans et, une fois n'est pas coutume, l'ouverture de saison ne se fera pas avec une nouvelle tête. C'est en effet Trop humain de Bruno Boëglin qui tiendra l'affiche tout le mois d'octobre. «Il s'agit un clin d'œil, explique Jacques Fayard, le directeur de l'Élysée, Bruno Boëglin était là quand nous avons commencé, il y a dix ans, cela nous permet également de ne pas faire du jeunisme à tout prix». Pas de jeunisme donc mais une volonté cette année de sortir le théâtre de ses quatre murs. L'initiative revient à Gwénael Morin qui souhaite expérimenter une forme de «théâtre permanent». Concrètement, il s'agit de créer un foyer où comédiens et amateurs se frottent à la poésie. Et tous les soirs, du 15 décembre au 15 janvier, c'est dans la rue q

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Le spectacle qui tenait dans une 2 CV

SCENES | Entretien / Voix rauque, cigarette à la main et sourire amusé dans l'œil, Bruno Boëglin remonte sur les planches avec Trop humain, au Théâtre de l'Élysée. Rencontre (formidable) et présentation du spectacle. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 10 octobre 2007

Le spectacle qui tenait dans une 2 CV

Que nous vaut votre présence au Théâtre de l'Élysée où l'on a plutôt l'habitude de découvrir le travail de jeunes metteurs en scène ?Bruno Boëglin : Nous avons en quelque sorte «ouvert» ce théâtre, il y a une dizaine d'années, mais rassurez-vous nous n'allons pas le fermer. Ma présence ici est due à un certain nombre d'éléments. Je voulais, avec le Novotheatre, faire ! Poca madre !, la suite de Gracias a Dios. Malheureusement, nous n'avons trouvé aucun coproducteur, nous avons été confrontés à la frilosité des directeurs de théâtre. Pour être exact, le Théâtre National Populaire avait accepté de co-produire le spectacle, mais pour des raisons inconnues, l'événement n'est pas apparu dans la programmation. Donc il fallait bien faire quelque chose ; nous ne sommes pas payés pour jouer les VRP de nos spectacles. Par conséquent, on s'est dit qu'il fallait faire un spectacle pas cher. Pour augmenter nos chances de le vendre, Dominique Bacle, mon collaborateur artistique et moi, nous avons dit que le spectacle tenait dans une 2 CV... (Ce qui n'est d'ailleurs plus tout à fait vrai... Une 2 CV camionnette plutôt...) Bref, nous voici donc de retour à l'Élysée. Votre spe

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