Soleil Clément

Dorotée Aznar | Dimanche 29 janvier 2012

La synergie entre Positif et l'Institut Lumière, devenue co-éditrice de cette excellente revue, continue avec la nouvelle programmation de la rue du premier film. Alors que Positif publie ce mois-ci un dossier consacré à René Clément, l'Institut propose une passionnante rétrospective de son œuvre, qui ne se limite pas à ses films les plus célèbres (La Bataille du rail, Le Père tranquille, Jeux interdits ; que du très bon !). Monsieur Ripois, Les Maudits, l'étonnant La Course du lièvre à travers champs, son dernier film, introuvable et intrigant, La Baby sitter et même ses courts-métrages seront aussi présentés. Mais pour inaugurer cet hommage, c'est bel et bien un classique indémodable qui sera montré au public : Plein soleil (1960), adapté de Patricia Highsmith, où Alain Delon campe pour la première fois à l'écran (avant Dennis Hopper, Matt Damon ou John Malkovich) l'escroc séduisant et pervers Tom Ripley. Dans ce modèle de film noir, l'acteur, au sommet de sa beauté et de son charisme, ose endosser un personnage complexe, qui tue et usurpe l'identité de l'homme qu'il devait ramener au bercail familial (Maurice Ronet, comédien exceptionnel qui semble ici prendre acte en cours de film de sa défaite face à son rival Delon). Ayant compris que le cinéma français, en pleine nouvelle vague, était en train de changer, Clément sort des studios et filme ce sombre drame avec réalisme, dans des décors naturels et sous une irradiante lumière estivale, ce plein soleil qui lui donne son titre. Il remettra le couvert avec Delon pour un autre polar, moins connu mais pas moins intéressant, Les Félins, quatre ans plus tard.
Christophe Chabert

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Un incertain Monsieur Klein

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Un incertain Monsieur Klein

Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une rareté — il triompha aux Césars l’année de sa sortie, en 1976 — il fait partie de ces œuvres mystérieuses vers lesquelles on retourne sans cesse. Alain Delon apporte le scénario à Joseph Losey qui l’avait dirigé dans L’Assassinat de Trotsky, conscient que le cinéaste américain, juif chassé par le maccarthysme, saura mieux qu’aucun autre trouver la note juste pour raconter cette histoire qui entrecroise questionnement identitaire, paranoïa sous le Paris occupé et préparation méthodique de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Delon y est Robert Klein, marchand d’art égoïste et sans scrupule, qui n’hésite pas à profiter des persécutions juives pour racheter, à bas prix, les toiles de maître qu’ils vendent pour payer leur passage en zone libre. Un matin, il trouve sur son palier un exemplaire d’Actualité juive qui lui est adressé ; il part à la recherche de cet autre Monsieur Klein avec qui on l’a confondu, mais plus il met ses pas dans ceux de son double, plus il se retrouve pris au piège d’une machine étati

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 août 2013

Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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Delon, de l’ombre au Plein soleil

ECRANS | Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Delon, de l’ombre au Plein soleil

Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil — à redécouvrir cette semaine au Comœdia. On s’attend à voir l’éternel délire mégalo de l’acteur prendre toute la place mais, surprise, le voici au bord des larmes, submergé par l’émotion, évoquant René Clément comme celui sans qui sa carrière n’aurait pas été celle qu’elle est. En effet, Clément est celui qui a fait de Delon une star, le faisant basculer de son statut de second rôle dans des films populaires à celui de comédien majeur dont le magnétisme noir aspire tout sur son passage. De plus, Plein soleil inscrit à même son intrigue ce passage de l’ombre à la lumière. Delon y est Tom Ripley, mais dans les premières séquences, Tom Ripley n’est pas grand chose. Juste un petit escroc que l’on paie 5000 dollars pour convaincre Philippe, un riche héritier, de cesser sa vie de playboy sous le soleil italien pour revenir dans ses pénates familiales. Ripley fait ce qu’il peut pour accomplir sa mission, mais il est renvoyé dans les

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Acteur du crépuscule

ECRANS | Film du mois dans la Ciné-collection du GRAC, "Le Feu follet" de Louis Malle (à qui l’Institut Lumière rendra aussi hommage ce trimestre) est un magnifique portrait de son acteur, Maurice Ronet, aussi énigmatique que mésestimé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 mars 2011

Acteur du crépuscule

Quand René Clément réunit dans Plein soleil Maurice Ronet et Alain Delon, a-t-il conscience de leur faire jouer à l’écran un scénario qui, métaphoriquement, sera celui de leurs carrières respectives ? Dans le film, la star Delon assassine et prend la place de l’acteur Ronet, tout comme ce film sorti à l’époque de la Nouvelle Vague amorce la mutation d’un cinéma populaire français résistant aux assauts de la politique des auteurs. Maurice Ronet, avec sa beauté ombrageuse et son port de grand bourgeois, sera éclipsé par le charme éclatant et le naturel éblouissant du soleil Delon. Ils se recroiseront pourtant deux fois par la suite, dans La Piscine de Jacques Deray qui rejoue la rivalité de Plein soleil en l’inversant, et dans Mort d’un pourri de Georges Lautner, où Ronet n’est que l’ami député vite assassiné d’un Delon qui s’improvise justicier face à l’état corrompu. Face à l’insolente santé de Delon, Ronet paraît alors avoir mille ans et éprouvé mille épreuves, déjà un peu de l’autre côté. Quelques années plus tard, sa confrontation avec Patrick Dewaere da

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (Fr-All-Esp-It, 1h55) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Alain Delon, Benoît Poelvoorde...

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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