360

ECRANS | De Fernando Meirelles (Ang-Fr-Aut-Brésil, 1h50) avec Jude Law, Rachel Weisz, Anthony Hopkins...

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Pour mémo : songer à laisser La Ronde au passé, et se contenter de l'adaptation d'Ophüls, jamais dépassée depuis. Malgré le bien qu'on peut penser ici de Fernando Meirelles, lui confier une énième version de la pièce de Schnitzler n'était pas forcément une bonne idée. Sur les traces d'Innaritu, en plus aimable avec ses personnages, 360 tient du Babel de l'amour.

Film choral mondialisé, ce tour operator du désir, du sexe et des sentiments voudrait être partout, refaire la lutte des classes, parler famille, raconter l'ironie du destin, résumer l'univers à coup de chassés-croisés lelouchiens. Mais il est nulle part, suivant mollement le petit ordre moral du scénario, affaiblissant ses images d'une adéquation balourde entre son montage et son titre (360, la ronde, le monde, etc.). Meirelles découvre le split screen et bricole. C'est fluide, pas moche, le casting international (de Jude Law à Jamel) fait le job. Sauf que tout est publicitaire, pas finaud, survolé et sans enjeux.

Jérôme Dittmar

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Dames de cœur, à qui l’honneur ? : "La Favorite"

Le Film de la Semaine | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse, où Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Dames de cœur, à qui l’honneur ? :

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne. Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah, sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail, cousine désargentée de Sarah arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une de ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1717). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte sans trop trahir l’authenticité des faits, dan

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The Grand Budapest Hotel

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 60 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 30, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film — un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit —, redoublée par les constants changements de raconte

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Effets secondaires

ECRANS | Dans l’étourdissant sprint de sa prétendue fin de carrière, Steven Soderbergh marque le pas avec ce thriller psy qui ne retrouve que partiellement le charme de ses dernières réalisations, un peu écrasé par un script qui ne laisse que peu de place aux expérimentations de la mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

Effets secondaires

Pourquoi, depuis Contagion, le cas Soderbergh s’est-il remis à nous intéresser, au point d’en faire un des cinéastes majeurs de ces dernières années ? Pas seulement parce que le bougre, pas à un paradoxe près, tournait à une vitesse folle des films qui affichaient un appétit de cinéma dément, tout en clamant à qui voulait l’entendre qu’il allait mettre fin à sa carrière. Aussi parce que Soderbergh semblait avoir trouvé ce qu’il cherchait depuis longtemps : une remise systématique sur le métier de son rôle de metteur en scène, cherchant à chaque nouvelle œuvre une forme différente pour enrichir des scripts souvent maigres, répondant à des codes dont il prenait soin de s’écarter. Du flux d’images mondialisées de Contagion au grand écart entre la chronique réaliste et le pur film chorégraphique de Magic Mike, en passant par les combats en temps réel et en plans larges de Piégée, c’était toujou

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-"Narnia". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gente féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée par la suite.

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Hitchcock

ECRANS | Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Hitchcock

Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque l’apogée de son style des années 50. Craignant de se répéter — et donc de lasser le public — il voit dans l’adaptation du roman de Robert Bloch, lui-même inspiré de l’histoire vraie du serial killer Ed Gein, un nouveau territoire à explorer, plus cru, plus choquant et plus viscéral. C’est ce cinéaste, finalement plus occupé par le désir des spectateurs que par sa propre postérité, que croque Sacha Gervasi au début de Hitchcock, et c’est sa grande qualité — en plus de la légèreté gracieuse de la mise en scène : refusant les habituelles tartes à la crème sur le génie et son inspiration, il montre un metteur en scène pragmatique, calculateur et prêt à défier studios et censeurs. Dans le film, Hitchcock a un double : son épouse Alma, véritable collaboratrice artistique qui, lassée de vivre dans l’ombre de son mari, entreprend de prêter son talent à un scénarist

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Jason Bourne : l’héritage

ECRANS | L’odyssée de Jason Bourne (et la patience de Matt Damon) arrivée à son terme, Tony Gilroy se voit confier la mission de relancer la franchise en inventant un récit parallèle. C’est raté sur toute la ligne : bavard, mal raconté, pauvre en action et parfois ridicule, cet héritage ne vaut pas un kopeck. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 septembre 2012

Jason Bourne : l’héritage

En s’emparant de la franchise Jason Bourne, dont Doug Liman avait signé le brouillon plaisant avec La Mémoire dans la peau, Paul Greengrass, jusqu’ici connu pour sa passionnante reconstitution du Bloody Sunday irlandais, avait fixé une nouvelle ligne esthétique au blockbuster hollywoodien : caméra à l’épaule nerveuse et frénétique, action épileptique, hyper-réalisme des combats et des poursuites. Le style était si frappant qu’une partie des yes men hollywoodiens ont tenté de l’imiter, jusqu’à l’absurde (Marc Foster dans Quantum of Solace). Greengrass et son acteur Matt Damon ayant tiré un trait définitif sur le super-agent amnésique, le studio devait trouver une solution pour continuer la franchise. Plutôt que de faire un reboot avec un nouveau comédien, les executives se sont un peu creusés les méninges, et ont propulsé Tony Gilroy, déjà scénariste de l'opus précédent et réalisateur de Michael Clayton (bâillement) et

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Contagion

ECRANS | Un virus mortel se répand sur la surface de la planète, provoquant paranoïa, actes de bravoure et moments de lâcheté. Dans une mise en scène à l’objectivité scrupuleuse, Steven Soderbergh signe un thriller inquiétant et implacable. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 3 novembre 2011

Contagion

Contagion commence au «jour 2» de la maladie, par une scène anodine. Une executive woman de retour d’Asie prend un verre dans un aéroport avant de retrouver le foyer familial. Elle est le patient zéro d’un nouveau virus, fulgurant et mortel, et elle l’a déjà répandu à Hong-Kong, en Chine, à Chicago… Steven Soderbergh ne cache rien du désastre à venir : en quelques inserts sur des poignées de portes, des cacahuètes, un verre, il isole déjà tous les vecteurs de la contagion. Et rajoute un détail troublant : la jeune femme est aussi adultère. On craint un temps la concomitance des deux événements : le virus comme une expiation de cette "faute". Fausse piste : dans Contagion, tous les dogmes sont mis à mal par l'effroi qui s’empare des populations. Pour faire ressentir cet effroi, il fallait un vrai coup de force narratif : le patient zéro, pourtant interprété par une actrice célèbre, décède dans les dix premières minutes. Le spectateur sait alors que rien ne viendra le rassurer et sûrement pas les grands principes hollywoodiens. Tous les personnages, à tout moment, peuvent y passer. Un film de peur(s) Fort de cette angoisse-là, Soderberg

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Repo men

ECRANS | De Miguel Sapochnik (ÉU, 1h51) avec Jude Law, Forest Whitaker…

Dorotée Aznar | Jeudi 8 juillet 2010

Repo men

Cherchons, si vous le voulez bien, où se cache l’originalité dans ce pudding commercial indigeste. Dans son pitch (une compagnie spécialisée dans les coûteuses transplantations d’organes récupère l’objet des opérations chez les mauvais payeurs encore vivants) ? Nope, il est honteusement pompé au déjà très mauvais "Repo ! The Genetic Opera". Dans sa représentation d’un futur proche ? Non plus, c’est un mix entre ceux de "Clones" et des "Fils de l’Homme". Dans ses scènes d’action ? Naaaaan, tout vient du cinéma asiatique, en moins bien. Ah, je sais, son twist final ! Ah flute, c’est une copulation forcée des fins de "Brazil" et d’"Ouvre les yeux". La coupe de cheveux de Jude Law ? Putain, ça y est, on a trouvé ! FC

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Lovely Bones

ECRANS | De Peter Jackson (ÉU, 2h08) avec Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Rachel Weisz…

Christophe Chabert | Mardi 2 février 2010

Lovely Bones

Stupeur ! Peter Jackson, dont la filmographie était jusque-là immaculée — même son "King-Kong", un peu en-dessous certes, surclassait pas mal de blockbusters — se plante royalement avec "Lovely Bones". On a beau prendre le film par tous les bouts, y retourner pour vérifier, il n’y a rien à faire : le ratage est cuisant. Les chromos familiaux du début, la voix-off niaise de la petite Susie Salmon, la reconstitution 70’s : on dirait du Spielberg cheap. Quand Susie est assassinée, on pense que Jackson va se coltiner ce que le grand Steven est incapable de montrer : la mort d’un enfant. Mais le meurtre est grotesque, Stanley Tucci en pédophile à moustache en fait des caisses, et Jackson filme tout cela avec des grosses focales ridicules et des effets indignes de son talent. Et on n’a encore rien vu ! Arrivée dans une sorte de purgatoire new age dont l’horizon est un paradis en forme de logo UMP, Susie tente d’aider post-mortem ses proches à élucider le mystère de sa disparition. Ce qui donne une suite de scènes d’un kitsch invraisemblable, Jackson créant un univers à la laideur inédite qui contamine en effet les vivants : Susan Sarandon fume comme un pompier, Wahlberg se lance dans

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Sherlock Holmes

ECRANS | De Guy Ritchie (ÉU-Ang, 2h08) avec Robert Downey Jr, Jude Law…

Christophe Chabert | Jeudi 28 janvier 2010

Sherlock Holmes

Alléchant sur le papier, décevant à l’arrivée, ce "Sherlock Holmes" relooké par Guy Ritchie souffre, de la première à la dernière image, d’un trop-plein fatigant. Ça ne part pas mal, pourtant, Ritchie ayant la bonne idée de s’inspirer d’"Iron Man" pour construire autour des ambivalences de son acteur (c’est le même : Robert Downey Jr) une vision nouvelle du personnage. C’est l’homosexualité latente et la jalousie patente entre Holmes et le Docteur Watson qui attirent surtout l’attention. Deux vieux garçons qui vivent ensemble, une fille au milieu, et en avant pour un marivaudage sans conséquence mais plutôt bien vu. Problème : le film est aussi un blockbuster et nous embarque dans un scénario compliqué plus que complexe, mélangeant dans un sacré foutoir surnaturel et théories du complot. Ritchie en rajoute dans le montage épileptique, l’action surdécoupée, les explosions massives et les effets spéciaux filmés pour eux-mêmes. Pas de bol : Cameron et son "Avatar" sont passés par là, et ont rappelé que la mise en scène, c’est d’abord de l’espace et de la durée, pas une centrifugeuse à images. Du coup, ce "Sherlock Holmes" paraît déjà un peu daté… CC

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«Le film est arrivé au bon moment»

ECRANS | Entretien avec Fernando Meirelles, réalisateur de Blindness. CC

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2008

«Le film est arrivé au bon moment»

Fernando Meirelles arrive à la conférence de presse avec le sourire malgré l’accueil excessivement violent réservé à Cannes par la critique française à Blindness. Blessé, certes, mais lucide aussi : «L’erreur a été d’accepter de faire l’ouverture, ça nous a pressé pour terminer le film avec dix jours d’avance. Il n’était pas fini lors de sa présentation, le mixage et l’étalonnage n’étaient pas bons…» On comprend pourquoi Meirelles n’a pas résisté aux sirènes de Cannes : son premier film, La Cité de Dieu, y a commencé sa prestigieuse carrière internationale. Mais le scénario aurait pu être bien différent : «J’ai lu L’Aveuglement, le livre à l’origine de Blindess, en 1997 et j’ai voulu l’acheter pour en faire mon premier long-métrage. Mais José Saramago a refusé d’en vendre les droits… Avec le recul, je suis très content de ce refus, car je n’étais pas prêt émotionnellement pour le réaliser». Entre temps, les événements mondiaux ont rattrapé le sujet et justifié sa parabole : «Avec l’épidémie de SRAS, nous avons vu une situation similaire à celle décrite dans le livre, la mise en quarantaine notamment. Et avec l’affaire de l’Anthrax, on a assisté à une remise en question des droits c

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Blindness

ECRANS | Une épidémie de cécité conduit à des mesures sanitaires radicales : une fable au futur récent signée Fernando Meirelles, soutenue par une mise en scène expérimentale et terrifiante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2008

Blindness

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Oui, mais s’il n’y a même plus de borgne pour gouverner ? C’est, à peu de choses près, le pitch de Blindness, troisième film de Fernando Meirelles, réalisateur remarqué avec La Cité de Dieu et The Constant gardener. Dans une ville inconnue, un automobiliste est frappé en pleine rue par une forme étrange de cécité qui s’avère contagieuse. Un ophtalmo, une prostituée, un voleur et un barman font partie des premières victimes, parquées dans un hôpital transformé en prison militaire où chaque dortoir établit ses propres règles de vie. À la démocratie du dortoir 1 répond la dictature violente du dortoir 3, qui cherche à régner sur les autres groupes. La parabole du livre original de Saramago, reprise par Meirelles, affirme ainsi que cet aveuglement est un révélateur des bassesses d’une humanité qui plonge dans les ténèbres. La Cécité de Dieu D’un pessimisme absolu malgré la lueur d’espoir qu’incarne la femme du médecin (dans le film, aucun personnage n’a de nom) interprétée par Julianne Moore, qui cache aux autres qu’elle n’est pas touchée par la maladie, Blindness

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