Extras

ECRANS | Ricky Gervais & Stephen Merchant (The Corporation)

Christophe Chabert | Mardi 14 février 2012

Ricky Gervais est un génie et l'Angleterre devrait chaque matin remercier le ciel de lui avoir offert un tel joyau, bien plus précieux que ceux de la couronne. En France, visiblement, tout le monde s'en fout. Car il aura fallu quatre ans pour qu'un éditeur (tout nouveau, tout beau) se décide à sortir en DVD Extras, l'autre grande série de Gervais et son acolyte Merchant après The Office. Extras, cela veut dire littéralement «figurants», et deux d'entre eux, Andy (Gervais) et Maggie (pétulante Ashley Jenson) font le tour des plateaux en cherchant, par tous les moyens, à décrocher une «line», c'est-à-dire une «réplique», moyen pour eux d'être mieux payés mais aussi de se faire repérer par le métier. Avec la même ironie que celle qu'ils portaient sur la vie de bureau, Gervais et Merchant arrivent à rendre crédible leur peinture du milieu du cinéma tout en outrant juste ce qu'il faut le trait pour le rendre hilarant. Dès le premier épisode, où Ben Stiller tourne un film sérieux sur la guerre en Yougoslavie inspiré de la vie réelle d'un homme qui y a perdu femme et enfants, ils déploient leur art consommé du rire embarrassé, comique de la gêne sans équivalent aujourd'hui. Au terme d'une première saison parfaite où défilent des guests prestigieuses (Kate Winslet, Samuel L. Jackson), les deux compères donnent un tour inattendu à leur intrigue : Andy finit par décrocher un rôle dans une sitcom. Mais cette réussite est en fait un piège, et il découvre que la célébrité peut aussi avoir un terrible revers, celui de bloquer quelqu'un dans un emploi et un gimmick. On sent pointer alors une forme d'autoportrait, comme si Gervais, tellement génial en patron odieux dans The Office, refusait qu'on le cantonne à ce rôle mémorable, clamant avec le sourire qu'il vaut encore mieux que ça. C'est le propre des grands artistes : conscients de leur génie, et pourtant toujours insatisfaits.

Christophe Chabert

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Glorieux bâtard

ECRANS | Faits concernant Ricky Gervais : ses séries télé vous donnent une furieuse envie de le tabasser. Il a probablement le rire le plus irritant du monde. Sa misanthropie n’a d’égale que son goût exacerbé pour l’auto-flagellation, il manie le cynisme et la pure méchanceté avec un redoutable aplomb. Et c’est un véritable génie comique, comme le confirme sa première réalisation, The Invention of Lying. François Cau

Dorotée Aznar | Lundi 26 avril 2010

Glorieux bâtard

Pour quiconque a vécu ne serait-ce qu’une semaine dans le merveilleux monde de l’entreprise, la vision de la série anglaise The Office relève du chemin de croix. Son créateur Ricky Gervais y interprète le rôle principal, David Brent, un patron tire-au-flanc, incompétent, pathétique dans ses tentatives incessantes d’attirer la sympathie de ses employés. La justesse avec laquelle il campe ce parangon de mesquinerie trouble jusqu’au malaise et la réalisation très documentaire accentuent une tension que peineront à reproduire les décalques américain (The Office itou) et surtout français (Le Bureau) de la série, préférant opter pour une approche sitcom du sujet. En même temps, il manquait à ces versions l’élément fondamental de la réussite du show : la performance de son acteur principal, onctueux connard que l’on prenait presque plaisir à détester de toutes nos forces, qui nous poussait à nous cacher les yeux lors de ses nombreuses scènes d’humiliation. Clown sinistre, prêt à surcharger son physique peu avenant pour décrocher un sourire, David Brent est le double négatif de son interprète, qu’on aurait amputé de sa subtilité et de sa finesse d’analyse. Art

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The invention of lying

ECRANS | De Ricky Gervais et Matthew Robinson (ÉU, 1h40) avec Ricky Gervais, Jennifer Garner…

Dorotée Aznar | Vendredi 23 avril 2010

The invention of lying

Le tout amorphe La Ville Fantôme nous laissait augurer du pire quant à la récupération hollywoodienne de Ricky Gervais, génial créateur de la série (originale) The Office. On le pensait dès lors condamné à traîner son physique ingrat et sa misanthropie ad nauseam, peinant à insuffler de l’âme à des projets sans intérêt. C’était jusqu’à The Invention of lying, sa première réalisation qui, si elle n’est pas le chef-d’œuvre espéré, s’en approche tout de même de façon louable. Déjà, l’idée de base est fabuleuse : dans un monde parallèle où tout le monde ne cesse de dire la vérité à tout bout de champ, Mark Bellison (Ricky Gervais) devient le premier homme à pouvoir mentir. Le temps de poser ce postulat, le film dispense dans son premier acte d’hilarantes déclinaisons de ses possibilités, où même la falote Jennifer Garner parvient à tirer son épingle du jeu – c’est dire. La deuxième partie de The invention of lying, en se reposant sur un implicite pour le moins osé de son principe (dans ce monde sans mensonge, la religion n’existe pas), nous fait miroiter une œuvre savamment subversive. De fait, pour une production américaine, le scénario de Gervais et Robinson s’aventure dès lors su

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