Amel Lacombe : « notre métier, c'est de sortir les films en salles »

Lupin III : the first
De Takashi Yamazaki (Jap, 1h33) avec Maxime Donnay, Adeline Chetail, Rémi Barbier

Eurozoom / Elle fait beaucoup pour la japanimation en France, mais aussi beaucoup ces derniers mois pour rappeler aux spectateurs qu'il y a de bons films dans les salles. La distributrice Amel Lacombe n'y est pas étrangère : sa société Eurozoom a sorti, avant "Lupin III", quelques perles cette année.

Vous sortez Lupin III sur 300 copies. Parce que c’est une figure iconique ou bien parce qu’il s’agit du premier anime où la 3D est enfin à la hauteur de ses ambitions ?
Amel Lacombe : Eurozoom existe depuis vingt ans, et travaille sur l’animation japonaise depuis toujours. Nous avons fait découvrir en France de grands réalisateurs comme Mamoru Hosoda. Accompagner des films cultes et sur des personnages iconiques de la culture japonaise s’inscrit dans notre ADN, comme par exemple Akira que nous avons sorti cet été en 4K.

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Lupin III est un film d’une grande qualité, ce qui nous intéressait c’était à la fois de faire plaisir aux fans du personnage, aux fans d’animation mais aussi de faire venir en salles les familles, les enfants. C’est aussi ça notre travail, de ne pas laisser l’animation japonaise dans une case mais d’élargir son public, les choses ont évolué depuis vingt ans, il y a une démocratisation de la culture japonaise, nous l’avons constaté avec par exemple Your Name de Makoto Shinkai qui a fait plus de 250 000 entrées mais il reste encore du chemin à faire. On espère en tout cas poursuivre et réussir cette mission avec Lupin III.

Ip-Man 4, Spycies, Akira, Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin, Lupin III… Votre line-up des trois derniers mois illustre le fait qu’il n’y a jamais eu de pénurie de films, mais en plus que les “plus petits“ (et les plus spécialisés) des distributeurs semblent avoir mieux tiré leur épingle du jeu que les mastodontes. Est-ce là une des morales du “monde d’après“ ?
Nous sommes distributeur cinéma, notre vocation, c’est la salle. En France, il y a une chronologie des médias qui précise que l’exploitation d’un film doit d’abord commencer en salles. Si nous avions choisi la solution de facilité, c’est-à-dire le vendre à Netflix, certes, nous n’aurions pas pris de risques et cela aurait été sûrement lucratif mais, ce n’est pas notre métier. Moi, mon métier, ce n’est pas d’acheter des droits, de les revendre au premier venu et de faire une plus-value immédiate. Notre métier, c’est de sortir les films en salles : de les éditorialiser, de faire une véritable campagne de presse, de pubs, de promos, etc.

Notre objectif était dés le départ d’être présents le plus tôt possible, par solidarité pour les cinémas car la période était très risquée, et aussi pour notre survie car après trois mois d’inactivité, notamment pour un distributeur 100% indépendant comme nous, il était impératif qu’on ressorte des films porteurs. Nous voulions que le public soit de retour dans les salles, et pas seulement les cinéphiles qui sont moins difficiles à convaincre si on peut dire. Je pense que nous avions réussi ce pari avec Ip Man 4, Spycies et Akira, les fans étaient là mais pas que ! On peut dire qu’on s’en est bien sorti cet été, nous avons avons pris des risques et nous sommes contents que cela ait payé. Nous ne savons pas comment les choses vont se passer dans les prochains mois, ni même l’année prochaine, mais nous continuerons à proposer des films au public.

Vous êtes sur plusieurs fronts simultanément : convaincre les spectateurs d’aller en salle et poursuivre l’édition des films en support physique. L’un des deux combats est-il selon vous en meilleure voie que l’autre ?
En effet, nous sommes distributeur de films en salles et également depuis quelques années éditeurs vidéo. Nous avons à cœur d’accompagner nos films en proposant aux fans et aux spectateurs de belles éditions. Tout le monde le sait, le marché de la vidéo n’est clairement pas au beau fixe mais les consommateurs apprécient qu’on se casse la tête pour leur faire plaisir. Il y a toujours des passionnés, des fans qui consomment, donc nous mettons un point d’honneur à proposer des suppléments, de beaux packaging à l’instar de Bunuel après l’âge d’or, Liz et l'oiseau, et Violet Evergarden - Éternité la poupée de souvenirs automatiques pour lesquels nous avons édités de beaux coffrets collector.

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