The Amazing Spider-Man

ECRANS | Après un ravalement de casting, Spider-Man revient pour raconter à nouveau ses origines. Entre faiblesse des enjeux, mise en scène approximative et acteurs sous-employés, était-ce vraiment nécessaire ? Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 28 juin 2012

Photo : © Sony Pictures Releasing France


Hollywood a toujours pratiqué l'amnésie forcée. Suites, remakes et désormais reboot ; recycler ou faire table rase est une pratique courante. Dix ans après le premier film de Sam Raimi, Sony remet donc les compteurs de Spider-Man à zéro pour relancer sa licence. Mais comment tout recommencer avec si peu d'intervalle entre les films ? En ne changeant rien. The Amazing Spider-Man n'a pas la prétention de raconter autre chose que l'histoire de son héros adolescent, et tant pis si elle est connue. Tout ou presque ce qui fait la mythologie du personnage est donc rapatrié ici : la figure du geek transformé en justicier, la découverte des pouvoirs et la responsabilité qui en découle, la perte de l'oncle Ben et la fabrication d'une icône héroïque populaire. Si le film se veut malgré tout une variation (le Lézard remplace le Bouffon vert ; Gwen Stacy devient la première amoureuse de Peter Parker), il suit les mêmes traces que son aîné, sauf que le casting a changé, et ce n'est qu'une partie du problème.

Cahier des charges

La différence entre Raimi et Marc Webb (enrôlé après son médiocre 500 jours ensemble) tient à une chose : le traitement du sujet. Blotti contre la doxa du blockbuster insipide, ce Spider-Man ne débouche sur aucun motif ni regard. L'originalité du film, partir sur la disparition des parents de Parker pour disséminer au long de l'intrigue les figures paternelles, échoue dans le vide. Les situations ne s'enchaînent que pour suivre un cahier des charges. Elles se chassent, précipitées par l'action, jusqu'à glisser sur des éléments déterminants (la mort de l'oncle, sans importance ; le dualisme science/nature torpillé). L'adolescence, que Raimi disséminait partout, devient chez Webb un décorum de teen movie faiblard et balisé avec Emma Stone en blonde accessoirisée. Ne reste alors qu'un scénario prétexte à rejouer l'initiation jouissive aux pouvoirs (jolie scène avec un skate) et l'évolution acrobatique d'un corps. Puis quelques moments portés par Andrew Garfield. Mais là encore, Webb sous-estime son acteur. Il a pourtant devant lui de l'or en barre, un corps effacé et de second plan à transformer en super héros masqué. Même cette ambiguité entre le frêle et le titane qui sied à l'araignée et aurait pu être au centre de tout, le film passe à côté.

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Dames de cœur, à qui l’honneur ? : "La Favorite"

Le Film de la Semaine | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse, où Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Dames de cœur, à qui l’honneur ? :

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne. Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah, sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail, cousine désargentée de Sarah arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une de ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1717). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte sans trop trahir l’authenticité des faits, dan

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No zob in lob : "Battle of the Sexes"

ECRANS | de Jonathan Dayton & Valerie Faris (G-B-E-U, 2h02) avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

No zob in lob :

Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de "pitit" film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d’un sujet de société pile dans l’air du temps : l’inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l’ancien champion Bobby Riggs — rien à voir avec L’Arme fatale — à la n°1 mondiale Billy Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu’aucune athlète féminine n’était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu’à ce qu’il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui ! Ruisselant d’une musique “contexte temporel” omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s’intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu’à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l’Oscar qu’il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plai

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Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

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"La La Land" : Je m’voyais déjà…

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, l’histoire en cinq saisons de Mia, aspirante actrice, et Seb ambitionnant d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire ou l’amour réglé à l’ancienne par l’auteur du pourtant très contemporain Whiplash. Un aspirateur à Oscar ?

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

N’est-il pas agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l’on semble s’installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu’ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s’attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus. Lorsqu’un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s’attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c’était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu’il cite ou reproduit — ici, un canevas digne de Stanley Donen/Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy/Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Bernstein/Robbins ou Minnelli. Vintage d’or hollywoodien Attention, il ne s’agit pas de minorer les mérites ni le talent de Damien Chazelle :

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitué dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans le

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

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La Couleur des sentiments

ECRANS | De Tate Taylor (ÉU, 2h26) avec Emma Stone, Jessica Chastain…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 octobre 2011

La Couleur des sentiments

Pour ceux qui l’ignoraient, dans le Mississipi des années 60, la ségrégation entre les noirs et les blancs était encore monnaie courante. Il fallait donc au moins 2h25 de mélodrame pâteux pour nous rappeler ce fait oublié. Le film n’existe d’ailleurs que par son sujet, le reste n’étant qu’habillage décoratif et grimaces larmoyantes. Si Tate Taylor prend clairement partie pour ses aides noires, il le fait avec un procédé pour le moins discutable : il ridiculise à outrance les bourgeoises blanches qui les exploitent. Ridicule est le mot : que de grandes actrices comme Jessica Chastain ou Bryce Dallas Howard cabotinent dans des décors ripolinés avec des costumes et des coiffures qui lorgnent vers Mad Men mais ressemblent surtout à de vieux chromos publicitaires, fait franchement peine à voir. Seule la géniale Emma Stone échappe à ce festival de minauderies et impose, non sans mal, une pointe de naturel. Tout cela provoque donc un certain embarras, lié aussi à la mollesse d’une mise en scène à la traîne des séries télés contemporaines (le film aurait sans doute été plus à sa place en feuilleton de prestige sur HBO). Il y a toutefois une maladresse significative dans La Coule

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Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gossling et Emma Stone. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gossling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce finale dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécaniqu

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Mr. Nice

ECRANS | De Bernard Rose (Ang, 2h01) avec Rhys Ifans, Chloë Sevigny…

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

Mr. Nice

Dans ce biopic autour d’Howard Marks, étudiant prometteur qui découvre à Oxford les joies de la marijuana avant d’en devenir le principal trafiquant en Grande-Bretagne, l’intérêt est paradoxalement quand Bernard Rose s’éloigne des règles du genre. Notamment l’introduction, avec une belle idée : Rhys Ifans ne fait aucun effort pour se rajeunir à l’écran, et son corps est littéralement projeté sur des images d’époque et dans des séquences hallucinatoires visuellement percutantes. Plus le personnage rattrape l’âge de son acteur, plus le film rentre dans les clous et les événements se succèdent sans réelle dramaturgie. Même la mise en scène se contente du strict minimum, à savoir de belles images sur une belle musique de Philip Glass. Une déception de la part du réalisateur de Candyman. Christophe Chabert

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Never let me go

ECRANS | Adaptation pertinente d’un roman de Kazuo Ishiguro par Alex Garland au scénario et Mark Romanek à la mise en scène, cette fable glaçante et complexe sur l’aliénation à la norme invente une science-fiction au passé qui, malgré ses tics, frappe par son originalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Never let me go

Never let me go commence comme un énième film de pensionnat rigoriste à l’anglaise. Écoliers en uniforme, maîtresses rigides, règles strictes : tout y est, et la caméra de Mark Romanek ne semble pas s’apercevoir des clichés qu’elle enregistre. Cependant, quelques détails viennent gripper cet ensemble a priori académique : les enfants ne peuvent pas sortir de l’institution, même pour chercher un ballon tombé derrière une barrière ; ils portent un bracelet électronique qu’ils doivent impérativement présenter à chaque sortie de cours ; enfin, quand la narratrice (Kathy H., interprétée par l’excellente Carey Muligan), ramasse un gnon du camarade dont elle est secrètement amoureuse (Andrew Garfield, bien revenu de Social network), une armée de blouses blanches l’ausculte comme si elle risquait d’en périr. Il faudra vingt minutes pour commencer à entrevoir le terrible secret de ces enfants extraordinaires, et saisir ce que le film nous raconte vraiment : une fable qui extrapolerait au passé une révolution scientifique permettant d’allonger la durée de vie des êtres humains. Cobayes consommables Dans le roman de Kaz

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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(500 jours) ensemble

ECRANS | De Marc Webb (ÉU, 1h36) avec Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel…

Dorotée Aznar | Lundi 28 septembre 2009

(500 jours) ensemble

Pendant que personne ne faisait attention, un sous-genre a éclos dans le moelleux giron de la comédie romantique américaine : le boy meets girl jukebox, où l’on se séduit en écoutant de la musique top tendance (enfin, pas tout le temps). Après les battles d’Ipod d’Une nuit à New York, voici donc les états d’âme façon clips éthérés de (500 jours) ensemble. Tom rencontre Summer dans un ascenseur. Elle lui chante un passage de ‘There is a light that never goes out’ des Smiths, il en tombe instantanément amoureux (normal). Quand il pense à elle, ‘She’s like the wind’ de Patrick Swayze lui vient en tête. Puis leur passion s’exalte au son de Regina Spektor, des Black Lips, de Lee Hazlewood. Mais après avoir fait écouter ‘Quelqu’un m’a dit’ de Carla Bruni (comme par hasard…) à Summer dans sa voiture, Tom sent l’amour de sa vie lui échapper… Toujours à deux doigts de tomber dans la compilation filmée, Marc Webb prend soin de créer des personnages attachants, bien aidé en cela par le couple cinématographique formé par Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt. Mais il ne peut malheureusement empêcher son film de verser dans la pose, dans la conscience aigue de son caractè

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Good morning England

ECRANS | De Richard Curtis (Ang, 2h15) avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Good morning England

Le fan hardcore de Love actually ne pouvait qu’attendre ce nouveau film de Richard Curtis. D’autant plus que le sujet (une radio rock pirate émettant depuis un bateau sur la mer du nord au début des années 60) promettait une belle déferlante de causticité sex drugs and rock’n’roll. Le film est pourtant assez décevant. L’exposition des personnages est laborieuse, se traînant sur près d’une heure avant d’embrayer sur des arcs narratifs assez artificiels, donnant l’impression d’un collage de sketchs autonomes (la quête du père, le mariage foireux, le retour du Dj mythique…). Plus problématique, le film est farci de facilités d’écritures, dont la pire est sans doute la blague sur le nom de l’adjoint de Kenneth Branagh, répétée au moins cinquante fois ! Mais la mise en scène, entre tangage constant (le réalisme a encore frappé) et multiplication des clips sur les auditeurs en transe, n’est pas plus inspirée. Il n’y a guère que le casting, dont un Nick Frost très en forme, qui relève le niveau, et permet de laisser s’écouler ces longues 135 minutes. Christophe Chabert

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Boy A

ECRANS | De John Crowley (Ang, 1h40) avec Andrew Garfield, Peter Mullan…

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Boy A

Par quel miracle ce film improbable a-t-il réussi à glaner tous les prix dans les festivals où il était présenté ? En même temps, le principe de la démagogie étant d’abuser son monde, Boy A a sensiblement atteint son objectif. Comment ne pas pester face à ce catalogue de clichés enrobant un sujet sensible en Angleterre, la remise en liberté des assassins et leur retour à la vie normale ? La stratégie compassionnelle du scénario et la logique de larme-à-l’œil permanente des acteurs (très mauvais dans leur cabotinage) renversent le problème de manière on ne peut plus manichéenne : les salauds, ce sont les médias, les lecteurs de tabloïds, les pauvres sans instruction et donc sans cœur, et même les chômeurs dont le désœuvrement pousse à la délation. Émule d’Alan Parker se rêvant en Ken Loach clippeux, Crowley ne fait en définitive que poser des briques dans un mur de lourdeurs consternantes. CC

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